Compte rendu

Jean Bernier, La critique du Pentateuque de Hobbes à Calmet, Paris, Honoré Champion, coll. « Libre pensée et littérature clandestine 42 », 2010. 22,5 cm. xxv-333 p. ISBN 978-2-7453-2043-8. € 65

Pages 713c à 716c

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  • Duprez, P.
(2016). Jean Bernier, La critique du Pentateuque de Hobbes à Calmet, Paris, Honoré Champion, coll. « Libre pensée et littérature clandestine 42 », 2010. 22,5 cm. xxv-333 p. ISBN 978-2-7453-2043-8. € 65. Études théologiques et religieuses, Tome 91(4), 713c-716c. https://doi.org/10.3917/etr.0914.0713c.

  • Duprez, Patrick.
« Jean Bernier, La critique du Pentateuque de Hobbes à Calmet, Paris, Honoré Champion, coll. “Libre pensée et littérature clandestine 42”, 2010. 22,5 cm. xxv-333 p. ISBN 978-2-7453-2043-8. € 65 ». Études théologiques et religieuses, 2016/4 Tome 91, 2016. p.713c-716c. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-etudes-theologiques-et-religieuses-2016-4-page-713c?lang=fr.

  • DUPREZ, Patrick,
2016. Jean Bernier, La critique du Pentateuque de Hobbes à Calmet, Paris, Honoré Champion, coll. « Libre pensée et littérature clandestine 42 », 2010. 22,5 cm. xxv-333 p. ISBN 978-2-7453-2043-8. € 65. Études théologiques et religieuses, 2016/4 Tome 91, p.713c-716c. DOI : 10.3917/etr.0914.0713c. URL : https://shs.cairn.info/revue-etudes-theologiques-et-religieuses-2016-4-page-713c?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/etr.0914.0713c


1 La réception du Pentateuque a reflété une histoire où anciens et modernes, ceux confrontant une lecture traditionnelle attribuant à Moïse la paternité des cinq premiers livres de la Bible, et ceux pratiquant une lecture enrichie par la raison prenant ses sources dans la critique historique et l’analyse philologique, se sont longuement et âprement affrontés. Au xviie siècle, cinq auteurs (Thomas Hobbes en Angleterre, Isaac La Peyrère et Richard Simon en France, Baruch Spinoza en Hollande, et Jean Le Clerc à Genève) remirent en question l’attribution à Moïse du corpus du Pentateuque. Les réactions ne se firent pas attendre, les défenseurs de la ligne traditionnelle y virent l’autorité du Pentateuque mise à bas et, par voie de conséquence, non seulement celle de la Bible tout entière, mais aussi la valeur de la religion chrétienne. Ce livre, passionnant pour les historiens, mais également pour tout bibliste et théologien que les recherches actuelles sur l’origine du Pentateuque concernent ou intéressent, nous présente de façon très détaillée ce premier débat fondamental. Ils étaient issus d’horizons très différents : « Hobbes était anglican […] La Peyrère, calviniste et probablement d’origine marrane, se convertit au catholicisme en 1657 […], Spinoza était né dans une famille juive, Simon était catholique, et Le Clerc, d’abord calviniste rigide, opta par la suite pour l’arminianisme » (p. 27). Bien que portés par des projets différents, leurs travaux s’appuyaient sur « une attitude critique […] car ce qui n’était pas attesté par l’évidence rationnelle risquait, selon eux, d’être faux, la critique était donc légitime, y compris en religion. […] Cet état d’esprit avait été mis en valeur en France au début du siècle par les libertins érudits qui exigeaient l’autonomie de la pensée à l’égard des diverses formes de la pensée » (p. 31). Cependant, la critique biblique rencontrait toujours au début du xviie siècle beaucoup d’opposition. Ce n’est que peu à peu qu’elle s’élargit, passant des questions exégétiques et textuelles vers « la critique des livres sacrés dans la seconde moitié du xviie siècle » (p. 32). Spinoza contribua « comme Simon à étendre le doute méthodique à des disciplines qui avaient été rejetées par Descartes […]. La généralisation du doute méthodique effectuée par Spinoza ainsi que par Simon et Le Clerc fut déterminante dans le développement d’une nouvelle herméneutique biblique en rupture avec l’orthodoxie » (p. 34). La rigueur du critique exigeait de ne pas prendre pour acquis « ce qu’il n’avait pas lui-même vérifié […] et dont il n’avait de preuves sûres » (p. 39). Le Clerc, en accord avec Simon, rappela que « des livres avaient été attribués à des auteurs illustres, qui en réalité ne les avaient pas écrits, sans autre raison que l’autorité de quelque personne, pour qui l’on doit avoir du respect » (ibid.). Ainsi, en ce qui concerne l’attribution du Pentateuque à Moïse, selon La Peyrère, mais aussi pour les quatre autres critiques, « une lecture attentive de ces livres permettait de la nier » (ibid.). Il fallait trouver le sens voulu par l’auteur du texte biblique. Pour l’auteur de cet ouvrage, à la base de l’herméneutique de Spinoza « se trouve donc le réemploi de la notion protestante de “l’Écriture est son propre interprète” » (p. 40). Les défenseurs de la foi traditionnelle virent dans cette nouvelle approche critique « une démarche scandaleuse », il n’était pas possible de « critiquer les livres sacrés […] un examen prétendument objectif était considéré comme un sacrilège » (ibid.). Jean Bernier analyse ensuite les positions de chacun à l’égard de la Tradition. Ainsi, par exemple, Simon, qui tout en montrant le bien-fondé de la Tradition, « ne cessa de montrer les insuffisances de certaines » (p. 47), ceci afin, selon J. Bernier, de tenter de donner une preuve de l’orthodoxie de son catholicisme, et d’avoir des outils pour contrecarrer le protestantisme et la nouvelle critique de Spinoza. Composé de deux chapitres Épistémologie et méthodologie de la critique biblique et La mosaïcité du pentateuque révoquée en doute, ce livre expose de façon claire la manière dont cette tension fondamentale entre deux lectures théologiques figure parmi les éléments déclencheurs de « la crise de la conscience européenne ».

2 P. Duprez


Date de mise en ligne : 21/12/2016

https://doi.org/10.3917/etr.0914.0713c