Antigone dans la Grande Guerre. Actualité du chœur antique dans le drame expressionniste de Walter Hasenclever (1917)
- Par Gilles Darras
Pages 585 à 603
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Notes
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[1]
Comme Brecht le fera rappeler aux scientifiques par Galilée dans la troisième version de sa pièce éponyme, écrite en réponse au deuxième conflit mondial et au cataclysme atomique : « Ihr mögt mit der Zeit alles entdecken, was es zu entdecken gibt, und euer Fortschritt wird doch nur ein Fortschreiten von der Menschheit weg sein. Die Kluft zwischen euch und ihr kann eines Tages so groß werden, dass euer Jubelschrei über eine neue Errungenschaft von einem universalen Entsetzensschrei beantwortet werden könnte. » Leben des Galilei, in Bertolt Brecht : Werke. Große kommentierte Berliner und Frankfurter Ausgabe, hrsg. v. Werner Hecht et alii: Suhrkamp, 1988. Stücke 5, p. 284.
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[2]
Son poème Gottes Hand in Löwen témoigne de son bouleversement face au désastre.
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[3]
Sur la vie et l’œuvre de l’auteur, on se reportera avec profit à la très riche monographie de Bert Kasties : Walter Hasenclever. Eine Biographie der deutschen Moderne, Tübingen : Niemeyer, 1994.
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[4]
Walter Hasenclever : Sämtliche Werke, hrsg. von Dieter Breuer und Bernd Witte, Mainz : Hase und Koehler, 1992, Bd. II.1, p. 334. Sauf indication contraire, les citations de l’œuvre seront désormais référencées sous cette abréviation : WH : Sämtliche Werke, avec mention du tome et de la page.
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[5]
Ibid., p. 353.
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[6]
Ibid., p. 359.
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[7]
La portée résolument critique de la pièce est explicitée par Hasenclever dans le regard rétrospectif qu’il jette quelque dix ans plus tard sur elle : « Meine Nachdichtung der Antigone des Sophokles hatte einen politischen Zweck. […] Die Tragödie wurde zum Kampfruf gegen das Machtprinzip […]. Der Opfertod der Antigone bedeutete den Sieg der Idee und zugleich die Erlösung eines wehrlosen, irregeleiteten Volkes, dessen politische Befreiung zwei Jahre später erfolgen sollte. », in Bert Kasties : Walter Hasenclever (note 3), p. 162.
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[8]
Cf. Walter Hasenclever. Eine Biographie der deutschen Moderne (note 3), p. 166. La pièce est certes publiée en 1917 (d’abord dans la revue Die weissen Blätter puis chez l’éditeur Paul Cassirer, grand promoteur des peintres et écrivains expressionnistes), et l’auteur en donne lecture dans plusieurs villes allemandes, mais elle doit attendre 1919 pour être créée (le 20 février) au Schauspielhaus de Francfort-sur-le-Main, dans une mise en scène de Richard Weichert et des décors de Ludwig Sievert, le même duo qui, avec Der Sohn donné un an plus tôt au Hof- und Nationaltheater de Mannheim, avait monté un spectacle qui fera date dans l’histoire du théâtre expressionniste.
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[9]
Sur la comparaison entre l’adaptation de Hasenclever et son modèle antique, cf. l’étude de Lutz Lenz : « Antigone bei Hasenclever und Sophokles », in Der altsprachliche Unterricht. Beilage zu Reihe XIX, Heft 1 (1976), p. 31-46. Cf. aussi l’utile mise en perspective de Walter Müller-Seidel : « Antigone im deutschen Expressionismus. Tragik im Verständnis Hegels und der Moderne », in Genio huius loci. Dank an Leiva Petersen, hrsg. v. D. Kuhn und B. Zeller, Wien/Köln : Hermann Böhlau, 1982, p. 363-389.
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[10]
WH : Sämtliche Werke, Bd. II.1, p. 363.
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[11]
L’auteur de la grande anthologie du lyrisme expressionniste Menschheitsdämmerung (1919) fera beaucoup pour honorer la mémoire et diffuser l’œuvre de son ami après sa tragique disparition en 1940.
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[12]
Cf. à ce sujet la brillante étude de Marielle Silhouette, essentielle à la compréhension de cette révolution dramaturgique : Max Reinhardt. L’avènement du metteur en scène, Paris : Presses de l’Université Paris Sorbonne (PUPS), 2017.
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[13]
WH : Sämtliche Werke, Bd. II.1, p. 363. Le dispositif scénique prévu par Hasenclever pour Antigone reproduit très fidèlement celui conçu par Max Reinhardt pour Œdipe roi, cf. M. Silhouette (note 12), p. 212-214. Dans cette reconfiguration spatiale, la masse devient à la fois « sujet et objet de la représentation », ibid., p. 214. La pièce de Hasenclever sera d’ailleurs jouée à Berlin en avril 1920 sur la scène du Großes Schauspielhaus de Berlin (l’ancien cirque Schumann) dirigé par Reinhardt et dans une mise en scène de son assistant, Karl-Heinz Martin, avec Gertrud Eysoldt, mémorable interprète du rôle d’Elektra dans la pièce de Hofmannstahl, en Antigone et Emil Jannings en Créon. Cette représentation ne rencontrera toutefois pas le succès escompté. Cf. à ce sujet Herbert Meyer : « Walter Hasenclevers Antigone », in Zeit der Moderne. Zur deutschen Literatur von der Jahrhundertwende bis zur Gegenwart, hrsg. von H.H. Krummacher, F. Martini, W. Müller-Seidel, Stuttgart : Alfred Kröner Verlag, 1984, p. 161-170.
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[14]
Un parallèle avec la didascalie introduisant l’adaptation d’Œdipe roi par Hofmannsthal est significative à cet égard, l’image du peuple affluant sur la scène étant amplifiée par les métaphores du débordement et de l’inondation : « Dumpfes Getöse heraufdringend, stark und stärker. Die Gesichter zuerst am Rande rückwärts; dann unter dem Druck der Nachdrängenden fluten sie herein wie ein Gießbach; auf einmal ist der Platz bis an die Stufen des Palastes überschwemmt mit ihnen. », in Hugo von Hofmannsthal : Gesammelte Werke in Einzelausgaben, Frankfurt a. M. : Fischer Verlag, 1966, Dramen II, p. 421.
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[15]
WH : Sämtliche Werke, Bd. II.1, p. 364-365.
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[16]
« Es sind ganz junge Menschen, Knaben und Jünglinge, vereinzelt unter ihnen Greise […] Stimmen matt, gräßlich. Die Pest ist auf uns – von Haus zu Haus,/Von Leib zu Leib der schwarze gräßliche Tod – wir sterben dahin – wir sterben alle, sterben!/Wie leere Höhlen starren die Häuser – der Markt ist voll mit Toten/Sie stauen den Fluß – das Feuer verbrennt sie nicht mehr – /Wir wanken daher, und wo wir wanken, atmen wir den Tod – / und wir sind jung! – Hilf uns, König! », in Hofmannstahl : König Ödipus (note 14), p. 421.
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[17]
WH : Sämtliche Werke, Bd. II.1, p. 364.
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[18]
Ibid., p. 364-365.
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[19]
À rebours de toute une morale pacifiste héritée des Lumières avec le célèbre traité de Kant Zum ewigen Frieden (1795).
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[20]
WH : Sämtliche Werke, Bd. II.1, p. 369.
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[21]
Ibid., p. 370.
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[22]
Ibid.
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[23]
Ibid., p. 371.
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[24]
Ibid., p. 369.
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[25]
Récurrentes dans la pièce, les alternances symboliques de l’obscurité et de la lumière sont constitutives d’une dramaturgie expressionniste dont la tragédie de Hasenclever, abondamment nourrie de l’expérience théâtrale avec Reinhardt, est une parfaite illustration.
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[26]
Ibid., p. 371-372. Une comparaison s’impose entre les répliques de Créon et les discours de l’empereur en lien avec la Première Guerre mondiale, notamment les discours des 31 juillet et 1er août 1914 tenus depuis le balcon du château à Berlin ou encore celui du 6 août 1914 publié dans la presse allemande (« An das deutsche Volk! »).
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[27]
Ibid., p. 374.
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[28]
Ibid., p. 373.
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[29]
Ibid., p. 374.
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[30]
Ibid.
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[31]
Ibid., p. 375.
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[32]
Ibid., p. 377.
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[33]
« EINE STIMME: Sie ist eine Fürstin. » Ibid., p. 381.
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[34]
Ibid., p. 378.
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[35]
Ibid., p. 379-380.
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[36]
Ibid., p. 380.
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[37]
Ibid., p. 381.
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[38]
Matthieu 27.
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[39]
Ibid., p. 381.
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[40]
Ibid., p. 380. Hasenclever songe-t-il aussi, à travers cette description des gestes et mimiques du peuple entourant Antigone, à ces représentations médiévales de la Passion où la foule qui martyrise le Christ présente souvent des visages grimaçants ? Il n’est pas interdit de le penser.
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[41]
Ibid., p. 382.
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[42]
Ibid.
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[43]
Ibid., p. 383-384.
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[44]
Ibid., p. 385. La personnalisation de la relation d’Antigone au peuple ira croissant dans la scène, passant des « citoyens » aux « amis » puis aux « frères », cette gradation attestant le lien intime et affectif établi par la fille d’Œdipe avec cette foule que sa parole a le don d’humaniser. Ibid., p. 387-388.
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[45]
Ibid., p. 371. Le roman de Heinrich Mann (Der Untertan), radiographie satirique de la société wilhelminienne et de sa mentalité profondément féodale, est contemporain de la pièce de Hasenclever.
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[46]
Ibid., p. 385.
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[47]
Ibid., p. 386.
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[48]
« Die niederste Magd von allen », ibid. Dans le Nouveau Testament, la Vierge se présente notoirement comme la servante du Seigneur (Luc 1,38).
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[49]
Ibid., p. 387.
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[50]
Ibid.
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[51]
« Die Nacht war hell,/ Das Zelt des Himmels besät mit Schlachtgerät […] Da sah ich einen Augenblick die Wolken zerteilt,/ Tückische Kometen auf die Erde rollten,/ Die Elemente wirbelten, ein feuriger Orkan/ Zuckte die letzte Lava der Vernichtung […] Und wieder sah ich die Meere stocken,/Geborstene Schiffe versinken, Häuser flammen – Die irrgwordene Schar der Menschen. […] Ich sah in der Mitte den Mord./ Todesangst griff um mich,/Wir könnten alle sterben aneinander;/Die großen Kanäle, die wir bauten in der Wüste,/Sähen höhnisch unserm Ende zu,/Lebloser Stoff auf den Ruinen des Lebens. Ich wollte hinausschreien und warnen: Hört auf, Menschen!/Ihr irrt euch, seid betrogen./Vereint euch, helft eurem Geist,/Werdet Brüder. » Ibid., p. 387-388. La dénonciation du conflit mondial, dont l’auteur suit la progression tandis qu’il écrit sa pièce, sous-tend très clairement cette critique par Antigone d’une civilisation que le progrès technique n’a pas empêché de sombrer dans l’abîme.
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[52]
Ibid., p. 388. Sur ce motif de la conversion, central dans le théâtre expressionniste, cf. Rania Elwardy : Das Wandlungskonzept in der expressionistischen Dramatik. Ein Denkmodell zur Bewältigung der Krise zur Zeit der Moderne, Frankfurt a. M. : Peter Lang, 1991. Sur l’importance du lien entre théâtralité et sacralité (à travers les exemples de Georg Kaiser, Ernst Toller et Ernst Barlach), on se reportera avec grand profit à l’étude de Catherine Mazellier-Grünbeck : Le Théâtre expressionniste et le sacré, Frankfurt a. M. : Peter Lang, 1994. Sur la dialectique judéo-chrétienne dans l’expressionisme, cf. l’étude de Lisa Marie Anderson : German Expressionism and the Messianism of a Generation, Amsterdam/New York : Rodopi, 2011. Cf. Aussi Barbara Schommers-Kretschmer : Philosophie und Poetologie im Werk von Walter Hasenclever, Aachen : Shaker Verlag, 2000.
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[53]
WH : Sämtliche Werke, Bd. II.1, p. 391.
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[54]
« Teiresias hell beleuchtet im Publikum: Kreon! » Ibid., p. 399.
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[55]
« Ich bin der Herr./ Wenn die Schreie der Zerfleischten gellen,/Wenn Städte in Rauch aufgehn,/Mütter winseln:/ Ich schwinge die Geißel,/Bis der letzte Feind am Pfahl verkrampft ist ». Ibid., p. 400. Créon/Néron n’est d’ailleurs pas sans rappeler cette sombre figure du dieu destructeur qui apparaît dans la poésie expressionniste, singulièrement dans le lyrisme de Georg Heym (Der Gott der Stadt, Der Krieg).
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[56]
Ibid., p. 401.
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[57]
« Ferner Trommelwirbel. Ein einzelner Fanfarenstoß. […] Die Stimmen und Instrumente wachsen an zum Klang. » Ibid., p. 402-403.
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[58]
Ibid., p. 404.
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[59]
Ibid., p. 404-405.
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[60]
Cf. supra, notes 40 et 41.
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[61]
Ibid., p. 405.
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[62]
Ibid., p. 406.
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[63]
Ibid., p. 407-408.
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[64]
Ibid., p. 408-409.
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[65]
Ibid., p. 413.
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[66]
Ibid., p. 415-416.
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[67]
Ibid., p. 418-419.
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[68]
Ibid., p. 419.
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[69]
Hasenclever marque ici clairement ses distances avec la violence débridée d’un activisme révolutionnaire qui ne peut déboucher que sur une nouvelle forme de tyrannie, comme il le montrera deux ans plus tard dans sa comédie satirique Die Entscheidung. Créée le 20 septembre 1919 à Berlin en complément du drame Der Retter, cette œuvre stigmatise la dictature du prolétariat de la même façon que Der Retter dénonçait la dictature militaire. Critiquant avec force un nouveau régime dont l’inhumanité n’a rien à envier à l’ancien, le personnage principal de Die Entscheidung – répondant au nom éminemment symbolique de « Mensch » – y est assassiné sur l’ordre du nouveau « guide » (« Führer »), la pièce s’achevant sur un mot d’ordre (« Es lebe die Republik! ») qui résonne de manière singulièrement sarcastique. De fait, Hasenclever se tournera vers la comédie à partir de cette pièce, un genre qu’il juge désormais plus propre à traduire son désenchantement vis-à-vis d’une époque livrée aux puissances de l’argent et désertée par celles de l’esprit.
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[70]
Il passera une grande partie de sa vie en France à partir du milieu des années 1920 et jusqu’à sa mort.
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[71]
À l’Antigone éternelle, Paris : Éditions de l’Humanité, 1920, p. 3-4. Interné en 1940 au camp des Milles près d’Aix-en-Provence, avec d’autres intellectuels allemands, Hasenclever relate sa captivité dans un récit (Die Rechtlosen) qui constitue son testament littéraire et où il s’assigne, ainsi qu’à ses compagnons d’infortune, une mission qui fait écho, de manière émouvante, à celle qu’il confiait à son Antigone, une guerre plus tôt : « Wir winzige Minorität in diesem Zelt wollen den Funken des Prometheus bewahren: den heiligen Funken, der das Feuer entzündet, wenn die Eiszeit der Barbaren vorüber ist. Wir verwalten das geistige Erbe Deutschlands ». In Walter Hasenclever : Gedichte. Dramen. Prosa, hrsg. von Kurt Pinthus, Reinbek : Rowohlt, 1963, p. 492.
Le jeune Walter Hasenclever (1890-1940) s’enthousiasme dans un premier temps pour le premier conflit mondial qui éclate à l’été 1914, y voyant comme nombre des écrivains de sa génération la possibilité de rompre avec une société wilhelminienne archaïque qu’il a lui-même dénoncée avec force dans un drame, Der Sohn. Parue la même année, d’abord dans la revue Die Weissen Blätter puis chez l’éditeur Kurt Wolff, organes de diffusion essentiels d’un mouvement expressionniste alors en plein essor, la pièce assoit d’emblée la réputation de son auteur et le consacre comme l’un des fers de lance du courant. Mobilisant et rassemblant les énergies d’une jeunesse qui se voit opprimée par le despotisme des figures paternelles (au sein de la famille comme au sommet de l’État), la guerre doit œuvrer à une vaste régénération politique, sociale, morale et culturelle d’un « vieux » monde perçu comme décadent et sclérosé. De fait, la mort du père à la fin de la pièce sanctionne l’obsolescence d’un patriarcat identifié au monde ancien et proclame l’avènement d’une communauté humaine recréée autour de sa jeunesse. Or les espoirs de sursaut et de renouveau (« Aufbruch ») suscités par le déclenchement du conflit s’estompent très vite face à l’effroyable barbarie qu’il déchaîne, une barbarie décuplée par les progrès de la technique militaire, facteurs d’une gigantesque et massive régression de l’humanité.
Très vite dégrisé de son éphémère ivresse belliciste, le jeune Hasenclever récuse toute glorification littéraire d’un conflit dont il perçoit les ravages en visitant les ruines de la ville universitaire de Louvain, détruite fin 1914 par les bombes allemandes…