La numérisation (BNB) et le e-learning (Workshop à Tipaza, Algérie, 28-29 mai 2008)
Pages 175 à 183
Citer cet article
- HUDRISIER, Henri,
- OULD-BRAHAM, Ouahmi
- et SALEH, Imad,
- Hudrisier, Henri.,
- et al.
- Hudrisier, H.,
- Ould-Braham, O.
- et Saleh, I.
https://doi.org/10.3917/edb.027.0175
Citer cet article
- Hudrisier, H.,
- Ould-Braham, O.
- et Saleh, I.
- Hudrisier, Henri.,
- et al.
- HUDRISIER, Henri,
- OULD-BRAHAM, Ouahmi
- et SALEH, Imad,
https://doi.org/10.3917/edb.027.0175
Notes
-
[1]
Hodges, Doug. – « Une infrastructure de bibliothèque numérique pour la bibliothèque nationale », in Nouvelles de la Bibliothèque nationale, vol.30, no 2, fév. 1998.
-
[2]
Berners-Lee, T., Hendler J., Lassila O., – « The semantic Web », in : Scientific American, may 2001, pp. 35-43.
-
[3]
Furner J., « L’indexation des ressources des bibliothèques par les usagers : vers un modèle d’évaluation », Conférence IFLANET, Libraries for the future : Progress, Development and Partnerships, Afrique du Sud, 19-23 août 2007.
-
[4]
LOM (Learning Object Metadata). Un des standards des TICE les plus connus et les plus usités. En France nous avons 2 normes nationales : le LOMFR et le SUP LOMFR pour l’université.
-
[5]
MLR (Metadata for Learning Ressources), la norme du SC36 en cours d’élaboration pour permettre l’interopérabilité universelle des jeux de métadonnées pédagogiques, y compris les divers profils d’application d’un LOM
-
[6]
SCORM (Sharable Content Object Reference Model) est une spécification permettant de créer des objets pédagogiques structurés.
-
[7]
DCMI (Dubblin Core Metadata Initiative). La norme de métadonnées du Dublin Core, proposé par la DCMI, est un ensemble d’éléments simples mais efficaces pour décrire une grande variété de ressources numériques.
-
[8]
AICC (Aviation Industry) ; CBT (Computer-Based Training) Committee.
-
[9]
CDM, MLO (Courses Metadata Description et le Metadata for Learning Ressources) qui lui succède. Il s’agit d’une initiative européenne du CEN (Comité Européen de Normalisation) pour normaliser les offres en ligne d’enseignement (qui ne sont toutes, loin s’en faut, des enseignements en ligne ou e-Learning). Cette dernière norme est donc hautement stratégique car elle conditionne à terme la prospérité des universités, notamment celles qui aujourd’hui ne sont pas dans le top 50 du classement de Shanghai.
-
[10]
Ce musée qui a pour acronyme MuCEM doit ouvrir ses portes à Marseille en 2012.
-
[11]
ISO/IEC-JTC1-SC36 : sous-comité 36 du Comité Technique Commun à l’ISO et au Comité Electrotechnique International.
-
[12]
La norme de codification des caractères sur 2 ou 4 octets qui succède à norme historique ISO/IEC646 (l’ASCII codé lui sur un octet, soit 8 bits, qui ne permet de coder que l’écriture latine non accentuée.
-
[13]
Le standard de codification multilingue des écritures mis en place par un très large consortium d’industriels et de spécialistes du traitement de texte.
-
[14]
MPEG (Multimedia Picture Expert Group) et JPEG (Joint Picture Expert Group) toutes deux des familles de normes élaborées dans le ISO/IEC-JTC1-SC29.
-
[15]
ISO-TC37 Le Comité Technique de l’ISO (Technical Commettee) no 37 qui normalise la terminologie et les ressources linguistiques notamment ses aspects terminotiques.
-
[16]
ISO-TC46 Le Comité Technique de l’ISO no 46 qui normalise la documentation, les bibliothèques et les archives.
-
[17]
OWL (Ontological Web Language) : la « recommandation du W3C pour normaliser les ontologies. Notons que ce sigle fut aussi retenu car il veut dire chouette en anglais, l’attribut d’Athéna, déesse de la sagesse et du savoir
-
[18]
L’Open Archives Initiative (initiative pour des archives ouvertes), généralement abrégée en OAI est un projet qui vise à faciliter l’échange et la valorisation d’archives numériques. Elle permet à des fournisseurs de services de moissonner des métadonnées sur les sites de fournisseurs de données. Il est ainsi possible d’utiliser un protocole OAI pour créer un outil de recherche simultanée dans plusieurs catalogues de bibliothèques.
-
[19]
Cf. Patrick Andries, « La police Open Hapax Berbère », in EDB no 22 (2004), 2005, pp. 95-109.
-
[20]
Cf. ci-après l’article intitulé La cohabitation des langues et des écritures électroniques dans l’édition télématique.
-
[21]
O’Reilly T., « What is Web 2.0 : Design patterns and business models for the next generation of software », 2005, http://www.oreillynet.com/lpt/a/6228.
-
[22]
On pense par rapport aux sujets traités dans le workshop à ISO/IEC-JTC1-SC29, ISO/IEC-JTC1-SC2, ISO TC37, ISO TC46.
1C’est une rencontre scientifique qui eut lieu dans le magnifique site de la Corne d’Or-Tipaza à l’Ouest d’Alger. Elle fut organisée en partenariat avec la Maison des Sciences de l’Homme Paris Nord et l’Université Paris 8 (Laboratoire Paragraphe).
2Les deux principaux organisateurs sont des établissements algériens relevant du ministère de l’Education nationale (MEN) : le CNPLET (Centre National Linguistique et Pédagogique pour l’Enseignement de Tamazight) et l’ONEF (Observatoire national de l’Education et la Formation). La vocation du premier est l’enseignement, l’aménagement linguistique, la documentation et le patrimoine immatériel relatifs au domaine berbère (tamazight). Quant au second, il « a pour missions d’observer le fonctionnement du système d’enseignement algérien dans toutes ses composantes, d’analyser les facteurs déterminants des situations d’enseignement/apprentissage, d’évaluer la qualité des prestations pédagogiques et des performances des enseignants et des apprenants, et d’émettre des propositions de mesures correctives ou d’amélioration » (Journal officiel de la République algérienne, 27 janvier 2008).
3De plus, deux autres organismes algériens ont collaborés à ces deux journées : l’UFC (Université de la Formation Continue) et Djawab AT, une filiale d’Algérie Télécom. Du côté français, le LEDEN (Laboratoire d’évaluation et de développement pour l’édition numérique), L’AILF (Association des Informaticiens de Langue Française) et le Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée y ont aussi contribué.
1. Intérêt du Workshop
4Ce workshop a une double problématique : les TICE (Technologies pour l’Information et la Communication en Éducation) et la BNB (Bibliothèque Numérique Berbère). Une troisième thématique plus transversale surplombait le Workshop, celle de la normalisation ; soit qu’il s’agisse de normalisation linguistique comme composante de l’aménagement du tamazight (sujet déjà très complètement traité lors du colloque de Sidi Fredj en décembre 2007), soit qu’il s’agisse de poser la question de l’interopérabilité des réseaux, des plates-formes, des processus et des contenus : poser donc la question des normes et standards des TIC (Technologies de l’information et de la communication). L’ensemble des thématiques abordées s’inscrivait donc opportunément comme l’indispensable réflexion des décideurs à haut niveau d’un pays soucieux de déployer dans sa modernité son patrimoine de culture et de savoir.
5D’une part l’offre mondiale de bibliothèque numérique (tant commerciale que patrimoniale) explose, d’autre part l’éducation et la formation deviennent les grands enjeux de la mondialisation. L’un et l’autre risquent de remettre lourdement en question l’indépendance, la compétitivité et la survie même de la diversité culturelle, linguistique, et territoriale.
6Face à ces enjeux primordiaux, les jeux sont loin d’être définitifs. Les grands pays développés traditionnels sont incomparablement plus prisonniers de leurs choix et investissements souvent obsolète, de leurs dominances linguistiques en déclin, de la moindre capacité d’adaptabilité culturelle, économique, civilisationnelle, linguistique de leurs citoyens. Ainsi, en comparaison de la situation des « vieux pays européens », un pays comme l’Algérie voie ses handicaps en matière de lecture publique et d’éducation traditionnelles se transformer en opportunité d’initiatives : le pays est vaste, la faible densité relative de la population sur certaines zones du territoire rend difficile la mise en place de bibliothèques ou de lieux d’éducation ; il existe, soit que ce soit une conséquence du point précédent, soit pour des raisons de développement historiques, un sous encadrement des bibliothèques et des institutions d’éducation. Bien transformés, ces handicaps d’hier sont une forme davantage pour se déployer plus facilement dans la modernité des bibliothèques numériques et des TICE qui constituent les enjeux fondamentaux du développement de la société mondiale à l’ère postindustrielle du savoir et de la communication. On constate en effet que dans les « vieux pays » déjà équipés et sur encadrés en la matière, la question n’est pas celle du financement ou de l’expertise en TIC, mais elle est de faire accepter aux usagers et plus encore aux professionnels une mutation technologique obligatoirement douloureuse en terme d’évolution des métiers et des carrières, redéploiement concret des institutions, devenir des équipements obsolètes et des savoir-faire et entreprises de sous-traitance qui les accompagnent. Pour employer une comparaison de choc, la crise de modernisation par les TIC peut être aussi délicate à négocier que le redéploiement du Nord ou de la Lorraine minière avec le déclin du charbon à la fin des années 70.
2. Des Bibliothèques numériques
7Le développement des nouvelles technologies (l’informatisation, la mise en place des réseaux, les nouveaux supports de l’information, Internet...) a été très favorable aux bibliothèques qui connaissent actuellement de grands changements. Ces derniers ont eu lieu au niveau des services offerts, au niveau de l’organisation elle-même et au niveau de la profession de bibliothécaire. En effet, les fonds électroniques, les postes de lecture assistée par ordinateur, la délocalisation des sources d’information, l’accès aux documents à distance, la numérisation des collections... soulèvent des questions dont certaines gravitent autour de la migration annoncée du matériel vers l’immatériel, du réel vers le virtuel et de l’analogique vers le numérique. Ainsi, pour illustrer tous ces changements et ces transformations, on utilise de plus en plus des termes tels que « Bibliothèque numérique », « Bibliothèque électronique », « Bibliothèque virtuelle », sans qu’il y ait vraiment une distinction nette et claire entre toutes ces désignations.
8Les fondements de la Bibliothèque Numérique sont constitués essentiellement par trois bases, à savoir l’informatisation, l’accès aux télécommunications, et les outils disponibles aux lecteurs pour rechercher et trouver l’information.
a) La nécessité d’une infrastructure de bibliothèque numérique
9Lorsqu’on parle d’une infrastructure de bibliothèque numérique, on parle en fait des logiciels, du matériel et les télécommunications nécessaires pour soutenir les applications de cette bibliothèque. La nécessité de se doter d’une telle infrastructure bien développée aide à améliorer l’efficacité et l’efficience, assure la réponse aux besoins futurs et réduit le coût de programmation et de mise à jour. En effet, les logiciels et matériels doivent supporter les fonctions de base et la diversité des applications d’une bibliothèque numérique. Ces fonctions de base « comprennent la création du contenu (soit la création de documents électroniques et de documents multimédias), la recherche en texte intégral, le soutien des bases de données (à la fois pour les métadonnées ou l’information au sujet de l’information, et des éléments comme les trames son, les vidéoclips et les images), la gestion des documents, le support des serveurs, ainsi que des outils pour le développement des applications » [1].
b) Rôle de la bibliothèque numérique
10La création d’une bibliothèque numérique efficace pose un grand défi, et ce à cause de la nature distinctive du support numérique qui est intégré dans les collections traditionnelles. Bien que les questions relatives à la gestion de la bibliothèque classique tels que le développement des collections, le traitement, la conservation, l’accès et la formation des utilisateurs soient à la base des travaux de la bibliothèque numérique, cette dernière devra être révisée et adaptée aux nouvelles exigences de ce nouveau support. Par ailleurs, la documentation électronique comporte certains avantages par rapport à l’imprimé. Elle est certainement, avec la puissance de l’informatique, beaucoup plus repérable, emmagasinable, transférable et accessible que la documentation imprimée.
c) Du Web sémantique
11D’après Berners-Lee et al., « Le Web sémantique est une extension du Web actuel de manière à ce que l’information y soit mise avec une bonne définition de sa signification, permettant aux ordinateurs et aux personnes de travailler le mieux en coopération [2] ».
12Pour Furner Jonathan, il faut faire la distinction entre l’indexation par l’usage des autres méthodes manuelles de représentation textuelle, de description, d’annotation ou de catégorisation des ressources. Ainsi, il classe l’indexation par l’usage en huit catégories [3] :
- l’indexation par les usagers est centrée sur l’usager ;
- l’indexation par les usagers est émancipatrice ;
- l’indexation par les usagers est démocratique ;
- l’indexation par les usagers est bon marché ;
- l’indexation par les usagers est collaborative ;
- l’indexation par les usagers est répartie ;
- l’indexation par les usagers est dynamique ;
- l’indexation par les usagers est instructive.
3. Une synergie des TICE et de la BNB
14L’initiative et la synergie franco-berbéro-algérienne de ce Workshop est indéniablement une conséquence du rayonnement de la revue Etudes et documents berbères. Les rapprochements de personnes, le désir de pousser plus avant des échanges méditerranéens autour de la problématique de la langue et de la civilisation berbères en ont été le premier germe.
15A la MSH Paris Nord, la thématique de recherche en TIC et plus particulièrement l’étude de leurs normes et standards travaillait étroitement avec l’équipe des recherches berbères et maghrébines.
16Quant au laboratoire Paragraphe de l’Université Paris 8 il est bien connu pour ses travaux interdisciplinaires aussi bien sous ses aspects théoriques qu’en recherche et développement ; que ce soit au travers de notions techniques comme les moteurs de recherche, les hypertextes, les hypermédias, les outils informatiques, les applications qui en résultent et les activités humaines qu’ils sollicitent ou au travers de notions relevant des SHS (Ergonomie, psychologie, sociologie, philosophie...).
17Cette synergie complémentaire évidente est encore plus forte côté algérien où le CNPLET, l’ONEF, l’UFC pratiquent depuis longtemps une synergie de recherche et de développement systématique.
18Pour le chercheur en information et communication qui s’intéresse à la convergence numérique mondialisée des TIC il n’existe pas de frontière autre que traditionnelle entre bibliothèque numérique et transmission numérique du savoir. Une bibliothèque numérique (qu’elle soit berbère ou en tout autre langue ou multiplicité de langue), telle qu’elle a été définie plus haut, est aussi une collection de ressources pédagogiques potentielles, et tout ensemble de ressources pédagogiques numériques trouve normalement sa place dans une bibliothèque numérique.
19Les participants du Workshop sont donc convenus qu’ils s’appuieraient, comme base de travail, sur un projet exemplaire qu’il s’agit d’étudier et auquel il serait loisible de participer : La Bibliothèque numérique berbère (BNB), une initiative de la Maison des Sciences de l’Homme Paris Nord (établissement de recherche basé à Saint-Denis la Plaine). L’action se veut à la fois scientifique, citoyenne et participative : une mise en ligne d’ouvrages et de corpus oraux relatifs au domaine berbère, et plus largement maghrébin, dans les secteurs clé des lettres et des SHS. Le projet vient d’obtenir le label de l’Unesco, dans le cadre de « 2008, Année internationale des langues ».
20Par ailleurs les débats insistèrent sur les questions des TICE. Le monde de l’éducation, de la formation et de la recherche a de plus en plus recours aux TIC. Il convient cependant de distinguer les possibilités qu’offrent la technique, les utilisations et l’impact sur les besoins de l’éducation, de la formation et de la recherche.
21La perspective de la fracture numérique, nous impose de structurer notre action sur trois axes primordiaux, tant pour la Bibliothèque Numérique que pour les TICE :
- la numérisation et la normalisation de contenus,
- la diffusion des contenus,
- la normalisation et l’intéropérabilité des contenus, plates-formes et environnements.
23Toutes ces actions sont à prendre en compte tant pour les contenus d’enseignement ou de formation que pour les plates-formes, les modes de description des acteurs, des styles pédagogiques ou du contexte : institutions académique ou de formation professionnelle, langues, cultures...
24Pour l’usager, les TIC permettent le stockage, la préservation et l’accès infinis à la bibliothèque numérique. Cela n’est pas sans poser des problèmes pour les techniques de consultation et de numérisation. Cette dernière question de la numérisation est particulièrement stratégique pour les bibliothèques car la numérisation à l’ère du numérique normalisé ne peut se dissocier de la description (tant documentaire que référentielle) exigeant le recours à des jeux de métadonnées (pilier fondamental de l’interopérabilité).
25En ce sens, la problématique des TICE est identique. En devenant intégralement numérique et en visant une normalisation, une interopérabilité et une « réutilisabilité » des ressources pédagogiques, le contrôle de leur « éditing numérique » (voire de la numérisation de ressources analogiques anciennes) doit être rigoureux sur le plan des méthodes, tenir compte des normes et standards de l’e-learning qui se concrétisent bien évidement comme des « jeux normalisés de métadonnées » : LOM [4], MLR [5], SCORM [6], DCMI [7], AICC [8]... En élargissant le propos on doit aussi tenir compte des jeux de métadonnées pour la normalisation et l’interopérabilité des offres pédagogiques : CDM, MLO [9].
26Pour ce qui est du versant bibliothéconomique, les débats du Workshop se sont concentrés sur la stratégie et les actions à court terme dans le but de mettre en œuvre une bibliothèque numérique entre les divers partenaires de la rive nord et de la rive sud de la Méditerranée. Cet aspect du projet pouvant notamment s’appuyer sur le Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée [10] que représentait Jean-Pierre Dalbéra.
27Il est important que les contenus numériques auxquels accède l’utilisateur soient validés et reconnus. Ce qui ouvre une autre problématique de la normalisation des contenus de l’information numérique.
28Pour ce qui est des TICE, les débats se sont aussi partagés entre vision à court ou à long terme. Le développement de l’information numérique a permis à un grand nombre de pays de se lancer dans l’enseignement numérique à distance ou l’enseignement en ligne (e-learning ou e-enseignement). Les pays du Sud doivent bien sûr réfléchir à l’évolution et à l’utilisation de ces moyens d’éducation dans les pays du Nord avant de les adopter. Un état des lieux doit être établi. Le problème des normes dans les plates-formes d’éducation et de formation, des ressources et des process qui y sont associés constitue autant de sujets sensibles à observer exhaustivement. Il a été acté qu’il fallait regarder les évolutions dans ce domaine et de faire une évaluation dans le sens de la préservation de l’intérêt de la multiplicité des acteurs algériens du domaine : depuis la formation industrielle ou aéronautique jusqu’aux aspects les plus pointus de la recherche universitaire en passant par l’éducation initiale. Les acteurs berbères ne doivent pas être non plus sous estimés dans le catalogue des contraintes qui constitue la première étape fondamentale d’un cahier des charges et exigences du domaine. La question du multilinguisme algérien et plus largement magrébin est d’autant plus importante à prendre en compte qu’elle constitue une forme d’assurance : la certitude que l’Algérie saura se déployer efficacement dans la mondialisation numérique. Notons d’ailleurs que la pluralité des graphies qui caractérise le berbère (ou tamazight) est emblématique de la multiplicité des écritures qui fait pendant au concert multilingue dans le monde.
29Certains groupes d’intérêts tentent aujourd’hui d’imposer leur vision, et d’agir de manière unilatérale, en imposant leurs standards industriels ou de consortium. Le Workshop s’est intéressé à cet aspect de la question non seulement pour pouvoir se situer par rapport à une famille de normes unifiés pour les TICE : le sous comité 36 (ISO/IEC-JTC1-SC36 [11]) mais aussi pour indiquer d’autres domaines non moins primordiaux tant dans le champ de la codification des caractères (ISO/ IEC10646 [12] et Unicode [13]), de la codification de l’audiovisuel (MPEG et JPEG [14] notamment), que celui des terminologies et de la normalisation des ressources linguistiques (ISO-TC37 [15]), le balisage des ressources linguistiques (TEI [16]) ou encore la documentation (ISO-TC46), mais aussi les ontologies (OWL [17]), les archives ouvertes (OAI [18])...
30Notons pour la question spécifique de la normalisation du tifinagh qu’Unicode permet aujourd’hui de coder près de 100.000 caractères de la quasi-totalité des écritures et codes du monde entier y compris la musique, les symboles mathématiques, les écritures archéologiques connues, etc... L’écriture tifinaghe est évidemment intégrée dans cette norme et ce standard qui lui est associé. Elle fait d’ailleurs partie du BMP (Basic Multilingual Plan, le premier plan de 65.000 caractères). Il reste que compléter le jeu des premiers caractères fondamentaux proposé notamment par l’IRCAM (Rabat, Maroc) est un chantier ouvert et fondamental : caractères spécifiques à des parlers non encore pris en compte, caractères propres à des versus historiques et archéologiques du tifinagh. Un espace numérique libre encore inexploité a d’ailleurs été prévu à cet usage. Notons par ailleurs que la question préindustrielle ou industrielle de la production de polices tifinaghes reste une question ouverte et fondamentale [19].
4. Les axes du workshop
31b) La numérisation :
- les techniques
- les domaines
- l’indexation
- les normes
- les droits d’auteurs
- les ressources numériques.
33c) Le e-learning
- l’état des lieux
- la normalisation
- les plates-formes
- les perspectives du e-learning dans le système éducatif.
5. Les objectifs du workshop
- Bibliothèque numérique,
- Valorisation des patrimoines numérisés,
- Bibliothèque numérique berbère (BNB),
- Numérisation de documents, les techniques de numérisation,
- La bibliothèque virtuelle et ses usages optimisés,
- La réalité sur les aspects de la normalisation,
- Le e-learning – état des lieux des normes,
- La pratique de e-learning en Algérie,
- Le développement des plates-formes d’enseignement,
- La présence de l’Algérie au sein des instances internationales de normalisation (ISO IEC),
- Pour une normalisation fédératrice.
a) Interventions en plénière :
- Abderrezak Dourari : Le CNPLET la numérisation et le e-learning
- Ouahmi Ould-Braham : La MSH Paris Nord et la BNB comme projet savant et citoyen
- Brahim Haraoubia : L’ONEF, la numérisation et le e-learning
b) Communications :
- Karima Ben Allal (Centre de Recherche CERIST, Alger) : Les chercheurs algériens et la publication électronique dans les archives ouvertes : le cas d’Archivalg.
- Jean-Michel Borde (Association des informaticiens de langue française, Paris) : Les normes Web 2.0 et e-enseignement.
- Saïd Chemakh (Université de Tizi-Ouzou et CNPLET) : Mode de présence de tamazight sur le Web.
- Jean Pierre Dalbéra (Paris 8, Paragraphe et LEDEN, et Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée, Marseille) : Gérer les ressources numériques de la recherche ethnographique dans un but de valorisation éditoriale.
- Stéphanie Delmotte (Université Paris 10, CRIS) : Emploi des normes et standards efficaces dans l’organisation des ressources pédagogiques.
- Wahiba Gherarmi (Université d’Alger, Institut de Bibliothéconomie) : La GED en Algérie : Expérience nationale, Difficultés diverses.
- Henri Hudrisier (Université Paris 8, Paragraphe et MSH Paris Nord) : Normes et standards d’une BN berbère dans une perspective d’utilisation pédagogique.
- Henri Hudrisier (id.) : Text incoding Initiative et bibliothèque berbère.
- Madjid Ihadjadène (Université Paris 10, CRIS) : Vers des infrastructures numériques (communication lue par Stéphanie Delmotte).
- Arbia Ouerghi (Université Paris 8, Paragraphe et MSH Paris Nord) : Le LOM fr face aux langues de France et aux langues partenaires de la francophonie.
- Ouahmi Ould-Braham (MSH Paris Nord) : Elaboration d’un projet savant et citoyen : La Bibliothèque numérique berbère.
- Hocine Sadi (CNED et Université Paris 8, Paragraphe) : Le berbère : enseignement ou formation à distance ?
- Imad Saleh (Université Paris 8, Paragraphe) : Des bibliothèques numériques : état des lieux et perspective.
- Zine-Eddine Seffadj (Université de la Formation continue, Alger) : l’UFC et le e-learning.
6. Recommandations
1) Cadre général
- Poursuite des contacts pour développer une dynamique organisationnelle par les initiateurs de la manifestation scientifique par la mise en place d’un forum permanent sur le Web.
- Mutualisation et partage des expériences des participants au workshop.
- Publication des actes en collaboration avec des partenaires étrangers.
2) Numérisation
- Développer les concepts et les différents procédés de numérisation.
- Mettre en place une bibliothèque numérique (concepts et architecture) comme ressources pédagogiques. Mettre en place une BNB comme première application en partenariat Euro Maghrébin. On rappelle que MSH Paris Nord a joué un grand rôle à cette initiative.
- Mettre en place une structure d’éditing normalisé de ressources pédagogique et un groupe de travail sur l’offre pédagogique numérique.
3) E-learning et offre pédagogique
- Intégration des TICE dans les différents dispositifs de formation.
- Développement d’une nouvelle ingénierie pédagogique.
- Mise en place d’une veille technologique pour le développement des outils de formation (choix des plates-formes de e-learning).
- Définition d’une approche plurilingue et multiculturelle des TICE.
4) Normalisation
- Mise en place des comités techniques nationaux, le SC36 ayant été jugé prioritaire mais les autres instances de normalisation évoquées ci-dessus devant toutes être prises en compte (peut-être en coopération avec la liaison A de l’AUF auprès de l’ISO).
- Constitution d’un fichier national des experts prioritairement dans le domaine du e-learning, mais aussi en linguistique computationnelle, en terminotique, en structuration du document, en multimédia numérique, en codification des écritures, en e-sémantique.
- Mutualisation et partage des expériences des instances de normalisation nationales et internationales.
7. Conclusion
42L’un des enseignements de ce workshop consacré entre autres à l’archivage et la diffusion des connaissances en ligne – avec tout ce que cela peut impliquer – est, compte tenu de l’internationalisation multiculturelle et multilingue, de faire des métas descriptions fines et aussi fidèles que possible. Il s’agit là de métadonnées permettant d’optimiser la recherche et la localisation des documents électroniques et qui sont au cœur même de l’architecture Web. La question des écritures hypertextuelles et des langues en présence se pose avec acuité. Une telle problématique a donné lieu à une contribution a posteriori due à notre collègue Jean-Michel Borde [20].
43Un autre enseignement est celui du Web 2.0. Comment caractériser ce dernier d’une phrase ? Sans doute les travaux de Tim O’Reilly [21] sont parmi les plus complets et les plus pertinents à l’heure d’aujourd’hui. Toutes les hypothèses qu’il a posées semblent justes et permettent de décrire le phénomène dans toute son hétérogénéité. Le Web 2.0 peut être vue sous deux optiques :
- Le Web 2.0 est un phénomène social, caractérisé par la participation et le partage. Les individus s’affranchissent de la plupart des catégories structurantes habituelles. Les usagers du Web 2.0 sont reliés autour de la notion de développement personnel. C’est un système auto-organisé, sans aucun véritable centre et sans aucune frontière connue.
- La seconde optique est technologique, jusqu’à présent Internet désignait un ensemble de sites. Avec le Web 2.0 apparaît un Internet des usages où les usagers effectuent des opérations. Demain se profile l’Internet des objets issus du monde réel qui auront une place assignée dans le monde virtuel.
45Dans le contexte du numérique, un pays comme l’Algérie a d’autant plus raison d’afficher des ambitions légitimes, que lui ouvre sa prospérité financière exceptionnelle qui le positionne potentiellement comme le pôle de déploiement linguistique arabo-franco-berbère au nord de l’Afrique.
46Cette réalité implique de ce fait des responsabilités de réflexion et de planification recherche notamment dans le domaine d’une Bibliothèque Numérique maghrébine (arabo-franco-berbère pour ce qui est des langues ressources sans exclusive des langues de travail qui peuvent être plus ouverte : anglais, allemand, espagnol, néerlandais, langues est-asiatiques...), dans le domaine de l’e-learning et dans le domaine de la participation aux instances de normalisation et standardisation.
47Il est logique que la communauté berbérophone algérienne se soit posée la question avec plus d’acuité, car sa position de langue minoritaire l’obligeait à pratiquer un multilinguisme obligatoire qui venait augmenter le bilinguisme franco-arabe qui constitue déjà un atout de poids pour tout le Maghreb.
48Pour terminer, il n’est pas seulement question de se situer par rapport à une norme unifiée mais au contraire de « participer » pour exposer, discuter et imposer les addenda de normes qui s’imposent pour préserver (ou conforter : par exemple l’arabe et le berbère sont déjà pris en compte au SC36 ; autre exemple un groupe sur le m-learning (mobile learning) se préoccupe déjà de définir des normes adaptées à une pédagogie intégrant l’oralité de façon centrale ou l’usage de plates-formes à base consommation d’énergie) ses spécificités linguistiques et culturelles (l’Algérie est le tout dernier NB, National Body à s’être inscrit en 2008 comme Membre Participant au SC36).
49La mise en place d’un comité miroir algérien du SC36 a été discutée durant le workshop. Ce comité miroir, composé d’experts est complètement distinct de l’inscription de l’Algérie comme membre P auprès du SC36. Les deux actions sont complémentaires. Dans tous les champs de normalisation dont il serait stratégique que soit mise en place une participation algérienne, la même démarche double doit être entreprise [22]. Il doit être clair que la constitution d’un tel groupe impose certes de respecter le formalisme dont l’IANOR (Institut Algérien de Normalisation) est responsable, mais ce groupe d’experts algériens du domaine doit se mettre en place par cooptation et par initiative volontariste.