Mérand (Frédéric), Weisbein (Julien) – Introduction à l’Union européenne. Institutions , politique et société. – Bruxelles, De Boeck, 2011 (Ouvertures politiques). 264 p. Encadrés. Bibliogr. Index
- Par Nathalie Brack
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Citer cet article
- BRACK, Nathalie,
- Brack, Nathalie.
- Brack, N.
https://doi.org/10.3917/rfsp.616.1157j
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https://doi.org/10.3917/rfsp.616.1157j
1 Rédiger un manuel sur l’Union européenne (UE) peut s’avérer un exercice périlleux. En effet, il s’agit non seulement de faire preuve de clarté et de pédagogie dans l’analyse d’un objet politique complexe, mais également d’originalité dans un marché de publication compétitif. Ceci est d’autant plus le cas que la mise en œuvre du traité de Lisbonne semble avoir été l’occasion pour de nombreux politistes mais aussi juristes et historiens de publier ou mettre à jour divers ouvrages et guides sur l’UE. Les auteurs de cette Introduction à l’Union européenne. Institutions, politique et société se sont fixés pour objectif de fournir aux étudiants, chercheurs et enseignants une introduction à l’Europe politique et ont choisi de se démarquer en s’inspirant d’une démarche sociologique, perceptible dans la structuration de l’ouvrage ainsi que dans la grande attention portée aux acteurs et aux pratiques informelles.
2 Cet ouvrage se divise en trois grandes parties. La première propose de se pencher sur le jeu politique, à travers la description de l’institutionnalisation progressive de l’UE, des principaux acteurs et des règles du jeu. Le premier chapitre est un habile mélange d’introduction à l’histoire de l’intégration et des théories classiques de cette intégration. Cela permet aux auteurs d’insister sur la non-linéarité de l’histoire de la construction européenne, rendant compte des tensions entre économique et politique et décrivant comment l’histoire du projet européen a été marquée par une oscillation entre phases d’euphorie et moments de tension ou de crise. Le deuxième chapitre présente non seulement les principaux acteurs du « jeu européen », à savoir les institutions européennes, mais aussi leurs interactions avec la société civile et expose l’état de la littérature scientifique sur ces questions. Le troisième chapitre de cette partie est consacré aux « règles du jeu », c’est-à-dire aux stratégies et pratiques des acteurs dans l’UE. Ce chapitre examine les instruments budgétaires et juridiques et les ressources idéelles à la disposition des institutions supranationales, ainsi que les procédures de décision. Il montre l’interdépendance des acteurs en présence ainsi que l’importance du consensus, de l’expertise et de la négociation pour la construction du compromis.
3 La deuxième partie de l’ouvrage se concentre sur la gouvernance européenne et la construction de l’agenda dans un système de gouvernance multiniveaux. Les auteurs examinent d’abord deux types de politiques européennes : régulatrices et redistributives. Ce faisant, ils montrent que ces différentes politiques obéissent à des logiques différentes et contribuent, à travers de nombreux exemples, à clarifier des controverses actuelles telles que la libéralisation des services publics, la question de la gouvernance économique européenne et la réponse européenne à la crise financière (chapitre 4). Le chapitre suivant examine comment et dans quelle mesure l’intégration européenne transforme les systèmes et acteurs nationaux. Les auteurs font, en effet, le point sur la littérature sur les interactions entre gouvernance européenne et États membres, en examinant la problématique de l’européanisation des politiques publiques et des acteurs nationaux.
4 La dernière partie de cet ouvrage aborde la nature de l’UE en examinant le rôle de cette dernière dans le monde, ainsi que la question de l’émergence possible d’une société civile européenne. Dans le chapitre 6, les auteurs examinent les trois facettes des relations extérieures de l’UE : l’Europe puissance civile, l’Europe puissance normative, et enfin, le développemen d’une Europe puissance diplomatique et militaire. Ils montrent ainsi comment l’UE, en institutionnalisant un système européen de relations extérieures, a progressivement empiété sur les compétences traditionnellement vues comme relevant de la souveraineté nationale et est devenue un acteur international, doté d’instruments économiques, diplomatiques, normatifs et militaires. Le dernier chapitre s’interroge sur l’impact de l’institutionnalisation de l’Europe sur les citoyens et les sociétés. Les auteurs entendent donc adopter une perspective sociologique pour examiner l’européanisation conçue alors comme « la création de liens horizontaux entre les sociétés nationales » (p. 200). Pour ce faire, ils examinent les efforts de communication et les politiques d’information des institutions européennes envers différents publics, la problématique de la citoyenneté et les politiques identitaires européennes à travers les symboles, la culture, les valeurs et l’éducation. Ils évaluent ensuite les effets de la mobilité intra-européenne, d’une part, à travers une description de l’« espace de liberté, sécurité et justice » établi pour gérer l’ouverture des frontières, et d’autre part, à travers une évaluation des travaux portant sur l’émergence potentielle d’une classe sociale européenne et de nouvelles inégalités liées à cette mobilité intra-européenne. Les auteurs clôturent ce chapitre par un état de la littérature scientifique sur la question de la démocratie à l’échelle européenne.
5 À défaut d’offrir une vision détaillée du fonctionnement des institutions et procédures décisionnelles européennes, cet ouvrage remplit l’objectif qu’il s’était fixé en fournissant une introduction claire et pédagogique à l’Europe politique. Il apporte également une perspective originale en s’inspirant d’une démarche sociologique, qui semble en vogue au sein des études européennes françaises [10]. On aurait toutefois apprécié une réflexion plus poussée sur la nature de l’UE, notamment autour de l’articulation entre moments de tension et de crise de l’intégration et le développement institutionnel de l’UE. Enfin, si les auteurs se distinguent en prenant en considération certains aspects informels, on peut regretter qu’ils n’aient pas davantage présenté les interactions entre institutions, ainsi que le rôle des idées et des pratiques informelles tant dans la constitutionnalisation de l’UE que dans son fonctionnement quotidien [11].
6 Nathalie Brack –
7 Université Libre de Bruxelles, CEVIPOL