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Article de revue

La numérisation du monde

Une crise de la pensée et du lien social

Pages 43 à 53

Citer cet article


  • Le Breton, D.
(2025). La numérisation du monde Une crise de la pensée et du lien social. Études, 43-53. https://doi.org/10.3917/etu.4330.0045.

  • Le Breton, David.
« La numérisation du monde : Une crise de la pensée et du lien social ». Études, 2025/10, 2025. p.43-53. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-etudes-2025-10-page-43?lang=fr.

  • LE BRETON, David,
2025. La numérisation du monde Une crise de la pensée et du lien social. Études, 2025/10, p.43-53. DOI : 10.3917/etu.4330.0045. URL : https://shs.cairn.info/revue-etudes-2025-10-page-43?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/etu.4330.0045


Notes

  • [1]
    Jonathan Haidt, Génération anxieuse, Comment les réseaux sociaux menacent la santé mentale des jeunes, Les Arènes, 2025 ; David Le Breton, La fin de la conversation ? La parole dans une société spectrale, Métailié, 2024.
  • [2]
    D. Le Breton, La fin de la conversation ? op. cit.
  • [3]
    Hervé Juvin et Gilles Lipovetsky, L’Occident mondialisé, Controverse sur la culture planétaire, Grasset, 2010, p. 73.
  • [4]
    Sigmund Freud, « L’avenir d’une illusion », dans Religion, Gallimard, « Connaissance de l’Inconscient », 2012, p. 140.
  • [5]
    D. Le Breton, La fin de la conversation ? op. cit.
  • [6]
    Pierre Rosanvallon, Les épreuves de la vie, Comprendre autrement les Français, Seuil, 2021, p. 71.
  • [7]
    Pierre Nora, « Quarante ans, fin et suite », Le Débat, n° 210, 2020, pp. 3-5.
  • [8]
    Hannah Arendt, Le système totalitaire, Seuil, « Points essais », 2002, p. 304.
  • [9]
    D. Le Breton, La fin de la conversation ? op. cit.
  • [10]
    Byung-Chul Han, Infocratie, Numérique et crise de la démocratie, Presses universitaires de France, 2023, p. 13.
  • [11]
    Benjamin R. Barber, Djihad versus McWorld, Mondialisation et intégrisme contre la démocratie, Desclée de Brouwer, 1996, p. 22.

La sociabilité numérique n’est pas dans la même dimension que la sociabilité avec des hommes ou des femmes en présence mutuelle qui se parlent et s’écoutent. Elle morcelle le lien social, détruit les anciennes solidarités au profit de celles, abstraites, des réseaux sociaux avec des correspondants physiquement absents et le plus souvent anonymes. Le foisonnement des messages dissimule mal le sentiment grandissant d’isolement des individus. Jamais le mal de vivre des adolescents et des personnes âgées n’a atteint un tel niveau. La fréquentation assidue de multiples réseaux sociaux ne crée ni intimité ni lien dans la vie concrète, elle divertit, elle ne donne pas de raison de vivre. Les trottoirs, les espaces de déambulation sont hantés de « smombies », de « smarsiens », de fantômes hypnotisés par leur écran, qui ne voient plus rien à leur entour, indifférents aux autres, à leur environnement, ensemble mais infiniment seuls. L’expérience individuelle de la conversation ou de l’amitié se raréfie, l’isolement se multiplie, en donnant le sentiment paradoxal de la surabondance. Les nombreux « amis » des réseaux sociaux, sans visage le plus souvent, ne valent pas un ou deux amis du quotidien susceptibles d’être présents en cas de détresse. On n’a jamais autant communiqué, mais jamais aussi peu parlé ensemble.
La conversation est une relation de visage à visage, une attention à l’autre, les yeux dans les yeux, une reconnaissance plénière, une découverte mutuelle au fil de l’échange, l’incertitude du cheminement, une écoute, une place pour le silence… À l’inverse, la communication est efficace, urgente et dévorante…


Date de mise en ligne : 13/10/2025

https://doi.org/10.3917/etu.4330.0045

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