Compte rendu

Li (Cheng), ed. – Bridging Minds across the Pacific : US-China Educational Exchanges, 1978-2003 – New York, Lexington Books, 2005. 264 p.

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  • Lo Porto-Lefébure, A.
(2009). Li (Cheng), ed. – Bridging Minds across the Pacific : US-China Educational Exchanges, 1978-2003 – New York, Lexington Books, 2005. 264 p. Revue française de science politique, . 59(5), X-X. https://doi.org/10.3917/rfsp.595.1021j.

  • Lo Porto-Lefébure, Alessia.
« Li (Cheng), ed. – Bridging Minds across the Pacific : US-China Educational Exchanges, 1978-2003 – New York, Lexington Books, 2005. 264 p. ». Revue française de science politique, 2009/5 Vol. 59, 2009. p.X-X. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-francaise-de-science-politique-2009-5-page-X?lang=fr.

  • LO PORTO-LEFÉBURE, Alessia,
2009. Li (Cheng), ed. – Bridging Minds across the Pacific : US-China Educational Exchanges, 1978-2003 – New York, Lexington Books, 2005. 264 p. Revue française de science politique, 2009/5 Vol. 59, p.X-X. DOI : 10.3917/rfsp.595.1021j. URL : https://shs.cairn.info/revue-francaise-de-science-politique-2009-5-page-X?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rfsp.595.1021j


Notes

  • [20]
    D. Eleanor Westnay, Imitation and Innovation. The Transfer of Western Organizational Patterns in Meiji Japan, Cambridge, Harvard University Press, 1987.

1 L’« Open Door Policy » de 1978 restera dans l’histoire comme l’une des décisions majeures prises par Deng Xiaoping. La politique d’ouverture s’est traduite par l’envoi de dizaines de milliers d’étudiants à l’étranger pour qu’ils deviennent les vecteurs de la modernisation technologique, scientifique et économique du pays. Ces étudiants – au nombre de 700 200 entre 1978 et 2003 selon les statistiques du ministère de l’Éducation chinois – sont aujourd’hui en partie (30 à 35 %) revenus en Chine et, même lorsqu’ils sont restés à l’étranger, ils ont été les instruments de l’insertion des institutions chinoises dans les réseaux internationaux.

2 Les États-Unis ont été et demeurent la première destination étrangère des étudiants chinois. C’est aux États-Unis que sont envoyés les 52 premiers étudiants et chercheurs de la Chine post-Mao en décembre 1978, d’abord à Georgetown pour quelques mois d’apprentissage linguistique, puis dans d’autres grandes universités (University of California à Berkeley, MIT, Columbia University, Princeton University…) pour poursuivre des études en sciences naturelles et de l’ingénieur. Plusieurs cohortes ont suivi la première, d’abord sous le pilotage exclusif du gouvernement, puis de plus en plus à l’initiative des intéressés eux-mêmes.

3 Faisant appel à quelques-uns des principaux spécialistes de l’enseignement supérieur en Chine, Li Cheng se propose d’esquisser un bilan de ces 25 ans d’échanges d’étudiants entre la Chine et les États-Unis, pour en mesurer les conséquences sur les relations entre les deux pays.

4 L’une des questions majeures de l’ouvrage est, en effet, de savoir si l’importance des flux étudiants de la Chine vers les États-Unis, et plus récemment des États-Unis vers la Chine, a contribué au dialogue politique, voire à façonner les positions des dirigeants chinois et américains dans une meilleure connaissance des enjeux respectifs. Les élites politiques et intellectuelles chinoises formées aux États-Unis sont-elles porteuses de valeurs et idées « américaines », à savoir pro-démocratiques et libérales ? Quel rôle jouent-elles dans la mutation culturelle de la société chinoise ? Contribuent-elles à la diffusion de normes américaines ?

5 Bien entendu, les échanges culturels et la confrontation de la Chine avec des idées étrangères ne datent pas de 1978. L’inspiration occidentale est présente dans les diverses vagues de la modernisation inachevée de la Chine entre le début du 19e siècle et l’avènement du communisme.

6 Dans un chapitre dédié à l’histoire comparée des deux grandes universités Fudan et Peking University, Ruth Hayoe, spécialiste du système éducatif chinois, rappelle l’influence que les parcours de leur grands présidents, Li Denghui pour Fudan et Cai Yuanpei pour Peking University, ont eu, entre 1911 et 1949, sur les projets éducatifs et le développement futurs des deux établissements. Diplômé à Yale en 1899, Li Denghui a adapté l’esprit du collège américain au contexte shanghaien, en cherchant à reproduire la forte interconnexion entre formation morale et intellectuelle. Il a favorisé l’engagement civique des étudiants, des professeurs et de l’institution elle-même, à travers notamment la mise en œuvre d’une série d’expérimentations pédagogiques. Peking University s’est construite, quant à elle, sous l’impulsion de Cai Yuanpei, formé en France et surtout en Allemagne, sur la défense de la liberté académique et du pluralisme des positions intellectuelles.

7 Dès le début du 20e siècle, ces deux visions ont alimenté un débat plus large sur la séparation des milieux académiques et politiques. Pendant la période nationaliste, les deux modèles – européen d’un côté et américain de l’autre – s’opposent par experts et rapports interposés. Si les Européens essayent de convaincre les Chinois que, du fait de l’ancienneté de leur histoire, leurs institutions sont des modèles plus pertinents pour la Chine, les Américains, au contraire, invitent leurs interlocuteurs à se tourner vers l’avenir sans s’embarrasser du poids de leurs traditions et institutions. Les débats sont plus actuels que jamais…

8 Le modèle américain a pu s’imposer dans un grand nombre de domaines grâce à la surreprésentation des Chinois formés aux États-Unis dans les positions dirigeantes des institutions d’enseignement supérieur et de recherche. C’est l’une des conclusions de l’étude de Li Cheng sur les données biographiques des présidents, vice-présidents et secrétaires du PCC des 100 meilleures universités de Chine et de 2 100 professeurs qui ont étudié à l’étranger et enseignent aujourd’hui dans l’une des 25 meilleures universités du pays. Outre la supériorité numérique des diplômes américains, l’étude révèle une tendance à l’accentuation des tensions entre « returnees » et collègues formés en Chine. La reforme de Peking University de 2003, réalisée sous l’impulsion de Min Weifang (PhD à Stanford), a permis de renouveler considérablement le corps enseignant de l’université et de bouleverser les modes de recrutement des professeurs au profit des « returnees » et au nom d’objectifs d’internationalisation et de compétitivité.

9 La querelle entre « anciens » et « modernes » – c’est-à-dire entre ceux qui présentent un cursus entièrement chinois et ceux qui ont bénéficié d’une expérience étrangère – est fondée sur de réelles différences. Comme le montrent Stanley Rosen et David Zweig (chapitre 5), les résultats académiques, les réseaux internationaux, la capacité à trouver des financements, l’évolution des carrières augmentent lorsque l’on possède un « capital transnational », c’està-dire des ressources faites de liens et de connaissances internationales. Selon l’étude réalisée auprès de 200 professeurs chinois, ce capital transnational permet une amélioration statutaire et du niveau de vie, mais il profite également à l’institution d’accueil, voire à l’ensemble de la communauté académique chinoise. À titre d’exemple, la recherche et les programmes d’enseignement en Relations internationales et en Administration publique ont pu se développer en Chine dans les années 1990 grâce à l’action de quelques « passeurs » chinois partis aux États-Unis dans les années 1980, qui ont, à leur retour, traduit, publié, organisé des séminaires internationaux et permis la renaissance de ces disciplines en Chine. De la même façon, les principales réformes de la fonction publique, du droit administratif, ainsi que la référence à la « Rule of Law » sont en grande partie le produit de la diffusion d’idées venues des États-Unis via la mobilité étudiante.

10 Bridging Minds across the Pacific documente l’ampleur des échanges académiques sino-américains et l’influence des diplômés aux États-Unis au sein de l’élite intellectuelle universitaire chinoise. La lecture de l’ouvrage permet de saisir le statut et le rôle de ces « returnees » dans la diffusion de savoirs, modèles, idées et normes. Les auteurs soulignent l’action volontariste du gouvernement chinois dans la recherche d’informations et de modèles aux États-Unis, mais la stratégie d’influence américaine inverse est également rappelée et illustrée par de nombreux exemples.

11 Au-delà du Pacifique, les transformations chinoises sont le fruit d’influences multiples et croisées. Tout comme les États-Unis, les pays européens, le Japon et Singapour ont également inspiré les réformateurs chinois. Centré sur les échanges sino-américains, l’ouvrage se limite cependant à évoquer ces influences sans en approfondir les dynamiques et les complémentarités. Si, du point de vue numérique, les échanges académiques entre États-Unis et Chine constituent la nette majorité, les universités américaines ont été pour beaucoup de jeunes Chinois le lieu de rencontre avec les idées, les théories et les expériences d’un univers beaucoup plus vaste, tout comme les publications américaines ont été, dans les années 1980 et 1990, le principal relais pour connaître les sciences humaines et sociales européennes. Il serait utile de poursuivre la piste ouverte par Li Cheng en l’élargissant, de façon à avoir un aperçu plus complet du travail de sélection et de synthèse, d’« imitation et innovation » [20], que la Chine est en train de réaliser, à l’instar du Japon de Meiji.

12 Alessia LEFÉBURE
Sciences Po, CSO


Date de mise en ligne : 01/01/2010

https://doi.org/10.3917/rfsp.595.1021j