Article de revue

Textes berbères de Fesdis (Aurès, Batna)

Pages 129 à 132

Citer cet article


  • Brulard, M.
(2005). Textes berbères de Fesdis (Aurès, Batna) Études et Documents Berbères, 23(1), 129-132. https://doi.org/10.3917/edb.023.0129.

  • Brulard, Maurice.
« Textes berbères de Fesdis (Aurès, Batna) ». Études et Documents Berbères, 2005/1 N° 23, 2005. p.129-132. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-etudes-et-documents-berberes-2005-1-page-129?lang=fr.

  • BRULARD, Maurice,
2005. Textes berbères de Fesdis (Aurès, Batna) Études et Documents Berbères, 2005/1 N° 23, p.129-132. DOI : 10.3917/edb.023.0129. URL : https://shs.cairn.info/revue-etudes-et-documents-berberes-2005-1-page-129?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/edb.023.0129


Notes

  • [1]
    ťisəḍnan sna̯in igurslan : les femmes font griller les champignons.
  • [2]
    Avec un l qui paraît allongé : timrabdin tnəffədənt alda təhs att-ut əsinuwət, « Les hirondelles s’ébrouent lorsque la pluie est proche ».
  • [3]
    Le n est à peine sensible.
  • [4]
    Voir iḫla-ď, texte I, l. 9.
  • [5]
    isərgal, netraves pour les chevaux > menottes.
M[aurice] Brulard, étudiant d’André Basset par correspondance pour le cours de berbère de l’université d’Alger – où il obtint avant 1940 le diplôme des dialectes berbères – fut un fonctionnaire, affecté à Fesdis, dans le secteur de Batna. Dans les années 1957-1960, il se trouvait dans la région du Tassili-Ahaggar. Il fut l’auteur de quelques études : 1. – « La Sebbiba de Achoura à Ghat », Bulletin de Liaison Saharienne (Alger), t. VIII, 1957, pp. 89-93 ; 2. – « La musique et la danse à Ghât », id., t. IX, 1958, pp. 37-48 ; 3. – « Aperçu sur le commerce caravanier Tripolitaine-Ghat-Niger vers la fin du xixe siècle. », id., t. IX, 1958, pp. 202-215 ; 4. – « La culture à Ghât », id., t. IX, 1958, pp. 325-331 ; 5. – « Contes merveilleux de Ghât (Libye du Sud) », id., t. XI, 1960, pp. 260-265 et 339-346.
O. O.-B.

Texte I

1 ləḫrif

2 ďug-səggwas llan arbε luqať : lwəqť-n-təfsuť d-lwəqť n-unəbďu d əlwəqť-l-ləḫrif d-lwəqť-l-nnəšta ; imir-a a nəšnin ďi-ləḫrif ; ləḫrif ittas-əd həggära-n-unəbďu ; iḍan ṭau̯lən, ussan qəṣrən, nuwwət ťəbďa ; iγəzran ḥəmlən ; iγzər uzəgri u-d-iḥmil-š ; lwərq-n-əssəžər uγərənt, əmmətə̌nt, uḍənt zing-n-təmurt ; igurslan bďan tragni-d ďug-ammas-n-is nnanən ; nəsnani[1] hən zing-n-təržin ; uliš-n-əssəžər n-uzəmmur ďa̯i ďi-hmurt- ənnaγ ; εarmənt ďi-t ḥammamt ; yuḍan (lεbad) bďan təkəkəsn ďug- zəmmur ; iḫla-d lwəqť n-təkərza ; iḫəmmasən ḫəddəmən ass ṭol, kərrə- zən s-lhwa̯iš niγ s-isərdan niγ s-ifunasən ; nəšnin εarabən nəkərrəz s uməḥrať, u-nkərrəz-š s-əlfiks ; nzərräε ď əg-səgras n-ḍufť ; nəzərräε himəẓin ď-irďən.

3

Informateur : Belgacem, 13 ans, a toujours vécu à Fesdis. Père plutôt arabophone, mère originaire de l’Aurès.

L’automne

4 Dans l’année il y a quatre saisons. Le printemps, l’été, l’automne et l’hiver. Maintenant nous sommes en automne. L’automne succède à l’été. Les nuits sont longues les jours courts, il commence à pleuvoir. Les rivières grossissent, mais l’oued Ouzegri est sec. Les feuilles des arbres jaunissent, meurent et tombent à terre. Les champignons ont commencé à sortir au milieu des chardons. Nous les faisons griller sur la braise. Ici, dans notre région, il n’y a pas d’oliviers mais ils abondent à El Madère. Les gens commencent à cueillir des olives. Le moment des labours est arrivé et les cultivateurs travaillent tous les jours. On laboure avec des chevaux, des mulets et des bœufs. Nous, les Arabes, nous labourons avec une charrue en bois et non avec une charrue fixe. Nous semons en portant le grain dans une musette de laine. Nous semons de l’orge et du blé.

Texte II

Tasirt

5 ťisəgra-n-tsirť ťimďourin, ḥaršənt, iẓẓagənt ; agaεir agəlla ngər fəllas irďən ttəmẓin ittili s-γər-nəž ; agəlla iẓẓaď iḥakkəm sug-fus ; fus-n-tsirť immug s-uqəššuḍ ; haməṭṭuť agəlla həẓẓad həqqim di-hmurť ; döqaq agəlla ittadu-d u-ď-irṭib-š harš ; agəllan u-γur-sən-š n-yirdən təttən ťimẓin ; anəmsir ď-aglim təfərrəšən-iť z-du-n-tsirť ; irgazən u-ẓẓaḍənšš, ťisəḍnan bark ẓẓadənt ; agəllan u-γur-sən-š n-tsirť ttawin irdənənsən γəl-l[2]-ərrəḥa ; həlla tsirť γər-naγ ; alda ẓẓadənt, tisəḍnan tγənnant ; nəssaγ ťasirť si-ssuq, anəmsir kull wəšt ihəddəm-iť di-həddarť s uglim n-təfunasť niγ s-uglim n-tiḫsi, u-t-ḫəd : dəmən-šš[3] s-uglim-n- təγaṭ ; alda təḫəlləṣənt i-uzḍaḍ ťəγərbalənt ma-taẓďint ťəkkssənt lḥarš waḥəd-s u-əddöqaq waḥəd-s.

6

Même informateur que le texte précédent.

Le moulin à bras

7 Les meules du moulin sont rondes, rugueuses, lourdes. Le trou dans lequel on verse le blé et l’orge se trouve à la partie supérieure. Celui qui moud tient la poignée du moulin. Elle est confectionnée en bois. La femme qui moud est assise à terre. La farine qui tombe n’est pas fine : elle est grossière. Ceux qui n’ont pas de blé mangent de l’orge. L’anemsir est une peau que l’on étend sous le moulin. Les hommes ne moulent pas, seules les femmes font ce travail. Ceux qui ne possèdent pas de moulin à bras portent leur blé au moulin à eau. Chez nous il y a un moulin à bras. Lorsqu’elles moulent les femmes chantent. Nous achetons les moulins au marché, mais chacun confectionne chez soi l’anemsir soit avec une peau de vache, soit avec une peau de mouton, mais non avec une peau de chèvre. Lorsqu’elles ont fini de moudre, les femmes tamisent ce qu’elles ont écrasé et séparent ainsi la semoule de la farine.

Texte III

8 iroḥ γəl-lḥabs ďadda-s n-əmεämmar – ma-γəf ? – ḫaṭra-š inγa aḫəmmas ənnəs ; inn-as awa̯i-d isγarən ; inn-as : u-d-əqqiməγ-š alda- ď-kəmmələγ səna̯i-m-ussan-l-ləḫdəmt ənš-ak-id-awiγ isγarən ; inn-as : ənniγ-ak baš aďəčča a̯i-ťawiḍ isγarən ; inn-as : ənniγ-ak u-d-əqqiməγš ; mnuγən gbəl s-əlbunya wöllän təmnuγən s-isəgra ; ďadda-s-n- əmεämmar irwəl γər-təddarť, irfəd əlmokḥalt u yusi-d γər-s issəγbras dəg-mi n-ustur, iǧǧ-it ald-ig-iksa lqəš-ənnəs u yuť-iť γər-yiḫf u irwəl issəγbär ləmokḥalt ; usin-id a̯itma-s γər- ššambät ənnan-as f- əddaεwäťu kkul u ššambät yuťa tilifun γər-Baťänt γər-žadarmiyən ; ḫäldən[4]-id din ižadarmiyən ərin aməqtul ; uma-s-n-uməqtul yinn-asən ď-Aḥmənna u-sεid agəlla inγ-iť ; roḥən ṭəbṭibən fəll-as ; irgi-d, ḥä-kəmn-iť, sərgiln[5]-iť u uwin-iť-id γər-naγ ; grin-iť di-həddarť, bəllεän fəll-as baš u-ď-irgul-š ; issəqir-asən, inn-asən : nəč agəlla ənγiγ-iť ; ḥkəmn-as s-mi-s-kəm l-laεwam ď lḥabs ; illa ald-imir-a.

9

Informateur Belgacem (voir textes I et II).

10 Le père de Mahmar est en prison. – Pourquoi ? – Parce qu’il a assassiné son khamès. Il lui avait demandé de lui apporter du bois. « Je ne suis pas libre, répondit l’autre, avant d’avoir achevé ces deux journées de travail : alors je te le porterai. » – « Je t’ai dit de me le porter demain. » – « Je n’ai pas le temps. » Ils se battirent d’abord à coups de poings, puis ils en arrivèrent aux pierres. Le père de Maâmar partit chez lui, prit son fusil et s’en vit chez son adversaire. Il se dissimula au seuil de la cour intérieure et laissa à l’autre le temps de se déshabiller. Alors il tira à la tête et vite alla cacher l’arme. Les frères de la victime se rendirent chez le garde-champêtre et lui racontèrent toute l’affaire. Celui-ci téléphona à Batna à la gendarmerie. Les gendarmes arrivèrent ici et virent la victime. Un frère de cette dernière leur dénonça Ahmenna comme le coupable. Les gendarmes allèrent frapper à sa porte, il sortit, et après l’avoir appréhendé, ils lui passèrent les menottes et les conduisirent chez nous. Ils l’introduisirent dans la maison et l’y enfermèrent pour qu’il ne s’enfuie pas. Il leur avoua en disant : « C’est moi qui l’ai tué ». Je ne sais pas à combien d’années de prison il fut condamné : il y est encore.


Date de mise en ligne : 19/07/2022

https://doi.org/10.3917/edb.023.0129