Albert Thibaudet, Réflexions sur la littérature , Quarto/Gallimard, 2007, 1 754 pages, 35 €
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Citer cet article
- PETETIN, Véronique,
- Petetin, Véronique.
- Petetin, V.
https://doi.org/10.3917/etu.084.0555f
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1 Voici les chroniques littéraires de l’homme qui, dans les années 1920, était le critique le plus influent des lettres françaises. Que reste-t-il d’Albert Thibaudet ? Antoine Compagnon et Christophe Pradeau en répondent en rassemblant tous les articles de Thibaudet sur la littérature, publiés à la NRF de 1914 à sa mort. Ce sont plus de 144 « figures » ou « dossiers », disait Barthes, plus proche de celui-là qu’on ne pourrait le croire. Il y a trois sortes de critique, pour Thibaudet : celle des salons et des journalistes, celle des professeurs et celle des écrivains. Ne pouvant prétendre à être un critique écrivain, redoutant par dessus tout d’être un dogmatique se prenant au sérieux, Thibaudet se décrivait lui-même comme « un critique littéraire itinérant qui circulait dans les livres avec la bonne conscience et l’épicurisme d’un vigneron entre ses ceps ». Joyeuse et rassurante image, comme l’écriture elle-même de ses articles. Les « objets sensibles » y abondent : paysage, terre, saveurs, poudre d’or. Les liens se tissent entre les œuvres, les courants littéraires, les familles d’écrivains. Les phrases se déploient avec fluidité et un rien de nonchalance, mais leur élégance fait pardonner les longueurs et les innombrables sous-entendus. Est-ce l’écriture de l’amateur, celui qui aime et qui, par son amour des livres, s’est construit une formidable mémoire littéraire ? Antoine Compagnon le nomme « grand lecteur ». Il est un initiateur de texte, de ceux qui mènent le lecteur vers la volupté de l’écriture, celle de l’œuvre critiquée et celle de l’œuvre critique. Il n’entra pas au Collège de France, mais Barthes lui aurait volontiers prêté sa sapientia : « un peu de savoir, un peu de sagesse et le plus de saveur possible ».
2 Véronique Petetin