Henry Bauchau, Passage de la Bonne-Graine. Journal 1997-2001. Actes Sud, 2002, 416 pages, 23,90 ?
Pages 266h à 287h
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- LE CORRE, Françoise,
- Le Corre, Françoise.
- Le Corre, F.
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1 « L??uvre est un ordre » : ces mots sont notés au 8 mars 1998, comme donnés en rêve ; et Henry Bauchau ajoute : « Il est vrai que l’?uvre est un ordre que je reçois », avant de poursuivre, un peu plus loin, sur « l’ordre souterrain » qui relie entre eux ceux qui se livrent à l’?uvre d?art ou à l’écriture. Entraînés dans cet ordre, aussi, les lecteurs fervents qui souvent découvrirent ?dipe sur la route et Antigone sans avoir eu connaissance des ouvrages précédents. A leur tour, ils entrent dans ce sillon d?humanité, dans ce travail obscur de l’humanité en nous qui ne cesse d?attendre et d?espérer une naissance encore, jusque dans le grand âge, par delà fatigues, douleurs, séparations, angoisses, résistances. Car nous sommes ainsi, dans le doute et la lenteur, et parfois sentant sur nous ? comme l’auteur le dit pour lui-même ? « l’épiphanie de la rieuse originelle ». Journal bien particulier : l’intimité qu?il dévoile ne flatte pas la curiosité, n?encourage pas l’indiscrétion, elle induit une reconnaissance dans tous les sens de ce mot, à commencer par la reconnaissance de l’intime en soi, du don accordé de l’être. C?est ainsi que l’on reçoit, comme autant de présents, les poèmes en leur subtile sculpture, jour après jour, les rêves, les rencontres, la vivante présence, en quelques mots choisis de Spinoza, Hölderlin, Levinas, Char, Hesse, Brecht, et tant d?autres? Il s?y dit l’éprouvante difficulté de l’?uvre, de la vie aussi, les vertiges de dispersion, les hésitations, les surprises. A dix-neuf ans, Henry Bauchau tentait un Cantique de l’attente. Quelques soixante-dix ans plus tard, il achève l’année 2001 sur ces mots : « C?est chaque jour le jour de la fête, de la fête de l’existence. Alors je m?étonne d?abord, je suis un peu content et je ris. » De là peut-être, perceptible, cette douceur après tant de combats, et l’impression de tacite et essentielle amitié qui accompagne la lecture.
2 Françoise Le Corre