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Compte rendu

Leïla Sebbar, Je ne parle pas la langue de mon père, Récit. Julliard, 2003, 126 pages, 15 €

Pages 557d à 575d

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  • Le Corre, F.
(2003). Leïla Sebbar, Je ne parle pas la langue de mon père, Récit. Julliard, 2003, 126 pages, 15 € Études, Tome 398(4), 557d-575d. https://shs.cairn.info/revue-etudes-2003-4-page-557d?lang=fr.

  • Le Corre, Françoise.
« Leïla Sebbar, Je ne parle pas la langue de mon père, Récit. Julliard, 2003, 126 pages, 15 € ». Études, 2003/4 Tome 398, 2003. p.557d-575d. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-etudes-2003-4-page-557d?lang=fr.

  • LE CORRE, Françoise,
2003. Leïla Sebbar, Je ne parle pas la langue de mon père, Récit. Julliard, 2003, 126 pages, 15 € Études, 2003/4 Tome 398, p.557d-575d. URL : https://shs.cairn.info/revue-etudes-2003-4-page-557d?lang=fr.

1 Tous les livres qu’aura écrits Leïla Sebbar n’auront pas suffi sans doute à décliner cette douleur, que le titre de ce récit tend à rendre explicite. Une division inscrite dans la chair. Le père, l’Algérien, le maître d’école, né à Tenès, enseignant à Mascara, Hennaya, Blida, Alger, mort à Nice en 1997, n’a pas appris à ses enfants la langue de sa mère, la langue de sa terre. Il les a laissés « enfermés dans la citadelle » de la langue maternelle, « la langue unique, la belle langue de France ». De l’arabe, ses trois filles n’ont connu que les accents violents, obscènes, hurlés par des garçons en guenilles qui n’allaient pas à l’école du père. Tout ce que cette langue peut rouler de secret, de doux, de tendre, de grave, ne pourra à jamais qu’être deviné. Elle restera la voix de « l’étranger bien-aimé », furtivement entendue. Elle ne dira jamais l’enracinement. Zone obscure au plus intime, au lieu d’engendrement, zone scellée de surcroît par le silence du père. Et dès lors le travail de mémoire, exigeant, tyrannique, s’étire, comme une inconsolable mélopée. L’intime de la maison familiale, les rites, la fraîcheur, les lectures s’enlacent à l’évocation de destins brisés, familles séparées, meurtres, solitudes, de part et d’autre, les absurdités de la guerre fratricide, la fièvre, les menaces, la clandestinité, la prison, l’exil, portés en une reconstitution presque fantasmatique, et tout aussi vraie pourtant que l’eût été un parcours historique. Rares sont les ouvrages qui permettent d’éprouver à ce point le côté matriciel de la langue, et la douleur de l’origine.

2 Françoise Le Corre