Retour sur la langue berbère au Moyen Âge à la lumière des géographes Al-Bakrī et Al-Idrīsī
- Par Mohamed Meouak
Pages 275 à 309
Citer cet article
- MEOUAK, Mohamed,
- Meouak, Mohamed.
- Meouak, M.
https://doi.org/10.3917/edb.029.0275
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- Meouak, Mohamed.
- MEOUAK, Mohamed,
https://doi.org/10.3917/edb.029.0275
Notes
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Cette étude a été en partie rédigée au cours d’un séjour effectué à l’Université Lyon 2 (Lyon) du 1er février au 31 juillet 2009 en tant que « professeur invité ». Qu’il me soit permis ici de remercier cette institution française pour son aide. Je voudrais également adresser mes sincères remerciements à M. Ouahmi Ould-Braham pour avoir bien voulu me faire part de suggestions et de références bibliographiques utiles.
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[1]
Ibn al-Nadīm, Fihrist, I, p. 21.
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[2]
Voir A. Miquel, 1988, IV, pp. 61-63 consacrant quelques brèves observations sur les Berbères à partir de la riche littérature géographique arabe du Moyen Âge. Dans un autre registre, pris à l’époque coloniale française au Maghreb, il serait instructif de lire les propos de H. Basset, 2007, pp. 23-36 au sujet de ce que les Berbères pensaient de leur langue et culture. En lisant le livre de H. Basset, publié d’abord en 1920, il ne faut jamais perdre de vue le contexte politique sous-jacent spécifique et la position scientifique et éthique de son auteur, français ayant vécu entre la fin du xixe siècle et le début du xxe siècle, c’est-à-dire en pleine période coloniale.
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[3]
La question complexe de savoir si le berbère avait été écrit au moyen d’un système alphabétique propre durant la période médiévale dépasse largement nos compétences et le cadre de ce travail. Pour être cernée dans les meilleures conditions possibles, nous pensons que cette problématique doit faire appel à l’intervention des préhistoriens, des linguistes, des historiens et des archéologues. On peut trouver un excellent exemple de ces recherches pluridisciplinaires dans l’ouvrage d’A. Skounti, A. Lemjidi, El M. Nami, 2003, pp. 17-44 sur les inscriptions rupestres du Maroc mises au jour sur treize sites ainsi que la mise au point utile de M. Aghali-Zakara, 2006, pp. 13-20 sur les langues et les écritures « préberbères » documentées dans les régions du Sahara et du Sahel.
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[4]
Ibn Haldūn, Kitāb al-ʿibar, VI, pp. 176 et ss., 303 et ss. La notice concernant Ibn Tūmart avait déjà ̆été signalée par H. Basset, 2007, p. 48.
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[5]
C’est en partie ce que nous souhaitons développer dans une étude en cours de préparation qui, basée sur une lecture critique des principales sources ibāḍites du Maghreb médiéval, tente de vérifier, entre autres questions, l’hypothèse selon laquelle il y aurait eu une concurrence linguistique entre berbère et arabe et qu’il est possible de détecter explicitement ou implicitement dans la documentation écrite.
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[6]
Pour les auteurs cités, voir la Bibliographie en fin d’article. Quant à l’apport scientifique de l’orientaliste polonais, voir par exemple T. Lewicki, 1973, pp. 37-39 allant bien au-delà de la seule littérature ibāḍite. Pour les recherches sur la langue berbère dans les sources ibāḍites postérieures à celles publiées par T. Lewicki, voir O. Ould-Braham, 1987, pp. 89-122 donnant une étude linguistique détaillée de textes ibāḍites en berbère mis au jour par T. Lewicki ; idem, 1988, pp. 16-25 sur des passages d’une chronique ibāḍite inédite recueillie par A. de Calassanti . Motylinski, et idem, 2008, pp. 53-67 sur le texte arabe de la Mudawwana d’Abū Gānim al-Hurāsānī (début du iiie/ixe siècle) traduit postérieurement en berbère.
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[7]
S. Chaker, 1981, pp. 31-33, et idem, 1983, pp. 127-128. Cela dit, il est nécessaire de rappeler ici que Monteil, 1968, pp. 39-40, avait donné une traduction française des passages relatifs à l’Afrique du Nord-Ouest contenus dans le livre d’al-Bakrī sur la base d’un manuscrit arabe déposé au British Museum. Le savant français avait également offert au lecteur des notes et des commentaires très utiles notamment pour le vocabulaire berbère (ibidem, pp. 80-116).
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[8]
Voir par exemple M. Ahmed Zaïd-Chertouk, 2004, pp. 131-132 quant aux possibilités de recherche sur la langue berbère offertes par l’ouvrage étudié notamment en ce qui concerne la toponymie et l’anthroponymie. Pour notre part, nous avons déjà recensé plus de deux centaines de toponymes et une centaine de noms de tribus dans le Kitāb al-muġrib d’al-Bakrī.
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[9]
Sur ces questions, voir M. Meouak, 2006a, pp. 330-331 ; idem, 2008, pp. 56-58.
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[10]
Outre nos propres remarques, on peut se faire une idée de la question des variantes linguistiques au sein de la langue berbère en lisant les observations anciennes mais suggestives faites par H. Basset, 2007, pp. 37-41.
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[11]
En marge de cette problématique relative aux noms de lieux, on pourra faire une comparaison avec un texte écrit en berbère nafūsien à la fin du xixe siècle par Brāhīm Uslīmān al-Šammāhī consacré aux habitants du ǧabal Nafūsa et dans lequel on recueille, comme dans d’autres textes antérieurs, plusieurs données sur la toponymie en tā- (Brāhīm Ūslīmān A(l-) Šammāhī, Iġāsrā d-Ībrīdan d-Īdrāran n-Īnfūsan, passim). Voir H. De Felipe, 2008, p. 23 qui signale quelques formules tirées de sources arabes autres que celles étudiées dans notre article.
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[12]
H. De Felipe, 2008, pp. 19 et 33-34 pour la présentation de son étude et les conclusions obtenues.
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[13]
Précisons que dans un tout autre domaine Vanacker, 1973, pp. 659 et ss. avait bien mis à profit les informations contenues dans les ouvrages géographiques d’al-Bakrī et d’al-Idrīsī pour les besoins d’une étude d’histoire économique du Maghreb médiéval avec plusieurs cartes.
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[14]
K. Naït-Zerrad, 2008, p. 17 évoque une idée similaire en proposant de mettre en place « un grand projet pour le dépouillement systématique des données berbères ».
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[15]
Ibn ʿAbd al-Ḥalīm, Kitāb al-ansāb, pp. 18-19.
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[16]
Voir É. Lévi-Provençal, 1960, pp. 155-157.
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[17]
Voir É. Lévi-Provençal, 1960, pp. 155-157.
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[18]
Sur les Ṣaqāliba dans l’Occident musulman, voir le résumé de P. Guichard & M. Meouak, 1995, pp. 909-911.
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[19]
Quelques informations relatives à l’Afrique occidentale médiévale ont été mises en relief dans le bref article de T. Lewicki, 1965, pp. 9-11 ; H.T. Norris, 1986, pp. 135-139 sur les rapports entre le Sahara occidental et le Maghreb, et pp. 141-147 sur les routes sahariennes à la lumière d’al-Bakrī.
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[20]
Pour les sources mises à profit par al-Bakrī, voir la liste établie par A. Ferré, 1986, pp. 186- 208.
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[21]
Sur le problème des sources et les questions en suspens, voir A. Ferré, 1986, pp. 208-209.
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[22]
Il existe une autre édition de l’ouvrage d’al-Bakrī, Kitāb al-masālik wa-l-mamālik, éd. A. Ferré & A. Van Leeuwen, Carthage, Beït el-Hikma, 1992, 2 vol. Celle-ci n’a malheureusement pas pu être prise en compte dans notre étude.
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[23]
Sur la ville de Surt et ses environs, voir H.R. Idris, 1962, I, p. 42, II, p. 463 ; J. Thiry, 1995, pp. 311-316.
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[24]
Al-Bakrī, Kitāb al-muġrib, p. 6/19. Voir H. De Felipe, 2008, p. 25.
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[25]
Al-Bakrī, ibid., pp. 6-7/19-20. Sur l’histoire de la ville de Tripoli dans les sources arabes médiévales, voir J. Thiry, 1995, pp. 53-63, 118-123, 182-193, 211-227, 258-270, 437-447, 537-540, 544-550, et E. Savage, 1997, pp. 38, 45, 46, 56, 57, 58, 62, 65, 66, 80, 100, 106, 110, 111, 128, 134, 135, 143, 151.
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[26]
Sur le site de Nafzāwa, voir H. R, Idris, 1962, II, pp. 5, 48, 104, 105, 133, 162, 223, 399, II, 412, 467, 469, 470 (sur le toponyme Tāw (a) rġā), 474, 497, 521, 718, 746, 758, 761 ; J. Thiry, 1995, pp.47, 120, 163, 164, 165, 166, 176, 190, 254, 263, 264, 275, 338, 339, 407, 472.
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[27]
Al-Bakrī, Kitāb al-muġrib, p. 47/101. Signalons également le site de Tarġa, entre Ceuta et Bādīs, mentionné dans la chronique d’Abū ‘Abd Allāh al-Tanasī, Naẓm al-durr wa-l-‘iqyān, p. 41. Voir S. Chaker, 1981, p.41 ; Kossmann, 2004, pp. 54, 56 sur le terme tahga / tharga = « canal d’irrigation » dans les dialectes berbères situés au nord du Touat (Algérie). On se souviendra de la mention d’Ibn Ḥawqal, Kitāb ṣūrat al-arḍ, I, p. 105 faite au sujet de la tribu des Tarğa localisée non loin de Siğilmāsa, et sur laquelle on verra les observations de T. Lewicki, 1971, p. 173 ; V. Prévost, 2008, pp. 60, 64, 66, 75, et 175, 300 (sur un ‘ayn Tāw (a) rġā).
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[28]
Sur cette question, voir P. Trousset, 1986, pp. 179, 180.
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[29]
Sur ces trois variantes régionales, voir J. Delheure, 1984, p. 172 sub voce {RǦ} ; idem, 1987, p. 272 sub voce {RG}, et J. Dallet, 1982-1985, p. 712 sub voce {RG}.
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[30]
Ibn Ahmad Yūrah al-Daymānī, Ihbār al-ahbār, p. 41/25.
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[31]
Sur le .site de M’sila et sa région, ˘voir, entṛe autres études, H.R. Idris, 1962, II, pp. 21- 24,32, 33, 34, 92-95, 153, 154, II, 484-486, 491, 492, 493 ; M. Forstner, 1979, pp. 8, 58, 65, 72-77, 81, 94, 97, 102, 108, 150, 185-187, 195, 197, 204, 219, 227 ; P.-L. Cambuzat, 1986, II, pp. 157-164.
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[32]
Al-Bakrī, Kitāb al-muġrib, p. 59/125. Voir S. Chaker, 1981, p. 41, et N. Van Den Boogert, 2000, pp. 369, 373. Sur le toponyme Bašīlqa, voir T. Lewicki, 1953, p. 444, et sur le Hodna occidental comprenant la micro-région de M’sila, voir M. Meouak, 2009, pp. 118-121.
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[33]
‘A.Ṣ. Azāykū, 2004, pp. 144-145.
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[34]
Al-Bakrī, Kitāb al-muġrib, p. 48/103. Voir V. Prévost, 2008, pp. 176-177.
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[35]
Al-Bakrī, ibid., p. 72/147. Voir S. Chaker, 1981, p. 39 ; J. Delheure, 1984, p. 175 sub voce {RS} pour le berbère mozabite.
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[36]
Al-Bakrī, ibid., p. 66/136. Voir É. Masqueray, 1876, p. 463 donnant le terme irhzer avec le sens de « torrent » en berbère šāwī (Aurès) ; M. Forstner, 1979, p. 230 (+ carte p. 310) ainsi que S. Chaker, 1981, p. 39.
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[37]
Pour la version mozabite du mot, voir J. Delheure, 1984, p. 157 sub voce {ĠZR} et pour le . kabyle, voir J. Dallet, 1982-1985, p. 636 sube voce {GZR}.
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[38]
D’après l’étude de R. Bellil, 2003, pp. 378-380.
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[39]
Al-Bakrī, Kitāb al-muġrib, p. 108/213.
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[40]
Al-Bakrī, ibid., p. 136/261. Voir S. Chaker, 1981, pp. 35, 43-44.
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[41]
Al-Bakrī, ibid., p. 138/265.
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[42]
Sur cette problématique fort complexe, voir par exemple l’article suggestif de L. Galand, 1985, pp. 175-177, 177-178, 178-181 évoquant les difficultés inhérentes à la dénomination d’instruments de communication oraux/écrits dans le domaine berbère.
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[43]
Sur les Barġawāṭa, voir par exemple l’étude classique de M. Talbi, 1973, pp. 217-221. Pour une approche renouvelée de la vision arabe médiévale établie sur ce groupe tribal du Maghreb occidental, voir M. Naïmi, 2004, pp. 91, 92, 93, 94, 113, 115, 116, et J. Iskander, 2007, pp. 37 et ss.
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[44]
‘A.Ṣ. Azāykū, 2004, pp. 118-120 dans lequel on relèvera des informations intéressantes selon lesquelles le terme īmqqūr (« le grand », « le fort ») serait la forme de base pour amġār (pluriel īmġārn) avec le même sens. Il semble donc que le géographe arabe conserve bien la forme écrite du mot avec la consonne q à la place de la consonne ġ.
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[45]
Al-Bakrī, Kitāb al-muġrib, p. 100/198.
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[46]
Ibn Ḥawqal, Kitāb ṣūrat al-arḍ, I, p. 106. Sur ce nom, voir les observations de T. Lewicki, 1959, pp. 131 et 133. Au sujet du nom Yākuš, Dieu en berbère, voir A. De Calassanti Motylinski, 1905, pp. 142-146 ; G. Marcy, 1936, pp. 33-37 ; T. Lewicki, 1966, pp. 227-229 ; idem, 1973, p. 38 ; S. Chaker, 1981, p. 44, ainsi que M. Elmedlaoui, 2006, pp. 108-109 concentrant, quant à lui, ses efforts sur des questions de traductologie sans tenir compte de la documentation arabe médiévale.
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[47]
Voir O. Ould-Braham, 1987, pp. 93, 95, 105, 108, 112 où le terme Yūš est mentionné plusieurs fois dans la documentation ibāḍite, et idem, 2008, p. 60 signalant la préseṇce du même mot dans le glossaire arabo-berbère rédigé à la suite de la Mudawwana d’Abū Gānim al-Hurāsānī. On relève également les mots yuš et ayuš pour désigner Dieu au M’zab (J. Delheure, 198˘4, p. 243 sub voce {YŠ}).
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[48]
Al-Bakrī, Kitāb al-muġrib, p. 139/267.
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[49]
Al-Bakrī, ibid., pp. 140/268-269.
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[50]
Voir G.S. Colin, 1929, p. 45 qui avait jadis signalé l’intérêt de ces deux informations dans . le cadre d’une étude plus ample sur le dialecte berbère des Gumāra ; H. Basset, 2007, pp. 45-46 avait également relevé les deux notices.
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[51]
Al-Bakrī, Kitāb al-muġrib, p. 136/262. Voir S. Chaker, 1981, p. 40.
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[52]
Al-Bakrī, ibid., pp. 140/269-270. Voir S. Chaker, 1981, pp. 39-40.
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[53]
Al-Bakrī, ibid., p. 152/290. Voir S. Chaker, 1981, p. 43.
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[54]
Voir le détail des observations d’É. Masqueray, 1876, pp. 454, 455, 46, 457, 465.
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[55]
Ces données ont été fournies par P.-L. Cambuzat, 1986, II, pp. 226-228 se basant notamment sur les résultats de fouilles archéologiques d’A. Robert publiés dans le Recueil de notices et mémoires de la société archéologique de Constantine. Signalons au passage qu’il nous a été impossible de consulter directement la revue mentionnée.
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[56]
Brāhīm Ūslīmān al-Šammāẖī, Iġāsrā d-Ībrīdan d-Īdrāran n-Īnfūsan, p. 45 (texte berbère)/ p. 142 (traduction arabe).
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[57]
Sur le site d’Aġmāt, voir le résumé utile de L. Erbati, 2004, pp. 289-293.
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[58]
Al-Bakrī, Kitāb al-muġrib, p. 154/293. Voir S. Chaker, 1981, p. 40.
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[59]
Al-Bakrī, Kitāb al-muġrib, p. 156/296. Voir É. Masqueray, 1876, p. 469 offrant le terme ūššān avec la signification de « chacal » en berbère šāwī (Aurès) ; S. Chaker, 1981, pp. 37 et 42 ; idem, 1983, p. 129 ; idem, 1985, no 52, p. 491 : le mot yesdan est donné sans définition. Mais ne pourrait-il pas, avec toutes les précautions d’usage, être mis en relation avec īssīdān ?, et no 79, p. 493 : A-gellid (= « le roi »). Sur les locutions tūwannīn-an-ūǧallīd, amān-īssīdān et aǧǧār-an-ūššān, voir N. Van Den Boogert, 2000, pp. 369, 373. Ajoutons enfin que dans la chronique d’al-Bayḏaq, Ta’rı-ẖ al-Muwaḥḥidīn, p. 106/176 on relève le toponyme Āmān Mallūlnīn = « eaux blanches ».
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[60]
Voir J. Delheure, 1984, p. 227 sub voce {WN}, et idem, 1987, p. 352 sub voce {WN}.
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[61]
Sur ce point, voir ce qu’en dit V. Brugnatelli, 2004, p. 35, ainsi que O. Ould-Braham, 1988, p. 122 pour l’analyse philologique du vocable tamuwiyaman.
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[62]
Al-Bakrī, Kitāb al-muġrib, p. 155/295. Voir S. Chaker, 1981, p. 38.
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[63]
Sur les territoires de Tāmdult et Awdaġust, voir les citations relevées dans al-Idrīsī, Uns al-muhaǧ, pp. 141, 158, 159, 184. Voir R. Osswald, 1986, pp. 41, 45-47, 54, 58, 60-62, 64- 66, 113-15 sur Awdaġust et pp. 58, 62, 66, 95 sur Tāmdult ; H.T. Norris, 1986, pp. 140-141, 144-145 sur Tāmdult ; M. Naïmi, 2004, pp. 65, 66, 80, 102, 118, 132, 146, 174, 191, 197, 204, 207-208 sur Tāmdult et pp. 145, 153, 188 sur Awdaġust ; sur Tāmdult, voir également P. Cressier, 2004, pp. 277-280 sur les données textuelles et pp. 280-282 pour l’approche archéologique.
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[64]
Al-Bakrī, Kitāb al-muġrib, p. 157/297. Voir M. Forstner, 1979, pp. 225, 309 ; S. Chaker, 1981, p. 42 ; J. Peyras, 1995, p. 219 pour une interprétation du terme à partir des sources anciennes : Tezaga urbs de la tribu des Afris ; A. El Mountassir, 2005, pp. 174-175 sur les divers vocables construits notamment à partir de la racine {ZQ} « habiter », « construire », etc., ainsi que M. Meouak, 2006b, p. 181 sur un toponyme identique situé en Petite Kabylie et documenté dans la Nuzhat al-muštāq d’al-Idrīsī.
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[65]
Pour le mozabite, voir J. Delheure, 1984, p. 253 sub voce {ZQ} ; idem, 1987, p. 395 sub voce . {ZQ} pour le ouargli, et J. Dallet, 1982-1985, p. 952 sub voce {ZQW} et p. 972 sub voce {ZGW} pour le kabyle.
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[66]
Al-Bakrī, Kitāb al-muġrib, p. 157/299. Voir J. Thiry, 1995, p. 377, et S. Chaker, 1981, p. 37.
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[67]
Al-Bakrī, ibid., p. 164/310. Voir S. Chaker, 1981, p. 37 ; J. Dallet, 1982-1985, p. 153 sub voce {DR} donnant le vocable adrar équivalent à « montagne » en kabyle, et H. de Felipe, 2008, pp. 27-28.
-
[68]
Al-Bakrī, ibid., p. 165/312. Voir S. Chaker, 1981, p. 39 ; idem, 1983, p. 136.
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[69]
Al-Bakrī, ibid., p. 72/147. Sur ce lieu, voir la mention faite par Ibn Ḥawqal, Kitāb ṣūrat al-ard, I, p. 106 avec la graphie Bazmarnatā (Izamratān ?), et T. Lewicki, 1971, p. 176, et M. Naïmi, 20-04, p. 98. Sur le site de Bentious, voir P.-L. Cambuzat, 1986, II, pp. 51-52 ainsi que M. Meouak, 2001, pp. 69-71.
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[70]
Al-Bakrī, ibid., p. 170/321.
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[71]
Al-Bakrī, ibid., p. 179/336. Voir S. Chaker, 1981, p. 41. Dans l’ouvrage d’al-Baydaq, Ta’rīh al-Muwaḥḥidīn, p. 72/116 nous relevons le toponyme Tāmadġūst. -
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[72]
Sur le site de Tādimakka, voir T. Lewicki, 1981, pp. 439-444 ; R. Osswald, 1986, pp. 33, 45, 63, 69, 70, 96 ; J. Thiry, 1995, pp. 412-420, 424, 446, 459, 473, 485, 489, 497, 501, 506, 509, 524 ; P.F. De Moraes Farias, 2003, pp. CXXXV-CXL et CXLIV-CXLV qui fournit des informations détaillées ; M. Naïmi, 2004, pp. 40, 62, 63, 64, 78, 79, 80 ainsi que V. Prévost, 2008, pp. 370-372, 391-398.
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[73]
Al-Bakrī, Kitāb al-muġrib, p. 181/339, et les brèves mentions relevées sur Tādimakka dans al-Idrīsī, Uns al-muhaǧ, pp. 147, 162, 163. Voir S. Chaker, 1981, p. 41 sur la morphologie berbérisée du nom Tādimakka.
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[74]
Al-Bakrī, ibid., p. 182/340. Voir M. Forstner, 1979, p. 205, et S. Chaker, 1981, p. 38. .
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[75]
Voir J. Delheure, 1984, p. 154 sub voce {GRM}.
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[76]
Voir les observations d’A. Nef & A. Amara, 2001, pp. 123-126.
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[77]
G. Oman, 1970, pp. 1058-1059.
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[78]
Voir G. Oman, 1970, pp. 1058-1061.
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[79]
En raison de contraintes matérielles, il nous a été impossible d’utiliser l’édition du livre d’al-Idrīsī publiée sous le titre de Opus Geographicum, éds. A. Bombaci et al., Naples-Rome, Istituto universitario orientale-Istituto italiano per il Medio ed Estremo Oriente, 1970-1984, 9 fascicules. Même si cette édition est meilleure que celle employée dans notre étude pour ce qui relève du Maghreb médiéval, signalons toutefois qu’elle comporte quelques erreurs de lecture notamment pour la toponymie et l’anthroponymie.
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[80]
Al-Idrīsī, Nuzhat al-muštāq, p. 74/65. Sur les karāzī, voir un exemple d’époque almohade dans al-Bayḏaq, Ta’rīẖ al-Muwaḥḥidīn, p. 81/131, et chez le géographe al-Ḥimyarī, al-Rawḍ al-miʿṭār, p. 134, sub nome « Takrūr » au sujet des karāzī al-ṣūf. Voir R. Dozy, 1845, pp. 380-382, et J. Thiry, 1995, p. 428, note 256.
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[81]
Al-Idrīsī, Nuzhat al-muštāq, p. 74/65. Nous transcrivons le mot tel qu’il apparaît dans l’édition. Mais il semble qu’il faille écrire asəllu.
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[82]
Voir T. Lewicki, 1973, p. 35. Il s’agit également d’une préparation alimentaire typique des îles Canaries appelée gofio et héritée, semble-t-il, des Guanches.
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[83]
Sur le site de Nūl-Lamṭa, voir P. Cressier, M. Naïmi, A.A. Touri, 1990, pp. 394-398 ; M. Naïmi, 2004, pp. 53-54, 75-76, 142-143, 145-147, 150-151, 153, 244-247, 262-264.
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[84]
Al-Idrīsī, Nuzhat al-muštāq, p. 75/66. Sur ce vêtement, voir R. Dozy, 1967, I, p. 658, et K. Naït-Zerrad, 2008, p. 13.
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[85]
Sur le site d’Azukkī/Azuqqī/Azggī dans les sources arabes, voir par exemple al-Idrīsī, Uns al-muhağ, pp. 142, 158, 182 et al-Ḥimyarī, al-Rawḍ al-miʿṭār, pp. 28, 134. Voir R. Osswald, 1986, pp. 37, 79, 97, 98-100, 115 ; H.T. Norris, 1986, pp. 39, 42, 139, 165, 243 ; J. Thiry, 1995, pp. 197, 411, 489 ; M. Naïmi, 2004, pp. 40-41, 75-78, 112-113, 150, 153, 170, 171, 173-175.
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[86]
Al-Idrīsī, Nuzhat al-muštāq, p. 76/66. Sur le port des qadāwir = muqandarāt, voir J. Thiry, 1995, p. 427, note 251.
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[87]
Sur le site de Siğilmāsa, voir H.T. Norris, 1986, pp. 135-136, 154-155, 160-161, 172-173 ; M. Naïmi, 2004, pp. 111, 130, 145, 147-148, 153, 167, 188, 193, 211.
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[88]
Al-Idrīsī, Nuzhat al-muštāq, p. 76/67. Dans une note infrapaginale, l’éditeur du texte d’al-Idrīsī indique que d’autres manuscrits fournissent la lecture tīzwāw au lieu de ī (ya) rdan tazwāw. Sur ce type de froment, voir T. Lewicki, 1973, p. 36 ; N. Van Den Boogert, 2000, pp. 361, 373 ; K. Naït-Zerrad, 2008, p. 14 ainsi que les dictionnaires de J. Delheure, 1984, p. 169 sub voce {RD} pour le berbère mozabite irdən = « froment, blé » et J. Dallet, 1982-1985, p. 706 sub voce {RD} pour la variante kabyle avec la forme irden (pluriel irdawen) ou « blé ».
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[89]
Al-Idrīsī, Nuzhat al-muštāq, pp. 77/68. Voir les données fournies par M. Canard, 1953, pp. 2-4 sur les motifs conduisant à la consommation de viande de chiens dans les milieux présaharien et saharien (Ouargla, M’zab, Biskra, Gafsa, Tozeur, Gabès, etc.), et V. Prévost, 2006, pp. 89-92 sur la cynophagie au Maghreb médiéval.
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[90]
Voir P. Bonte, 2004, pp. 347-348 se basant en partie sur les travaux de T. Lewicki consacrés aux croyances et aux cultes des Berbères-ibāḍites.
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[91]
Al-Idrīsī, Nuzhat al-muštāq, p. 78/69-70. Voir T. Lewicki, 1973, p. 36 ; K. Naït-Zerrad, 2008, p. 15.
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[92]
Al-Idrīsī, Nuzhat al-muštāq, p. 81/72. Dans l’ouvrage d’al-Bakrī, Kitāb al-muġrib, p. 162/ 307, on trouve le mot berbère harǧān = arganier, et p. 163/308, on relève une autre variante du nom de l’arbre : halǧān. Voir S. Chaker, 1981, p. 38 ; N. Van Den Boogert, 2000, pp. 364, 373 ; F.E. Beyhl, 2004, pp. 2 et 11 ; W. Vycichl, 2005, p. 89, et H. Stroomer, 2008, pp. 107-110 sur l’argane et l’arganier en tašalḥīt. Il est curieux d’observer que le terme n’apparaît pas dans la liste établie par K. Naït-Zerrad.
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[93]
Ibn Ḥawqal, Kitāb ṣūrat al-arḍ, I, p. 106, et al-Šammāhī, Kitāb al-siyar, pp. 169, 231 sur le site d’Arğān, et p. 167 sur Zūraġ al-Arğāniyya.
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[94]
Al-Idrīsī, ibid., p. 98/89.
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[95]
Al-Idrīsī, ibid., p. 98/90.
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[96]
Al-Idrīsī, ibid., p. 139/127. Sur la question de l’usage de la langue latine au Maghreb médiéval, voir les observations de V. Prévost, 2007, pp. 472-473, et idem, 2008, pp. 241-242.
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[97]
Al-Idrīsī, ibid., p. 157/145.
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[98]
Al-Idrīsī, ibid., p. 108/99 ; idem, Uns al-muhağ, p. 197, ainsi que la compilation tardive de Maḥmūd Maqdīš, Nuzhat al-anẓār, I, p. 86. Voir M. Forstner, 1979, pp. 293, 294.
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[99]
Voir les brèves observations faites sur le terme par N. Van Den Boogert & M. Kossmann, 1997, p. 319.
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[100]
Voir O. Ould-Braham, 1987, pp. 104, 105, 108.
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[101]
Brāhīm Ūslīmān A(al-) Šammāhī, Iġāsrā d-Ībrīdan d-Īdrāran n-Īnfūsan, p. 33 (texte berbère)/p. 135 (traduction arabe). ˘
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[102]
Sur ces sites du Maghreb central, voir P.-L. Cambuzat, 1986, II, pp. 19-20, 57-58, 79-81 et M. Meouak, 2009, pp. 129, 134.
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[103]
Al-Idrīsī, Nuzhat al-muštāq, p. 160/147.
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[104]
Al-Idrīsī, ibid., p. 172/156.
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[105]
Al-Idrīsī, Nuzhat al-muštāq, p. 175/159. La problématique de l’origine des Hawwāra a déjà suscité des débats parfois ardus. Sur leur histoire, voir par exemple E. Savage, 1997, pp. 119- 125 et M. Gast, 2005, pp. 30-32.
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[106]
Al-Idrīsī, Nuzhat al-muštāq, p. 183/166.
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[107]
Al-Idrīsī, ibid., p. 185/166.
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[108]
Al-Idrīsī, ibid., p. 187/170.
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[109]
Al-Idrīsī, ibid., pp. 93-94/85.
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[110]
Al-Idrīsī, ibid., p. 190/173, ainsi que les données fournies par al-Bakrī, Kitāb al-muġrib, pp. 87/176 et 88/177. Voir M. Forstner, 1979, pp. 270, 276-278 (+ carte p. 311).
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[111]
Voir les observations de S. Chaker, 1981, p. 40.
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[112]
‘A.Ṣ. Azāykū, 2004, pp. 32-36.
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[113]
Al-Ḍabbī, Buġyat al-multamis, no 304, p. 131. Rappelons que cette information avait déjà été brièvement signalée par A. Ferré, 1986, pp. 199-200.
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[114]
Al-Bakrī, Kitāb al-muġrib, pp. 4/12, 4/13, 8/23, 9/25, 12/30, 28/63, 36/79, 50/108, 53/113, 57/122, 60/126, 68/140, 88/178, 105/206, 107/210, 111/217, 118/231, 142/272, 146/280, 147/281, 152/289, 153/292, 158/301, 160/304.
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[115]
Al-Bakrī, ibid., pp. 52-53/113 et 89/178-179.
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[116]
Al-Idrīsī, Nuzhat al-muštāq, pp. 71/61 et 76/67.
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[117]
Sur ces points, voir par exemple M. Meouak, 2008, pp. 66-67.
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[118]
La bibliographie est tellement abondante sur les aspects généraux de la langue berbère qu’il nous est impossible de choisir certaines références plus que d’autres. Cela dit, et à titre purement indicatif, on peut consulter, malgré sa relative ancienneté, L. Galand, 1988, pp. 207 et ss.
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[119]
Voir les remarques de S. Chaker, 1981, pp. 44-45.
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[120]
Al-Ya‘qūbī, Description du Maghreb, pp. 10/11 et 24/25.
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[121]
Al-Muqaddasī, Description de l’Occident musulman, p. 58/59. Voir le signalement de P. Larcher, 2006, p. 56, et la brève allusion d’A. Miquel, 2003, p. 500.
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[122]
Yāqūt al-Rūmī, Mu‘ǧam al-buldān, I, p. 288. Voir les observations de H. De Felipe, 2008, pp. 24-25.
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[123]
M. Lacheraf, 2003, pp. 161 et ss.
Introduction
1Dans son fameux Fihrist, composé vers 377-378/987-988, l’écrivain oriental Ibn al-Nadīm offre au lecteur averti un passage tout à fait intéressant sur les langues du pays des Sūdān et dans lequel il inclut les Berbères (al-Barbar). Il nous dit la chose suivante : al-kalām ʿalā l-Sūdān ; fa-ammā ağnās al-Sūdān, mitl al-Nūba wa-l-Bağa [...] wa-l-Barbar [...] ; fa-innahum yaktubūna bi-lhin-diyya li-l-muğāwara, fa-lā qalam lahum wa-lā kitāba / « Le discours sur les Sūdān : alors que les ethnies des Sūdān sont par exemple des Nūba, des Bağa [...] et des Berbères [...], certes ils écrivent en indien du fait de la proximité, mais ils n’ont ni plume ni écriture » [1]. Nous croyons que ce détour par l’Orient, même s’il semble quelque peu risqué, permet de voir la profondeur du problème de l’étude de la langue berbère s’il est certain que le vocable Barbar renvoie bien aux Berbères dont le peuplement s’étend du nord de l’Afrique jusqu’au Sahel, et de l’Atlantique jusqu’aux confins occidentaux de l’Égypte. Cela dit, et nous venons de le mentionner, nous avons mis en exèrgue un fragment littéraire arabe oriental du ive/xe siècle [2]. Mais, à notre avis, celui-ci est symptomatique des divers enjeux scientifiques en circulation et de la problématique de l’existence, ou non, d’une écriture spécifique en berbère à l’époque prémoderne qui pourrait avoir eu une influence notable sur la production littéraire originale dans la propre langue berbère [3].
2Si les propos d’Ibn al-Nadīm sont sans nul doute à mettre en relation avec un genre typiquement oriental, éloigné d’un Maghreb souvent mal compris et parfois en marge des canons littéraires arabes classiques, il vaut la peine de signaler les dires d’un autre écrivain nettement plus tardif et maghrébin. Nous faisons allusion au célèbre Ibn Haldūn (m. 808/1406), historien tunisien, qui avait eu parfois la main lourde ˘avec le monde berbère. Dans la citation que nous offrons au lecteur, on verra qu’il ne mâche pas non plus ses mots quant à l’idée qu’il se faisait de ce même monde. Il dit des choses réellement intéressantes pour l’historien et qui permettent de mieux comprendre le degré de préjugé entretenu vis-à-vis du milieu berbère. D’abord sur leurs origines : hādā l-ğīl min al-aʿğām / « Cette population d’étrangers », ensuite sur leur langue : ihtilāṭ al-aṣwāt ġayr al-mafhūma / « Un mélange de sons incompréhensibles » ou sur le fait qu’un personnage aussi emblématique qu’Ibn Tūmart avait été contraint d’enseigner aux ṭalaba et aux tribus berbères les textes classiques religieux dans leur propre langue sous peine de ne pouvoir transmettre correctement la profondeur du message de l’islam (yuʿallimuhum al-muršida fī l-tawḥīd bi-l-lisān al-barbarī / « Il leur enseignait ‘‘Le guide sur l’unicité de Dieu’’ en langue berbère ») [4]. Ces considérations, sous forme de véritables idées préconçues, en disent long sur le comment on imaginait l’un des principaux peuples autochtones du Maghreb. Mais cela dit, il faut également rappeler que cette attitude pourrait bien être liée à une méconnaissance du sujet ou à des confusions faites avec d’autres peuples et leurs mythes d’origine dont la transmission s’est parfois opérée de manière erronnée par l’historiographie arabe antérieure à l’époque d’Ibn Haldūn. En plus, il faudrait être en mesure de savoir si le fait de s’exprimer en b˘erbère pouvait engendrer la relégation à un statut social inférieur ou bien alors la marginalisation définitive des groupes berbères au sein de la société maghrébine au Moyen Âge [5].
3Si les études relatives à l’histoire de la langue berbère à l’époque prémoderne doivent beaucoup aux travaux des chercheurs français du xixe siècle jusqu’au milieu du xxe siècle tels par exemple A. de Calassanti Motylinski, Émile Masqueray, Henri Basset, Georges Marcy et d’autres, il est utile de signaler l’œuvre originale de l’orientaliste polonais Tadewsz Lewicki. Ce dernier avait notamment travaillé sur la base de nombreuses sources ibāḍites et avait mis au jour des matériaux historiques, religieux et linguistiques. On prendra soin de signaler en plus que son travail avait trouvé un écho favorable en la personne de Ouahmi Ould-Braham qui a eu à coeur de poursuivre les recherches engagées par le chercheur polonais mais aussi de poser les bases de nouveaux travaux critiques concernant les études sur la langue berbère vue notamment au prisme de sources ibāḍites souvent manuscrites [6]. Outre cet ensemble de noms prestigieux, il ne faudra pas oublier de mentionner les études publiées par le berbérisant Salem Chaker surtout dans la décennie 1980. C’est à lui que l’on doit les premières recherches systématiques sur la langue et l’onomastique berbères dans l’ouvrage d’al-Bakrī. En effet, en 1981 puis en 1983, S. Chaker étudia les données relatives au berbère contenues dans le livre du géographe de Huelva et dans ses travaux, il mit au jour plus de quatre-vingt anthroponymes et toponymes ainsi qu’une quarantaine d’informations d’ordre philologique [7]. À la lumière de ce constat, il est donc évident pour le lecteur assidu des textes arabes du Maghreb médiéval que l’œuvre d’al-Bakrī apparaît comme fondamentale pour connaître l’état de la langue berbère et de ses variantes régionales au ve/xie siècle car elle contient une grande quantité d’informations onomastico-linguistiques [8]. Mais alors pourquoi avons-nous choisi de revenir sur ce texte ? La réponse à notre interrogation est difficile à formuler mais cela dit nous pouvons indiquer que notre étude est sensiblement différente pour au moins deux motifs liés à certains aspects non étudiés dans les deux publications du berbérisant ci-dessus nommé. La première raison qui nous invite à reprendre l’examen des données d’al-Bakrī est en relation avec le contexte linguistique du Maghreb au ve/xie siècle, et dans ce sens nous avons essayé chaque fois que cela était possible de restituer les citations contenant des fragments de la langue berbère dans un ample contexte historique sans perdre de vue l’ensemble du texte matrice. S. Chaker avait effectivement relevé des informations de grande valeur mais sans se soucier véritablement du comment elles étaient apparues et dans quel cadre elles avaient été citées par al-Bakrī, et même si parfois il donnait quelques brèves informations supplémentaires. Le deuxième point est quant à lui lié à la perspective foncièrement historique de notre recherche. Nous avons tenté de rétablir le cadre historique car nous pensons qu’une telle démarche serait susceptible de mieux faire comprendre le pourquoi de tel fait linguistique apparaissant à telle époque ou dans telle région [9]. Tout ce qui vient d’être dit quant aux travaux de S. Chaker ne doit en rien faire penser que nous minimisons la valeur de son apport. Bien au contraire, c’est grâce à ses deux articles qu’il nous est possible de rouvrir le dossier de la langue berbère au Moyen Âge mais en y ajoutant des informations susceptibles de circonscrire puis de comprendre les problèmes historiques du berbère, du contact des langues (berbère-arabe-latin-grec) et participer, aussi modestement que possible, à l’étude d’un domaine encore en marge chez les historiens médiévistes spécialistes du Maghreb. Signalons enfin à titre indicatif que notre travail est forcément partiel du fait que toutes les citations berbères existantes ne contiennent pas toujours des éléments permettant de les situer dans un contexte historico-culturel plus large. En outre, certaines informations mises au jour par S. Chaker ont été prises en compte et d’autres, nouvelles car absentes de ses études, sont offertes aujourd’hui au lecteur [10].
4Une fois expliqué notre objectif sur al-Bakrī, qu’en est-il de l’œuvre d’al-Idrīsī soumise à l’étude ? Il faut reconnaître ici que les choses sont à la fois différentes du point de vue de la qualité des données offertes et similaires quant aux outils méthodologiques utilisés. Cela dit, indiquons que mises à part des citations sporadiques dans quelques publications, rien n’avait été réellement entrepris avant la publication des « Notes » de Kamal Naït-Zerrad. Là encore, on regrettera le caractère purement linguistique du travail effectué par le chercheur mentionné. Certes la perspective de son étude, comme celle d’ailleurs de S. Chaker, n’est autre que philologique mais on a de la peine à comprendre comment peut-on étudier des faits de langue sans tenir compte plus profondément des facteurs historiques, géographiques voire religieux. Les renseignements fournis à partir du géographe al-Idrīsī par K. Naït-Zerrad, dix-huit au total, ont été puisés au lexique commun du berbère, à la toponymie et aux noms de tribus. Nous arrivons maintenant au point où il est indispensable de signaler que l’ouvrage du géographe contient une somme impressionnante d’informations : plus de trente toponymes en tā- et autres noms de lieux, plus de cent noms (ethnonymes et anthroponymes), des références sur le comment est contextualisé l’utilisation de la langue berbère (bi-lisān al-Barbar ; ilā luġatihim ; mutabarbarūn ; bi-luġatihim ; bi-l-barbariyya ; etc.) [11] ainsi qu’une foule de données sur les modes de peuplement du Maghreb par les tribus berbères. Certains exemples déjà fournis dans la recherche mentionnée ont été repris dans notre étude qui ne constitue en réalité que la première pierre de touche d’un futur projet se proposant de mettre au jour toutes les données linguistiques et historiques sur la langue berbère contenues dans la Nuzhat al-muštāq d’al-Idrīsī.
5Arrivé presque au terme de l’introduction, on signalera que notre souhait de voir la langue berbère étudiée à la lumière d’une meilleure contextualisation historique se voit en partie récompensé à la lecture d’une étude récente publiée par Helena de Felipe. Consacrée aux contacts linguistiques dans l’Occident musulman (Maghreb et al-Andalus) à partir des textes arabes, la recherche de l’arabisante espagnole fournit un tableau particulièrement intéressant et suggestif de la situation linguistique de la région en offrant des renseignements historiques, géographiques, culturels et religieux [12]. On y découvre, non sans une certaine satisfaction, des observations pertinentes notamment sur le possible antagonisme entre langue écrite (l’arabe) et langue orale (le berbère), la problématique de la traduction et autres faits connexes. Si le travail en question se base sur plusieurs sources, mais non exclusivement sur les ouvrages d’al-Bakrī et d’al-Idrīsī, il constitue, à notre avis, un excellent point de départ pour entreprendre le périple au coeur du domaine berbère vu, dans notre cas, au prisme de deux géographes arabes des ve/xie et vie/xiie siècles.
6Afin de ne laisser subsister aucun doute sur les objectifs poursuivis dans notre travail, il nous semble important d’indiquer au lecteur que nous avons seulement pris en compte les mots et les locutions pour lesquels nous relevions des indications plus ou moins précises sur la langue berbère : mot/locution berbère + traduction arabe/indication de l’origine berbère. Nous avons ajouté quelques informations d’intérêt sur les modes de peuplement et des toponymes spécifiques issus de ce que nous pourrions appeler un métissage linguistique berbère/arabe. Finalement, nous sommes désormais convaincus que l’étude comparée des deux textes, celui d’al-Bakrī et celui d’al-Idrīsī écrits à un siècle d’intervalle [13], permettrait sans aucun doute de mettre en valeur quelques phénomènes linguistiques observés à des époques précises et offrirait aussi l’opportunité de mesurer l’évolution de l’usage écrit et oral des langues en présence au Maghreb médiéval à savoir le berbère, l’arabe, le latin et le grec. Pour cela, il faudrait reprendre de façon systématique le dépouillement des données contenues dans l’ensemble des sources médiévales relatives au Maghreb [14]. C’est en partie, semble-t-il dans la direction indiquée par l’écrivain d’origine berbère, Ibn ʿAbd al-Ḥalīm, dans son ouvrage sur les généalogies des Berbères, qu’il serait nécessaire de travailler plus encore. L’auteur maghrébin faisait en effet le commentaire suivant sous forme d’avertissement : waman wağada fī hāḏā al-mağmūc ḫaṭa’an aw-wahman fa-l-yuṣaliḥuhu, fa-innī katabtu mā katabtu min bac ḍ kutub al-tawārı̄ḫ wa-bac ḍuhu min afwāhi al-nās / « Celui qui trouverait dans cette somme une erreur ou une illusion, qu’il la corrige. En réalité, j’ai écrit ce que j’ai écrit à partir de quelques livres d’histoire et de quelques traditions orales » [15].
Abū ʿUbayd al-Bakrī ou l’exceptionnelle érudition d’un géographe andalousien
a) Notes biographiques
7L’écrivain andalousien al-Bakrī est sans nul doute l’un des plus grands géographes, avec al-Idrīsī, de l’Occident musulman et selon É. Lévi-Provençal, il pourrait être considéré comme l’un des représentants les plus originaux de la culture andalousienne du ve/xie siècle. Par son père, Abū ʿUbayd ʿAbd Allāh al-Bakrī appartient à l’Andalus des mulūk al-ṭawā’if, ces principautés surgies de la chute du califat umayyade de Cordoue à la fin du ive/xie siècle. Sur le terme de sa vie, il verra l’Andalus de nouveau réunifiée sous la dynastie des Almoravides. Au milieu de ces convulsions politiques, la vie d’al-Bakrī semble s’être écoulée sans heurt majeur, sans aucun voyage en dehors de l’Espagne ; elle fut toute vouée à l’étude d’abord, puis à l’érudition et à la rédaction de nombreux volumes [16].
8Quand il meurt, à un âge relativement avancé, al-Bakrī fait figure de savant complet. Sans parler de ses dons littéraires et même poétiques, il s’est illustré comme théologien, comme philologue et critique, comme botaniste enfin. Mais c’est son œuvre géographique qui lui a valu de passer à la postérité. Elle consiste en deux livres, dont, à vrai dire, le premier se situe aux confins de la géographie en tant que telle : le « Dictionnaire des mots indécis des pays et des villes », en arabe Muʿǧam mā istaʿǧama min asmā’ al-bilād wa-l-mawāḍic, est en fait un vaste répertoire de toponymes de l’Arabie qui ont soulevé des controverses dans la critique de la poésie ancienne ainsi que dans la littérature de la tradition (hadīt) ; seule l’introduction, qui trace un tableau de l’Arabie et de ses tribus, pou.rra-it être considérée comme du domaine de la géographie. En réalité, l’intérêt de l’ouvrage est ailleurs. Outre la contribution qu’il apporte à la toponymie et à la lexicographie, il reste symptomatique du souci de l’Andalus de ne pas rompre les ponts avec cette Arabie lointaine dont les dirigeants se prétendent les héritiers directs [17].
9L’œuvre essentielle d’al-Bakrī reste, pour la postérité, son « Livre des routes et des royaumes », en arabe Kitāb al-masālik wa-l-mamālik. Achevé vers 460/ 1068, le livre, selon une des plus vieilles traditions de la géographie arabe, celle qu’inaugura Ibn Hurradāḏbih, de l’œuvre duquel il reprend le titre, veut être un tableau complet des états musulmans et des itinéraires divers et variés. En fait, au-delà de la simple nomenclature, il s’agit d’une description du monde connu à l’époque d’al-Bakrī. Loin de se limiter au monde de l’Islam, l’auteur donne une série de renseignements sur l’Europe de son temps ; ainsi les fragments sur les Slaves (Ṣaqāliba) ont plus d’une fois, de ce point de vue, retenu l’attention des historiens [18]. Il est peut-être téméraire de porter un jugement sur une œuvre encore aussi mal connue et dont l’original a sans doute été fort maltraité. Mais on peut affirmer que la partie essentielle du livre reste celle-là même que nous connaissons le mieux, ou le moins mal, à savoir les passages qui traitent de l’Afrique du Nord et de l’Afrique occidentale [19]. En jugeant l’œuvre d’après ces passages et d’après d’autres, comme ceux qui concernent les Slaves, par exemple, on peut se faire une idée des méthodes d’al-Bakrī et de la portée de son livre. Contrairement à nombre de ses devanciers, ce n’est pas sur le voyage que ce dernier fonde sa description du monde mais uniquement sur l’érudition. Or celle-ci est de très grande qualité. L’auteur a compulsé non seulement la littérature géographique devenue en son temps classique, mais des documents d’archives et, surtout, pour ce qui touche à l’Occident, musulman ou chrétien, des auteurs dont le Kitāb al-masālik wa-l-mamālik nous a conservé quelques extraits importants : Abū ʿAbd Allāh Muḥammad b. Yūsuf al-Warrāq, mort en 363/973 (Maghreb occidental et central, Ifrīqiya et Sūdān), Ibrāhīm b. Yaʿqūb al-Isrā’īlī al-Ṭurṭūšī, ive/xe siècle (monde slave), Abū l-ʿAbbās Aḥmad b. ʿUmar al-ʿUḏrī, mort en 478/1085 (al- Andalus) et bien d’autres écrivains orientaux comme Ibn ʿAbd al-Ḥakam (mort en 257/871), al-Ṭabarī (mort en 310/923), al-Masʿūdī (mort en 355 ou 356/957), Ibn Rustah (mort vers 300/913), etc. [20] Au total, donc, œuvre d’érudition, mais dont la documentation reste remarquable. Puisée à des sources sérieuses, écrite en une langue claire, à l’occasion mâtinée d’hispanismes, et fourmillant de renseignements sur la vie économique, l’organisation politique des pays décrits, le peuplement des espaces, l’agriculture, les questions de langue, les problèmes de voisinage entre de nombreux groupes ethniques différents, etc. l’œuvre d’al-Bakrī mérite mieux que les jugements sévères et sommaires parfois portés sur elle [21]. Sans doute, et c’est cela, au fond, que de pareils jugements trahissent à leur insue, vient-elle après les chefs-d’œuvre que constituent les géographies d’Ibn Ḥawqal et d’al-Muqaddasī. Il reste cependant qu’elle occupe une position très importante dans l’évolution de la géographie arabe du Moyen Âge : par sa place, qui est l’Occident, par son temps, qui est celui des grands changements intervenus après le ve/xie siècle, et par sa méthode, entièrement fondée sur le pari, largement tenu, de la compilation des connaissances.
b) Informations historico-linguistiques sur la langue berbère recueillies chez al-Bakrī [22]
10Parmi les premiers renseignements fournis par al-Bakrī, nous trouvons une notice relative aux usages linguistiques de la ville de Surt [23], au sud-est de Tripoli de Lybie, sur la côte méditerranéenne, et dans laquelle il est dit la chose suivante : wa-lahum kalām yatarāṭanūna bihi laysa bi-ʿarabī wa-lā ʿaǧamī wa-lā barbarī wa-lā qubṭī wa-lā yaʿrifuhu ġayrahum / « Et ils parlent dans un jargon qui n’est ni arabe, ni persan, ni berbère, ni copte ; personne ne les comprend excepté eux-mêmes » [24]. Outre la description des diverses pratiques linguistiques de la région de Surt, nous relevons une information de choix sur la signification du nom de Tripoli prise à la langue grecque puis traduite en arabe : madīnat Aṭrābulus wa-yudkaru anna tafsīr Aṭrābulus bi-l-ʿaǧamiyya al-iġrīqiyya ṯalāṯ mudun wa-sammāhā al-Yūnāniyyūn Tarbalīta wa-ḏādika bi- luġatihim aydan ṯalāṯ mudun li-anna ṭar maʿnāhu ṯalāṯ wa-balīṭa yaʿnī madīna wa-yuḏkaru anna Asfārūs qayṣar huwa allaḏī banāhā wa-tusammā ayḍan madīnat Aṭrābulus madīnat Anās / « La ville de Tripoli : on dit que son interprétation en langue étrangère, en grec, est ‘‘trois villes’’. Les Grecs la nommaient Ṭarbalīṭa, ce qui, dans leur langue, signifie ‘‘trois villes’’ : ṭar dont la signification est ‘‘trois’’ et balīṭa, c’est-à-dire la ‘‘ville’’. On rapporte que c’est le césar Sévère qui la fit construire. Elle se nomme aussi ‘‘ville de la communauté’’ » [25].
11Au sujet des environs du site de Nafzāwa [26], à six jours à l’ouest de Kairouan, on dit qu’il y avait une rivière de couleur jaune : wa-li-madīna Nafzāwa ʿayn tusammā bi-l-barbariyya tāw (a) rġā / « Dans la ville de Nafzāwa, il y a une rivière appelée en berbère tāw (a) rġā » [27]. Mais cette dernière évocation n’est pas sans rappeler le sens du mot dans le contexte des réseaux hydriques et de l’irrigation des terres. En effet, on trouve le mot targa (pluriel tirganen) dans la région de Tabelbala (nord-ouest du Sahara algérien) qui désigne à la fois la terre irriguée par l’eau de la foggara (fuğğāra) et le réseau de distribution de cette même eau [28]. Toujours dans le Sahara algérien, on trouve également quelques variantes du mot. Par exemple au M’zab, on trouve le vocable tarğa (pluriel tirəğwin) avec les sens de « canal d’irrigation, rigole » ; et à Ouargla, on recueille le vocable targa (pluriel targiwin) = « rigole d’irrigation, canal ou ruisseau ». Plus au nord du Maghreb central, dans l’actuelle Kabylie, on a la variante targa (pluriel tiregwa) qui correspond au « canal, fossé d’irrigation, caniveau, séguia » [29].
12Dans la même direction sémantique, on connaît un autre terme intéressant désignant un puits à trente-cinq kilomètres à l’est de Nouakchott, et appelé aujourd’hui Tārga et venant du berbère zénaga Tarkah (Tārga wa-aṣluhā bi-l-barbariyya Tarkah wa-huwa al-ġubār / « Tārga dont l’origine en berbère est Tarkah et qui est la poussière ») [30]. Déjà dans le Hodna occidental, nous relevons une indication au sujet de conduites d’eau, de constructions antiques, situées dans le site de Bechilgia (ex-Zabi), au sud de M’sila [31], et que l’on évoque comme suit : minhā madīna li-l-awwal ḫirba yuqālu lahā Bašīlqa fīhā ǧadwalān min mā’ ʿaḏb ǧalabahu al-awwal ilayhā yuqālu lahā tārqā-an-ūdā tafsīruhu sāqiyat al-sāmn / « De là, les ruines d’une ville ancienne nommée Bašīlqa ; celle-ci est traversée par deux rigoles d’eau douce dont les conduits sont anciens ; on les appelle tārqā-an-ūdā dont l’interprétation est « la rigole de beurre fondu’’ » [32]. Outre les données précédentes en relation avec le vocable tārga, indiquons qu’au Maghreb occidental, on rencontre des toponymes presque identiques au terme soumis à l’examen. Grâce à une étude monographique du chercheur marocain ʿAlī Sidqī Azāykū, on est en mesure de fournir deux formes dérivées supplémentaires de tārga, à savoir tārkā (pluriel tīrkkayū (w)) équivalent de « grand canal », et Tārkān, nom d’un village situé à proximité de Tāfīnkaw (a) lt, dans la province de Taroudant, au Maroc [33].
13Une fois revenu en Ifrīqiya, nous trouvons une indication sur un lieu appartenant au territoire proche de Tozeur arrosé par trois ruisseaux et couvert de sable blanc fin comme de la farine, et répondant au nom de saraš [ « écoulement »] : yusammā dālika al-mawdiʿ bi-lisānihim saraš / « Et dans leur langue, ils appellent cet end-roit saraš » [34].. La locution bi-lisānihim « dans leur langue » placée dans un tel contexte peut, à notre avis, laisser entendre qu’il s’agit sans doute de la langue berbère. Dans l’ouest algérien, on trouve la mention d’une station située dans l’actuelle zone de Aïn Farès, et elle porte le nom de ābār al-ʿaskar qui est immédiatement traduit en berbère par arsān : tuʿrafu bi-ābār al-ʿaskar yurīdūna ʿaskar ʿUqba wa-yusammā bi-l-barbariyya arsān / « Connue comme ‘‘puits de l’armée’’ c’est-à-dire l’armée de ‘Uqba et qui est appelé arsān [‘‘puits’’] en berbère ». Signalons aussi que le vocable tirsin avec le sens de « puits » est bien connu et largement documenté dans les variantes dialectales berbères du M’zab [35].
14Remontant plus au nord du Maghreb central, au sud-ouest d’Alger, dans la Mattīǧa, on trouve un nom de site signifiant le torrent, le ravin, le fossé, etc. et répondant au nom d’iġzar : wa-minhā ilā madīnat Iġzar / « De là jusqu’à la ville d’Iġzar » [36]. Au sujet de ce dernier terme, il est curieux d’observer que Mac Guckin de Slane, éditeur et traducteur du livre d’al-Bakrī, a introduit une phrase dans le corps de la traduction mais qui est inexistante dans le texte arabe. Celle-ci est en fait la translation du terme et se présente ainsi sous la plume du traducteur : « petite rivière en berbère ». Ce terme se retrouve notamment dans les parlers mozabite et kabyle et il a respectivement les formes et les significations suivantes : iġəzran ou « vallée étroite, lit de rivière, ravin, fond de vallée » ; iġwezṛan (pluriel iġwezṛawen) ou « ravin, cours d’eau d’un ravin » [37]. En relation avec le mot iġzar, indiquons qu’il est présent en tant que toponyme dans le Gourara algérien sous la même forme. Cette région du Sahara central aurait abritée quelques lignages importants qui s’étaient, pour la plupart d’entre eux, consacrés notamment aux études religieuses et avaient construit des qəṣūr dès le début du viie/xiiie siècle [38].
15De retour au Maghreb occidental, al-Bakrī donne l’équivalent du nom de Tanger en berbère : wa-madīnat Ṭanǧa tuʿrafu bi-l-barbariyya Walīlā / « Et la ville de Tanger est connue sous le nom de Walīlā en berbère » [39]. Dans le chapitre consacré aux Barġawāṭa et à leur expansion au Maghreb, le géographe donne le nom de leur prophète Ṣālīḥ en plusieurs langues : wa-zacama an ismuhu fī l-carabī Ṣāliḥ wa-fī l-suryānī Mālik wa-fī l-ʿaǧamī ʿĀlim wa-fī l-cibrānī Ūrabbiyā wa-fī l-barbariyya Ūryāwarā / « Il affirma que son nom en arabe était ‘‘saint’’, en syriaque ‘‘possesseur’’, en persan ‘‘savant’’, en hébreu ‘‘monseigneur’’ et en berbère ‘‘celui après lequel il n’y a rien’’ » [40]. Dans le même sens, nous savons que la problématique des origines géographiques et du véritable rôle politico-religieux des Barġawāṭa continue de poser certains problèmes, et dans cette optique il est possible de dire que l’écrivain al-Bakrī alimente, sans doute involontairement, cette situation d’incertitude en nous introduisant dans le domaine de l’usage des langues au Maghreb occidental. L’on en veut pour preuve une notice intéressante sur la genèse du nom Barġawāṭa dans laquelle on lit : wa-sammā man atbaʿahu Barbaṭī lammā kāna min Barbat tumma ahālūhu bi-alsinatihim wa-raddūhu ilā luġātihim fa-qālū Barġawāṭī / . « -É tant de . Barbaṭ, il désigna tous ceux qui le suivaient du nom de Barbaṭī ; puis ils le passèrent vers leur langue en le restituant dans leur langue, et ils dirent Barġawāṭı̄ » [41]. À la lecture de la notice, on se rend compte aisément d’une certaine lourdeur dans la fin du syntagme avec la répétition du terme « langues » : alsina et luġāt. Alors, lorsque il est question des locutions bi-alsinatihim (« dans leurs langues ») et ilā luġātihim (« vers leurs langues »), celles-ci pourraient être interprétées comme étant une référence à la langue berbère. En outre, le vocable luġāt, pluriel de luġa, serait peut-être un fait militant en faveur de l’existence, pour al-Bakrī, de plusieurs variantes du berbère voire de dialectes précis. Cela dit, il faut là encore avancer les hypothèses avec précautions car le problème est complexe et on ne sait pas exactement quel était le niveau de connaissances du géographe arabe sur les langues du Maghreb médiéval [42].
16C’est dans un contexte similaire que l’on découvre la longue notice qu’al-Bakrī a consacrée aux pratiques religieuses des Barġawāṭa notamment en ce qui concerne les prières et l’usage du mot Yākuš comme équivalent d’Allāh. Il vaut la peine de donner en extension le fragment dans son ensemble car il est plein d’enseignements sur cet important groupe parfois qualifié de sectaire et hérétique [43]. Voici le texte tel qu’il nous est parvenu : wa-iḥrāmuhum an yaḍaʿ iḥdā yadayhi ʿalā l-uḫrā wa-yaqūlu a-bis (a) m an-Yākuš tafsīruhu bi-ism Allāh muqqar Yākuš tafsı̄ruhu al-kabı̄r Allāh wa-yaḍaʿūna aydı̄him mabsūṭa fı̄ l-arḍ ṭūl mā yatašahadūna wa-yaqrawna niṣf Qur’ānihim fī wuqūfihim wa-niṣfuhu fī rukūʿihim wa-yaqūlūna fī taslīmihim bi-l-barbariyya Allāh fawqanā lam yuġib ʿanhu šay’ fī l-arḍ wa-lā fī l-samā’ tumma yaqūlu muqqar Yākuš hamsan wa-ʿišrīn marra īḥan Yākuš mitl dālika wa-maʿnāhu al-wāḥid Allāh wardām Yākuš mitl dālika wa-maʿnāhu lāła-ḥad mitl Allāh / « Leur iḥrām consiste à placer l’une de-s mains sur l’autre et à dire : a-bis (a) m an-Yākuš ! Son interprétation est ‘‘au nom de Dieu’’, puis muqqar Yākuš dont l’interprétation est ‘‘le grand c’est Dieu’’ [44]. Pendant qu’ils prononcent la profession, ils tiennent les deux mains ouvertes et appliquées sur le sol ; ils récitent la moitié de leur Coran en se tenant debout, et l’autre moitié en faisant les prosternements. Dans leur salutation, ils prononcent en berbère ‘‘Dieu est au-dessus de nous, rien ne lui est caché de ce qui est sur la terre et dans le ciel’’. Ensuite, ils répètent vingt-cinq fois ‘‘le grand c’est Dieu’’, et autant de fois les mots īhan Yāquš dont le sens est ‘‘l’unique c’est Dieu’’ ; puis, wardām Yākuš dont le sens est ‘‘il n’y a point de semblable à Dieu’’ » [45]. Si l’on en croit le géographe arabe Ibn Ḥawqal, il y avait également une tribu berbère répondant au nom de Īlāsyakuš et un éthnonyme Mazalya-kuš. Dans ces deux exemples, il est tout à fait intéressant de voir comment le nom berbère de « Dieu », Yākuš, a perduré dans le stock onomastique [46]. Outre les données fournies sur le mot Yākuš, on n’oubliera pas de mentionner le fait qu’il existe un autre vocable pour désigner « Dieu » en berbère. Il s’agit de Yūš qui, selon les travaux d’O. Ould-Braham, est parfaitement bien documenté dans des sources ibāḍites de la Tripolitaine [47].
17Dans un domaine en rapport avec la diffusion du texte coranique parmi les populations en majorité berbérophones du Maghreb occidental, il serait instructif de rendre compte de la notice relative au fameux Ḥā-Mīm (mort vers 315/ 927-928). Ce personnage, d’origine ġumārī appartenant à la tribu des Mağkasa fixée près de Tétouan, avait eu l’idée de donner aux habitants de la région un Coran rédigé « dans leur langue ». Mais donnons plutôt le fragment afin de mieux comprendre le fait en question : wa-waḍaʿa lahum Qur’ānan bi-lisānihim fa-mimmā turğima minhu / « Il établit dans leur langue un Coran dont on fit la traduction » [48]. Quelques lignes après, dans un autre fragment relatif à Ṣāliḥ b. Ṭarīf, prophète des Barġawāṭa, on recueille une donnée similaire à la précedente et dans laquelle il est dit : Qur’ānuhum allaḏī waḍaʿa lahum Ṣāliḥ b. Ṭarīf / « C’est Ṣāliḥ b. Ṭarīf qui leur avait établi un Coran » [49]. Outre les observations faites en 1929 par Georges Séraphin Colin sur l’intérêt incontestable des deux notices compilées par al-Bakrī, nous pouvons dire que celles-ci mettent en relief plusieurs éléments importants quant à la question du transfert d’un texte révélé en langue arabe comme le Coran à une autre langue. En effet, Qur’ānuhum « leur Coran », bi-lisānihim / « dans leur langue » et fa-mimmā turğima minhu / « dont on fit la traduction », sans oublier l’usage du verbe waḍaʿa qui implique ici l’effort de mise en forme d’un texte, sont autant de formules qui nous invitent à penser, avec toute la prudence d’usage, que le Coran avait déjà pris forme, tout ou en partie, en langue berbère dès le ive/xe siècle. Dans ce sens, on souscrira complètement aux idées de G.S. Colin qui émettait ainsi la remarque suivante : « L’existence certaine d’un Qur’ān berbère chez les Barġawāṭa permet de sup- poser avec quelque vraisemblance que celui des Ġumāra était également écrit dans cette langue... » [50]
18Peu après le récit consacré à la dynastie des Barġawāṭa, al-Bakrī donne, au cours de la narration d’une bataille qui opposa les armées barġawāṭiennes aux troupes ṣanhāǧiennes, un renseignement sur la langue et les liens généalogiques en vigueur chez les Ṣanhāǧa : wa-qatala min Ṣanhāǧa ḫāṣṣa fī waqʿat wāḥida alf waġd wa-l-waġd ʿindahum al-munfarid al-waḥīd allaḏī lā aḫ lahu wa-lā ibn ʿamm / « En une seule bataille, il tua mille waġd des Ṣanhāǧa ; chez eux le waġd est l’individu qui n’a ni frère ni cousin » [51]. Toujours parmi les Barġawāṭa, nous apprenons que le nom du Prophète de l’Islam y est dit de la manière suivante : unzur Muhammadan wa-ʿibāra dālika bi-lisānihim imun-ī Māmat fa-Māmat Mu.ḥamma.d / « Regarde Muḥam-mad ! Dans leur langue, cette expression est imun-ī Māmat et Māmat est Muḥammad » [52]. Si on continue notre périple au Maghreb occidental, on trouvera, dans les plaines atlantiques, un lieu répondant au nom de Tiḥammāmīn qui se trouve sur la route allant de Siǧilmāsa à Aġmāt (min Siǧilmāsa ilā Tiḥammāmīn yawmān / « De Siǧilmāsa à Tiḥammāmīn [‘‘les bains’’], il y a deux jours ») [53]. Ce nom de lieu est construit à partir d’une base morphologique arabe, ḥammām (« bain ») puis s’est vu accompagnée par une particule structurelle (ti-) et phonétique avec l’ajout d’un pluriel en īn. À propos de ce dernier terme, il serait intéressant de signaler les observations faites par l’infatigable berbérisant français du xixe siècle, Émile Masqueray, qui avait sillonné de nombreuses contrées berbérophones d’Algérie (Aurès et Mzab notamment). C’est au cours d’une de ses missions, dans la région d’Oued Tâga en plein pays aurésien, qu’il recense le nom d’une petite plaine appelée Tāḥammāmt et à propos duquel il indique la chose suivante « Tâhammâmt, la chaude. – Je remarquerai à ce propos qu’en berbère châwi, lorsqu’un mot est destiné à caractériser un lieu, il prend le plus souvent la forme féminine... » [54]. Enfin, signalons que selon les résultats de fouilles archéologiques faites au tout début du xxe siècle, il semble qu’il existait aussi un site répondant au nom de Tiḥa (m) māmīn. Ce lieu est localisé non loin de la commune algérienne de Mektara (wilāya de Bordj-Bou-Arreridj), entre l’oued Ziatine, à l’est et l’oued Chelkhane, à l’ouest. Nous savons qu’autour de l’année 1903, une enceinte longue de plus d’un kilomètre avait été mise au jour à l’issue d’une intervention archéologique [55]. Dans un ordre d’idées presque identique, il est également intéressant de noter l’existence de noms de lieux formés à partir de nisba-s. C’est le cas, parmi bien d’autres, du toponyme nafūsien Tārūmīt (tā + rūmīt = « celle-ci la chrétienne ») dont la morphologie rappelle le nom Tāḥammāmt [56].
19Dans la région d’Agmāt [57], dans le sud marocain, il y a un site appelé de la . manière suivante en berbère : wa-minhā ilā faḥṣ afyaḥ fasīḥ yuʿrafu bi-faḥṣ Nazār wa-Nazār bi-l-barbariyya al-ġirbāl šibhu bihi li-annahu mudawwar wa-huwa mawḍiʿ muǧawwaf / « De là, une ample et vaste plaine appelée plaine de Nazār ; nazār signifie ‘‘crible’’ en berbère parce qu’elle a une forme circulaire et concave » [58]. Une fois au-delà de la zone d’Aġmāt, nous filons vers Siǧilmāsa et là nous relevons quelques renseignements de choix sur la langue berbère dont voici l’intégralité : wa-minhu ilā tūwannīn-an-ūǧallīd tafsīruhu ābār al-amīr marḥala wa-minhu ilā amān-īssīdān tafsīruhu mā’ al-naʿām wa-minhu ilā aǧǧār-an-ūššān ay faddān al-dīb / « À une étape de là jusqu’à tūwannīn-an-ūǧallīd dont l’interprétation e-st ‘‘les puits du roi’’ ; de là jusqu’à amān-īssīdān dont l’interprétation est ‘‘l’eau des autruches’’ ; de là jusqu’à aǧǧār-an-ūššān ou ‘‘le champ des chacals’’ » [59]. Au sujet du mot tūwannīn, signalons qu’au M’zab, on trouve le mot tuwannīn (« les puits ») qui pourrait être mis en relation avec le terme tiwuna (« mortier ») car s’agissant d’un ustensile évasé, large et profond. En revanche, à Ouargla, on a le substantif sous forme de verbe -awanni qui équivaut à l’idée de « faire un trou, une rigole avec la cuiller dans le couscous... pour recevoir la sauce » [60]. Enfin, ajoutons une dernière précision sur le point précédent en relation avec l’idée d’objet large et concave. En effet, nous savons qu’il existe à Djerba l’anthroponyme féminin Tmuyemen, à la signification encore obscure, et dont on pourrait rapprocher l’origine avec le terme médiéval tamwuiyaman, équivalent de « cruche » [61]. En continuant notre voyage, cette fois-ci à travers le sud du Maghreb occidental, nous sommes sur la route qui relie Aġmāt à Fès, et là, nous trouvons un site appelé Aġīġā. Dans l’ouvrage du géographe andalousien, on trouve la notice suivante : Warzīǧa ilā madīnat Aġīġā wa-maʿnā Aġīġā ḥiǧāra yābisa li-annahā mabniya bi-l-ḥaǧar bi-gayr ṭīn wa-hiya al-yawm hāliya / « De là jusqu’à la ville d’Aġīġā ; la . signification d’aġı̄ġā est ‘‘pierres sèches’’ ; il en est ainsi car c’est une construction sans ciment ; la ville est aujourd’hui déserte » [62]. La mention de la locution wa-maʿnā aġīġā ḥiǧāra yābisa laisse penser qu’il s’agit d’un nouvel effort consenti par l’écrivain pour traduire en arabe un terme berbère relatif au vocabulaire de la construction.
20Puis, nous nous dirigeons vers le territoire de Tāmdult – Awdaġust [63], et là nous relevons le nom d’un lieu que aurait, semble-t-il, correspondu à un site habité et que l’on nomme selon la formule suivante : ilā mā’ nazr yuqālu lahu Tāzaqqā wa-tafsīruhu al-bayt / « Jusqu’à une source peu abondante que l’on nomme tāzaqqā dont l’interprétation est ‘‘maison’’ » [64]. Faisons une parenthèse pour indiquer qu’il y a des variantes du mot en mozabite, en ouargli et en kabyle qui existent respectivement sous les formes suivantes : tazəqqa (pluriel tizəqwin) ou « pièce d’une maison ; chambre » ; tazəqqa (pluriel tizəqqwin, tizqwin) ou « pièce d’un appartement, chambre dans une maison, surtout chambre à provisions, cellier » ; tazeqqa ou « maison de maçonnerie » et tizeġwa (pluriel tizeġwin) ou « maison (en maçonnerie ; pierre, pisé) » [65]. Un peu plus loin sur le même itinéraire du géographe, nous trouvons un toponyme berbère nommé : ilā mawḍiʿ yuqālu lahu aqqār-tandī tafsīruhu muǧtamac al-mā’ / « Jusqu’à un endroit nommé aqqār-tandī dont l’interprétation est ‘‘amas d’eau’’ » [66]. Non loin du « pays des Noirs », nous arrivons à la lisière du Sahara et on relève le nom de lieu suivant : wa-minhā ilā ǧabal yusammā bi-l-barbariyya adrār-an-ūzzāl tafsīruhu ǧabal al-ḥadīd / « De là jusqu’à la montagne appelée adrār-an-ūzzāl en berbère dont l’interprétation est ‘‘montagne de fer’’ » [67]. Puis, nous avons une mention intéressante au sujet de la mère du célèbre souverain almoravide ʿAbd Allāh b. Yāsīn et dans laquelle nous retrouvons son nom, sous la forme d’un pronom démonstratif indéfini accompagné par le substantif « agneaux », ainsi que des renseignements sur ses origines géographico-tribales : wa-ism ummihi tīn īzāmmārin min ahl Ǧazūla min qarya tusammā Tamāmānāwut fī ṭaraf ṣaḥarā’ madīnat Ǧāna / « Et le nom de sa mère était tīn īzām (m) ārin [‘‘celle aux agneaux’’] qui appartenait aux Ǧazūla du village de Tamāmānāwut à l’extrémité du désert de la ville de Ġāna » [68]. Le terme īzām (m) ārin est aussi signalé dans une notice relative à la région des Ziban de Biskra, plus exactement au lieu-dit sāqiyat Hazar, non loin de Bentious (ilā sāqiyat Ibn Hazar yusammūnahā izamarīn / « Jusqu’au canal d’Ibn Ḫazar qu’ils appellent Izam(m)arı̄n » [69]. C’est aussi dans un fragment relatif ˘aux coutumes vestimentaires des Almoravides que l’on trouve une information curieuse concernant les étrangers et autres individus de passage. Ces derniers, à la différence des membres de la confédération almoravide qui portaient, semble-t-il, en permanence le voile (niqāb), ne l’exhibent pas. Par conséquent, étant vêtus de manière différente, ils sont ainsi appelés : wa-yusammūna man hālafa ziyyahum hādā min ǧamīc al-nāss afwāh al-dubbān bi-luġatihim / « Et˘ à ceux qui diffère-nt d’eux en matière d’habillem-ent, ils les appellent, dans leur langue, ‘‘bouches de mouches’’ » [70]. Là encore, il y a fort à parier que la formule bi-luġatihim (« dans leur langue ») corresponde à un renvoi à l’utilisation de la langue berbère.
21Continuant notre périple africain, nous nous retrouvons dans la région du Wādī Darʿa, situé dans le sud du Maroc actuel, et nous relevons une information linguistique sur un curieux type de pierre : wa-min hādā al-ǧins hiǧāra bi-Wādī Darʿa tusammā bi-l-barbariyya tāmatġust / « Et de ce-la, il y a uṇ type de pierre au Wādī Darʿa qui est appelé tāmatġust [amiante ?)] en berbère » [71]. En plein Adrar des Ifoghas, nous arrivons à la ville de Tādimakka [72], et sur ce point al-Bakrī nous donne la définition du toponyme sahélien berbérisé : wa-Tādimakka ašbaha bilād al-dunyā bi-Makka wa-maʿnā Tādimakka hay’at Makka / « De toutes les villes du monde Tādimakka est celle qui ressemble le plus à La Mecque, et cela signifie ‘‘forme de La Mecque’’ » [73]. Enfin, sur la route de Tādimakka à Kairouan, il y a le site de Ouargla, très connu des écrivains arabes du Moyen Âge, que l’on atteint en cinquante jours de voyage. À ce propos, al-Bakrī donne un renseignement sur le contexte topographique du site de Ouargla : min Tādimakka ilā l-Qayrawān fa-innaka tasīru fī l-ṣaḥrā’ ḫamsīn yawman ilā Wāraǧlān wa-hiya sabcat ḥuṣūn li-l-Barābir akbaruhā yu- sammā aġram-an-Īkāmman ay ḥiṣn al-ʿuhūd / « De Tādimakka à Kairouan, tu auras à marcher pendant cinquante jours dans le désert pour atteindre Ouargla, qui compte sept forteresses appartenant aux Berbères, et dont la plus grande se nomme aġram-an-īkāmman ou la ‘‘forteresse des pactes’’ » [74]. Plus au nord-ouest de la région de Ouargla, dans le M’zab, nous trouvons encore le mot aġərm (pluriel iġərman, iġərmawen) avec les sens de « cité, ville, village entouré de remparts, de murs » [75].
Abū ʿAbd Allāh al-Idrīsī ou l’histoire d’un géographe singulier
a) Jalons biographiques
22De son nom complet Abū ʿAbd Allāh Muḥammad b. Muḥammad b. ʿAbd Allāh b. Idrīs al-Šarīf al-Ḥasanī al-Qurṭubī, notre auteur était un géographe et botaniste andalousien, né soit à Ceuta, soit en Sicile [76], vers 493/1100 et mort probablement vers 560/1165. Il doit sa renommée à la rédaction d’un ouvrage de géographie descriptive intitulé Nuzhat al-muštāq fī iḫtirāq al-āfāq (« Diver- tissement pour celui désireux de traverser les horizons») ou Kitāb Ruǧār « Le Livre de Roger ». Ce livre fut composé à la demande de Roger II, roi normand de Sicile, pour illustrer et commenter un grand planisphère en argent construit par al-Idrīsī, qui est probablement mort en Sicile, à cause d’une probable interdiction de revenir dans sa terre natale où il aurait été considéré comme une sorte de « renégat » au service d’un roi chrétien comme Roger II. On connaît très peu de choses sur la vie d’al-Idrīsī. Il aurait voyagé au Maghreb, en al-Andalus, et peut-être même en Asie mineure, rapportant de ses voyages d’abondantes notes sur la géographie et la flore des régions visitées. On est également mal renseigné sur les circonstances de sa venue en Sicile où il arrive à Palerme en 533/1138. Le roi normand de Sicile l’aurait appelé à sa cour pour y réaliser un grand planisphère en argent et surtout pour écrire le commentaire géographique correspondant. Ce travail lui prendra environ dix-huit années de sa vie. On perd sa trace en 553/1158, après qu’il eût effectué ce travail. Les historiens situent la date de sa mort entre 560/1165 et 576/1180 [77].
23L’inspiration principale d’al-Idrīsī est venue de deux géographes de l’ère pré-islamique : Paulus Orosius, voyageur originaire de la péninsule Ibérique et auteur d’une histoire, écrite au ve siècle, qui comprend un volume de géographie descriptive, et Ptolémée, l’un des plus grands auteurs classiques, dont la Géographie, rédigée au iie siècle, a été perdue pour l’Europe, mais a été préservée dans le monde musulman dans une traduction en arabe. L’ouvrage géographique d’al-Idrīsī propose, au milieu du vie/xiie siècle, une exploration du monde par un savant arabe vivant à la cour cosmopolite du roi normand Roger II de Sicile. C’est un atlas qui décrit de manière très codifiée les pays, leurs villes principales, leurs routes et leurs frontières, les mers, les fleuves et les montagnes. Al-Idrīsī commente ces cartes en suivant des itinéraires, comme un véritable guide routier. Il livre des informations de toute nature, géographiques bien sûr, mais également économiques et commerciales, historiques et religieuses. Outre la compilation des connaissances déjà pratiquée par ses prédécesseurs, al-Idrīsī s’est doté d’une méthode relativement performante pour compléter et vérifier ses informations. Le Livre de Roger comprend une description de la Sicile, de l’Italie, de la péninsule Ibérique, de l’Europe du Nord et de l’Afrique, ainsi que de Byzance. C’est une description qui s’inscrit dans un cadre résolument universaliste comprenant aussi bien la géographie physique que les activités humaines. Ses connaissances des aires géographiques sahéliennes (Mali, Niger), du Soudan et du Nil sont tout à fait remarquables pour son époque. L’ouvrage a vraisemblablement bénéficié de la situation particulière du royaume normand de Sicile au vie/xiie siècle et du syncrétisme entre civilisations byzantine, normande et arabe qui le caractérisait [78].
b) Données historico-linguistiques sur la langue berbère recueillies chez al-Idrı̄sı̄ [79]
24L’une des premières notices offertes par le géographe arabe concerne le peuple berbère dans son ensemble et plus particulièrement ses coutumes vestimentaires et alimentaires : wa-yarbiṭūna calā ru’ūsihim camā’im al-ṣūf al-musammāt bi-l-karāzī / « Ils se couvrent de turbans en laine appelés karāzī » [80] et d’ajouter un peu plus loin : wa-ǧulla ṭacāmihim wa-aḥfalahu al-ṭacām al-musammā bi-l-barbariyya asallū / « Leur met le plus apprécié et le plus courant est appelé asallū en berbère » [81]. Nous savons en outre qu’au Moyen Age, cet asallū correspondait bien à une espèce de pâte faite à base de blé réduit en masse avec du beurre et du miel en quantité égale pour être ensuite cuit. C’est, selon toute vraisemblance, dans le Sahara occidental que l’on avait l’habitude de consommer cette préparation, notamment pendant les longues traversées caravanières [82].
25Dans la longue notice consacrée à la ville saharienne de Nūl-Lamṭa [83], le géographe arabe nous informe sur un vêtement typique en usage parmi les Berbères et répondant au nom de safsāriyya : wa-ṭabāʿa al-aksiya al-musammāt bi-l-safsāriyya wa-l-barānīs allatī yusāwī al-zawğ minhā ḫamsīn dirhaman dīnāran wa-aqall wa-akṯar / « On y vend des vêtements appelés safsāriyya et des burnous dont ūne paire vaut cinquante dinars [en dirham ?], parfois plus, parfois moins » [84]. Puis, nous relevons, dans le paragraphe sur la ville d’Azukkī/Azuqqī/Azggī, mot berbère exprimant l’action de circuler et la couleur rougeâtre [85], des références aux habitudes vestimentaires de ses habitants. Voici le passage en question : wa-ahluhā yalbasūna muqandarāt tiyāb bi-l-sūf wa-yusammūnahā bi-luġatihim al-qadāwir / « Sa population porte-des gando.uras en laine qu’ils appellent, dans leur langue, qadāwir » [86].
26À la suite du tableau fourni sur le site d’Azukkī/Azuqqī/Azggī, nous avons la partie consacrée à la ville de Siǧilmāsa dans laquelle on trouve une information relative à un type d’orge qui pousse dans cette région [87] : wa-tusammā hādihi al-hinta īrdan-tazwāw / « Ce type de froment est appelé īrdan-taz-wā-w » [88]. U.n.e autre information est fournie sur les pratiques alimentaires singulières de ses habitants puisqu’ils étaient, semble-t-il, connus pour manger des lézards : wa-ahl Siǧilmāsa ya’kulūna al-kilāb wa-l-ḥayawān al-musammā al-hirdawn wa-yusammūnahu bi-lisān al-Barbar aqzīm / « La population de Siǧil- .mā-sa mange les chiens et du gros lézard nommé hirdawn et qu’ils appellent dans la langue des Berbères aqzīm » [89]. Profitons ḍe -ce passage, pour attirer l’attention du lecteur, à la lumière d’une publication de Pierre Bonte consacrée à la cynophagie au Maghreb, sur l’importance réelle de ce phénomène qui va bien au-delà de la simple consommation de viande de chiens mais qui nous introduit dans l’histoire d’une trilogie peu considérée jusque là, à savoir les rapports anciens et étroits entre monde berbère, hāriǧisme et cynophagie [90]. Continuant notre route à travers le sud du Maghreb occidental, nous arrivons dans le Sūs, et là, al-Idrīsī donne quelques renseignements concernant d’abord les habitudes vestimentaires : wa-yaḥtazimūna fi awsāṭihim bi-ma’āzir ṣūf wa-yusammūnahā asfaqās / « Ils se ceignent la taille avec des sangles de laine qu’ils appellent asfaqās ». Puis, nous trouvons une information concernant un breuvage typique de la région et bien alcoolisé : wa-šarābuhum al-musammā anzīr / « Leur boisson porte le nom de anzīr » [91].
27Dans une description particulièrement intéressante de l’arganier, arbre typiquement saharo-sahélien, al-Idrīsī donne l’une de ses multiples variantes en langue berbère : wa-bi-hādā al-ǧabal šaǧar kabīr yusammā bi-l-barbariyya arqān / « Dans cette montagn-e pousse un grand arbre qui s’appelle, en berbère, arqān » [92]. En suggérant une relation hypothétique avec le mot berbère arqān, indiquons que les sources arabes médiévales signalent qu’il y avait un site appelé Arğān (Arkān ?) et situé en plein ǧabal Nafūsa. Dans la continuité des éléments fournis précédemment, indiquons que le géographe arabe Ibn Ḥawqal et l’écrivain ibāḍite al-Šammāẖī font état du lieu en association avec une femme pieuse répondant au nom de Zūraġ al-Arğāniyya qui vécut probablement dans la première moitié du iiie/ixe siècle [93]. En repartant un peu plus au nord du Maghreb occidental, et une fois situé dans la zone des Miknāsa, al-Idrīsī confirme un fait déjà connu par ailleurs. En effet, il dit que les habitants vivant au nord de qaṣr Banī Mūsā sont des Berbères : wa-hum Barābir yalbasūna al-aksiya wa-yarbiṭūna al-karāzī / « Ce sont des Berbères qui s’habillent de manteaux et se coiffent de karāzī » [94]. En remontant vers le nord-est de la région des Miknāsa, nous arrivons dans la ville maghrébine par excellence qui fut également la capitale politique et « pôle » économique des cités du Maroc médiéval : Fès. Là, nous apprenons que les habitants étaient principalement des Berbères parlant la langue arabe : Fās quṭb : wa-madīnat Fās quṭb wa-madār li-mudun al-Maġrib al-aqṣā ; wa-yaskunu ḥawlahā qabā’il min al-Barbar ; laki-nahum yatakallamūna bi-l-ʿarabiyya / « Fès est le pôle de gravitation des villes du Maghreb occidental autour duquel sont établies des tribus berbères mais qui parlent l’arabe » [95].
28Après avoir fait la traversée du Maghreb d’ouest en est, nous voici maintenant en Ifrīqiya, et plus exactement dans la région de Gafsa. Et au sujet de cette zone aride, le géographe offre quelques informations de grand intérêt quant aux origines de la population et à ses usages linguistiques. Il dit les choses suivantes : wa-ahluhā mutabarbarūn wa-aktaruhum yatakallamu bi-l-lisān al-laṭīnī al-ifrīqī / « Ses habitants sont berbéris-és et la plupart d’entre eux parlent le latin d’Ifrīqiya [d’Afrique ?)] » [96]. Dans les monts du Waslāt, situés dans la Tunisie centrale, nous savons qu’il y avait divers sites habités par des tribus berbères : wa-kull hādihi al-bilād yuʿamiruhā qabā’il min al-Barbar / « Et chacune d’entre elles -était peuplée par des tribus berbères » [97].
29En repassant au Maghreb central, le géographe arabe livre un renseignement sur un site dont le nom est construit sur un schéma morphologique berbère et arabe : wa-minhu [Ašīr] ilā Tāmazkīda marḥalatan / « De là [Ašīr] jusqu’à Tāmazkīda, à une étape ». Cet endroit est localisé entre Ašīr et M’sila, c’est-à-dire en plein Hodna occidental [98]. Il est clair que ce toponyme est bâti selon le modèle tā + mazkīda (tā = « celle-ci » et le mot arabe masǧid berbérisé) et il pourrait signifier alors la locution « forme de mosquée » suivant l’idée que tā- berbère est l’équivalent du démonstratif féminin « celle-ci » [99]. En plus du renseignement qui nous est offert, ajoutons que certains textes ibāḍites du ǧabal Nafūsa fournissent des occurrences supplementaires du nom sous la forme tamazy (i) da avec le sens de « mosquée », en tant que lieu de culte et non comme toponyme [100]. Si on reste dans le domaine ibāḍite de la région du Nafūsa, à la fin du xixe siècle, on trouve également plusieurs mentions du vocable tamazkīda employé comme équivalent d’un emplacement où s’excerce le culte musulman. En effet, dans la zone du fort ibāḍite d’Ūrām, on rencontrait encore vers l’année 1885 trois mosquées (tamazkīdā, pluriel tamazkīdyūn) répondant aux noms suivants : Tādwīt, Alḥūmīt et Arnūn [101].
30Plus loin, et toujours au centre du Maghreb, nous sommes renseignés sur des lieux peuplés par des éléments berbères comme Nahrawayn, Dakkama et Ūsaḥant/Ūsağīt [102] : wa-l-ġālib ʿalayhā al-Barbar min Kutāma wa-Mazāta / « Dans la majorité, sa population est berbère des Kutāma et des Mazāta » ; wa-ahluhā min Kutāma / « Ses habitants sont des Kutāma » ; wa-hiya qarya li-l-Barbar / « C’est un village [appartenant] aux Berbères » [103]. Puis plus à l’est de l’Ifrīqiya, dans un autre passage relatif à l’île de Djerba, le géographe fait un commentaire sur les pratiques de langue de sa population : wa-kalāmuhum bi-l-barbariyya ḫāṣṣatuhum wa-ʿāmmatuhum / « Leur langage, tant chez l’élite que chez le peuple, est le berbère » [104]. Plus à l’est du Maghreb, dans le fameux site de Leptis Magna, le géographe arabe nous renseigne sur une importante confédération tribale berbère. Il dit en effet que parmi les ruines dûes aux ravages des Arabes sur le lieu, il y avait deux forts peuplés par des Berbères issus des Hawwāra : fa-lam yabqa al-ān minhā illā qaṣrān kabīrān, wa-ʿummāruhumā wa-sukkānuhumā qawm min Hawwāra al-Barbar / « Il ne reste plus que deux grands forts dont les occupants et les habitants sont des Berbères de la tribu des Hawwāra » [105].
31À l’autre extrémité occidentale du Maghreb, nous apprenons que la région de Tanger était également dotée d’un peuplement berbère : wa-sukkānuhā Barābir yansibūna ilā Ṣanhāǧa / « Ses habitants sont des Berbères des Ṣanhāǧa » [106]. Non loin de Tanger, nous recueillons une information sur le peuplement berbère de la « ville » (madīna) de Tišummiš : wa-lahā qurā ʿāmira bi-aṣnāf min al-Barbar / « Il y avait des villages peuplés par des groupes de Berbères » [107]. À l’ouest de Tanger, dans la zone de Tétouan, nous savons que les territoires étaient habités par des tribus berbères : wa-taskunuhā qabīla min al-Barbar tusammā Mağkasa / « Et elle est habitée par une tribu de Berbères appelée Mağkasa » [108]. Outre les données antérieures, al-Idrīsī fournit quelques renseignements importants sur le type de peuplement notamment au Maghreb occidental. Sur les territoires de Dāy et Tādla, nous savons qu’il y avait de nombreuses tribus berbères : wa-ahluhā aḫlāṭ min al-Barbar, wa-fī šarqī Tādla wa-Dāy min al-Barābir Banū-Walı̄m wa-Banū-Wı̄zakūn wa-Mandāsa / « Et sa population est un mélange de Berbères puis à l’est de Dāy et Tādla, il y a les Berbères Banū Walīm, Banū Wīzakūn et Mandāsa » [109]. Plus au sud, dans les plaines atlantiques marocaines, nous trouvons le toponyme Tābaḥrīt qui est également un calque évident d’un démonstratif berbère avec un substantif arabe de la forme tā + baḥrīt, littéralement « celle-ci la mer » (wa-min Tāfarkanīt ilā hisn Tābahrīt tamāniyat amyāl, wa-huwa hisn hasīn hasan ʿāmir ahl wa-lahu marṣā.maqṣūḍ / « Ðe Tāfarkanīt à Tābaḥrīt, i.l y. a.hu.it ṃilles ; c’est un fort solidement construit, habité et pourvu d’un port fréquenté » [110]. Il s’agirait donc d’un terme adjectivé signifiant « maritime » [111]. Cela dit, on rappelera que le mot est également en étroite connexion morphologique avec le vocable arabe buḥayra (« étang, étendue d’eau, etc. »), et sur ce point, ajoutons que ʿA.S. Azāykū avait donné d’autres occurrences de la base arabe reprise sur une formule en berbère : lbḥr, lbḥira, tubḥirt. Afin de résoudre le problème de la traduction du vocabulaire, il faudrait donc savoir à quel contexte géographique renvoient les citations recueillies dans la documentation arabe médiévale [112].
L’histoire du Maghreb médiéval à la lumière des faits linguistiques : une enquête à poursuivre...
32Au terme de ce périple qui nous a conduit à travers le Maghreb médiéval, à la recherche de données relatives à la langue berbère, quelles sont les leçons que nous pouvons en retirer ? Tout d’abord, il faut préciser à nouveau que notre moisson de renseignements s’est limitée à des faits linguistiques recueillis dans un contexte concret : le fond historique comme base nécessaire pour la compréhension des faits mis au jour. Alors, si la quantité d’informations présentée ne permet pas vraiment d’échaffauder de réelles conclusions, les données exhumées de la documentation arabe offre en revanche l’opportunité de réfléchir sur leur valeur en tant que fait linguistique et sur l’époque au cours de laquelle elles auraient été en usage à travers le monde berbérophone. Le lecteur aura compris que la majorité des termes et expressions relevés appartient principalement au domaine de l’onomastique (anthroponymie et toponymie) et de la linguistique. Les fruits de la récolte sont à notre avis intéressants à plus d’un titre, et ils nous aident à préciser nos connaissances sur la langue berbère à une époque donnée. Cette période correspondrait à la fin de l’ère des Taïfas et au début du mouvement almoravide si l’on accepte le fait qu’un auteur comme al-Bakrī avait rendu compte de faits divers et variés appartenant au moins à la seconde moitié du ve/xie siècle. Alors que pour al-Idrīsī, rédigeant son oeuvre dans la première moitié du vie/xiie siècle, à la fin de l’époque almoravide et aux commencements du règne almohade, les choses sont, à notre avis, plus compliquées à analyser car si il fournit bien quelques éléments linguistiques, ces derniers sont souvent réduits à leur simple mention.
33Tout cela dit, il faut mettre en relief l’idée que les données ici présentées à propos d’al-Bakrī, outre celles qui avaient été signalées par S. Chaker en son temps, relèvent selon nous d’une relative singularité. Mais pourquoi parler d’une certaine exception ? Nous pensons que le fait de trouver autant de matériaux sur la langue berbère dans un seul ouvrage comme celui du géographe al-Bakrī relève presque du miracle. Il est en effet très rare de rencontrer des textes arabes aussi anciens avec de tels volumes d’indices. Pour ces motifs, il est, croyons-nous, indispensable de se demander comment un auteur comme al-Bakrī avait pu réunir cette somme d’indications sans sortir de la péninsule Ibérique. Le sujet est ardu et on se contentera d’émettre quelques observations. Outre le fait que le géographe de Huelva avait sans doute eu accès à certaines archives de l’État umayyade de Cordoue et autres types de sources, nous pouvons également avancer l’hypothèse selon laquelle il avait pu accéder à des informations orales ou écrites sous forme de notes transmises par des individus qui avaient été amenés à se rendre au Maghreb occidental. Il est certes vrai, et nous l’avons dit au début de cette étude, qu’al-Bakrī est en grande partie tributaire des informations puisées dans des oeuvres antérieures souvent résumées (al-Ṭabarī, al-Masʿūdī, etc.). Sur ce point, nous voudrions nous arrêter sur un détail d’importance recueilli dans le dictionnaire bio-bibliographique rédigé par al-Ḍabbī, auteur andalousien mort en 599/1203. Dans la biographie qu’il consacra à l’écrivain d’origine andalousienne Abū ʿAbd Allāh al-Warrāq, le biographe dit entre autres choses que celui-ci avait rédigé plusieurs monographies sur des villes du Maghreb et le pays des Sūdān à la demande, semble-t-il, d’al-Ḥakam II, deuxième calife umayyade de Cordoue. Afin de mieux comprendre notre propos, une partie du passage mérite bien d’être donnée en extension : wa-kadālika ayḍan allafa fī ahbār Tīhart wa-Wahrān wa-Tanas wa-Siǧilmāsa wa-Nakūr wa-l-Baṣra [...] / « Il avait également composé des histoires de Tiaret, d’Oran, de Ténes, de Siǧilmāsa, de Nakūr et d’al-Baṣra [...] » [113]. Il paraît désormais assuré que la principale source écrite d’al-Bakrī, pour ce qui regarde la description du Maghreb et peut-être même certaines régions de l’Afrique subsaharienne, avait été le géographe Abū ʿAbd Allāh al-Warrāq, et d’autant plus que ce dernier est cité, selon notre dépouillement, vingt-quatre fois tout au long du livre [114]. Mais ce n’est pas tout car nous avons relevé deux autres citations référant à des écrivains andalousiens : al-ʿUḏrī est cité en tant que source relative à un fait ayant eu lieu dans la montagne de Zīġīzī située dans la région de Biskra, et Aḥmad b. Muḥammad b. Mūsā al-Rāzī aurait, quant à lui, rappelé quelques vers à propos de la ville de Malīla [115].
34Si nous venons de consacrer plusieurs lignes à l’ouvrage d’al-Bakrī, il ne peut malheureusement en être de même à propos de l’œuvre d’al-Idrīsī. En effet, bien que la Nuzhat al-muštāq ait sans aucun doute bénéficié de nombreuses sources écrites pour sa composition, il est très rare de rencontrer des références explicites aux écrivains mis à profit par le géographe arabe. Nous n’avons seulement pu recueillir que deux mentions concernant les références utilisées. La première mention indique qu’al-Idrīsī aurait fait usage d’un « Livre des merveilles » à propos de l’île atlantique de Rāqa (wa-ḥakā ṣāḥib Kitāb al-ʿaǧā’ib / « L’auteur du ‘‘Livre des merveilles’’ a raconté »). La seconde donnée est curieuse car si elle renvoie bien au fameux géographe oriental Ibn Ḥawqal, elle n’en déforme pas moins son nom sous la forme d’une nisba. Le fragment concerne un événement où il est question de récoltes de céréales à Siğilmāsa (wa-ḥakā al-Ḥawqalī / « Al-Ḥawqalī a raconté ») [116]. À l’heure actuelle, on reconnaîtra ici notre impossiblité de résoudre la question complexe des sources employées et citées par al-Idrīsī. Pour prétendre donner une réponse convenable et plus ample, nous croyons que seule une étude serrée de tous les passages relatifs au Maghreb et à l’Afrique subsaharienne permettrait d’en savoir un peu plus sur cette problématique.
35Tentons d’aller plus loin sur la question de la langue berbère notamment à partir d’un des éléments documentaires mis en relief par les deux auteurs étudiés. Nous voulons parler de la toponymie qui est abondemment documentée, sujette à de nombreuses interprétations et qui permettrait de faire quelques observations en rapport avec la linguistique historique et la localisation des variantes dialectales rencontrées dans les textes examinés. Avant d’entrer en matière, nous nous permettrons de rappeler que les toponymes berbères, à l’exception des éthnonymes, sont pour la plupart d’entre eux descriptifs des lieux qu’ils nomment de façon généralement dénotative. Pour ce faire, ils emploient les champs sémantiques de la terre et de l’eau, par exemple, ou ont recours à la métaphore à partir de termes désignant les objets fabriqués par l’homme ou les parties du corps [117]. À ce stade des conclusions, il faut donc s’arrêter sur les possibilités de discussion offertes par les résultats fournis par les deux géographes, à savoir un riche matériel onomastique. Cette collection d’anthroponymes et de toponymes, nous l’avons dit, peut aider à en savoir plus sur les variétés dialectales du berbère et poser ainsi la question de l’élaboration d’une géographie linguistique. Si l’immense majorité des renseignements concerne le Maghreb occidental, les parties centrale et orientale ont bénéficié, certes dans une moindre mesure, de quelques notations faites par al-Bakrī et al-Idrīsī. Alors d’un point de vue géographique, on pourrait poser des hypothèses dans le but de savoir à quelle variante linguistique les auteurs faisaient-ils référence. Grosso modo, les informations relatives au nord du Maghreb occidental pourraient renvoyer à la variante tarīfīt ; les fragments concernant le centre du Maghreb occidental renverraient peut-être au tamazīġt et les renseignements sur le sud du Maghreb occidental seraient à assimiler au tašalḥīt. Mais prenons bien garde car cette distribution doit être nuancée. En effet, les linguistes-berbérisants savent très bien que pour le monde berbère en général et le Maghreb occidental en particulier, ces divisions géo-linguistiques sont loin d’être étanches et il y a dans tous les cas des contacts entre telle et telle variante, d’une région à une autre et dans une même zone à priori considérée comme exclusivement unilingue. Pour ce qui regarde le Maghreb central et oriental, les choses se compliquent nettement plus car nous ne disposons que d’un modeste échantillon de données. Disons brièvement que dans ces derniers cas, on possède des informations linguistiques référant à des zones géographiques comme l’ouest algérien (Aïn Farès), la région de Biskra (toponymie berbère), Ouargla, la Mattīǧa (sud de l’Algérois), Tozeur et Nafzāwa. Les éléments sur le Maghreb central et oriental qui ont été exposés dans les pages précédentes indiqueraient, avec une extrême prudence, que nous serions en présence d’informations concernant le possible usage des variantes berbères tamazīġt et tašalḥīt [118].
36Les problèmes qui ont été mis en relief dans le paragraphe précédent, et nous en sommes tout à fait conscient, sont autrement plus complexes et ils dépassent largement nos compétences. Cependant, à la lumière des résultats de notre travail, il serait, croyons-nous, possible de réfléchir dans une prochaine étude sur plusieurs faits importants que présidèrent à l’évolution historique du Maghreb médiéval. Ces faits sont nombreux et nous limiterons notre choix à l’énumération de quelques points que nous considérons comme étant fondamentaux : mesurer l’ampleur de certains usages linguistiques ; repenser le phénomène de l’arabisation face à la relative permanence du berbère à partir d’autres textes historiques et géographiques, des productions hagiographiques, des écrits littéraires, des sources ibāḍites ; cerner clairement les circonstances éco-géographiques comme facteur de compréhension de la continuité historique dans l’usage, plus ou moins soutenu, des langues du Maghreb (berbère, arabe, latin, grec, etc.). Pour tout cela, il est, croyons-nous, fondamental de considérer plusieurs facteurs afin de dresser le tableau le plus exact possible de la situation historico-linguistique. Dans ce sens, il serait souhaitable de cerner correctement les problèmes de lecture / vocalisation des textes arabes entraînant parfois de sérieux doutes sur le phonétisme et la phonologie des mots et des fragments en berbère (par exemple sur les voyelles longues ī- ou ya-, ū- ou wa-, etc.). Et à ce propos, il suffit de revoir le cas des toponymes Tiḥammāmīn et Tabaḥrīt, où le phonème /ḥ/ est bien conservé alors que dans le nom Māmat, équivalent de Muḥammad, on observe que /ḥ/ n’est pas encore incorporé dans le phonétisme berbère [119]. Ensuite, il serait nécessaire de vérifier, dans la mesure du possible, si les auteurs utilisés avaient ou non des connaissances réelles sur la langue berbère : compilation directe des données dans des ouvrages antérieurs, transmission de celles-ci par des individus berbérophones ou en possession d’une certaine culture linguistique et littéraire en berbère, etc. Puis, il faudrait poser la question de la chronologie exacte des faits relevés : à quelle époque appartiennent-ils ? Sont-ils vraiment représentatifs d’une période concrète ? Peut-on les comparer aux dialectes en usage aujourd’hui afin de mesurer les permanences et les abandons de traits spécifiques de morphologie, de syntaxe et de lexique ? Cette liste de questions, loin d’être exhaustive, se voudrait être le maillon suivant dans notre quête pour une meilleure compréhension de la place et du rôle de la langue berbère dans l’histoire du Maghreb médiéval.
37Afin de compléter, même partiellement, nos informations et ouvrir de nouvelles perspectives de recherches historiques sur la langue berbère au Moyen Âge, il serait sans doute utile de s’orienter vers les sources arabes de l’Orient. Cette idée, qui n’a rien d’original, permettrait de glaner des informations supplémentaires, sans doute capables de nous en dire un peu plus sur les modalités d’usage et de présence du berbère dans des régions précises du Maghreb. En prenant les mêmes précautions que celles signalées plus haut, on pourrait reconstituer un tableau, même fragmentaire, de la langue berbère, poser des hypothèses d’évolution et de reconstruction à l’aide, par exemple, d’une comparaison possible avec les dialectes actuels. Dans ce sens et afin d’encourager les éventuels historiens intéressés par les faits exposés et les questions posées dans notre étude, nous voudrions en guise « de point... à la ligne » donner trois notices tirées de géographes et qui voudraient être le point de départ d’un prochain voyage dans le domaine berbère notamment en ce qui concerne la langue. Le fameux historien et géographe oriental al-Yaʿqūbī (circa 278/891) relève, non sans une certaine curiosité, quelques faits singuliers concernant les peuples et les langues du Maghreb médiéval. Il donne les informations subséquentes : wa-min Ṭarābulus ilā arḍ Nafūsa wa-hum qawm ʿaǧam al-alsun ibāḍiyya kulluhum / « De Tripoli jusqu’à la région des Nafūsa, peuple étranger par la langue, tout entier ibāḍite » ; wa-madīna ayḍan yamli-kuhā raǧul minhum yuqālu lahu ʿUbayd Allāh tasammā al-madīna al-ḥasana idā fassarat min lisān al-Barbar bi-l-ʿarabiyya / « Une autre ville, où gouverne un des leurs, que l’on appelle ʿUbayd Allāh, s’appelle ‘‘la belle ville’’, suivant l’interprétation arabe faite de la langue des Berbères » [120]. Au siècle suivant, c’est al-Muqaddasī (ive/xe siècle), auteur oriental, qui semble étonné par les usages linguistiques des habitants du Maghreb et il s’exprime en ces termes : wa-luġatuhum ʿarabiyya ġayr annahā munġaliqa muhālifa limā dakarnā fī l-aqālīm wa-lahum lisān āhar yuqāribu al-rūmī / « La lăngue des ha-bitants du Maghreb est l’arabe, mais un arabe peu intelligible et différent de celles dont nous avons signalé l’usage dans d’autres provinces. Ils possèdent une autre langue qui se rapproche du roman ». Plus loin, dans son récit, il signale également un autre fait tout aussi important : wa-l-ġālib ʿalā bawādī hādā l-iqlīm al-Barbar [...] lā yufhamu lisānahum / « La majorité des gens, dan-s les campagnes de cette région, sont des Berbères [...] dont la langue est incompréhensible » [121]. Enfin, ajoutons qu’un géographe tel que Yāqūt al-Rūmī (mort en 626/1229) n’est pas en reste et s’est quelque peu intéressé à la question des langues notamment lorsqu’il propose des vocalisations pour bon nombre de toponymes recensés tout au long de son dictionnaire. Pour le berbère, nous relevons une information que l’on trouve très rarement et qui réfère à la prononciation de cette langue en arabe : la consonne ǧīm aurait une réalisation similaire à la qāf et la kāf. L’écrivain oriental donne une explication sous forme d’équivalence phonologique utile à partir du toponyme Īǧālīn localisé au Maghreb occidental, et il décrit ainsi la situation : Īǧālīn : ǧīmuhu tašabbaha al-qāf wa-l-kāf [...] ǧabal mušarraf ʿalā madīnat Murrākuš / « Īǧālīn : sa ǧīm ressemble à la qāf et à la kāf [...] ; sur une montagne dominant la ville de Marrakech » [122].
38Pour clore cette recherche, nous laisserons le mot de la fin à un historien algérien qui avait eu à coeur de considérer l’étude de tous les aspects historiques, géographiques et linguistiques de son pays afin de mieux comprendre sa diversité et mettre en valeur l’originalité même du pays. Nous faisons référence à Mostefa Lacheraf qui avait fait une remarque tout à fait lucide mettant en exergue le patrimoine onomastique de l’Algérie. Il disait, à juste raison, que le pays possède « Un gisement ancien en langue tamazghit [...]. Les topiques ou toponymes et lieux-dits à travers toute l’Afrique du Nord constituent, quant à eux, un véritable festival de la langue berbère [...] » [123]. Cette observation avait été faite dans son livre sur les noms et les lieux de l’Algérie en tant qu’objets de la mémoire d’une nation et invitant ainsi les générations futures à préserver cet héritage culturel. Gageons que le message passera définitivement et qu’il suscitera, nous l’espérons, encore plus de vocations de recherche et de constance dans le préservation des faits et gestes du versant berbère de l’histoire de l’Algérie mais aussi du Maghreb dans son ensemble.
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