Y a-t-il eu une « Révolution conservatrice » sous la République de Weimar ?
- Par Gilbert Merlio
Pages 123 à 141
Citer cet article
- MERLIO, Gilbert,
- Merlio, Gilbert.
- Merlio, G.
https://doi.org/10.3917/rfhip.017.0123
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- MERLIO, Gilbert,
https://doi.org/10.3917/rfhip.017.0123
Notes
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[1]
Gilbert Merlio est professeur d’études germaniques à l’Université de Paris IV.
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[2]
Internationale Zeitschrift für Philosophie, herausgegeben von Günter Figal und Enno Rudolph, Stuttgart, Metzler, 2000, Heft 2, p. 145-156. Cet article a été republié dans le N° 6 des Carnets. Revue du Centre de recherche et de documentation Ernst Jünger (édités par Danièle Beltran-Vidal à Montpellier), 2001, p. 9-26.
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[3]
Stefan Breuer, Anatomie der konservativen Revolution, Darmstadt 1993. Traduction française d’Olivier Mannoni : Anatomie de la Révolution conservatrice, Paris, 1996 ; Grundpositionen der deutschen Rechten (1871-1945), Tübingen 1999 ; Ordnungen der Ungleichheit-die deutsche Rechte im Widerstreit ihrer Ideen 1871-1945, Darmstadt 2001.
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[4]
« Le processus dont je parle n’est rien d’autre qu’une révolution conservatrice d’une ampleur inouie dans l’histoire européenne ».
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[5]
En 1876, Dostoïesvki appelle ses compatriotes à être en Europe des « révolutionnaires par conservatisme » et Charles Maurras réclame au début du xxe siècle une « révolution conservatrice », « une Restauration, un retour à l’ordre ».
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[6]
Breuer signale aussi une occurrence du terme, pris dans un sens tout différent, dans un discours de Friedrich Engels, le 22 février 1848 !
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[7]
Breuer, Anatomie p. 1.
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[8]
En fait, en les présentant comme les « trotzkistes » du national-socialisme, Mohler admet malgré tout une proximité.
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[9]
Seuls en fait les trois premiers groupes comptent vraiment et seront dorénavant au centre des préoccupations des théoriciens de la « Révolution conservatrice ». Mohler lui-même, dans la bibliographie commentée jointe à son opus magnum lors de la réédition de ce dernier à la Wissenschaftliche Buchgesellschaft de Darmstadt en 1989, passe sous silence le Landvolkbewegung.
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[10]
Kurt Sontheimer, Antidemokratisches Denken in der Weimarer Republik, Studienausgabe mit einem Ergänzungsteil, München 1968. Ce livre, qui constitue toujours un ouvrage de référence, n’a malheureusement pas été traduit en français.
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[11]
C’est évidemment le cas pour les historiens de la RDA comme Johannes Petzold, Konservative Theoretiker des deutschen Faschismus, Berlin-Ost, 1978.
-
[12]
Jean-Pierre Faye, Langages totalitaires, Paris, 1972.
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[13]
Heide Gerstenberger, Der revolutionäre Konservativismus. Ein Beitrag zur Analyse des Liberalismus, Berlin, 1989.
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[14]
On trouvera les travaux du groupe de Strasbourg réunis dans l’ouvrage collectif : Louis Dupeux (dir.), La « Révolution conservatrice » dans l’Allemagne de Weimar, Paris, 1992
-
[15]
Denis Goeldel, Moeller van den Bruck (1876-1925). Un nationaliste contre la révolution. Contribution à l’étude de la « Révolution conservatrice » et du conservatisme allemand du xxe siècle., Frankfurt/M. e.a., 1984.
-
[16]
Louis Dupeux, National-bolchevisme en Allemagne sous la République de Weimar. Stratégie communiste et dynamique conservatrice. Essai sur les différents sens de l’expression « National-bolchevisme »,Paris, 1976. Traduction allemande de R. Kirchhoff : « Nationalbolschewismus » in Deutschland 1919-1933, München 1985.
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[17]
Jeffrey Herf, Reactionnary Modernism. Technology, Culture, and Politics in Weimar and the Third Reich, New York 1984.
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[18]
Gilbert Merlio, « La « Révolution conservatrice » : contre-révolution ou révolution d’un nouveau type » in : Manfred Gangl/Hélène Roussel, Les intellectuels et l’État sous la République de Weimar, Rennes 1992, p. 39-54.
-
[19]
Otto-Ernst Schüddekopf, Linke Leute von rechts. Die nationalrevolutionären Minderheiten und der Kommunismus in der Weimarer Republik, Stuttgart 1960. Les éditions ultérieures portent le titre : Nationalbolschewismus in Deutschland 1918-1933.
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[20]
Panajotis Kondylis, Konservativismus. Geschichtlicher Gehalt und Untergang, Stuttgart 1986.
-
[21]
Cf. l’expression bien connue de Guillaume II à l’adresse des sociaux-démocrates qu’il qualifie de « types sans patrie » ( vaterlandslose Gesellen).
-
[22]
Gilbert Merlio, « Le concept de « Révolution conservatrice ». À propos de deux ouvrages de Stefan Breuer » in : Études germaniques, oct. déc. 1997, p. 673-688.
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[23]
München 1986, traduction de l’édition anglaise : The politic of cultural despair. A study in the rise of Germanic ideology, Berkeley 1961.
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[24]
Il est vrai, comme l’affirme Breuer p. 8 de son ouvrage Grundpositionen…, dont il sera question plus loin, qu’il est difficile de trouver des points communs entre le conservateur Ernst Ludwig von Gerlach, qui considérait l’État comme une grande famille, et Willibald Hentschel qui, au tournant du xxe siècle, s’efforçait dans ses communautés « Mittgart » de sélectionner une race supérieure. Le dénominateur commun existe puisque Hentschel, tout en pratiquant un eugénisme moderne, essaie ainsi de restaurer la pureté de la race « normande-saxonne » dont l’évolution moderne a causé la dégénérescence. Le conservatisme est toujours une recherche de l’origine.
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[25]
L’opposition entre une « communauté » fondée sur des liens historiques et affectifs et une société fondée sur le contrat a été théorisée par le sociologue Ferdinand Tönnies dans son livre Communauté et société paru pour la première fois en 1887. Cette opposition, d’origine romantique, et qui recoupe l’antithèse culture/civilisation, a enrichi l’arsenal idéologique des droites allemandes déplorant l’avènement d’une société moderne individualiste et plaidant pour le retour ou la recréation d’une « communauté » organique.
-
[26]
Op. cit. ; p. 121
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[27]
Qu’il n’y ait qu’une différence de degré, c’est-à-dire qu’il n’y ait pas d’opposition discriminante, S. Breuer semble l’admettre p. 15 de son dernier livre : Ordnungen der Ungleichheit, Darmstadt 2001, voir plus bas.
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[28]
Rolf Peter Sieferle, Die Konservative Revolution. Fünf biographische Skizzen, Frankfurt/ Main, 1995. Ces « esquisses biographiques » sont celles de Paul Lensch, Werner Sombart, Oswald Spengler, Ernst Jünger, Hans Freyer.
-
[29]
Cf. Sieferle p. 22.
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[30]
Cf. Gilbert Merlio, « Die Idee einer Revolution von rechts am Ende der Weimarer Republik » in : Barbara Koehn, La Crise de la modernité européenne, Presses Universitaires de Rennes, 2001.
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[31]
Stefan Breuer, Grundpositionen der deutschen Rechten (1871-1945), Tübingen 1999 ; et surtout Ordnungen der Ungleichheit- die deutsche Rechte im Widerstreit ihrer Ideen, Darmstadt, 2001.
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[32]
En 1995, Stefan Breuer a publié à la Wissenschaftliche Buchgesellschaft de Darmstadt un livre sur le Cercle de George : Ästhetischer Fundamentalismus. Stefan George und der deutsche Antimodernismus.
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[33]
Auteur en 1927 d’un ouvrage critiquant la démocratie « Le règne des inférieurs ».
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[34]
Martin Greiffenhagen, Das Dilemma des Konservatismus, München 1971.
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[35]
Aspects du fondamentalisme national en Allemagne de 1890 à 1945, Presses Universitaires de Strasbourg, 2001.
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[36]
Breuer, Gab es…, p. 156.
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[37]
Stefan Breuer, « Rudolf Borchardt und die “Konservative Revolution” in : Ernst Osterkamp (dir.), Rudolf Borchardt und seine Zeitgenossen, Berlin New York, 1997, p. 370-385 ; “Ein Mann der Rechten ? Thomas Mann zwischen konservativer Revolution, ästhetischem Fundamentalismus und neuem Nationalismus” », in Politisches Denken, Jahrbuch 1997, p. 119-140.
Résumé
On a l’habitude de désigner par « Révolution conservatrice » une nébuleuse d’intellectuels néoconservateurs qui, sous la République de Weimar, tentent de définir une troisième voie entre libéralisme et socialisme prolétarien. Ces intellectuels ne veulent pas d’un retour au vieux nationalisme wilheminien discrédité par la défaite et se démarquent du conservatisme traditionnel par leur approbation de la modernité technicienne et de l’ère des masses. La question de leur responsabilité dans la « mise en acceptabilité idéologique » du nazisme se pose. Mais Stephan Breuer met en cause la pertinence même du « syntagme paradoxal » et propose d’autres idéal-types pour décrire cette nouvelle droite allemande.
Abstract
“The Conservative Revolution” is how one usually designates a constellation of neo-conservative intellectuals during the Weimar Republic, who tried to find out a third way between liberalism and proletarian socialism. Unwilling to go back to the old wilhelminian nationalism which the defeat has discredited, they demarcated themselves from traditional conservatism by approving of technical modernity and the era of the masses. Their responsibility in making nazism “ideologically acceptable” is worth raising, but Stephan Breuer is questioning the relevance of the so-called “paradoxical syntagm” and suggesting that other « ideal types » be used to describe this new German right.