Lascoumes (Pierre) Une démocratie corruptible, Arrangements, favoritisme et conflits d’intérêts. Paris, Seuil, 2011 (La République des idées). 100 p. Lascoumes (Pierre), dir. Favoritisme et corruption à la française. Petits arrangements avec la probité. Paris, Presses de Sciences Po, 2010 (Fait politique). 284 p. Illustrations. Bibliogr.
- Par Yves Mény
Page XI
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- MÉNY, Yves,
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https://doi.org/10.3917/rfsp.623.0476k
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Notes
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[13]
Dont a rendu compte Éric Phélippeau, dans la Revue française de science politique, 61 (6), décembre 2011, p. 1196-1198.
1 Dans la foulée de ses travaux sur les déviations sociales au regard des normes juridiques qui encadrent la vie des organisations privées ou publiques, Pierre Lascoumes publie coup sur coup deux ouvrages de nature différente mais dont l’objet est identique. Comme l’indique l’un des sous-titres, ses co-auteurs et lui se penchent sur Les petits arrangements avec la probité qui sont si caractéristiques de la culture politique française, chez les élites comme au sein de l’opinion publique dans son ensemble. L’ouvrage collectif [13] relève de la littérature scientifique etcombine analyses de sondage et études qualitatives, quasi ethnographiques, dans trois villes moyennes. Il est le produit d’une recherche réalisée dans le cadre du Cevipof, tandis que le petit volume publié au Seuil sous la seule plume de P. Lascoumes s’apparente davantage à la tradition de l’essai et s’adresse en principe à un public plus large, celui des citoyens intéressés par la chose publique. Toutefois, le hiatus est moins grand qu’il n’y paraît à première vue car, dans les deux cas, c’est bien le vécu de la démocratie avec la distance qu’il entretient par rapport aux règles normatives fondatrices qui est au cœur du questionnement et des analyses.
2 L’ouvrage de synthèse qui pourrait n’être qu’un ouvrage de vulgarisation à l’usage du grand public, est en réalité riche d’une solide connaissance de la littérature scientifique et de perspectives comparatives à propos d’un phénomène qui n’épargne aucun type de régime. En cent pages denses, P. Lascoumes analyse avec beaucoup de finesse les rapports ambigus et pour ainsi dire incestueux de la démocratie avec ce qu’elle prohibe par principe, c’est-à-dire l’instrumentalisation du public au service des intérêts privés, la tolérance à l’égard des petits et grands écarts par rapport aux normes qui régissent les systèmes démocratiques, la justification ou la légitimation des pratiques déviantes au regard de nécessités « plus hautes » ou déclarées telles. On peut, en filigrane de l’analyse, comprendre que les démocraties, comme la chair, sont faibles, mais qu’elles sont aussi perfectibles et que le combat pour le « bon gouvernement » a un bel avenir devant lui.
3 Autant le petit essai de P. Lascoumes (nourri de références et d’analyses qui restent délibérément dans les coulisses pour les besoins de la collection) est clair, argumenté et solide, autant le volume collectif laisse le lecteur frustré et quelque peu désorienté. L’ouvrage, à bien des égards, souffre des défauts d’entreprises qui n’ont de collectif que le nom, chacun des contributeurs ayant suivi sa pente naturelle et la rivière retrouvant pour ainsi dire son lit. Le livre ne manque certes pas de matériaux et met en lumière les résultats d’une enquête qualitative menée dans trois villes, l’une caractérisée par une vie politique plutôt « normale » et saine, les deux autres par des affaires qui ont (plus ou moins) affecté négativement la carrière politique des élus. Par ailleurs, d’autres contributions, plus classiques s’appuient sur l’analyse des enquêtes d’opinion par sondage, tandis que certains chapitres sont davantage des synthèses de travaux internationaux ou français. Bien souvent, le lecteur se perd dans un dédale d’approches, d’angles d’étude, de définitions d’objets pas complètement différents mais pas tout à fait identiques. Faut-il avouer que l’on y perd un peu son latin ? Chaque chercheur du Cevipof a certes apporté sa contribution mais la spécialisation des uns et des autres l’a emporté sur l’objet en principe commun. On retrouve toutes les analyses classiques qui ont constitué le patrimoine et fait la gloire du Cevipof mais tous ces épis ne forment pas un faisceau, comme diraient les Italiens. Ou, pour le dire autrement, on trouvera beaucoup de grain à moudre si l’on se concentre sur chaque chapitre particulier. On aura en revanche un éclairage plus limité, souvent brouillon et en définitive confus si l’on prend l’ouvrage dans son ensemble.
4 Yves Mény
5 Institut universitaire européen