Article de revue

Représentations sous-jacentes et notation chleuhe en graphie arabe ou latine

Pages 229 à 231

Citer cet article


  • Elmedlaoui, M.
(1995). Représentations sous-jacentes et notation chleuhe en graphie arabe ou latine. Études et Documents Berbères, 12(1), 229-231. https://doi.org/10.3917/edb.012.0229.

  • Elmedlaoui, Mohamed.
« Représentations sous-jacentes et notation chleuhe en graphie arabe ou latine ». Études et Documents Berbères, 1995/1 N° 12, 1995. p.229-231. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-etudes-et-documents-berberes-1995-1-page-229?lang=fr.

  • ELMEDLAOUI, Mohamed,
1995. Représentations sous-jacentes et notation chleuhe en graphie arabe ou latine. Études et Documents Berbères, 1995/1 N° 12, p.229-231. DOI : 10.3917/edb.012.0229. URL : https://shs.cairn.info/revue-etudes-et-documents-berberes-1995-1-page-229?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/edb.012.0229


1 I-1. Du fait qu’il est par définition lié au langage humain dans toute sa complexité, un système de notation usuelle ne peut jamais être une sorte de code minimalement redondant, à l’image des systèmes formels qu’imaginent les esprits rationnels fascinés par la puissance de l’algèbre (cf. M. Halle 1954: 79-80).

2 I-2. Un tel système ne saurait donc être qu’un savant compromis qui, après pleine connaissance des choses (Galand 1974/5 : 250) assure un équilibre idéal (Ibid.) parmi les conditions suivantes : (i) l’exigence de donner un maximum d’information relative aux représentations des structures sous-jacentes (phonologiques, morphologiques et syntaxiques) afin d’éviter les ambiguïtés et les amorphismes ; (ii) le souci d’adhérer le plus fermement possible à la réalité phonique qui ne constitue, d’ailleurs et pourtant, qu’une des réalités qu’une écriture usuelle est sensée devoir véhiculer par représentation graphique ; (iii) une certaine fidélité aux valeurs et connotations symboliques d’ordre culturels (identité, esthétique…) en ce qui concerne le support graphique adopté, et enfin, (iv) le souci d’une optimalisation économique (cf. Galand 1974/5 : 252) calculable en fonction des commodités techniques envisagées (typographie, clavier, traitement de texte (pensons par exemple aux retombées de la manière dont on représenterait les rapports d’affixation, de cliticisation, de préposition, etc. sur le volume d’un détecteur de fautes dans un traitement de texte).

3 II.1. A côté de la graphie libyque (Galand 1972/3 75/6), qui appartient à l’Antiquité (Ibid. 1974/5 : 249), et de son parent, l’alphabet touareg (cf. Ibid., 1972/3 : 170), qui détient aux yeux de certains une sorte de “légalité” historique et qui se trouve, parfois de nos jours, à cause de cela, réinvesti de différentes charges symboliques et affectives (Galand 1975/6 : 229 ; Chaker 1984 : 36-7), la graphie arabe (dans le domaine chleuh surtout ; Galand 1975/6: 228 ; Chaker 1984: 34) et la graphie latine (cf. Galand 1974/5 : 251 ; Chaker 1992 : 94) n’en constituent pas moins deux autres aspects de la réalité culturelle berbère, multiforme qu’elle a été à travers l’histoire. A part une version chleuh de la Haggàdàh de Pessah, transcrite en alphabet carré hébraïque et mise à jour par P. Galand-Pernet et H. Zafrani (1974), nous ne connaissons pas d’autres documents berbères de graphie hébraïque.

4 II-2. De tradition plus ancienne que la graphie latine, en domaine chleuh (cf. Galand 1979 ; Chaker 1984: 34), la graphie arabe présente certaines difficultés qui lui sont spécifiques. Ainsi, si le problème de vocalisation inhérent aux graphies sémitiques en général (W. Chomsky (1957) : 73-116) a été surmonté dans la tradition chleuh par la systématisation de l’ancien usage des graphèmes des trois glides (Aleph, w, y. (cf. Galand 1975/6 : 228)) comme en hébreu pré-masorétique (Chomsky, Ibid : 98-102), les difficultés spécifiques suivantes subsistent : (a) l’impossibilité de différencier les voyelles et les semi-voyelles de sorte à pouvoir distinguer les termes de l’opposition, /wi/ vs. /iw/, très fréquente en berbère (Elmedlaoui 1985 :42-50) ; (b) une surcharge potentielle en diacritiques (gémination, emphase, labialisation, affliction… en plus de la ponctuation à la graphie de base elle-même).

5 II-3. Une fois, les difficultés (a) et (b) ci-dessus surmontées, les deux graphies, arabe et latine, auront à résoudre une même classe de problèmes, à savoir : (i) établir des normes qui permettent de fixer les aspects que la notation doit retenir parmi les différentes alternances phonologiques dues à l’assimilation, à la dissimilation (cf. Elmedlaoui 1992) et à la syllabation (Idem. 1985 ; Dell & Elmedlaoui 1985), et (ii) établir des critères de découpage graphique de la chaîne parlée (cf. Galand 1975/6).

6 II-4. Certes, certains principes généraux peuvent être énoncés à cet égard comme celui qui donne la primauté aux représentations sous-jacentes (RS) (Galand 1974/5 : 253).

7 Néanmoins, l’application stricte de ce principe n’est pas une entreprise réaliste (Ibid., 250), d’abord parce que le progrès de la phonologie prend l’aspect d’une remise en cause permanente de ce qu’on prend à un moment donné pour RS, ensuite parce qu’une telle notation qui met une partie considérable de l’information phonétique sur le compte des inférences d’un lecteur idéal qui maîtrise les règles phonologiques de la langue (Ibid., 252), ferait en effet de la lecture non plus une opération de perception visuelle du message linguistique mais plutôt une sorte d’exercice intellectuel comparable aux fameux test fastidieux de “vocalisation” qu’on inflige aux élèves dans les cours d’arabe classique. Quoique logiquement redondante, une large partie de l’information phonétique dérivée en surface doit donc être véhiculée par la notation.

8 Une autre principe général, celui du mot considéré en isolation (Al?istiraabaaδiy (ϯ 1296) III : 315 ; Galand, Ibid.), est de nature à fixer le domaine à l’intérieur duquel les alternances phonétiques à encoder dans la notation sont considérées ; encore faut-il s’entendre sur l’entité du mot graphique et de la formation du mot en général (cf. Halle & Marantz, 1992).

9 Déterminer quelle est la classe d’information phonétique redondante (syllabation, assimilation…) que la notation doit véhiculer (cf. Paradis, 1988 pour des questions similaires en Pulaar), cela ne peut se faire qu’en considérant les choses cas par cas.

Bibliographie

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  • Paradis C. (1988), “Graphie et théorie”, La prénasalisation dans trois dialectes pulaar (fula), Communication présentée à l’Université de Rabat dans le cadre du 2e Colloque International de la Société de linguistique du Maroc, Octobre 1988.

Date de mise en ligne : 09/01/2023

https://doi.org/10.3917/edb.012.0229