Compte rendu

McCall (Leslie) – The Underserving Rich. American Beliefs about Inequality, Opportunity, and Redistribution. – New York, Cambridge University Press, 2013. xviii + 302 p. Figures. Bibliogr. Index

Page XXVII

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  • Lepont, U.
(2014). McCall (Leslie) – The Underserving Rich. American Beliefs about Inequality, Opportunity, and Redistribution. – New York, Cambridge University Press, 2013. xviii + 302 p. Figures. Bibliogr. Index. Revue française de science politique, . 64(2), XXVII-XXVII. https://doi.org/10.3917/rfsp.642.0312za.

  • Lepont, Ulrike.
« McCall (Leslie) – The Underserving Rich. American Beliefs about Inequality, Opportunity, and Redistribution. – New York, Cambridge University Press, 2013. xviii + 302 p. Figures. Bibliogr. Index ». Revue française de science politique, 2014/2 Vol. 64, 2014. p.XXVII-XXVII. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-francaise-de-science-politique-2014-2-page-XXVII?lang=fr.

  • LEPONT, Ulrike,
2014. McCall (Leslie) – The Underserving Rich. American Beliefs about Inequality, Opportunity, and Redistribution. – New York, Cambridge University Press, 2013. xviii + 302 p. Figures. Bibliogr. Index. Revue française de science politique, 2014/2 Vol. 64, p.XXVII-XXVII. DOI : 10.3917/rfsp.642.0312za. URL : https://shs.cairn.info/revue-francaise-de-science-politique-2014-2-page-XXVII?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rfsp.642.0312za


Notes

  • [14]
    Larry M. Bartels, Unequal Democracy. The Political Economy of the New Gilded Age, Princeton, Princeton University Press, 2008.

1 Les Américains sont-ils insensibles aux inégalités économiques et, par conséquent, votent-ils contre leurs intérêts ? Leslie McCall examine cette question longuement débattue par la science politique américaine et entend y apporter une réponse originale. Elle s’oppose à l’idée très répandue dans les médias et le monde politique, mais aussi dans les travaux universitaires les plus récents, selon laquelle les Américains, adhérant au mythe de l’« American dream », seraient particulièrement tolérants aux inégalités. Selon elle, cette conclusion est biaisée par les enquêtes utilisées, qui ne comportent pas de questions portant directement sur la perception des inégalités économiques. Les chercheurs se rapportent alors à d’autres variables, comme le soutien aux hausses d’impôts progressifs ou aux politiques sociales. Or, le lien présupposé entre perception des inégalités et politiques redistributives est, d’après L. McCall, une imposition de catégorie venant des enquêtes européennes.

2 Utilisant deux enquêtes récentes d’un autre type, sa thèse est au contraire que les Américains non seulement perçoivent mais aussi condamnent les inégalités économiques. Seulement, les raisons sur lesquelles ils fondent leur réprobation sont principalement économiques et ne sont donc pas celles communément associées à ce type de position. Les Américains voient dans l’accroissement des inégalités une diminution des « opportunités » sur le marché du travail (la notion d’opportunité est définie en trois catégories : emplois, salaires, égalité de traitement selon la couleur de peau). Ceci explique que les inégalités soient particulièrement mal vécues en période de reprise économique. En revanche, l’impact des politiques sociales sur la structure des opportunités sur le marché du travail n’est pas nécessairement bien perçu. Ainsi, l’auteure conclut à une relative compétence politique des Américains : ils ont une interprétation cohérente de la structure des revenus et de l’économie, mais ils ne savent pas vers quel type de politique se tourner pour traiter du problème tel qu’ils l’envisagent. Selon L. McCall, cela relève, cependant, davantage de la responsabilité de l’offre politique, ce qui lui donne l’occasion d’une recommandation aux Démocrates : expliciter davantage les enjeux de leurs politiques à l’aune de la question des « opportunités ».

3 La publication de cet ouvrage s’inscrit dans un courant, initié au milieu des années 2000, de redécouverte de la question des inégalités dans la recherche universitaire américaine, faisant réémerger des notions longtemps mises de côté, comme celle de classe sociale. La thèse proposée est stimulante, car elle remet en question des affirmations soutenues par les analyses les plus reconnues dans le domaine, comme celle de Larry M. Bartels [14]. Compte tenu de la portée politique que ces différentes affirmations revêtent, de tels échanges sont essentiels. De plus, l’ouvrage est servi par la clarté du propos et du résultat.

4 Néanmoins, quelques interrogations subsistent. Sur la démonstration, tout d’abord : si le résultat est en apparence limpide et séduisant, il est difficile de comprendre la démarche logique et le jeu des corrélations qui la sous-tendent. Qui plus est, alors que l’auteure insiste sur les biais majeurs introduits par les questionnaires dans les études antérieures, très peu d’informations nous sont données sur ceux qu’elle-même utilise. Par conséquent, le caractère « objectif » et vérifiable du résultat, dont les analyses statistiques sont censées être garantes, est difficile à appréhender.

5 Le deuxième point d’interrogation porte sur la formulation et la portée des hypothèses propres à ce type de travaux. Dans l’introduction, l’auteure insiste sur son rejet d’une vision essentialiste des opinions des Américains et sur l’importance de la prise en compte du contexte historique dans lequel ces opinions s’insèrent. Cependant, seules quelques variables classiques sont mobilisées telles que le niveau de revenus, le positionnement partisan, ou quelques données macro-économiques. Mis à part les médias, les institutions ne sont pas prises en compte dans l’analyse. Alors que l’auteure met un point d’honneur à répondre à la question « pourquoi » – pourquoi les Américains condamnent-ils les inégalités ? –, le niveau d’explication reste limité. La réponse – parce qu’ils les perçoivent comme un obstacle au développement des opportunités professionnelles –, déjà formulée tant par Daniel Bell dans les années 1960 que par Barack Obama dans ses discours de 2008, rejoint finalement la vision commune de l’Américain entrepreneur, véhiculée justement par l’approche dite « culturaliste » ou essentialiste.

6 Cette situation paradoxale résulte à notre sens de deux éléments : une réification de l’opinion publique à laquelle ces analyses n’arrivent pas à échapper et un manque d’ambition explicative, qui tient à la difficulté à manier les liens de causalités dans les analyses régressives. Finalement, bien que la thèse avancée soit importante dans le contexte américain actuel, on peut se demander si, en restreignant le questionnement, en parlant des Américains comme d’un « bloc », et en omettant les institutions sociales et politiques, ce type de travaux, aussi sérieux soient-ils, ne s’enferme pas dans une polémique sans fin sur ce que pensent « vraiment » les « Américains », polémique qui détourne d’une réflexion plus large sur les structures sociales et politiques sous-jacentes à la société américaine. Ces travaux participeraient ainsi au moins partiellement à ce qu’ils dénoncent, à savoir la faiblesse de la prise en compte, dans le débat politique, de la croissance des inégalités économiques et de ses effets sur la société américaine.

7 Ulrike Lepont – Université Montpellier I, CEPEL


Date de mise en ligne : 27/05/2014

https://doi.org/10.3917/rfsp.642.0312za