Le discours du progrès dans l'Histoire de la civilisation en Europe de Guizot
L'historien rattrapé par son sujet
- Par Stéphane Zékian
Pages 55 à 82
Citer cet article
- ZÉKIAN, Stéphane,
- Zékian, Stéphane.
- Zékian, S.
https://doi.org/10.3917/rfhip.023.0055
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Notes
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[1]
Stéphane Zékian est ATER en lettres modernes à l'Université Paris IV.
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[2]
Guizot, Histoire de la civilisation en Europe depuis la chute de l'empire romain jusqu'à la révolution française, nouvelle édition, Paris, Didier, 1846. Tous les chiffres entre parenthèses renvoient à la pagination de cette édition.
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[3]
Lucien Febvre, « Civilisation : évolution d'un mot et d'un groupe d'idées », in Civilisation, le mot et l'idée, Première semaine internationale de synthèse, 2e fasc., Paris, 1930. Article repris dans Pour une histoire à part entière, Paris, Sevpen, 1962. Nous citons cette édition, p.517.
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[4]
Fernand Braudel, Écrits sur l'histoire [1969], Paris, Champs Flammarion, 1984, p.267.
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[5]
La bibliographie sur la notion de civilisation est plus qu'abondante : outre la contribution déjà mentionnée de Lucien Febvre, on peut se reporter à Joachim Moras, Ursprung und Entwicklung des Begriffs der Zivilisation in Frankreich (1756-1830), Hambourg, 1930 ; Jean Starobinski, « Le mot Civilisation », Le Temps de la réflexion, IV, 1983, p. 13-51 (repris dans Le Remède dans le mal. Critique et légitimation de l'artifice à l'âge des Lumières, Paris, Gallimard, 1989) ; André Banuls, « Les mots Culture et civilisation en français et en allemand », Études germaniques, avril-juin 1969, p. 171-180 ; E. de Dampierre, « Note sur `culture' et `civilisation' », Comparative Studies in Society and History, t. 3, 1961, p. 328-340 ; Pierre Kaufmann, « Culture et civilisation », Encyclopédie Universalis ; Henri-Irénée Marrou, « Culture, civilisation, décadence », Revue de synthèse, XV, 1938, p. 133-160 ; Émile Benveniste, « Civilisation. Contribution à l'histoire du mot », in Hommage à Lucien Febvre, Paris, 1954, repris dans Problèmes de linguistique générale, 1, Paris, Gallimard, 1966, p. 336-345 ; R.G. Collingwood, « Ce que `la civilisation' veut dire » [ca. 1940], traduit par Lucien Carrive, Cités. Philosophie. Politique. Histoire, no12, 2002, p. 149-185. On trouvera une synthèse utile dans Philippe Béneton, Histoire de mots : culture et civilisation, Paris, Presses de la fondation nationale des sciences politiques, 1975.
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[6]
Jean Starobinski, loc. cit., p.16.
-
[7]
Judith Schlanger, « Le moment présent dans les philosophies de l'histoire », L'Invention du xixe siècle. Le xixe siècle par lui-même (littérature, histoire, société), textes réunis et publiés par Alain Corbin, Pierre Georgel, Stéphane Guégan, Stéphane Michaud, Max Milner et Nicole Savy, Paris, Klincksieck et les Presses de la Sorbonne nouvelle, t. 1, 1999, p. 125-141. Citation p. 139.
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[8]
Jean Starobinski, loc. cit., p. 17.
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[9]
E. de Dampierre, loc. cit., p. 334. Benveniste illustre la même idée, bien qu'il semble refuser au progrès la transparence familière de l'article défini : « De la barbarie originelle à la condition présente de l'homme en société, on découvrait une gradation universelle, un lent procès d'éducation et d'affinement, pour tout dire un progrès constant dans l'ordre de ce que la civilité, terme statique, ne suffisait plus à exprimer et qu'il fallait bien appeler la civilisation pour en définir ensemble le sens et la continuité », loc. cit., p. 340. Nous soulignons ici l'usage de l'article indéfini.
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[10]
Pierre Rosanvallon, Le moment Guizot, Paris, Gallimard, 1985, p. 253. De son côté, Jacques Billard renforce encore, s'il en était besoin, cette unanimité : « la thèse de Guizot est que la civilisation est le progrès conjoint, quoique souvent décalé, entre le développement de la société et le développement moral de l'homme », in De l'école à la République. Guizot et Victor Cousin, Paris, PUF, 1998, p. 40.
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[11]
Émile Benvéniste, « Les relations de temps dans le verbe français », Problèmes de linguistique générale, op. cit., t. 1, p. 237 sqq.
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[12]
Benvéniste, op. cit., p. 239.
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[13]
Harald Weinrich parlerait en l'occurrence de « discours commentatif », par opposition au « discours narratif » (Le Temps, Paris, Le Seuil, 1973).
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[14]
Toute l'orientation de ce paragraphe explique que nous préférions le terme « sujet » à celui d'« objet », dans la mesure où il offre une ambiguïté riche de sens en confondant sous un même vocable les deux sens de thème abordé et d'énonciateur : le sujet désigne potentiellement à la fois celui qui parle et ce dont il parle.
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[15]
On appelle indices d'énonciation « certaines formes de la langue [...] [qui] ne peuvent s'expliquer qu'en remontant aux éléments constitutifs de l'acte d'énonciation » (M. Riegel, J.-C. Pellat, R. Rioul, Grammaire méthodique du français, Paris, PUF, 1994, p. 576).
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[16]
Voir François Hartog, « Temps et histoire. `Comment écrire l'histoire de France ?' », Annales HSS, novembre-décembre 1995, no6, p. 1219-1236. Le régime d'historicité se définit comme « une formulation savante de l'expérience du temps qui, en retour, modèle nos façons de dire et de vivre notre propre temps » (p. 1220). La substance de cet article a été largement reprise dans Régimes d'historicité. Présentisme et expérience du temps, (Paris, Le Seuil, 2003) où l'auteur développe ses vues sur le sujet.
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[17]
Reinhart Koselleck, Le Futur passé. Contribution à la sémantique des temps historiques [1979], traduit de l'allemand par Jochen Hoock et Marie-Claire Hoock, Paris, Éditions de l'EHESS, 1990. Il s'agit d'un recueil d'articles dont la publication initiale s'échelonne de 1965 à 1977.
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[18]
François Hartog, loc. cit, p. 1220.
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[19]
Reinhart Koselleck, op. cit., p. 32.
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[20]
Voir Reinhart Koselleck, « Le concept d'histoire » [1975], L'expérience de l'histoire, traduit de l'allemand par Alexandre Escudier, Paris, Gallimard-Le Seuil, 1997, p. 15-101. Voir également sa synthèse sur le concept de progrès, « Fortschritt », Geschichtliche Grundbegriffe. Historisches Lexikon zur politisch-sozialen Sprache in Deutschland, Otto Brunner, Werner Conze, Reinhart Koselleck (éd.), Stuttgart, Ernst Klett Verlag, 1975, t. 2, p. 351-425.
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[21]
Reinhart Koselleck, op. cit., p. 48.
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[22]
Reinhart Koselleck, op. cit., p. 49-50.
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[23]
Pour aller dans le même sens, évoquons, dans les Mémoires pour servir à l'histoire de mon temps, ces lignes où Guizot commente une lettre écrite par lui en 1820, soit quarante ans plus tôt : « Je suis frappé aujourd'hui [...] du mélange de vérité et d'erreur [...] que contient cette lettre, à laquelle les événements postérieurs ont donné tout à tour raison et tort » [nous soulignons], cité dans René Rémond, « Le philosophe de l'histoire chez Guizot », Actes du colloque François Guizot [1974], Paris, 1976, p. 277.
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[24]
La cinquième leçon donne à lire des remarques analogues : « Quand la liberté règne dans le monde intellectuel ; quand la pensée, la conscience humaine ne sont point assujetties à un pouvoir qui leur conteste le droit de débattre, de décider et emploie la force contre elle [...]. Tel est à peu près aujourd'hui l'état du monde » (146). On lit aussi, dans la onzième leçon : « Ces événements nous sont parfaitement intelligibles aujourd'hui. Nous comprenons très bien... » (311-312). C'est en ce sens que la capacité d'articuler une histoire du progrès se conçoit aussi comme une preuve des progrès de l'esprit humain. Théorie et pratique se prêtent en l'occurrence un appui sans faille.
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[25]
Voir par exemple Laurent Théis, « Guizot et les institutions de mémoire », Lieux de mémoire, Pierre Nora (dir.), II, La Nation, t. 2, Paris, Gallimard, 1986, p. 576 notamment. Voir également Gabriel de Broglie, Guizot, Paris, Perrin, 1990, p. 89.
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[26]
Lucien Febvre, loc. cit., p. 501-502. Nous soulignons.
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[27]
Lucien Febvre écrit que le mouvement révolutionnaire était nécessairement un mouvement optimiste tourné tout entier vers l'avenir. Derrière cet optimisme, [...] une philosophie : celle du progrès », loc. cit., p. 512. Nous soulignons.
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[28]
François Hartog précise ainsi la définition du nouveau régime d'historicité : dans cette nouvelle économie du temps, « l'exemplaire, comme tel, disparaît pour faire place à ce qui ne se répète pas. Le passé est par principe dépassé. L'avenir, c'est-à-dire le point de vue de l'avenir, commande », loc. cit., p. 1221. Nous soulignons.
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[29]
On pense bien sûr aux propos de Julien Gracq : « Que dire à ces gens qui, croyant posséder une clef, n'ont de cesse qu'ils aient disposé votre uvre en forme de serrure ? », in Lettrines, Paris, José Corti, 1967, p. 48.
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[30]
Le terme « système » ne paraîtra peut-être pas trop fort si l'on rappelle cette phrase de Guizot : « l'esprit humain, élevé et affranchi, comprend mieux l'ensemble des choses, sait porter de tous côtés ses regards, et faire entrer dans ses combinaisons tout ce qui est » (93).
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[31]
On a déjà pu parler, à propos de Condorcet, d'« une espèce de défaite de l'érudition, puisque le xviiie siècle français n'a pas vu se déployer les méthodes et les techniques mises au point par Mabillon et Fréret. Le primat de l'analyse rationnelle a favorisé une histoire plus sensible à la marche du progrès qu'à la spécificité des événements et des époques historiques » (Nicolas Piqué, L'histoire [anthologie commentée], Paris, 1998, p.98).
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[32]
Sans doute faut-il insister sur ce paradoxe incarné par Guizot : celui qui organisera la redécouverte érudite du passé national (fondée notamment sur une politique éditoriale dont la Collection des mémoires relatifs à l'histoire de France depuis la fondation de la monarchie jusqu'au xiiie siècle donne une idée de l'ampleur) n'échappe pourtant pas au phénomène. De ce point de vue, la question des usages de l'érudition dans ce premier xixe siècle semble appeler une étude particulière.
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[33]
Georg Simmel, Les Problèmes de la philosophie de l'histoire. Une étude d'épistémologie, traduction française de Raymond Boudon, Paris, PUF, 1984, p. 221. La section 11 du chapitre 3 s'intitule « Un exemple de problème historique général : le progrès historique ».
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[34]
Voir les remarques d'André Banuls (loc. cit, p. 174-175), en particulier sur Baudelaire, Flaubert et Bourget.
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[35]
Charles Péguy, Clio [1909-1914], Paris, Gallimard, 1932, p. 48-49.
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[36]
Jacques Billard, op. cit., p. 39.
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[37]
Cité par Krzysztof Pomian, L'ordre du temps, Paris, Gallimard, 1984, p. 149. Dans une optique comparable, on lira avec profit les remarques d'Edward Hallet Carr : « Si nous voulons maintenir l'hypothèse du progrès, il nous faut accepter la condition de la ligne brisée », in Qu'est-ce que l'histoire ?, [1961] traduction française de Maud Sissung, Paris, La Découverte, 1988, p. 180.
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[38]
Parmi de nombreuses autres occurrences, citons les pages 39, 69, 81 et 196. Ailleurs, l'auteur s'en remet même à « l'atelier de la Providence » (171) !
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[39]
Sur ce point, voir Paul Bénichou, Le temps des prophètes. Doctrines de l'âge romantique, Paris, Gallimard, 1977, p. 32.
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[40]
Cette érudition est d'ailleurs explicitement tenue pour acquise : Guizot demande plus d'une fois à son auditoire de le croire sur parole (voir notamment la deuxième leçon). La connaissance des faits reste donc en amont, mais son bénéfice profite à la crédibilité d'un cours essentiellement consacré à la théorie que ces faits permettent d'articuler.
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[41]
Voir par exemple Sophie-Anne Leterrier, Le xixe siècle historien. Anthologie raisonnée, Paris, Belin, 1997, p. 35 sqq.
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[42]
Françoise Waquet, Parler comme un livre. L'oralité et le savoir (xvie-xxe siècle), Paris, Albin Michel, 2003, p. 51.
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[43]
Reinhart Koselleck, Le Futur passé, op.cit., p.45. Koselleck cite Fénelon, mais on pourrait aussi évoquer Voltaire : « il faut une exposition, un n ud et un dénouement dans une histoire comme dans une tragédie » (lettre à Hénault, janvier 1752).
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[44]
Reinhart Koselleck, ibid.
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[45]
Reinhart Koselleck, Le Futur passé, op. cit., p. 130.
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[46]
Nous parlerions volontiers à ce propos d'un « grand récit », au sens où Georg Henrik von Wright, à la suite de Jean-François Lyotard, emploie cette expression : « On peut dire que la modernité a remplacé [les grands récits pré-modernes] par d'autres récits non moins absolutistes sur l'éducation de l'humanité vers la terre promise de la liberté et de la raison où elle devait entrer après l'effondrement des anciens dieux. Un de ces grands récits est celui que j'ai appelé le mythe moderne du progrès », Le Mythe du progrès [1993], traduction française de Philippe Quesne, Paris, L'Arche, 2000, p. 68.
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[47]
Georges Canguilhem, « La décadence de l'idée de Progrès », Revue de métaphysique et de morale, no 4, 1987, p. 437-454.
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[48]
Voir notamment la page 438 : « Et si la confrontation Hugo-Kant n'est pas jugée tout à fait fantaisiste, pourquoi ne pas la prolonger en remarquant que l'irréversibilité du progrès historique est apparentée par Hugo à l'irréversibilité du cours d'un fleuve que Kant avait invoquée, dans le Deuxième Analogie de l'Analytique transcendantale, pour donner à entendre ce qu'il nommait la succession objective des phénomènes, c'est-à-dire l'ordre irréversible de la causalité ? Il n'est pourtant pas correct, pour la constitution du cours et du sens de l'histoire des hommes, de tenir le progrès comme l'analogue de la causalité pour la constitution d'une science de la nature. Le progrès selon Kant n'est pas appelé à fonctionner comme une catégorie ». Le texte de Hugo sur lequel Canguilhem s'appuie ici est extrait des Misérables.
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[49]
Krzysztof Pomian, L'Ordre du temps, Paris, Gallimard, 1984, p. 23 sqq.
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[50]
Cité par Gabriel de Broglie, Guizot, Paris, Perrin, 1990, p. 102.
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[51]
Riegel, Pellat, Rioul, op. cit., p. 303. Nous soulignons.
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[52]
Pierre Rosanvallon, op. cit., p. 200.
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[53]
Outre les travaux de Laurent Théis et Jacques Billard déjà mentionnés, ainsi que les pages de Rosanvallon consacrées à ce sujet (op. cit., p. 231-255), on lira la deuxième section des Actes du colloque François Guizot [1974] (op. cit., p. 47-109) qui analyse les rapports de « Guizot et l'enseignement » (Maurice Gontard, « Guizot et l'instruction populaire. La loi du 28 juin 1833 » ; Paul Gerbod, « François Guizot et l'instruction secondaire » ; André Zweyacker, « Guizot et l'enseignement primaire protestant »), mais également l'essai récent de Christian Nique, François Guizot, l'école au service du gouvernement des esprits, Paris, Hachette, 1999.
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[54]
Cité par Pierre Rosanvallon, op. cit., p. 201.
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[55]
Paul Ricoeur, Temps et récit, t. 3, Paris, Le Seuil, 1985, p. 382-383.
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[56]
Pierre Rosanvallon, op. cit., p. 202.
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[57]
En l'occurrence, j'emprunte cette expression à Olivier Ihl, « Conspirations et science du pouvoir chez François Guizot », Revue française d'histoire des idées politiques, no 19, 1er semestre 2004, p. 128.
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[58]
Reinhart Koselleck, op. cit., p. 53.
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[59]
Voir Jacques Billard, op. cit., p. 37. On se souvient a contrario des préventions de Jacob Burckhardt contre cette alliance disciplinaire au principe d'une philosophie de l'Histoire. Dans ses Considérations sur l'histoire universelle, il écrira en effet que « celle-ci est un monstre hybride, une contradictio in adjecto, car l'histoire qui coordonne est la négation de la philosophie, tandis que la philosophie, qui subordonne, est la négation de l'histoire ».
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[60]
Pierre Rosanvallon, op. cit., p. 203. Cette phrase date de 1817.
Résumé
Cette étude se propose d’analyser certains aspects du soubassement historiographique de la pensée politique de François Guizot. S’il est certain que sa politique scolaire est largement fondée sur une vision progressiste de l’histoire, on n’a peut être pas assez souligné la part qui revient à la rhétorique dans l’élaboration de cette pensée du progrès. Ainsi, l’exposé de 1828 peut-il non seulement se lire comme un cours d’histoire, mais également s’entendre comme une injonction politique à effet immédiat. Le sens de cet article est de repérer les voies par lesquelles l’évocation du passé peut ainsi se conjuguer au présent.
Abstract
This paper intends to study some aspects of the historiographic fundaments of François Guizot’s political thought. Surely enough, Guizot’s educational policy was based on a progressist view of history but one has tended to overlook the part played by rhetorics in the elaboration of this view of progress. The 1828 account may be read as a lecture on history but may also be understood as a political injunction compelling immediate effects. The aim of this paper is to discover the ways through which the evocation of the past can thus be conjugated in the present tense.