Compte rendu

Yadh Ben Achour, François Dermange, Quel islam pour l’Europe ? Genève, Labor et Fides, coll. « Islams », 2017. 20,2 cm. 124 p. ISBN 978-2-8309-1628-7. € 14

Pages 516u à 517u

Citer cet article


  • Pisani, E.
(2018). Yadh Ben Achour, François Dermange, Quel islam pour l’Europe ? Genève, Labor et Fides, coll. « Islams », 2017. 20,2 cm. 124 p. ISBN 978-2-8309-1628-7. € 14. Études théologiques et religieuses, Tome 93(3), 516u-517u. https://doi.org/10.3917/etr.933.0489u.

  • Pisani, Emmanuel.
« Yadh Ben Achour, François Dermange, Quel islam pour l’Europe ? Genève, Labor et Fides, coll. “Islams”, 2017. 20,2 cm. 124 p. ISBN 978-2-8309-1628-7. € 14 ». Études théologiques et religieuses, 2018/3 Tome 93, 2018. p.516u-517u. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-etudes-theologiques-et-religieuses-2018-3-page-516u?lang=fr.

  • PISANI, Emmanuel,
2018. Yadh Ben Achour, François Dermange, Quel islam pour l’Europe ? Genève, Labor et Fides, coll. « Islams », 2017. 20,2 cm. 124 p. ISBN 978-2-8309-1628-7. € 14. Études théologiques et religieuses, 2018/3 Tome 93, p.516u-517u. DOI : 10.3917/etr.933.0489u. URL : https://shs.cairn.info/revue-etudes-theologiques-et-religieuses-2018-3-page-516u?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/etr.933.0489u


1 Quel islam pour l’Europe ? Quelle Europe pour l’islam ? Telles sont les deux questions posées dans cet ouvrage. Yadh Ben Achour, juriste et constitutionnaliste tunisien de renom, et François Dermange, éthicien, spécialiste d’Adam Smith et de Calvin, s’interrogent tous deux sur la façon de penser l’islam et l’Europe. Ben Achour adopte une vision sociologique, démographique, politique pour identifier les conditions de l’intégration de l’islam en Europe. Son intervention lui permet de relever plusieurs mises au point : primo, il rappelle la nécessité de recourir à l’histoire pour montrer que l’islam appartient à l’histoire de l’Europe ; secundo, il souligne que la barbarie islamiste est une déclinaison de la monstruosité dont l’homme a été capable et est capable, au-delà de toute référence religieuse particulière ; tertio, il rappelle que les variables sociologiques et les politiques internationales ont des conséquences dans les crispations identitaires que nous connaissons ; quarto, il convient de bien voir que l’islam n’est pas un tout monolithique. Dans cette conjugaison des approches, c’est aussi au niveau du psychologique que se positionne le juriste lorsqu’il met en lumière l’existence d’un « psychisme des clôtures » de la part des communautés d’accueil qui ressentent une « impression d’invasion, de colonisation par l’intérieur, en mettant en relief les antagonismes religieux et culturels des deux sociétés » (p. 33). Illustrant cette idée de l’invasion de l’intérieur par l’affaire des minarets suisses, les réactions aux vagues migratoires, et l’émergence des mouvements européens des patriotes, Y. Ben Achour en appelle au dialogue comme « instrument de pacification des consciences » (p. 43). Il repère quatre grandes conditions à ce dialogue : premièrement, la lutte contre certaines formes de nationalisme qui conduisent à la haine de l’autre et qui a son versant dans les attitudes victimaires de certains groupes musulmans. Deuxièmement, l’encouragement de « l’islam libéral », c’est-à-dire « un islam réformé et citoyen » (p. 46). À cet égard, Ben Achour reprend une idée qui lui est chère : « L’idée la plus fondamentale qui doit être intériorisée en premier lieu par l’islam est celle d’une liberté absolue de conscience. Autrement dit, les musulmans doivent accepter des idées étrangères à leur milieu, des idées qui les dérangent, les heurtent ou les choquent » (p. 48). Et de poursuivre : « Le musulman ne doit pas s’arrêter à la liberté de religion, mais atteindre la liberté de conscience » (p. 49). Troisièmement, s’engager contre toute logique antidémocratique. Enfin, s’associer à toutes les forces qui se reconnaissent dans cette dynamique. L’auteur conclut son tableau par un appel à « une laïcité raisonnée fondée sur le rôle de l’État et “l’ordre public européen” » (p. 55) où il soutient le devoir de neutralité de l’État dans le domaine dogmatique, mais l’impérieuse nécessité de la prédominance de l’allégeance citoyenne à la République sur toute autre forme d’appartenance, ce qui bien sûr ne va pas de soi. Si la question de la réforme de l’islam vers un islam libéral est essentielle au dialogue, et à la reconnaissance et à l’intégration des musulmans en Europe, la question demeure de l’impact des réformateurs aujourd’hui travaillant dans le sens de la liberté de conscience et de la prévalence de la citoyenneté. Y. Ben Achour sait bien que la réforme de l’islam a pris depuis un siècle une tout autre orientation : celle des courants qui privilégient l’islam comme une essence et dont l’appartenance s’exprime par une orthopraxie définie par la communauté originelle du viie siècle. L’inventaire des conditions est juste, mais assurément, leur mise en œuvre peine.

2 La deuxième contribution de François Dermange est intitulée « Libéralisme et islam ». Il s’agit clairement de questionner, du point de vue du droit et de l’éthique, l’Europe dans sa capacité à s’ouvrir aux valeurs de l’islam. Pour l’éthicien, l’État libéral a été construit en Europe pour répondre aux guerres de religions et promouvoir la coexistence pacifique. Par suite, il montre que les principes politiques de l’État libéral doivent permettre de répondre au ressenti négatif des revendications identitaires musulmanes en Europe. À cet égard, il met en lumière l’existence d’une tension entre le pôle républicain d’autonomie civique où le destinataire des droits est co-auteur de ses droits, et le pôle libéral qui encadre par des droits l’expression de la majorité. Or, sur ce point, la jurisprudence montre que la mobilisation du bien vient limiter les droits, mais Dermange vient souligner l’absence de clarté de ce concept (p. 105). En conclusion, il pose la question de savoir comment l’Europe doit accueillir l’islam et les autres religions. En soulignant d’emblée qu’elle doit « veiller à ce que la liberté soit garantie à tous : liberté de choisir sa religion, mais aussi de la quitter ou d’en changer, sans risque de condamnation pour apostasie ; liberté aussi de ne pas partager l’éthique de la majorité, du moment que les droits de tous sont également respectés » (p. 108), Dermange rejoint Ben Achour sur la nécessité de reconnaitre la liberté religieuse et la liberté de conscience, fondements d’un islam libéral dans une Europe libérale.

3 Emmanuel Pisani


Date de mise en ligne : 10/01/2019

https://doi.org/10.3917/etr.933.0489u