Carol Shields, Bonté, Traduit de l’anglais par Céline Schwaller. Calmann-Lévy, 2003, 300 pages, 18 ?
Pages 703e à 719e
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- LE CORRE, Françoise,
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- Le Corre, F.
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1 Reta, traductrice, romancière, une maison chaleureuse dans une petite ville canadienne, trois filles, un mari médecin passionné de trilobites, se connaissait dans l’élan d?une vie ordinaire, faite de rites, de pauses, de rencontres : une vie heureuse. Mais quand le livre commence, le « talisman de cristal du bonheur » est perdu ; impossible de ruser ; il faut vivre autrement et tout revoir dans la pénombre d?un chagrin qui fissure les jours et les nuits. Cette reprise générale ? où la vie et la place des femmes tiennent un rôle central ?, Reta la tente vaillamment, sans complaisance, sur le ton de l’exquise politesse de l’humour appliqué à soi-même. Et c?est par approches successives, pudiques, que se devine la tache aveugle qui brouille l’horizon : sa fille aînée, Norah, après avoir disparu, a été retrouvée dans les rues de Toronto, méconnaissable, hirsute, mutique, un écriteau autour du cou sur lequel est simplement écrit : Bonté. Ne pas dramatiser, évidemment ! Mais, comment comprendre, interpréter, faire la part des choses, quand toutes choses vacillent ? Et que faire ? La vie continue néanmoins, entre la remise des manuscrits, les conseils des amis, la logorrhée de l’éditeur? Vertiges, visages, vérités s?ordonnent selon une logique hésitante, celle du trouble intérieur que reflètent les titres des chapitres, adverbes, conjonctions, subordonnants pourtant, ainsi, au lieu de, à moins que. Unless était le titre anglais du livre, ce mot quasi intraduisible de l’inquiétude, comme une lueur possible. L?écriture, allègrement inventive, rencontre la complicité du lecteur. Elle sert fort bien l’ironie, la lucidité, la tendresse du propos. La gravité, sans emphase inutile, y est d?autant plus sensible.
2 Françoise Le Corre