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Compte rendu

Thierry Bonnot, La vie des objets, d’ustensiles banals à objets de collection. Éd. de la msh, coll. « Ethnologie de la France », 22, 2002, 246 pages

Pages 351o à 373o

Citer cet article


(2004). Thierry Bonnot, La vie des objets, d’ustensiles banals à objets de collection. Éd. de la msh, coll. « Ethnologie de la France », 22, 2002, 246 pages. Ethnologie française, . 34(2), 351o-373o. https://doi.org/10.3917/ethn.042.0351o.

« Thierry Bonnot, La vie des objets, d’ustensiles banals à objets de collection. Éd. de la msh, coll. “Ethnologie de la France”, 22, 2002, 246 pages ». Ethnologie française, 2004/2 Vol. 34, 2004. p.351o-373o. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-ethnologie-francaise-2004-2-page-351o?lang=fr.

2004. Thierry Bonnot, La vie des objets, d’ustensiles banals à objets de collection. Éd. de la msh, coll. « Ethnologie de la France », 22, 2002, 246 pages. Ethnologie française, 2004/2 Vol. 34, p.351o-373o. DOI : 10.3917/ethn.042.0351o. URL : https://shs.cairn.info/revue-ethnologie-francaise-2004-2-page-351o?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/ethn.042.0351o


1 par Rolande Bonnain

2 ehess

3 L’étude des objets en ethnologie a subi heurts et malheurs, promotion et déboires depuis cinquante ans, depuis l’intérêt mesuré qu’on leur a porté comme témoin d’une civilisation lointaine ou passée qui servait à identifier une culture, suivi du temps du mépris lors de la focalisation des études sur les systèmes sociaux et les représentations et la relégation dans les réserves des musées, pour ne rien dire de la froide cohabitation entre chercheurs et conservateurs. Enfin, après un purgatoire de trente années, est survenue une réhabilitation à travers l’étude des techniques et l’utilisation de la notion de procès de production. Voilà pour les objets des civilisations du lointain. Pour les artefacts issus de nos cultures proches, le cheminement a été semblable, quoique un peu moins accusé, et leur étude restait confidentielle. Il faut donc saluer l’ouvrage de Thierry Bonnot qui, à l’aide d’une langue claire et agréable à lire, d’une bonne documentation, de nombreuses illustrations, montre dans une région du Centre le trajet d’objets industriels, des fours de cuisson aux étagères des particuliers qui se sont mis à les conserver comme des souvenirs familiaux. Double gageure pour l’auteur, la première visant à restituer la trajectoire d’objets, de leur production en série à leur conservation privée, puis à leur patrimonialisation, et enfin à leur « muséification », en décrivant leurs statuts successifs dans un domaine où le projet esthétique n’est pas prédominant ; la seconde concernant la singularisation d’objets multiples lors de l’entrée en collection, d’abord particulière, puis muséale.

4 L’auteur annonce clairement sa méthode : au-delà de l’étude proprement dite des différents statuts de l’objet, en analysant la biographie culturelle des choses, il veut saisir les constructions sociales à l’œuvre dans les relations entre les individus et les objets. Ce faisant, il nous montre l’utilité sociale d’un écomusée comme conservatoire des gestes et des paroles et producteur d’une histoire spécifique : on y voit les mécanismes d’appropriation du local, de sa naissance à son utilisation. Les poteries industrielles sont ainsi devenues des objets immeubles liés indissolublement à un lieu, mieux à un territoire. Il nous montre également l’ambiguïté du rôle de l’ethnologue de terrain, employé par une institution qui joue simultanément les rôles d’expert légitimant, de rival dans les acquisitions, de producteur de valeur.

5 Les pages concernant les oscillations du statut de l’objet entre objet produit, objet de famille, patrimoine familial, patrimoine régional sont bien venues. L’auteur avance également que la mise hors service d’objets n’a rien d’irréversible. C’est vrai en théorie pour les objets industriels : on conçoit qu’une Salamandre (poêle utilisé dans bon nombre d’appartements urbains jusque vers les années cinquante) puisse resservir en cas de crise pétrolière (encore faudrait-il trouver du charbon), mais est-ce vrai pour tous les objets fabriqués en série ? Quelques comparaisons auraient été nécessaires. D’abord, avec d’autres objets industriels recherchés par les collectionneurs comme ceux, par exemple, que nous devons aux potiers de Saint-Uze (Drôme), qui ont produit des objets semblables sinon identiques (vaisselle et emballages industriels) à ceux de la vallée de la Bourbince et dont la réputation a dépassé les limites de la Provence. Ensuite, pour mieux cerner le rôle du musée et ses limites, il aurait fallu amener une rapide réflexion sur les aventures des artefacts relevant des arts premiers : témoins des empires coloniaux, ils sont devenus les illustrations des étapes de l’évolution humaine, avant d’être promus, en dehors des institutions de conservation, au rang d’œuvres d’art, pour finalement rentrer par la grande porte au Louvre, réflexion qui, par les temps qui courent, n’aurait pas été inutile. Dans ces deux cas, l’étude du rôle des critiques qui légitiment les catégories esthétiques se révèle incontournable.

6 Ce livre devrait satisfaire la curiosité des ethnologues de la sphère du matériel, celle des sociologues de l’innovation et des conservateurs des musées dits « de société ». ?


Date de mise en ligne : 03/10/2007

https://doi.org/10.3917/ethn.042.0351o