Article de revue

Nécrologies

Pages 241 à 244

Citer cet article


  • Chatelard, A.,
  • Taïfi, M.
  • et Ould-Braham, O.
(1995). Nécrologies. Études et Documents Berbères, 13(2), 241-244. https://doi.org/10.3917/edb.013.0241.

  • Chatelard, Antoine.,
  • et al.
« Nécrologies ». Études et Documents Berbères, 1995/2 N° 13, 1995. p.241-244. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-etudes-et-documents-berberes-1995-2-page-241?lang=fr.

  • CHATELARD, Antoine,
  • TAÏFI, Miloud
  • et OULD-BRAHAM, Ouahmi,
1995. Nécrologies. Études et Documents Berbères, 1995/2 N° 13, p.241-244. DOI : 10.3917/edb.013.0241. URL : https://shs.cairn.info/revue-etudes-et-documents-berberes-1995-2-page-241?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/edb.013.0241


Jean-Marie Cortade (1909-1995)

1 La mort de Jean-Marie Cortade le 10 juin 1995 à Saint-Pierre-les-Aubagne, dans le sud de la France, a été aussi discrète que son œuvre linguistique.

2 Le parcours de sa vie s’inscrit entre la mer et le désert du Sahara. Ancien officier de marine, veuf en 1936, touché par la tuberculose, voulant se donner à Dieu, il avait pensé trouver au Sahara un climat favorable pour sa santé. Il y trouva aussi son chemin à la suite de Charles de Foucauld en entrant chez les petits frères de jésus à El-Abiodh Sidi-Cheikh en 1940. Mais c’est le Hoggar qui l’attirait. Il y avait pensé déjà en 1938. Son rêve devait se réaliser en 1951 quand il vint à Tamanrasset. C’est alors qu’il commença à apprendre la langue touarègue dans les livres de Charles de Foucauld. En 1955, il s’installait avec d’autres frères dans la maison que Charles de Foucauld avait fait construire sur le plateau de l’Assekrem, à 2 700 mètres d’altitude. Il y resta jusqu’en 1989, tant que ses forces le lui permirent.

3 Pour tous ses nombreux amis et pour tous ceux qui l’ont rencontré sur ce plateau ou ailleurs, “le frère Jean-Marie” représentait un idéal de vie spirituelle. Il était vu comme l’homme du désert, l’ermite sur la montagne. En réalité, il fut tout au long de sa vie, comme Charles de Foucauld, un homme de relations. Son sourire et son humour exprimaient la qualité de son être, sa douceur et sa compréhension des autres. Combien d’hommes et de femmes ont été marqués par la simple rencontre avec cet homme de cœur.

4 Dans le monde des études berbères, son nom était connu à cause du Lexique français-touareg. C’est à l’Assekrem qu’il composa ce lexique édité en 1967. Le format du livre et son apparence extérieure en faisaient un cinquième volume, complément des quatre volumes du Dictionnaire touareg-français de Charles de Foucauld. Ce nouveau volume rendait accessible les quatre autres en facilitant leur utilisation grâce à un système de référence aux pages des quatre volumes.

5 Ce travail terminé, Jean-Marie Cortade, conscient de ses propres limites, à cause surtout de sa surdité, souhaitait feire un travail utile à d’autres. C’est ainsi qu’il entreprit de compléter les Notes pour servir à un essai de grammaire touarègue laissées inachevées par Charles de Foucauld, en regroupant toutes les indications grammaticales dispersées dans le dictionnaire en quatre volumes. Il utilisa aussi les travaux d’André Basset et les notes de Lionel Galand. Ce long travail de composition aboutit à l’Essai de grammaire touarègue édité par l’Institut des recherches sahariennes d’Alger, en 1969.

6 Enfin, quand le besoin des étudiants obligea à reproduire le Dictionnaire abrégé touareg-français en deux volumes, on lui demanda de reprendre son travail en ajoutant les références aux pages de ce dictionnaire agrégé. “C’est à cette tâche qu’il s’est aussitôt attelé sans ménager sa peine ni sa santé et ceci en un temps record”, écrivait Alphonse Leguil dans la préface de ce nouveau livre de 570 pages manuscrites.

7 A l’heure où ces livres sont appelés à servir à de nouveaux étudiants, là où, en Algérie, sera enseignée la langue touarègue, selon les programmes du Haut Commissariat à la Tamazight, on peut redire à leur auteur la reconnaissance déjà exprimée depuis longtemps par les utilisateurs (chercheurs, ethnographes, géographes, etc.). Sans penser à le comparer à son illustre prédécesseur, tous peuvent lui savoir gré “d’avoir mis à leur disposition la clé qui leur ouvre un tel trésor” (G. Camps). Ce “trésor”, l’œuvre immense de Charles de Foucauld, n’est-elle pas comme un héritage de famille où beaucoup pourront retrouver leurs racines culturelles ?

8 Antoine Chatelard

Kaddour Cadi (1952-1995)

9 C’est dans un petit cimetière situé sur le plateau des Ait Sidar dans le Rif, dont il est originaire, que Kaddour Cadi a été inhumé, fidèle jusqu’à sa mort à cette région, sa culture et ses amitiés.

10 Après des études primaires et secondaire à Ait Sidar et à Tétouan, il s’inscrit à la Faculté des Lettres et des Sciences humaines de Rabat et passe brillamment en 1975 sa licence de langue et littérature françaises. Puis il suit à l’Ecole Normale Supérieure une formation pédagogique afin de devenir professeur. Il est nommé professeur de français dans un lycée de Casablanca pour l’année scolaire 1975-76. La même année, il obtient le Certificat d’Etudes approfondies en Linguistique, puis il se présente au concours de recrutement des assistants qu’il réussit avec succès. En septembre 1977, il obtient donc un poste d’assistant au Département de Langue et Littérature françaises de la Faculté des Lettres. Il se spécialise bientôt dans la syntaxe, dans laquelle il acquerra une honorable notoriété. En 1981, il soutient une thèse de doctorat de troisième cycle et en 1990, un thèse de doctorat d’état sous la direction de David Cohen (voir supra).

11 Parallèlement à ses études, il poursuit de multiples activités : cours de syntaxe, direction de monographies de licence orientées sur la linguistique des langues marocaines, le berbère et l’arabe dialectal. De 1990 à 1992, il est chef du Département de langue et littérature françaises et y organise un colloque international sur le français à l’université.

12 C’est en 1982 qu’a été fondé le Groupe de Recherches et d’Etudes Linguistiques (GREL), auquel Kaddour Cadi a participé activement. En 1994, il contribue à organiser un colloque sur la variation linguistique des faits aux théories et y attire des linguistes renommés. En 1991, il créé le cycle des études doctorales en syntaxe formelle et systèmes cognitifs.

13 Dynamique et passionné pour son travail, contribuant activement à tous les travaux du Département de français dont il dirige plusieurs doctorants, il a su conquérir l’estime de tous, ses collègues de travail et ses étudiants, grâce à sa rigueur, son sérieux, son intransigeance sur le plan intellectuel et son dévouement.

14 Syndicaliste, ses compétences lui ont valu d’être élu, de 1984 à 1986, secrétaire général du comité local du SNES-Sup de la Faculté des Lettres. Intellectuel qu’on peut qualifier de libre, très méfiant vis-à-vis des extrémismes de toutes sortes, il a milité avec ferveur pour la démocratisation de la culture et a défendu passionnément la cause berbère. Ses recherches sur le dialecte tarifiyt, sa langue maternelle, ont non seulement contribué à une meilleure connaissance de cette variété du berbère mais aussi à la confrontation de diverses théories syntaxiques qu’il a su manier avec habileté. Cela ne l’a pas empêché d’étudier d’autres langues, avec le même souci de comparer, confronter différents systèmes linguistiques : le berbère en premier lieu, le français, puis l’arabe dialectal et l’arabe classique, l’espagnol et enfin l’anglais.

15 C’était une vie passionnante, jalonnée de recherches et de découvertes, pleine de promesses. Malheureusement, un accident de la route l’a interrompue tragiquement. Kaddour Cadi est décédé le 16 septembre 1995, à l’âge de 43 ans, au faîte de sa carrière universitaire. Cette disparition est vécue par tous ses proches et ses collègues de travail comme une perte immense, tant sur le plan personnel que professionnel. Il restera dans leur mémoire.

16 La liste (non exhaustive) de ses travaux berbérologiques est la suivante :

  1. “Pour une archéologie onomastique : le cas (t)amazigh(t)”, Al-Asas, n° 45, 1982, pp. 31-34.
  2. “Le berbère : langue ou dialecte ? “, Actes de la Première Rencontre de l’Université d’Eté d’Agadir ; “La culture populaire. L’unité dans la diversité”, Agadir, 1982, pp. 149-154.
  3. “Langues et idéologies linguistiques au Maroc”, Al-Asas, n° 50, 1983, pp. 34-38, notes.
  4. “Vers une dialectologie comparée du Maghreb : le statut épistémique de la langue tamazight”, Tafsut : Etudes et Débats, n° 1, 1983, pp.51-56.
  5. “Quel passage et à quel écrit ? Remarques liminaires sur le rapport oralité-écriture dans la langue Tamazight”, Tafsut : Etudes et Débats, n° 2, 1985, pp. 59-68, notes.
  6. “Quelques remarques métalinguistiques sur les formes verbales dérivées en langue tamazight”, Revue de la Faculté des Lettres de Fès, n° 7, 1983-1984, pp. 73-78.
  7. “Valence et dérivation verbale en Tarifït”, Awal: Cahiers d’Etudes berbères, n° 1, 1985, pp. 111-123, notes.
  8. Système verbal rifain. Forme et sens. Linguistique Tamazight (nord marocain), Paris, Selaf, 1987, 178 pp. (Collection “Maghreb-Sahara”, n° 6).
  9. “Prépositions et rections en Tarifit (Nord marocain) ”, Etudes et Documents berbères, n° 3, 1987, pp. 67-75.
  10. Transitivité et diathèse en Tarifit : Analyse de quelques relations de dépendances lexicale et syntaxique, Thèse pour le Doctorat d’Etat de Linguistique, Université Paris III, sous la direction de David Cohen, 1990, 524 pp.
  11. “Structure de la phrase et ordre des mots en tarifit”, Etudes et Documents berbères, n° 6, 1989, pp. 42-59,
    notes.
  12. “Pour un retour d’exil du sujet lexical en linguistique berbère”, Awal, Cahiers d’Etudes berbères, n° 6, 1990, pp. 233-242, notes (numéro spécial : Hommage à Mouloud Mammeri).
  13. “Le passage à l’écrit : de l’identité culturelle à l’enjeu social”, Identité culturelle au Maghreb (Actes du Colloque “L’identité culturelle au Maghreb”, en hommage à Mouloud Mammeri, Rabat, 22-23 février 1990), 1991, pp. 89-98, notes (Rabat : Faculté des Lettres et des Sciences Humaines/Fondation Konrad Adenauer).
  14. “De la langue à la langue : ou tamazight et le paradoxe de la langue”, Unité et diversité de tamazight, t. 1, 1992, pp. 61-76, notes (Actes du Colloque international, Ghardaïa, 20-21 avril 1991).
  15. “Sujet e t prédication non verbale e n rifain”, Etudes et Documents berbères, n° 8, 1992, pp. 79-95, notes.
  16. “Passif et moyen en berbère rifain”, Etudes et Documents berbères, n° 12, 1994, pp. 105-117, notes.

18 Miloud Taifi
Ouahmi Ould-Braham


Date de mise en ligne : 05/12/2022

https://doi.org/10.3917/edb.013.0241