Compte rendu

Reverso (Laurent), dir. ­ Constitutions, Républiques, Mémoires. 1849 entre Rome et la France. Actes du colloque international de Tours, 25-26 mai 2009. ­ Paris, L’Harmattan, 2011 (Méditerranée). 408 p. Annexes.

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  • Rossetto, J.
(2012). Reverso (Laurent), dir. ­ Constitutions, Républiques, Mémoires. 1849 entre Rome et la France. Actes du colloque international de Tours, 25-26 mai 2009. ­ Paris, L’Harmattan, 2011 (Méditerranée). 408 p. Annexes. Revue française de science politique, . 62(1), XXVI-XXVI. https://doi.org/10.3917/rfsp.621.0129z.

  • Rossetto, Jean.
« Reverso (Laurent), dir. ­ Constitutions, Républiques, Mémoires. 1849 entre Rome et la France. Actes du colloque international de Tours, 25-26 mai 2009. ­ Paris, L’Harmattan, 2011 (Méditerranée). 408 p. Annexes. ». Revue française de science politique, 2012/1 Vol. 62, 2012. p.XXVI-XXVI. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-francaise-de-science-politique-2012-1-page-XXVI?lang=fr.

  • ROSSETTO, Jean,
2012. Reverso (Laurent), dir. ­ Constitutions, Républiques, Mémoires. 1849 entre Rome et la France. Actes du colloque international de Tours, 25-26 mai 2009. ­ Paris, L’Harmattan, 2011 (Méditerranée). 408 p. Annexes. Revue française de science politique, 2012/1 Vol. 62, p.XXVI-XXVI. DOI : 10.3917/rfsp.621.0129z. URL : https://shs.cairn.info/revue-francaise-de-science-politique-2012-1-page-XXVI?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rfsp.621.0129z


1 L’ouvrage publié sous la direction de Laurent Reverso réunit l’ensemble des communications qui ont été présentées lors d’un colloque organisé à Tours en mai 2009 à l’occasion du 160e anniversaire de la République romaine et de l’intervention militaire française. Préalablement à cette publication, la République romaine de 1849 avait déjà fait l’objet en 2008 d’un ouvrage intitulé La République romaine de 1849 et la France, sous la forme d’un recueil de textes réunis par L. Reverso, également paru dans la même collection chez L’Harmattan. Le présent ouvrage se situe donc dans la continuité du premier, en ce qu’il associe universitaires italiens et français dans une appréhension conjuguée d’un moment historique qui met en relation étroite la Seconde République française et la tentative des révolutionnaires romains de 1849 d’instaurer une République après avoir chassé le pape Pie IX de la Ville éternelle. Assorti en annexes d’une traduction de la Constitution de la République romaine du 1er juillet 1849 et du projet romaniste et mazzinien du 17 avril 1849 présenté par Cesare Agostini, l’ouvrage est structuré en trois parties respectivement intitulées « Constitutions et constitutionnalismes », « Républiques », « Diplomaties et mémoires ». Compte tenu de la cohérence des différentes contributions, ce bref compte rendu s’emploiera, au-delà de ces trois clivages, à signaler les principales thématiques sur lesquelles ce livre important prend appui.

2 Et tout d’abord celle relative au modèle démocratique romain, lequel trouve l’occasion de se manifester lorsque le député Cesare Agostini présente un projet qui s’en inspire, au nom de la « Commissione di Costituzione », à l’Assemblée constituante de la République romaine de 1849. Ce projet, qui n’emporta d’ailleurs pas au final la conviction de l’Assemblée, fournit l’occasion à Pierangelo Catalano de livrer une contribution magistrale en ouverture de l’ouvrage intitulée « Constitutionnalisme latin et Constitution de la République romaine de 1849 (à propos du droit public romain et du Tribunat) ». L’auteur y souligne que le modèle démocratique romain, en particulier en raison de l’existence d’un Tribunat extérieur aux institutions politiques, s’oppose au modèle libéral hérité de la tradition anglo-saxonne et des vues de Montesquieu sur la tripartition des fonctions, ainsi que, plus tardivement, de celles de Benjamin Constant sur le système représentatif. Il rappelle opportunément à cet égard que Jean-Jacques Rousseau, au Livre IV du Contrat social, avait mis l’accent sur l’institution du Tribunat comme instrument de la volonté populaire et qu’il existait donc « une construction alternative du droit public romain : celle que Rousseau avait ébauchée dans son Contrat social et qui a été oubliée ou effacée par les juristes bourgeois » (p. 36). L’auteur en veut pour preuve la célèbre distinction opérée par la doctrine libérale sous la plume de B. Constant en 1819 qui répudie « la liberté des anciens » au profit de « la liberté des modernes ». Dans ces conditions, P. Catalano relève que c’est bien de la ligne idéale démocratique rousseauiste que s’inspirait Cesare Agostini dans son projet constitutionnel de 1849 et que, « une nouvelle fois, l’institution d’un pouvoir de tribun et (ou) de censeur, de type rousseauiste, était repoussée par une assemblée bourgeoise » (p. 48).

3 La contribution fournie par L. Reverso, consacrée à « Tocqueville et la décentralisation : l’héritage négatif de 1849 », s’inscrit quelque peu dans la même perspective. L’auteur y démontre, en effet, que si le ministre des Affaires étrangères de l’époque a pu approuver l’envoi du corps expéditionnaire français pour mettre fin à l’expérience romaine, c’est bien parce que son républicanisme libéral-aristocratique s’oppose alors à un républicanisme démocratique pourtant décentralisé, mais dont il est incapable de saisir le sens profond à raison de l’image négative qui s’attache à « la liberté des anciens ».

4 Une autre thématique importante qui sous-tend l’ouvrage intéresse bien évidemment les relations entre la France (et les Français) et la République romaine de 1849. À ce titre, plusieurs contributions exposent et explicitent « la trahison » dont seront victimes les révolutionnaires romains de la part d’une Seconde République devenue conservatrice. C’est ainsi que le Prince-président, loin de leur être hostile en 1848 et au demeurant soucieux de l’émancipation italienne par la suite, est en 1849 conduit à intervenir contre eux, prisonnier qu’il est du soutien du Parti de l’Ordre. Reste que certains Français ont également été présents dans les rangs de l’armée romaine. Cet engagement, souvent lié à des idéaux proudhoniens et socialistes révolutionnaires et motivé par le principe révolutionnaire de fraternité, constitue l’objet de la contribution d’Anne-Claire Ignace dans lequel elle fait état de la clémence ultérieure de la justice française.

5 Si, comme l’observe Pierre Mouzet, la question romaine est quasiment absente des manuels de droit constitutionnel français et si, pour les Français (c’est le cas d’Edgar Quinet, avec quelque nuance cependant), la République romaine n’a pas de valeur en soi, mais est constamment analysée par rapport à la situation française, comme le déplore L. Reverso, on consultera avec bonheur un ouvrage qui a le grand mérite d’appréhender la République romaine de 1849 en centrant l’étude sur son originalité politique, constitutionnelle et même diplomatique. À cet égard, et alors qu’il est malheureusement impossible de faire état de toutes les intéressantes contributions que comporte l’ouvrage (signalons toutefois celle de Maria-Pia Critelli qui nous apprend que les combats de juin-juillet 1849 furent l’occasion des premiers reportages photographiques lors d’un conflit armé), on se reportera avec intérêt à celle de Jacques Bouineau consacrée à « la nature juridique de la Constitution romaine de 1849 » dans laquelle il relève que le modèle constitutionnel français (celui de 1848, mais aussi celui de 1791 ou de l’an III) constitue la référence intellectuelle principale pour les constituants romains de 1849.

6 Jean Rossetto

7 Université François Rabelais Tours, GERCIE


Date de mise en ligne : 05/04/2012

https://doi.org/10.3917/rfsp.621.0129z