Laurent Quintreau, Le moi au pays du travail. Un état des lieux , Paris, Plein jour, 2015, 144 p., 16 €
- Par Richard Robert
Page VII
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- ROBERT, Richard,
- Robert, Richard.
- Robert, R.
https://doi.org/10.3917/espri.1601.0134g
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Les lecteurs d’Esprit se souviennent sans doute de quelques pages saisissantes de Laurent Quintreau publiées dans le dossier « Peut-on raconter le chômage ? », en novembre 2014. On les retrouve, retravaillées et insérées au sein d’un ensemble plus ample, dans ce magnifique petit livre consacré à ce qu’on pourrait décrire comme des états limites de la condition salariée : les moments de bascule où le statut craque, le corps se brise, la volonté cède, où la subordination inscrite dans la relation de travail se révèle domination.
La presse, spécialisée ou non, s’est depuis longtemps penchée sur ces petits drames sociaux que sont l’annonce d’un licenciement, la découverte d’une maladie professionnelle, ou plus récemment des situations critiques comme le harcèlement ou le syndrome d’épuisement professionnel (burn-out). Mais le regard du journaliste peine à saisir ce qui se joue dans ces drames, quand il n’est pas voilé par les affects ou les représentations propres aux salles de rédaction. On s’y retrouve rarement. L’expérience vécue est vite recouverte par les propos des « experts » (souvent des psychologues), et le récit proprement dit n’est jamais qu’une reconstitution au second degré, souvent empathique, mais rarement exacte.
La littérature, quand d’aventure elle s’intéresse au social ou au monde du travail, peine à convaincre, elle aussi. François Bon (Sortie d’usine, Minuit, 1982) ou Thierry Metz (Journal d’un manœuvre, Gallimard, 1990) avaient il y a quelques décennies donné des œuvres fortes, où le travail écorchait l’écriture…
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