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Compte rendu

Daniele Del Giudice, Dans le musée de Reims, Traduit de l’italien par Jean-Paul Manganaro. Le Seuil, 2003, 86 pages, 12 €

Pages 698d à 718d

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  • Le Corre, F.
(2003). Daniele Del Giudice, Dans le musée de Reims, Traduit de l’italien par Jean-Paul Manganaro. Le Seuil, 2003, 86 pages, 12 € Études, Tome 399(12), 698d-718d. https://doi.org/10.3917/etu.996.0698d.

  • Le Corre, Françoise.
« Daniele Del Giudice, Dans le musée de Reims, Traduit de l’italien par Jean-Paul Manganaro. Le Seuil, 2003, 86 pages, 12 € ». Études, 2003/12 Tome 399, 2003. p.698d-718d. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-etudes-2003-12-page-698d?lang=fr.

  • LE CORRE, Françoise,
2003. Daniele Del Giudice, Dans le musée de Reims, Traduit de l’italien par Jean-Paul Manganaro. Le Seuil, 2003, 86 pages, 12 € Études, 2003/12 Tome 399, p.698d-718d. DOI : 10.3917/etu.996.0698d. URL : https://shs.cairn.info/revue-etudes-2003-12-page-698d?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/etu.996.0698d


1 De cet auteur, les lecteurs français avaient déjà pu lire Le Stade de Wimbledon, Quand l’ombre se détache du sol ou L’Oreille absolue. La traduction de Dans le musée de Reims donne accès à un récit antérieur, un cristal de douleur et de douceur, une pièce rare. Barnaba, un Italien, jeune encore, est arrivé un soir à Reims pour voir le Marat assassiné de David ; un tableau, un seul, comme au Prado, à la Tate Gallery ou aux Offices où l’a mené son angoisse : « Quand j’ai su que je deviendrai aveugle, j’ai commencé à aimer la peinture. » C’est que les lointains, ces bleus et ces rouges à perte de vue qu’en officier de marine il connaissait si bien, se sont déjà dérobés ; il ne peut plus voir que de près, de si près que ce qui lui reste de vue « est en train de devenir presque une sensation tactile ». Les autres sens viennent au secours du sens défaillant, « comme un animal préhistorique perd ses nageoires et développe des ailes si c’est nécessaire ». Mais la solitude se resserre, la raideur et l’incertitude de sa démarche le trahissent. Comment une jeune fille comprend d’un coup, s’approche derrière lui, lui « raconte » les tableaux, comment ils se retrouvent le lendemain devant le Marat, comment lui, à son tour, raconte le médecin Marat qui soignait les aveugles, c’est tout le fil du récit, tendu comme une corde que l’on peut faire résonner sans fin : que sont la parole et la voix, qu’importe de savoir si la robe de Desdémone est rouge ou verte, que sont la confiance, la complicité et la tendresse, le mensonge ou la vérité ? « Il pensa à la douleur d’Anne, tellement invisible derrière les formes ardentes et légères de sa voix… » Que voit-on quand on croit voir ? Quand est-on à la juste distance ? La grande littérature n’a besoin ni de beaucoup de pages, ni d’excès. On en a ici une confirmation pudique et éclatante.

2 Françoise Le Corre


Date de mise en ligne : 01/11/2006

https://doi.org/10.3917/etu.996.0698d