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Article de revue

In memoriam Jean Dulck (1919-2006)

Pages 101 à 103

Citer cet article


  • Ritz, R.
(2007). In memoriam Jean Dulck (1919-2006) Études anglaises, . 60(1), 101-103. https://doi.org/10.3917/etan.601.0101.

  • Ritz, Régis.
« In memoriam Jean Dulck (1919-2006) ». Études anglaises, 2007/1 Vol. 60, 2007. p.101-103. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-etudes-anglaises-2007-1-page-101?lang=fr.

  • RITZ, Régis,
2007. In memoriam Jean Dulck (1919-2006) Études anglaises, 2007/1 Vol. 60, p.101-103. DOI : 10.3917/etan.601.0101. URL : https://shs.cairn.info/revue-etudes-anglaises-2007-1-page-101?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/etan.601.0101


1Une très grande personnalité des études anglaises vient de nous quitter ; Jean Dulck a profondément marqué plus d’une génération d’anglicistes par ses qualités humaines et professionnelles ainsi que par son inlassable énergie au service de l’université.

2Né en 1919 à Saint-Etienne, il fait ses études à Paris et obtient l’agrégation d’anglais en 1949. Il enseigne au lycée Condorcet et au lycée Montesquieu de Bordeaux, avant de rejoindre, comme assistant puis comme maître de conférences, la Faculté des lettres de Bordeaux en 1951. Docteur-ès-lettres en 1962, il est nommé professeur à Bordeaux en 1963. Il quitte cette université pour enseigner à Paris X-Nanterre de 1968 à 1971 et enfin à Paris III-Sorbonne Nouvelle de 1971 à 1983, date à laquelle il prend sa retraite. Dans le même temps, il dirige le Collège franco-britannique de la Cité Universitaire Internationale de Paris.

3La carrière de Jean Dulck s’inscrit clairement entre les extrêmes d’une université traditionnelle d’après-guerre et d’une université de masse à partir des années 1970. Cet universitaire aura donc connu les profonds bouleversements de l’enseignement supérieur : 1968, la loi Edgar Faure, la loi Savary. Il a vécu ces années avec la volonté permanente de prendre part aux changements et d’agir avec l’efficacité nécessaire. Assesseur du doyen des lettres de Bordeaux, il est chargé des constructions et à ce titre accompagne le projet et la réalisation des nouveaux bâtiments de la Faculté des lettres (future Université Michel de Montaigne-Bordeaux III) sur le campus de Talence-Pessac. À la fois pragmatique et perspicace, il travaille à donner une âme à ces locaux éloignés du centre-ville, au temps de la naissance des grands campus en France. Il dirige le Département d’anglais et gère avec succès le recrutement de nombreux assistants et de lecteurs étrangers afin de faire face à l’enseignement de masse qui s’installe alors.

4À Paris X-Nanterre, il assure la co-direction de l’UER d’anglais ; il est aussi président de la commission des locaux et participe ainsi en pionnier aux évolutions pédagogiques et pratiques de l’institution. Ce sens de l’administration et des responsabilités porte Jean Dulck à diriger avec talent et chaleur humaine l’UER des Pays Anglophones de Paris III-Sorbonne Nouvelle de 1971 à 1974.

5L’ouvrage qui a le plus contribué à faire connaître Jean Dulck en France et à l’étranger comme spécialiste de la littérature anglaise du xviiie siècle est sa thèse sur les comédies de R.B. Sheridan (Paris : Didier, 1962). La précision de l’analyse et le ton souvent enjoué donnent à l’étude un style toujours plaisant qui permet à l’auteur de se libérer de normes académiques inutilement contraignantes. La fréquentation de Sheridan et du théâtre anglais du xviiie siècle apporte à Jean Dulck ce qu’il aime dans la vie : l’humour bien dosé, l’esprit de répartie, le goût du bon mot, ou encore ce wit aux multiples facettes qui donne vie aux relations humaines. Dans de nombreuses publications et communications (SAES, Société d’études anglo-américaines des xviie et xviiie siècles, dont il fut président, Encyclopaedia Universalis) Jean Dulck aime revenir à cette comédie du xviiie siècle pour en fouiller le sens et l’apport dans l’histoire de la littérature. On se plaît à évoquer des titres attractifs : Wit ou la fausse élégance (1985), Les Avatars du wit (1987), The Critic, ou vous n’avez pas fini de rire (1995). Déjà dans le Guide anglais (Hachette, 1955), il proposait en collaboration avec un autre angliciste, Robert Escarpit, des analyses de l’âme anglaise et de la vie en Angleterre sous forme de diagrammes et de tableaux séduisants ; combien d’élèves et d’étudiants ont été surpris et heureux de découvrir l’Angleterre dans un ouvrage de type nouveau (qui sera beaucoup imité par la suite), un guide synthétique d’une grande qualité scientifique. L’ouvrage fut traduit en anglais l’année suivante (Meet Britain, Hachette, 1956) et c’est sans doute ce qui valut à Jean Dulck la brillante distinction de Commander of the British Empire (1976).

6Enseignant toujours disponible et de contact facile, il donne tout son temps aux étudiants qui apprécient sa vivacité permanente et sa capacité à partager ses savoirs. Il assure des enseignements à l’Université, au CNTE (maintenant CNED), à l’École Normale Supérieure de Saint-Cloud ; il est membre des jurys de CAPES et d’agrégation, examinateur heureux qui simplifie toujours les relations hiérarchiques. Toujours attentif et rigoureux, il participe aux travaux du CCU-Comité Consultatif des Universités (devenu CNU), où il a été élu au début des années 1970. Dans toute son activité d’enseignant et de chercheur il incarne cette vertu cardinale attendue de tous : le rayonnement.

7Par-dessus tout, ce que retiendront ses étudiants, dont beaucoup sont devenus ses collègues, c’est sa présence à leurs côtés comme directeur de thèse ; Jean Dulck trouve les mots pour encourager et suivre ses thésards avec à-propos et respect. Il a réussi à créer autour de lui une belle équipe de chercheurs sur le théâtre anglais du xviiie siècle et plus particulièrement les contemporains de Sheridan ; ainsi, sous sa direction, ont été publiées des thèses qui ont redonné vie à un théâtre d’une étonnante diversité et à des dramaturges inventifs que l’on retrouve sur les scènes contemporaines : par exemple, David Garrick, George Colman, Hugh Kelly, Richard Cumberland, Samuel Foote. Directeur de recherche clairvoyant, il a aussi su donner leur chance à des chercheurs désirant s’engager dans des études sur des sujets jusqu’alors réputés illégitimes par rapport à la stricte orthodoxie disciplinaire. Ce faisant, il a contribué de façon décisive à la diversité interdisciplinaire qui caractérise les études anglaises du xxie siècle.

8Au-delà de l’activité professionnelle d’une immense richesse, on se souvient de l’homme, de l’humoriste qui allie patience, savoir, humanité et modestie, de l’ami fidèle.


Date de mise en ligne : 01/08/2007

https://doi.org/10.3917/etan.601.0101