Compte rendu

Kernalegenn (Tudi), Prigent (François), Richard (Gilles), Sainclivier (Jacqueline), dir. – Le PSU vu d’en bas. Réseaux sociaux, mouvement politique, laboratoire d’idées (années 1950-années 1980). – Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2009 (Histoire). 374 p.

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  • Mischi, J.
(2010). Kernalegenn (Tudi), Prigent (François), Richard (Gilles), Sainclivier (Jacqueline), dir. – Le PSU vu d’en bas. Réseaux sociaux, mouvement politique, laboratoire d’idées (années 1950-années 1980). – Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2009 (Histoire). 374 p. Revue française de science politique, . 60(4), VII-VII. https://doi.org/10.3917/rfsp.604.0805g.

  • Mischi, Julian.
« Kernalegenn (Tudi), Prigent (François), Richard (Gilles), Sainclivier (Jacqueline), dir. – Le PSU vu d’en bas. Réseaux sociaux, mouvement politique, laboratoire d’idées (années 1950-années 1980). – Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2009 (Histoire). 374 p. ». Revue française de science politique, 2010/4 Vol. 60, 2010. p.VII-VII. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-francaise-de-science-politique-2010-4-page-VII?lang=fr.

  • MISCHI, Julian,
2010. Kernalegenn (Tudi), Prigent (François), Richard (Gilles), Sainclivier (Jacqueline), dir. – Le PSU vu d’en bas. Réseaux sociaux, mouvement politique, laboratoire d’idées (années 1950-années 1980). – Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2009 (Histoire). 374 p. Revue française de science politique, 2010/4 Vol. 60, p.VII-VII. DOI : 10.3917/rfsp.604.0805g. URL : https://shs.cairn.info/revue-francaise-de-science-politique-2010-4-page-VII?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rfsp.604.0805g


1 Objet peu investi jusqu’ici par les sciences sociales du politique, le Parti socialiste unifié (PSU) est au centre de cet ouvrage rassemblant plusieurs contributions d’historiens et de quelques politistes. L’absence d’étude majeure sur ce petit parti, fondé en 1960, fragilisé par de nombreux départs vers le PS dans les années 1970 et autodissout en 1990, est sûrement liée à sa forte hétérogénéité interne, qui rend toute appréhension scientifique difficile. Le PSU vu d’en bas restitue bien cette diversité des sensibilités politiques et des groupes militants, cohabitant de façon plus ou moins conflictuelle au sein de cette organisation située entre la gauche de gouvernement et l’extrême gauche, qui ne parvient pas à percer sur un plan électoral. En dépit de sa faiblesse numérique, le PSU constitue un « laboratoire d’idées », en raison des rencontres inédites qu’il favorise : rencontres entre catholiques de gauche et défenseurs de la laïcité, entre élus notabilisés issus de la SFIO et militants marqués par l’expérience de mai-juin 68. Il exerce une influence considérable sur la recomposition de la gauche non communiste dans les années 1960 et 1970, en termes de personnel politique (à l’image emblématique de Michel Rocard) et de rhétorique (avec la défense de causes comme l’autogestion, l’écologie, le féminisme ou le régionalisme). Différentes « composantes » du PSU sont mises en évidence par les auteurs : socialiste unitaire (1960-1967), moderniste (1967-1974), gauchiste (1967-1974), autogestionnaire (1972-1990).

2 Le caractère hétéroclite du PSU, qui rassemble des militants aux socialisations politique, syndicale, associative et culturelle contrastées, est renforcé par l’angle d’approche local privilégié par la plupart des contributeurs. Et c’est là un autre intérêt de l’ouvrage : le déploiement d’une approche par « en bas » qui vise à insérer le PSU dans des configurations territoriales, en l’occurrence surtout des départements. Présentées dans la première partie de l’ouvrage, les investigations menées en Bretagne, où ce parti constitue un acteur politique majeur, sont les plus poussées. Dans cette région, la structuration du PSU autour de filières d’élus locaux et de militants issus des réseaux chrétiens pose les bases de l’essor du PS à partir de 1974. En orientant la focale vers d’autres départements (Ardennes, Basses-Alpes, Creuse, Drôme, Gironde, Hérault, Loire, Saôneet-Loire, Vendée, Yonne), la deuxième partie souligne le caractère pluriel du PSU dans les régions. Sont en particulier analysées les difficultés qu’ont les cadres de ce mouvement à obtenir des résultats électoraux significatifs et un ancrage militant conséquent. De l’ensemble de ces lectures localisées, il ressort que la naissance du PSU repose souvent moins sur une rupture radicale avec le passé que sur une continuité militante avec la SFIO. Il apparaît aussi que l’hétérogénéité militante ne conduit pas forcement à des conflits quotidiens, en raison d’une juxtaposition de structures (fédérations, sections) qui fonctionnent de manière autonome et où se retrouvent des militants relativement proches. Les contributions de la troisième partie de l’ouvrage éclairent les rapports pratiques et symboliques que les militants du PSU entretiennent avec différents groupes sociaux (étudiants, enseignants, paysans, femmes, immigrés). Apparaît alors l’importance du polyengagement de ces socialistes inscrits dans d’autres organisations. Cette pluri-appartenance est singulière, car les réseaux dans lesquels sont investis les militants PSU sont hétérogènes, voire opposés. Et l’implication dans ces associations et syndicats peut primer sur l’engagement au sein du parti.

3 L’étude de ce petit parti enrichit l’analyse des partis en ce qu’elle invite le chercheur à ne pas centrer sa réflexion uniquement sur l’organisation en elle-même. Le PSU apparaît en effet comme un lieu de passage, qui est à relier à l’engagement au sein d’autres partis, que ce soit en amont (Union de la gauche socialiste, Parti socialiste autonome) ou en aval (Fédération de la gauche démocrate et socialiste, PS, Verts). Ce rôle transitoire est symbolisé par l’intégration d’une majorité de ses adhérents au PS lors des Assises du socialisme d’octobre 1974. La question des départs est donc incontournable lorsque l’on se penche sur ce « parti passoire » au turn over important. Parmi les pistes de recherche susceptibles d’approfondir la connaissance de ce mouvement, nous voudrions en pointer une seule : le prolongement de l’investigation sur l’appareil central et son travail d’encadrement des réseaux militants locaux permettraient de mieux comprendre les conditions de l’éclatement de l’institution partisane en « divers PSU » et de la non-émergence d’une identité partisane structurante.

4 Julian Mischi – INRA, Département des sciences sociales


Date de mise en ligne : 01/09/2010

https://doi.org/10.3917/rfsp.604.0805g