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Compte rendu

Paula Fox, La Légende d’une servante , Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marie-Hélène Dumas. Ed. Joëlle Losfeld, 2005, 430 pages, 22,50 €

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  • Le Corre, F.
(2005). Paula Fox, La Légende d’une servante , Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marie-Hélène Dumas. Ed. Joëlle Losfeld, 2005, 430 pages, 22,50 € Études, Tome 403(12), V-V. https://shs.cairn.info/revue-etudes-2005-12-page-V?lang=fr.

  • Le Corre, Françoise.
« Paula Fox, La Légende d’une servante , Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marie-Hélène Dumas. Ed. Joëlle Losfeld, 2005, 430 pages, 22,50 € ». Études, 2005/12 Tome 403, 2005. p.V-V. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-etudes-2005-12-page-V?lang=fr.

  • LE CORRE, Françoise,
2005. Paula Fox, La Légende d’une servante , Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marie-Hélène Dumas. Ed. Joëlle Losfeld, 2005, 430 pages, 22,50 € Études, 2005/12 Tome 403, p.V-V. URL : https://shs.cairn.info/revue-etudes-2005-12-page-V?lang=fr.

1 Ce pourrait n’être qu’une histoire comme la littérature américaine en a tant produites, entre la rutilance des Caraïbes et les sous-sols sinistres de New York, entre la condition de domestique dans les riches plantations de canne à sucre et celle des pauvres de la grande ville, entre la splendeur de l’enfance et l’amertume de l’âge adulte. C’est dans cette configuration un peu convenue que l’on commence à lire l’histoire de Luisa de la Cueva, fille d’un gros propriétaire déchu et d’une domestique noire. Enfant furtive dans la grande maison où sert sa mère et où réside son père, Luisa se révèle ivre de curiosité et de liberté sur les chemins de l’île, où l’on ne manque de rien puisqu’il y a « des fruits sur les arbres, des toits de palme pour s’abriter et des cochons pour le Nouvel An », dira un jour cyniquement son père, avant d’emmener l’enfant et sa mère à New York pour fuir les premières poussées révolutionnaires. Là, au lieu de tenter de poursuivre des études pour lesquelles elle serait douée, Luisa choisit de rester domestique. Aucune idéologie dans ce choix : elle a autant de mal à vivre auprès de sa mère qu’auprès de son père, et ne souhaite s’identifier ni à l’un ni à l’autre. Elle n’a ni dessein politique, ni revendication sociale à faire valoir ; seulement un bien infiniment précieux, qu’elle ne cherche pas à faire partager, mais qu’elle protège jalousement par cette obscurité choisie : ce bien, c’est l’image de l’enfance, l’image de l’île, ce no man’s land qui ne tient que par sa fidélité intérieure inconditionnelle, et que tout projet alternatif mettrait en péril. Et c’est bien sa légende qu’elle construit, son identité secrète, son murmure intérieur et, finalement, sa tragédie : on ne peut pas toujours fuir la réalité. Le dernier paragraphe du livre le dit avec une infinie pudeur, laissant entrevoir que si rien ne s’arrange, tout commence peut-être.

2 Françoise Le Corre