Article de revue

Répartition et dynamiques spatiales des langues créoles dans la Caraïbe

Pages 1 à 17

Citer cet article


  • Cruse, R.
(2015). Répartition et dynamiques spatiales des langues créoles dans la Caraïbe. L’Espace géographique, Tome 44(1), 1-17. https://doi.org/10.3917/eg.441.0001.

  • Cruse, Romain.
« Répartition et dynamiques spatiales des langues créoles dans la Caraïbe ». L’Espace géographique, 2015/1 Tome 44, 2015. p.1-17. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-espace-geographique-2015-1-page-1?lang=fr.

  • CRUSE, Romain,
2015. Répartition et dynamiques spatiales des langues créoles dans la Caraïbe. L’Espace géographique, 2015/1 Tome 44, p.1-17. DOI : 10.3917/eg.441.0001. URL : https://shs.cairn.info/revue-espace-geographique-2015-1-page-1?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/eg.441.0001


Notes

Introduction

1 Comme l’écrivait Roland J.-L. Breton il y a quarante ans « la géographie des langues est [...] considérée comme un secteur de notre science qui serait marginal, voire même carrément extérieur et affaire de linguistes » (Breton, 1975). Force est en effet de constater que les travaux sur la géographie des langues demeurent marginaux au sein de l’ensemble de la géographie culturelle et qu’ils commencent à dater (Demangeon, 1929 ; De Boeck, 1942 ; Breton, 1975 ; Breton, 1976 ; Williams, 1988 ; Raffestin, 1995). Au contraire, les travaux des linguistes traitant des langues créoles, qui nous intéressent ici, sont particulièrement nombreux et en pleine expansion, comme nous le verrons dans cet article, ce qui confirme l’assertion introductive de Roland J.-L. Breton.

2 Pourtant l’intérêt géographique de l’étude des langages (près de 5 000 au total, pour environ 150 pays) n’est plus à démontrer. Les langages créoles de la Caraïbe, qui sont des langues relativement récentes, en apportent la preuve. « Comment » en effet « saisir la pensée sinon dans son expression », interroge Roland J.-L. Breton (1975) ? Ainsi, pour ne prendre qu’un exemple, la langue médicale nord-américaine (et plus généralement occidentale) renvoie à une lutte géopolitique entre États-nations : elle est faite de métaphores décrivant des « germes étrangers » qu’il faut « combattre » et des cellules « armées pour se défendre » (Martin, 1991). À l’inverse, la langue créole jamaïcaine traduit bien une vision plus naturelle des problèmes de santé, appuyée sur une référence aux cycles d’un fruit (« trop mûr », « juteux », etc.), lorsque le cycle naturel des choses est rompu (Sobo, 1993). Cette question nous ramène à la réflexion du Martiniquais Édouard Glissant (2010) sur ce qu’il nomme « l’imaginaire des langues ». Ou pour revenir à R.J.-L. Breton (1975) : « les langues ne sont pas de simples versions particulières d’un langage universel, mais elles sont, plus que le support de chaque culture, cette culture elle-même, façonnant l’esprit des hommes qui l’ont en dépôt ».

3 Cet article a pour objet la formation, la répartition et les dynamiques spatiales des langues créoles dans la région caribéenne – pour laquelle nous tenterons ici d’esquisser une modélisation.

Qu’est-ce qu’une langue créole caribéenne ?

4 Pour Albert Demangeon (1929), dans le domaine de la géographie linguistique, « c’est le linguiste qui doit d’abord guider le géographe ». Dans le cas présent, nous devons ainsi d’abord demander au linguiste ce qu’est une langue créole.

Approche linguistique : une langue évoluant à partir d’une interface géo-linguistique entre l’Europe, l’Amérique et l’Afrique

5 Une langue créole est une langue grammaticalement aussi élaborée que n’importe quelle autre (Ansaldo et al., 2007). Autrement dit, « le créole n’est ni une langue simple, ni une langue simplifiée, ni une langue incomplète. C’est une langue à part entière qui n’a en fait rien d’exceptionnel linguistiquement parlant » (De Graaf, 2003).

6 La définition de ce qu’est une langue créole varie en fonction de l’auteur et du public visé. Les linguistes ne sont pour l’instant pas arrivés à une définition satisfaisante pour tous les spécialistes. Ceux-ci s’accordent tout juste sur le fait qu’il s’agisse de « langages nouveaux qui se distinguent des langages desquels ils tirent le gros de leur lexique ou de leur grammaire », et qu’ils sont nés « de l’influence d’un contact inhabituellement important entre des langues durant des circonstances sociales particulières » (Michaelis et al., 2013a et b). En d’autres termes, les créoles sont des langues ordinaires (dans leur formation linguistique), mais qui sont nées dans des conditions socio-historiques extraordinaires (Chaudenson, 2003).

7 Bon nombre de linguistes affirment que les langues créoles seraient une version évoluée des pidgins – le pidgin étant une langue simplifiée et essentiellement parlée, qui n’est la langue maternelle de personne, car elle est utilisée exclusivement comme langue de contact entre deux groupes ne parlant pas le même idiome. La grande différence entre pidgin et créole est que la seconde est la langue maternelle d’un groupe d’individus (Arends et al., 1994). Autrement dit, « si au bout de quelques générations, le pidgin – langue seconde, acquiert de nouvelles fonctions sociales, si ses structures se complexifient, s’il devient la langue première de toute une communauté, alors il se transforme en une langue à part entière : on appelle “créoles” ces langues » (Boutet, 1997). Certains linguistes contredisent cependant cette hypothèse et affirment que rien n’étaye le passage d’une langue simple (pidgin) à une langue complexe (créole) dans aucun territoire créolophone (Mufwene, 2001 ; Chaudenson, 2003). À mi-chemin entre ces deux approches, Jacques Arends (1994) propose une typologie en quatre catégories : créole de plantation, créole de fort, créole de marrons et pidgin créolisé.

Approche étymologique et socio-historique : une langue née d’un rapport de domination

8 Le terme « créole » serait d’origine portugaise (« crioulo ») et désignait à l’origine celui « qui a été élevé dans le foyer domestique ». Il est probable que ce nom dérive du latin « creare » (créer, recréer)(Valdman, 1978). Du portugais, le terme passe à l’espagnol avec la colonisation des Amériques. D’après l’étymologie du terme proposée par le Trésor de la langue française informatisé (Tlfi), dans cette langue, le « crollo » désigne au départ « un espagnol de pure race [sic] né aux colonies ». On trouve le premier usage en français en 1670, dans une lettre adressée par le gouverneur des Antilles à Colbert pour désigner une « personne de pure race [sic] blanche née aux colonies ».

9 Rapidement cependant, les colons sont confrontés à la différence entre les déportés africains nés sur place, et ceux qui sont nés en Afrique. Ces deux types d’esclaves ne reçoivent en effet pas le même traitement ni la même surveillance (on retrouvera ici globalement la dichotomie esclave domestique-esclave des champs). La distance sociale de caste est légèrement réduite par la proximité géographique (voir par exemple Price, Price, 1992). Les esclaves nés sur les plantations seront donc eux aussi appelés « créoles » (on distinguera alors « blanc créole » et « esclave créole »). Étymologiquement, le créole est donc d’abord celui qui est né dans la colonie. Le terme désigne bien une origine géographique (les colonies américaines) et socio-historique (la plantation, lieu de destination principal des esclaves) précise.

10 Passé du nom (le crollo) à l’adjectif qualifiant un individu (l’esclave créole) au xvi e siècle, le qualificatif va par extension désigner la langue née dans ces plantations à partir du xviii e siècle : en 1739, pour la première fois, on parle de « langue créole » aux îles Vierges, alors que les missionnaires commencent à rédiger des dictionnaires ou à retranscrire la Bible dans la langue des esclaves (Muysken, Smith, 1994). Puis le qualificatif « créole » s’étend progressivement à d’autres champs pour désigner les particularismes de cette société coloniale : cuisine créole, faune et flore créoles, musique créole, etc. (Chaudenson, 2003). Au milieu du xx e siècle, avec le développement du système universitaire caribéen (et notamment l’University of the West Indies, fondée en 1948, où vont se concentrer les échanges et les conférences), commence la réflexion théorique sur la créolisation : le processus par lequel l’étranger (Européen, Africain, Amérindien, Indien, etc.) se créolise dans la « matrice » de la plantation (Glissant, 1999). Il ressort de cette réflexion que la créolisation est une forme proche du métissage – qui est inévitable dans le contexte caribéen (Brathwaite, 1971). La différence entre les deux, selon le Martiniquais Édouard Glissant (1999), étant que le métissage est le résultat (prévisible) de la rencontre entre deux éléments extérieurs, quand la créolisation serait le produit (totalement imprévisible) de la rencontre de plus de deux éléments extérieurs.

Synthèse des deux approches

11 En croisant les approches géo-linguistiques et ethno-historiques, on arrive inévitablement à la conclusion qu’une langue créole caribéenne est (1) un langage né de la rencontre de plus de deux langues sources, (2) dans le contexte particulier d’un territoire colonial de plantation (cette définition ne s’applique pas toujours aux langues créoles non caribéennes). Il en résulte une langue qui possède dans la majorité des cas un lexique européen (les linguistes parlent de « French-lexified creoles » ou « English-lexified creoles » par exemple), une structure africaine, et des influences amérindiennes (et parfois indiennes). Nous reviendrons sur ce point dans la partie suivante.

12 Le créole remplit dans un premier temps le rôle de pidgin : il est d’abord un langage de communication élémentaire des ordres d’un groupe à un autre parlant une langue différente. Mais il sert aussi aux esclaves, qui sont issus de différents groupes linguistiques africains, à se comprendre entre eux. L’Européen (planteur, missionnaire, etc.) est persuadé qu’il tire ses esclaves vers sa culture (il « civilise ») à travers ce qu’il considère comme un bon compromis : le « Negro-English » (ou – Negro-French, etc.)(Muysken, Smith, 1994). Toutefois les chercheurs caribéens savent depuis l’anthropologue cubain Fernando Ortiz que la déculturation (l’abandon de sa culture pour une autre) n’existe pas. Ces situations créent au contraire de la « transculturation », un mélange des cultures en présence duquel personne ne sort inchangé (Ortiz, 2011) : « changer dans l’échange sans se perdre », pour reprendre une expression d’Édouard Glissant (1999). Obnubilé par sa perception de la déculturation, qui doit engendrer à long terme l’adoption de la culture européenne, le planteur ne voit pas le processus de transculturation à l’œuvre : lui-même ne dit plus le « je » européen (« I » en anglais), mais « mwen », « man » ou « mi », le pronom personnel « je » africain du golfe de Guinée (Adams, 1991)…

Lexique européen, structure africaine

13 Tous les linguistes semblent s’accorder sur la prédominance des influences européennes dans les langages créoles caribéens (Arends et al., 1994 ; Chaudenson, 2003 ; Michaelis et al., 2013a et b). Tous s’accordent aussi sur l’influence marginale des langages indigènes de la Caraïbe — au moins 1 200 langues étaient parlées dans l’Amérique précolombienne… (Mann, 2006) — dont il demeure une variété de termes (en créole afro-francophone : balaou, boukan, kannari, kwi, maracudja[1]…), de toponymes (Ayiti : Haïti ; Xamayca : Jamaica ; Cubao : Cuba) et peut-être même une influence grammaticale (Bellido, Faraclas, 2012). La part de l’héritage africain est en revanche discutée.

14 Robert Chaudenson (2003) réfute l’idée même selon laquelle les créoles pourraient avoir une structure commune. Mais son argumentation est basée sur une comparaison de ce qu’il appelle les « créoles français » (c’est-à-dire caribéens et extra-caribéens : créole réunionnais, créole martiniquais, etc.), ou alors, directement, une comparaison des créoles du monde entier. Par conséquent, et somme toute logiquement, Robert Chaudenson renie l’héritage africain des langues créoles (pour la bonne raison que certains créoles se sont formés, dans le Pacifique par exemple, en l’absence de populations africaines). Une comparaison géographiquement restreinte à l’aire caraïbe donne cependant des résultats forts différents. Ainsi, selon Hubert Devonish, directeur du Jamaica Language Unit de l’University of the West Indies (Jamaïque) : « si l’on veut expliquer de manière simplifiée ce qu’est une langue créole caribéenne, pour un non-spécialiste, on dira que c’est une langue qui est née du contact entre deux groupes de personnes, Européens et Africains, et qui utilise le vocabulaire européen, mais la structure africaine [2] ». Cette structure africaine commune aux créoles caribéens a été repérée pour la première fois par Suzanne Comhaire-Sylvain (1937), et depuis largement mise en évidence (Cassidy, 1961 ; Adams, 1991 ; Essegbey, 2004 ; Essegbey, Ameka, 2007 ; Van den Berg, Aboh, 2013).

15 Le squelette commun apparaît notamment dans le système de conjugaison. Nous nous concentrerons ici sur un exemple simple, la conjugaison d’une phrase basique (deux mots) : « je marche » (dans le sens : « je suis en train de marcher »).

sranan tongo (afro-britannique) m e waka
jamaican patwa[3] (afro-britannique) me a waak
kreyol aysien (afro-francophone) m’ap maché
papiamentu (afro-hispanique) ami ta kana

16 Deux points communs à ces quatre langages créoles : le pronom « ami » « me » ou « m’ » (qui se prononce à peu près de la même manière), dérivant du pronom « je » utilisé en Afrique de l’Ouest ; et la conjugaison par verbe inchangé complété par un verbe auxiliaire invariable de temps (« e » ; « a » ; « ap » ; « ta »). Comme l’a bien montré Emilie L. Adams (1991), ces particularités linguistiques viennent directement d’Afrique de l’Ouest. Alors que le vocabulaire employé, en l’occurrence ici le verbe, dérive souvent clairement de la langue coloniale (« waka » et « waak » dérivent clairement de l’anglais « to walk » ; « maché » dérive du français « marcher » ; « kana » pourrait être une contraction de « caminar », même si cela est moins évident), la conjugaison est, elle, clairement africaine (Adams, 1991). C’est-à-dire que lorsqu’un Européen voit dans le créole une langue européenne « corrompue » ou « non grammaticale » (avec tous les préjugés infantilisants qui sont associés à une telle vision), le locuteur lui conserve en fait à travers son langage une partie de son héritage culturel. Et comme le dit le proverbe créole : lang pèp sé nam li (le langage d’un peuple est son âme). De la même manière que le missionnaire observe avec une certaine satisfaction l’esclave haïtien prier un saint chrétien (avec des pratiques qui lui semblent particulières, mais après tout…), alors que l’esclave implore secrètement, et derrière l’image d’un saint chrétien, un esprit yoruba/fon (Ortiz, 2011). C’est pourquoi les colons britanniques ont longtemps appelé le créole « ungrammatical English ». La grammaire, qui est la structure du langage, son squelette, leur a échappé…

Répartition des langues créoles dans la Caraïbe

17 Une fois la question du « quoi » éclaircie, vient logiquement à l’esprit du géographe la question du « où ». Cette question de la répartition des langues créoles dans la Caraïbe implique tout d’abord d’identifier les lieux où l’on parle une langue créole et où l’on n’en parle pas. Elle implique ensuite de comprendre la répartition des différentes langues créoles dans l’espace général créolophone reconnu lors de la première étape, ceci à différentes échelles.

La Caraïbe hispanophone est globalement non créolophone

18 De manière générale, il semble que des langues créoles se soient formées et aient réussi à se maintenir sur une durée relativement longue dans tous les territoires identifiés comme « l’Afro-Amérique centrale » par Antonio Gaztambide-Geigel (1996), à l’exception notable des territoires de colonisation espagnole. La colonisation espagnole, pourtant très étendue à l’échelle du globe, n’a laissé derrière elle que quelques rares exemples de créoles : le bahra et le chabacano parlés de manière très marginale dans trois villes des Philippines, le papiamentu parlé par environ 300 000 locuteurs dans les îles caribéennes d’Aruba, Curaçao et Bonaire, et le palenquero parlé par les 2 000 habitants d’une localité de la côte caribéenne de la Colombie (Michaelis et al., 2013a et b). En République dominicaine et à Porto Rico, on parle l’espagnol avec un accent particulier au territoire et quelques mots de vocabulaires propres, mais ces modifications minimes de la langue ne sont pas suffisantes pour donner naissance à une véritable langue créole. Ainsi le thésaurus lexical de l’espagnol de Porto Rico rapporte sur 800 pages les particularités de la langue espagnole parlée dans l’île (Vaquero de Ramírez, Morales, 2006). Mais les africanismes, indigénismes et autres anglicismes recensés ne modifient pas suffisamment la langue source espagnole pour que l’on puisse parler de créole portoricain.

19 Cependant on notera dans le cas particulier de la République dominicaine que la très forte immigration haïtienne apporte la présence sur le territoire d’une langue créole parlée par près d’un million de locuteurs. Ceci est aussi vrai à Cuba où les estimations font état de 300 000 à un demi-million de locuteurs créolophones, parmi les descendants de migrants haïtiens et dans leur entourage (dans l’ouest du pays) [4]. Par ailleurs, le créole haïtien, au contact de l’espagnol parlé en République dominicaine, connaît une nouvelle créolisation et intègre progressivement un lexique espagnol (Ortiz López, Guijarro-Fuentes, 2007).

La Caraïbe créolophone et ses nombreuses variétés linguistiques

20 Dans la Caraïbe dite insulaire – (les îles de la Caraïbe et les territoires continentaux adjacents considérés par le Programme des Nations unies pour le développement comme des petits États insulaires en développement : Belize, Suriname, Guyana, Guyane) (Girvan, 2005) – l’espace créolophone actuel correspond globalement au Belize, à la Jamaïque, à Haïti, à une partie des Petites Antilles (l’arc des petites îles qui s’étend des îles Vierges à Trinidad), aux îles dites « ABC » (Aruba, Bonaire, Curaçao) ainsi qu’au Guyana, au Suriname et à la Guyane. Sont donc exclues de la Caraïbe créolophone : les îles Cayman (où le créole jamaïcain est toutefois très parlé par les travailleurs migrants originaires de l’île voisine), les Bahamas (où le créole bahaméen n’est plus parlé que sous forme mésolectale, mais où le créole haïtien est parlé dans la diaspora), les territoires hispanophones (République dominicaine, Puerto Rico), les Îles Turques-Caïques (où les nombreux migrants haïtiens et jamaïcains ont importé leur créole), et certaines îles des Petites Antilles qui connaissent ou ont connu la décréolisation.

21 Si l’on agrandit maintenant le cadre de référence à ce qui a été défini comme la Grande Caraïbe (la Caraïbe de l’Association des États caribéens : Caraïbe insulaire plus Colombie et pays de l’Amérique centrale)(Girvan, 2005), l’espace créolophone s’étend également à des poches situées le long des côtes caribéennes (et du Pacifique en Colombie) du Venezuela et de la Colombie ainsi que de l’Amérique centrale, où les « Garifuna » (population métisse amérindienne et africaine), déportés de l’île de Saint-Vincent en 1796, l’ont propagé, de même que les migrants jamaïcains du xix e et xx e siècle. C’est ainsi que se sont développés le créole miskito (Nicaragua) ou le créole des îles San Andrés (Colombie) par exemple. D’autres poches créolophones existent aussi dans le sud des États-Unis (Louisiane)(fig. 1).

Fig. 1

Les langues créoles et leurs dynamiques spatiales dans la Caraïbe

Description de l'image par IA : Carte des langues créoles en Caraïbe avec diffusion et décréolisation.

Les langues créoles et leurs dynamiques spatiales dans la Caraïbe

Réalisation : R. Cruse, 2014. ©L’Espace géographique, 2015 (awlb).

22 On constate donc que la Caraïbe insulaire – exception faite des territoires hispanophones – correspond au cœur de la Caraïbe créolophone, tandis que les marges continentales de la Grande Caraïbe en représentent une périphérie dans laquelle les langues créoles sont présentes en poches de résistance dispersées.

23 Les langues créoles parlées dans les différents territoires peuvent varier considérablement : si les locuteurs de Saint-Vincent, de Trinidad, des Bahamas et de la Jamaïque peuvent se comprendre malgré les différences notables dans leurs créoles (voir discussion dans la troisième partie), les locuteurs de sranan tongo (littéralement « langue du Suriname »), de patwa (nom donné à leur langue par les locuteurs du créole jamaïcain) et de kreyol ayisyen (créole haïtien), ne peuvent absolument pas se comprendre entre eux.

Géographie de l’usage du créole à l’intérieur des territoires créolophones

24 L’échelle régionale masque de très fortes disparités à l’échelle locale (intra-territoriale). Ainsi, pour commencer, le créole est généralement plus parlé dans les campagnes et dans les quartiers populaires des villes (largement peuplés de migrants ruraux de première ou de deuxième génération) que dans les quartiers huppés et dans l’administration où on lui préfère la langue coloniale : il y a là un gradient qui lie la langue à la classe sociale, au lieu et à l’activité, ainsi qu’un rapport entre le centre et la périphérie à l’échelle du territoire. À l’intérieur des territoires, il peut ainsi exister un dégradé spatio-linguistique (« continuum créole ») allant du créole « pur » (basilecte) à la langue coloniale, avec entre les deux une sorte de langue tampon (plus ou moins ce que les linguistes appellent mesolecte)(Devonish, Thomson, 2013).

25 Certains territoires sont relativement simples, linguistiquement parlant. À la Jamaïque, à la Martinique et en Haïti, par exemple, on parle principalement créole avec seulement quelques variations régionales basiques : le créole de Montego Bay est légèrement différent de celui de Kingston (Devonish, Otelemate, 2004), le créole de Sainte-Marie a quelques particularités par rapport à celui de Fort-de-France (Pinalie, Bernabé, 2000), le créole du Nord haïtien n’est pas tout à fait celui de la capitale et le créole parlé vers la frontière dominicaine intègre un lexique espagnol (Murray, 2010). Le cas du Guyana ajoute à ce schéma la diversité ethnique : le même créole est parlé dans tout le pays, mais chaque groupe ethnique y ajoute des mots de son propre répertoire lexical (Devonish, Thomson, 2013). On note dans le cas de la Jamaïque la survivance d’un créole de Marrons (le kromanti, considéré par les locuteurs comme une langue africaine), dans certains villages des Blue Mountains (Bilby, 2005), mais cet usage est aujourd’hui tout à fait marginal et cantonné aux cérémonies (« il faut parler aux ancêtres dans leur langue ») [5].

26 Certains territoires sont légèrement plus complexes. À la Dominique par exemple, on parle aujourd’hui principalement l’anglais caribéen (Allsopp, Allsopp, 1996). Dans le sud, qui fut colonisé par les Français, on parle encore le créole à base lexicale française (afro-francophone) de la Martinique voisine. Dans le nord, qui fut colonisé par les Britanniques, il existe encore quelques poches où survit un créole afro-britannique basilectal (l’anglais caribéen parlé dans le reste du pays est sans doute la forme mésolectale de ce créole). Si on ajoute à cela l’anglais « standard », parlé dans l’administration (un diplôme obtenu dans une université états-unienne ou britannique est un minimum pour parvenir aux échelons supérieurs), on peut considérer que quatre langages, dont deux créoles, cohabitent dans cette petite île qui compte à peine 70 000 habitants (Cruse, 2014).

27 D’autres territoires sont particulièrement complexes. C’est le cas du Suriname par exemple. Dans l’ouest du pays, à Nickerie, la principale langue parlée est le sarnami tongo (ou hindi du Suriname). Il s’agit d’une langue créole dérivant du « plantation hindi », la langue de contact née du besoin de communication entre les planteurs et la main-d’œuvre indienne (les « coolies ») amenée au xix e siècle, après l’abolition de l’esclavage. Le sarnami est un mélange de cette langue de contact et du sranan tongo (littéralement la « langue surinamaise »), qui dérive pour sa part du langage créole de plantation né au Suriname à l’époque où cette colonie était britannique, avant la colonisation hollandaise (le ningri tongo : la « langue des Nègres »). Le sranan tongo, de lexique principalement anglais, mais avec de fortes influences hollandaises, portugaises, ouest-africaines et amérindiennes, est la principale langue parlée dans l’ensemble du Suriname (Winford, Plag, 2013). Elle sert aux différents groupes ethniques à communiquer entre eux (lingua franca), mais son cœur est la population afro-surinamaise (localement appelée « créole ») qui vit principalement dans la capitale Paramaribo. À peine quitte-t-on la ville par le pont Wijdenbosch qu’on entre dans la région de Commewijne, peuplée principalement de descendants de travailleurs migrants originaires de la colonie hollandaise de Java (Indonésie). Ils parlent aujourd’hui un langage créole qui mixe le sranan tongo, le hollandais et l’indonésien (Carlin, Arends, 2002). À ce patchwork spatio-linguistique s’ajoute le cas des communautés de Noirs Marrons de l’intérieur. Ces descendants d’esclaves échappés des plantations anglaises, puis hollandaises, ont recréé, dans l’intérieur forestier, des sociétés autonomes depuis le xvii e siècle. Ils ont développé leurs propres cultures et deux langues créoles distinctes : le saamakatongo (« langue saamaka ») et le ndyuka. La différence entre ces langues s’explique principalement par la date de la création de ces sociétés : les esclaves ne venaient pas exactement des mêmes régions d’Afrique aux époques de formation des sociétés Nduyka et Saamaka, et les langages entrés dans le processus de créolisation linguistique étaient donc différents (Price, Price, 2003) ; au total, on parle donc dans ce pays d’un demi-million d’habitants dix-neuf langues différentes (plus que dans le reste de la Caraïbe !), dont cinq sont des créoles que l’on pourrait dire « endémiques ».

28 Il nous semble que ce degré de complexité peut être directement relié à l’histoire (vagues de colonisation) et à la géopolitique (pluralisme et ségrégation). Ainsi un territoire qui a été principalement occupé par une seule puissance coloniale (la Jamaïque par les Britanniques, Haïti par les Français [6]) et dans lequel ont été amenés uniquement des esclaves africains, a généralement développé une seule langue créole avec quelques variations régionales (langue créole qui peut évoluer par la suite, comme c’est le cas actuellement du créole haïtien qui reçoit de plus en plus d’influences anglaises et espagnoles — rien n’est figé). Un territoire à l’histoire coloniale plus compliquée, comme la Dominique, affiche aujourd’hui un tableau linguistique légèrement plus complexe. Dans le cas du Suriname, la complexité est encore accrue par l’histoire coloniale particulière (colonisation britannique puis hollandaise, immigration de planteurs juifs portugais), mais aussi et surtout par la grande variété des origines des travailleurs plus ou moins serviles (Africains, Indiens, Indonésiens) et la politique de ségrégation spatiale mise en place pour les empêcher de se mélanger (dans l’espace et dans les activités économiques) : le pluralisme (Van Lier, 1971).

Dynamiques spatio-linguistiques des Créoles dans l’espace caribéen

29 Nous proposons ici, à partir de nos observations de terrain sur les dix dernières années [7] et de la littérature sur le sujet (particulièrement Arends et al., 1994 ainsi que Michaelis et al., 2013a et b) de regrouper les dynamiques spatiales des langues créoles en six grandes catégories (fig. 2) : la langue créole peut apparaître dans un lieu où plusieurs langues sont parlées par des groupes socio-linguistiques différents (créolisation) ou peut, au contraire, disparaître progressivement (en passant par l’étape du mésolecte) sous l’influence d’une autre langue (repli), en se raccrochant à quelques espaces de résistance (espaces ruraux notamment et parmi les générations les plus âgées), avant de s’éteindre (décréolisation). Ou bien elle peut s’étendre dans l’espace (diffusion). Cette diffusion entraîne dans certains cas particuliers (les hubs migratoires) une complexification notable de la sphère linguistique. Rien n’étant figé, les espaces touchés par la décréolisation peuvent aussi être marqués par la suite par ce que nous avons nommé la recréolisation.

Fig. 2

Les langues créoles et leurs dynamiques spatiales dans la Caraïbe

Description de l'image par IA : Configurations de départ et dynamiques spatiales des langues créoles dans la Caraïbe.

Les langues créoles et leurs dynamiques spatiales dans la Caraïbe

Réalisation : R. Cruse, 2014. ©L’Espace géographique, 2015 (awlb).

Repli et décréolisation

30 La décréolisation touche, ou a touché, les espaces des créoles afro-francophones de la Martinique et de la Guadeloupe, ainsi que les espaces des créoles afro-britanniques qui étaient parlés autrefois à Trinidad, à Saint-Vincent, à Sainte-Lucie, à la Dominique et aux Bahamas notamment. La langue la plus courante dans ces territoires, officiellement anglophones, est désormais une sorte de mésolecte appelé, selon les auteurs, anglais caribéen (Allsopp, Allsopp, 1996) ou créole (Michaelis et al., 2013a). D’un côté, notre expérience personnelle de ces terrains, comparativement à des territoires comme la Jamaïque et, de l’autre, notre définition du créole, nous amènent à privilégier la première appellation (anglais caribéen) et à parler de décréolisation. Ainsi le créole basilectal de Saint-Vincent, tel que décrit par Paula Prescod (2013), qui est très proche du créole jamaïcain, semble selon nos observations très peu parlé dans l’île, au profit d’une forme mésolectale beaucoup plus proche de la langue parlée à Trinidad ou à la Dominique par exemple. Le géographe ne peut manquer d’observer que ces espaces frappés par la décréolisation sont caractéristiquement ceux qui sont les plus petits et/ou les moins peuplés. La décréolisation a aussi des raisons politiques : le créole a été combattu, notamment par l’école et par les familles qui ont cherché, depuis le milieu du xx e siècle, à donner à leurs enfants une éducation dans la langue coloniale.

31 Mais créolisation et décréolisation sont des mouvements qui peuvent se suivre de près. Ainsi, avant 1945, la plupart des Martiniquais étaient quasiment monolingues (créole). L’instauration d’une situation de diglossie (domination linguistique) a vu après la Seconde Guerre mondiale la nette et soudaine prédominance du français, devenu langue de prestige, face à un créole déconsidéré (Colot, Ludwig, 2013). Ces dernières années le créole martiniquais a connu un regain de vitalité et le territoire a vu une recréolisation qui a pris quatre formes distinctes : une reconquête (plutôt orale) du territoire par un créole martiniquais largement teinté de français (de mieux en mieux accepté), une conquête des institutions éducatives (le créole est enseigné à l’école, un master de créole a été ouvert, etc.), une créolisation de la langue française parlée (« j’achète dans ses mains » au lieu de « j’achète chez lui », etc.) et un processus de recréolisation distinct qui a vu la naissance d’une langue française littéraire propre à la Martinique, sous la plume d’auteurs renommés comme l’écrivain Patrick Chamoiseau. Grâce à cela, en définitive, « nous avons conquis un langage, une décision de notre parole entre créole et français […], la conquête du français, la reconquête en nous-mêmes du créole, et la liberté d’élaborer avec tout ça les grâces de notre langage. Cette écriture est “une décision de notre parole entre créole et français, avec créole et français, et nous la distillons maintenant comme deux jeux de lumière, et c’est là que se porte et se transporte une bonne part de notre humanité…” » (Chamoiseau, 2013). Un mouvement similaire a été constaté pour le créole afro-francophone de la Guadeloupe (Colot, Ludwig, 2013) et pour les créoles afro-britannique de Trinidad (Mühleisen, 2001) et de Saint-Vincent notamment (Prescod, 2013).

Les créoles qui se diffusent à l’extérieur ont une forte dynamique interne

32 À l’inverse, on note que les langues créoles dynamiques et caractérisées par un processus de diffusion se retrouvent dans les espaces créolophones plus grands et plus peuplés qui possèdent une forte attractivité culturelle ; principalement la Jamaïque (plus de trois millions de locuteurs pour le créole jamaïcain) et Haïti (plus de onze millions de locuteurs). Dans ces deux territoires le créole est langue officielle au côté de la langue coloniale (Haïti) ou en voie de le devenir (Jamaïque). Et là, le créole a une forte dynamique interne (créolisation) et externe (diffusion).

33 Le créole jamaïcain a connu deux phases d’extension liées à sa diaspora. La première commença au xviii e siècle et se poursuit au xix e siècle lorsque des esclaves, des Marrons, puis des travailleurs jamaïcains migrèrent, dans différentes conditions, vers la côte caribéenne de l’Amérique centrale et dans des îles comme Boca del Torro (Panama) ou San Andrés (Colombie), apportant avec eux leur culture et notamment leur langue (Bartens, 2013a et b.). On comprend bien comment une diffusion de population entraîne une diffusion du langage, aussi longtemps que son usage est conservé dans la diaspora (ce qui fut le cas). Une seconde vague de diffusion linguistique plus récente se produisit à la fois vers les États-Unis et la Grande-Bretagne, ainsi que dans le reste de la Caraïbe. Les migrants jamaïcains, nombreux à partir du début du xx e siècle puis après la Seconde Guerre mondiale (Thomas-Hope, 2000), furent d’abord raillés pour leur accent et leur « broken English » dans les grandes villes nord-américaines et britanniques. Dans les années 1960, les jeunes migrants jamaïcains masquaient au plus vite leur accent pour se fondre dans la masse des Afro-Américains qui appelaient « banana boat » tous ceux dont l’accent était « suspect » (en référence aux migrants clandestins d’origine rurale qui se cachaient dans les cargos bananiers pour entrer aux États-Unis). À cette époque, la Jamaïque est une petite île rurale de la Caraïbe que personne ne sait placer sur une carte. Mais à partir des années 1970 et 1980, une minorité parmi les migrants jamaïcains commença à reproduire aux États-Unis le système de gangs caractéristique de Kingston : les « posse » (Harriott, 2015). Ces jeunes hommes ont grandi dans le « tribalisme politique » jamaïcain, caractérisé par son très haut degré de violence par arme à feu (Harriott, 2000). En quelques années à peine, les « posse jaméricains » sont connus et craints des gangs préétablis et de la population (il existe à ce sujet des récits vécus de l’intérieur comme ceux de Philip Baker, 1994, ou de Duane Blake, 2003, et des recherches scientifiques comme celle de Laurie Gunst, 1996). La perception des migrants jamaïcains changea inévitablement avec la médiatisation récurrente d’affaires impliquant des gangs jamaïcains « arrosant » littéralement de balles leurs ennemis en pleine rue ou dans des boîtes de nuit bondées. Le seul « Shower Posse » (ainsi nommé en raison de cette propension à « arroser » ses ennemis) est ainsi tenu responsable de la mort de 1 400 personnes [8]. De la même manière que dans le cas des migrants colombiens, la réputation d’une minorité déteignit sur la majorité. Bon nombre de migrants caribéens non jamaïcains adoptèrent rapidement l’accent jamaïcain pour s’intégrer sans difficultés (Baker, 1994). Au même moment, en quatre ans d’une carrière internationale aussi courte qu’intense, Robert Nesta Marley (dit « Bob »), jeune homme jamaïcain ayant justement grandi dans la zone d’influence du Shower Posse à Kingston, plaça définitivement la Jamaïque sur la carte du monde (Bradley, 2005). La diffusion de la musique jamaïcaine (« dancehall ») suit dans un premier temps les réseaux de migrants, et particulièrement ceux des gangs : l’écrasante majorité des artistes jamaïcains vient précisément des mêmes quartiers. Beaucoup ont d’ailleurs un pied de chaque côté car, dans ces espaces, en dehors de ces deux voies il existe peu d’alternatives viables (Cruse, Rhiney, 2011 ; Célimène, Cruse, 2012). La diffusion phénoménale de la musique jamaïcaine qui s’ensuit s’accompagne d’une diffusion de la langue créole jamaïcaine véhiculée par cette culture (Stolzoff, 2000 ; Cooper, 2004). Aujourd’hui, fort de cette médiatisation et de l’image qu’il renvoie (négative pour certaines classes d’âges et certaines classes sociales mais valorisée par les jeunes des quartiers populaires), le créole jamaïcain est compris et imité par les jeunes des classes populaires de toutes les îles anglophones de la Caraïbe et des États-Unis (Cruse, 2014). Le créole jamaïcain est enseigné à l’université des Antilles et de la Guyane (par l’auteur de cet article), une unité spéciale étudie ce langage à l’University of the West Indies à Kingston [9], et les parents britanniques (blancs) se demandent aujourd’hui où leur enfant apprend tous ces gros mots d’« argot » [10]. Au final, le créole jamaïcain est aujourd’hui parlé à la Jamaïque, ainsi que dans des poches correspondant à des communautés de migrants (de première, deuxième et troisième génération) situées le long de la côte de l’Amérique centrale, dans la Caraïbe (Saint-Martin, îles Vierges, Trinidad, etc.) et dans bon nombre de grandes métropoles nord-américaines (Miami, Atlanta, Washington, New York, Toronto, etc.) et britanniques (Londres notamment). Il est relativement bien compris dans la Caraïbe anglophone et au Suriname, particulièrement par les jeunes des classes populaires.

34 À l’intérieur du territoire jamaïcain, les linguistes observent la présence d’un continuum créole (de l’anglais au créole basilectal). On estime aujourd’hui que 46 % des Jamaïcains sont bilingues (anglais-créole jamaïcain) tandis que 17 % sont monolingues en anglais et 36 % monolingues en créole (Farquharson, 2013). D’après le professeur Hubert Devonish, le créole jamaïcain est en train de conquérir les derniers bastions de résistance de la langue coloniale, et notamment le campus de l’université où les étudiants s’expriment de plus en plus dans une forme mésolectale du créole jamaïcain, face à des professeurs s’exprimant le plus souvent en anglais [11].

35 Le créole haïtien s’est largement diffusé en empruntant plus ou moins les mêmes canaux que le créole jamaïcain : une émigration de planteurs emmenant avec eux leurs esclaves à Cuba, à la Jamaïque et à Trinidad notamment à l’approche de la révolution (début du xix e siècle : à Trinidad et à la Jamaïque à partir de 1783), puis un fort dynamisme migratoire plus récent depuis la seconde moitié du xx e siècle (dans les années 1920 vers Cuba et la République dominicaine, puis plus massivement dans les années 1980 et 1990 vers les États-Unis et le reste du monde), ainsi que les ondes qui véhiculent la musique haïtienne, kompa en tête, de la Guadeloupe à Sainte-Lucie et jusqu’en Guyane, aux États-Unis, en France et jusqu’en Afrique (sur la migration des Haïtiens et la diffusion de la langue à Cuba : McLeod, 1998 ; sur la diffusion du créole à base lexicale française à Trinidad : Ferreira, Holbrook, 2002 ; sur la migration haïtienne vers les États-Unis et de manière plus générale : Saint-Hubert, 2003). On notera ici les processus de diffusion en chaîne : lors du déclenchement de la révolution haïtienne, des planteurs migrèrent avec leurs esclaves (et leur langage créole) dans le nord de Trinidad où la toponymie a gardé leur souvenir (Sans Souci, Matelot, Grande Rivière, Anse Defour etc.). Après plusieurs décennies passées dans l’île, certains migrèrent plus loin et traversèrent la « Bouche du Dragon » pour aller s’établir au Venezuela, dans la région de Macuro, Güiria et même jusqu’à El Callao. On y retrouve aujourd’hui des petites poches linguistiques créoles (en voie de décréolisation car trop isolées)(fig. 3). En dehors de ces zones isolées et marginales, le créole haïtien s’est aujourd’hui diffusé dans les espaces de la diaspora et est désormais présent partout où l’on retrouve des poches de migrants haïtiens plus ou moins larges : Brésil, Guyane, Suriname, Venezuela, Martinique, Dominique, Guadeloupe, Saint-Martin, République dominicaine, Îles Turques-et-Caïques, Bahamas, États-Unis, Canada, France…

Fig. 3

Modèles de diffusion des langues créoles dans la Caraïbe

Description de l'image par IA : Schémas de diffusion des langues créoles avec exemples simples et complexes.

Modèles de diffusion des langues créoles dans la Caraïbe

Réalisation : R. Cruse, 2014. ©L’Espace géographique, 2015 (awlb).

36 À l’intérieur du territoire haïtien, nos observations de terrain nous ont amené à constater que si le créole est parlé partout, l’usage du français, pourtant langue officielle, est lui en très net recul. D’après Dominique Fattier (2013), seuls 7 % de la population haïtienne parlent aujourd’hui le français. Le créole a intégré le système éducatif depuis la fin des années 1970. Par ailleurs, la situation géographique et géopolitique haïtienne a entraîné des bouleversements linguistiques récents. Ainsi l’anglais et l’espagnol sont de plus en plus parlés par les Haïtiens, ce qui entraîne, entre autres choses, l’intégration d’un lexique nouveau dans le créole haïtien – les frontières entre les langues étant poreuses.

37 À partir de ces observations, on peut établir des modèles simplifiés de diffusion des langues créoles dans la Caraïbe : diffusion interne, en rayons, en chaîne et combinée (fig. 3). Ces modèles s’agencent et se combinent en fonction des dynamiques migratoires (migration en chaîne ou en hub notamment).

Complexification de l’espace créolophone : l’exemple de Saint-Martin

38 Les territoires attirant fortement la migration régionale, comme Saint-Martin, ont vu ces dernières années se développer une nette complexification linguistique due à la cohabitation de plus en plus de groupes créolophones d’origine distincte (l’île est passée du modèle des deux créoles à celui de la mosaïque linguistique). Saint-Martin est une petite île de 87 kilomètres carrés et 70 000 habitants, située dans le nord des Petites Antilles. Cette île est l’une des plus petites au monde à être divisée en deux territoires : le nord est une « collectivité » française alors que le sud est « État constitutif » du Royaume des Pays-Bas. L’ensemble de l’île est connu pour l’ampleur du secteur touristique, très étroitement lié au monde souterrain du blanchiment d’argent (Labrousse, 2002). Le nombre démesuré d’infrastructures touristiques requiert une abondante main-d’œuvre que, pour diverses raisons, la population autochtone ne peut fournir totalement. Cette demande attire des migrants originaires des territoires politiquement proches des deux Saint-Martin (Guadeloupe, Martinique/Curaçao, Aruba), ou des territoires les plus pauvres de la région, à fort potentiel migratoire (Jamaïque, Dominique, Haïti, République dominicaine et, depuis peu, Cuba). Ces locuteurs, dont beaucoup sont créolophones, amènent à Saint-Martin leur culture et leur langue créole. Il en résulte une véritable mosaïque de langues créoles et il n’est pas rare qu’une conversation se déroule à Saint-Martin dans deux ou trois langues différentes, la langue changeant parfois d’une phrase à l’autre, particulièrement au sein d’un groupe de locuteurs d’une même langue. Lorsque les locuteurs en présence viennent de différents groupes linguistiques, la lingua franca est l’anglais caribéen parlé sous une forme de plus en plus standardisée à travers les Petites Antilles (les différences entre territoires se limitant de plus en plus à l’accent) [12].

Conclusion

39 Nées de la rencontre géohistorique et du rapport de force social, les langues créoles sont une des caractéristiques majeures de la région caribéenne. Nous avons identifié dans cet article une Caraïbe créolophone (avec un centre et une périphérie) unie par un mélange principalement afro-européen dans lequel la structure africaine est un dénominateur commun, mais divisée par la grande variété des bases lexicales européennes. Cette Caraïbe créolophone est tout sauf figée : certaines langues créoles se replient et meurent, tandis que d’autres s’étendent à travers la région, et même bien au-delà. À partir de ce dynamisme géo-linguistique, nous avons identifié six processus types qui se combinent : la créolisation, la diffusion, le repli, la décréolisation, la recréolisation et la complexification. Autant de processus qui contribuent à la perpétuation de quatre configurations géolinguistiques simplifiées propres à la Caraïbe créolophone : le territoire créole, le territoire non créole, le territoire bi-créole et la mosaïque créolophone. Par souci de concision, nous n’avons pas abordé en détail les relations et les dynamiques (linguistiques, mais tout aussi géographiques) entre ces langues créoles et les langues coloniales (« officielles ») de ces territoires (ce qu’on appelle le continuum créole, c’est-à-dire le dégradé qui va de l’« acrolecte » au « basilecte »). Par ailleurs, et toujours par souci de concision, nous n’avons pas abordé ici non plus les aspects anthropologiques des langages créoles et des imaginaires qu’ils reflètent.

Références

  • Adams E.L. (1991). Understanding Jamaican Patois. An Introduction to Afro-Jamaican Grammar. Kingston : LMH Publishing, 110 p.
  • Allsopp R., Allsopp J. (dir.)(1996). The Dictionary of Caribbean English Usage. Oxford : Oxford University Press, 698 p.
  • Ansaldo U., Matthews S., Lim L. (dir.)(2007). Deconstructing Creole. Amsterdam, Philadelphia : John Benjamins Publishing Company, coll. « Typological Studies in Language », 290 p.
  • Arends J. (1994). « The socio-historical background of creoles ». In Arends J., Muysken P., Smith N., Pidgins and Creoles. An Introduction. Amsterdam, Philadelphia : John Benjamins Publishing Company, coll. « Creole language library », p. 15-24.
  • Arends J., Muysken P., Smith N. (dir.)(1994). Pidgins and Creoles. An Introduction. Amsterdam, Philadelphia : John Benjamins Publishing Company, coll. « Creole language library », 412 p.
  • Baker P. (1994). Blood Posse. Paris : Fleuve Noir, coll. « Les Noirs Grands Formats », 486 p.
  • Bartens A. (2013a). « Nicaraguan Creole English ». In Michaelis S.M., Maurer P., Haspelmath M., Huber M. (dir.)(2013). The Survey of Pidgin and Creole Languages. Vol. 1 : English-based and Dutch-based Languages. Oxford : Oxford University Press, p. 115-126.
  • Bartens A. (2013b). « San Andres Creole English » In Michaelis S.M., Maurer P., Haspelmath M., Huber M. (dir.)(2013). The Survey of Pidgin and Creole Languages. Vol. 1 : English-based and Dutch-based Languages. Oxford : Oxford University Press, p. 101-113.
  • Bellido M., Faraclas N. (2012). « Linguistics evidence for the influence of indigenous Caribbean grammars on the grammars of the Atlantic Creoles ». In Faraclas N. (dir.), Agency in the Emergence of Creole Languages. Amsterdam, Philadelphia : John Benjamin Publishing Company, coll. « Creole language library », p. 111-148.
  • Bilby K.M. (2005). True-Born Maroons. Gainesville : University Press of Florida, coll. « New World diasporas », 514 p.
  • Blake D. (2003). Shower Posse. The Most Notorious Jamaican Crime Organisation. Londres : Diamond Publishing, 320 p.
  • Boutet J. (1997). Langage et société. Paris : Seuil, coll. « Memo », 62 p.
  • Bradley L. (2005). Bass culture. Quand le reggae était roi. Paris : Allia, 638 p.
  • Brathwaite E.K. (1971). The Development of Creole Society in Jamaica. Oxford : Clarendon Press, 374 p.
  • Breton R.J.-L. (1975). « La place de la géographie des langues ». Annales de géographie, vol. 84, no 465, p. 513-525.
  • Breton R. (1976). Géographie des langues. Paris : Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », 128 p.
  • Carlin E.B., Arends J. (dir.)(2002). Atlas of the Languages of Suriname. Leiden : KITLV Press, Caribbean series, 346 p.
  • Cassidy F.G. (1961). Jamaica Talk : Three hundred years of the English Language in Jamaica. Londres : Macmillan & Co, 468 p.
  • Célimène F., Cruse R. (2012). La Jamaïque, les raisons d’un naufrage. Guyane : Presses de l’université des Antilles et de la Guyane, coll. « Sciences économiques et Gestion », 300 p.
  • Chamoiseau P. (2013). Hypérion victimaire, martiniquais épouvantable. Paris : ELB, Éditions La Branche, coll. « Vendredi 13 », 316 p.
  • Chaudenson R. (2003). La Créolisation : théorie, applications, implications. Paris : Éditions L’Harmattan, coll. « Langues et développement », 480 p.
  • Colot S., Ludwig R. (2013). « Guadeloupean Creole and Martinican Creole ». In Michaelis S., Maurer P., Haspelmath M., Huber M. (2013). The Survey of Pidgin and Creole Languages, Vol. 2 : Portuguese-based, Spanish-based, and French-based Languages. Oxford : Oxford University Press, p. 205-219.
  • Comhaire-Sylvain S. (1937). Les Contes haïtiens. Paris : Imprimerie De Messter, 2 vol. 260 p.
  • Cooper C. (2004). Sound Clash. Jamaican Dancehall Culture at Large. New York : Palgrave Macmillan, 348 p.
  • Cruse R. (2014). Une géographie populaire de la Caraïbe. Montréal : Mémoire d’encrier, coll « Essai », 592 p.
  • Cruse R., Rhiney K. (2011). « Reggae, identité et paysage urbain dans un bidonville de Kingston-ouest ». L’Espace politique, no 14. http://espacepolitique.revues.org/1997
  • De Boeck L.-B. (1942). Premières applications de la géographie linguistique aux langues bantoues. Bruxelles : Librairie Falks, 220 p.
  • DeGraff M. (2003). « Against Creole exceptionalism ». Language, vol. 79, no 2, p. 391-410.
  • Demangeon A. (1929). « La géographie des langues ». Annales de géographie, vol. 38, no 215, p. 427-438.
  • Devonish H., Otelemate H. (2004). « Jamaican Phonology ». In Schneider E.W., Burridge K., Kortmann B. (dir.), A Handbook of Varieties of English. Vol. 1 : Phonology. Berlin : Mouton de Gruyter, p. 450-480.
  • Devonish H., Thompson D. (2013). « Creolese ». In Michaelis S.M., Maurer P., Haspelmath M., Huber M. (dir.)(2013). The Survey of Pidgin and Creole Languages. Vol. 1 : English-based and Dutch-based Languages. Oxford : Oxford University Press, p. 81-91.
  • Essegbey J. (2004). « Auxiliaries in serialising languages : on COME and GO verbs in Sranan and Ewe ». Lingua, vol. 114, no 4, p. 473-494.
  • Essegbey J., Ameka F.K. (2007). « ‘Cut’ and ‘Break’ verbs in Gbe and Sranan ». Journal of Pidgin and Creole Languages, vol. 22, no 1, p. 37-55.
  • Farquharson J. (2013). « Jamaican ». In Michaelis S.M., Maurer P., Haspelmath M., Huber M. (dir.)(2013). The Survey of Pidgin and Creole Languages. Vol. 1 : English-based and Dutch-based Languages. Oxford : Oxford University Press, p. 81-91.
  • Fattier D. (2013). « Haitian Creole ». In Michaelis S., Maurer P., Haspelmath M., Huber M. (2013). The Survey of Pidgin and Creole Languages, Vol. 2 : Portuguese-based, Spanish-based, and French-based Languages. Oxford : Oxford University Press, p. 195-204.
  • Ferreira J.A., Holbrook D. (2002). « Are they dying ? The case of some French-lexifier Creoles ». La Torre, vol. 7, no 25, p. 367-398.
  • Gaztambide-Geigel A. (1996). « La invención del Caribe en el Siglo XX. Las definiciones del Caribe como problema histórico e metodológico ». Revista Mexicana del Caribe, vol. 1, no 1, p. 74-96.
  • Girvan N. (2005). « Reinterpreting the Caribbean ». In Pantin D. (dir.), The Caribbean Economy. A Reader. Kingston : Ian Randle Publishers, 730 p.
  • Glissant É. (1999). Le Discours antillais. Paris : Gallimard, coll. « Folio. Essais », 840 p.
  • Glissant É. (2010). L’Imaginaire des langues. Paris : Gallimard, 116 p.
  • Gunst L. (1996). Born fi’ Dead. A Journey through the Jamaican Posse Underworld. New York : Henry Holt and co, 272 p.
  • Harriott A. (2000). Understanding Crime in Jamaica. Kingston : University of the West Indies Press, 240 p.
  • Harriott A. (2015). Caribbean in the Gangs. Kingston : University of the West Indies Press, 362 p.
  • Labrousse A. (2002). Dictionnaire géopolitique des drogues. Bruxelles : De Boeck, 746 p.
  • Mann C.C. (2006). 1491. New Revelations of the Americas before Colombus. New York : Vintage Books, 542 p.
  • Martin E. (1991). « Toward an anthropology of immunology : The body as Nation State ». Medical Anthropology Quarterly, vol. 4, no 4, p. 410-426.
  • McLeod M.C. (1998). « Undesirable aliens : Race, ethnicity, and nationalism in the comparison of Haitian and British West Indian workers in Cuba, 1912-1939 ». Journal of Social History, vol. 31, no 1, p. 599-623.
  • Michaelis S.M., Maurer P., Haspelmath M., Huber M. (dir.)(2013a). The Survey of Pidgin and Creole Languages. Vol. 1 : English-based and Dutch-based Languages. Oxford : Oxford University Press, 336 p.
  • Michaelis S., Maurer P., Haspelmath M., Huber M. (dir.)(2013b). The Survey of Pidgin and Creole Languages, Vol. 2 : Portuguese-based, Spanish-based, and French-based Languages. Oxford : Oxford University Press, 320 p.
  • Mufwene S.S. (2001). The Ecology of Language Evolution. Cambridge : Cambridge University Press, 256 p.
  • Mühleisen S. (2001). « Is “Bad English” dying out ? A diachronic comparative study on attitudes towards Creole versus Standard English in Trinidad ». Philologie im Netz, no 15, p. 43-78.
  • Murray G. (2010). « Lenguaje y raza en la frontera dominico-haitiana : Apuntes antropológicos ». In Dilla Alfonso H. et al., La Frontera dominico-haitiana. Santo Domingo, Ciudades y Fronteras, p. 241-208.
  • Muysken P., Smith N. (1994). « The study of pidgin and creoles languages » In Arends J., Muysken P., Smith N. (dir.), Pidgins and Creoles. An Introduction. Amsterdam, Philadelphia : John Benjamins Publishing Company, coll. « Creole language library », p. 4-24.
  • Ortiz F. (2011). Controverse cubaine entre le tabac et le sucre. Montréal : Mémoire d’encrier, coll. « Essai », 708 p.
  • Ortiz López L.A., Guijarro-Fuentes P. (2007). « El contacto creole/español y la adquisición de clíticos en la frontera domínico-haitiana ». In Holmquist J., Lorenzino A., Lotfi S., Proceedings of the Third Workshop on Spanish Sociolinguistics. Somerville (Massachusetts) : Cascadilla Proceeding Project, p. 171-182. http://www.lingref.com/cpp/wss/3/paper1538.pdf
  • Pinalie P., Bernabé J. (2000). Grammaire du créole martiniquais en 50 leçons. Paris : Éditions L’Harmattan, coll. « Créole langue étrangère », 224 p.
  • Prescod P. (2013). « Vincentian Creole ». In Michaelis S.M., Maurer P., Haspelmath M., Huber M. (dir.), The Survey of Pidgin and Creole Languages. Vol. 1 : English-based and Dutch-based Languages. Oxford : Oxford University Press, p. 70-80.
  • Price R., Price S. (1992, 5e éd.). Stedman’s Surinam. Life in Eighteenth-Century Slave Society. An abridged, Modernized Edition of Narrative of a Five Years Expedition against the Revolted Negroes of Surinam by John Gabriel Stedman. Baltimore : Johns Hopkins University Press, 350 p.
  • Price R., Price S (2003). Les Marrons. Châteauneuf-le-Rouge : Vent d’ailleurs, coll. « Cultures en Guyane », 128 p.
  • Raffestin C. (1995). « Langue et territoire. Autour de la géographie culturelle ». In Wälty S., Werlen B. (dir.), Kulturen und Raum : Theoretische Ansätze und empirische Kulturforschung in Indonesien. Festschrift für Professor Albert Leemann. Zurich : Rüegger, coll. « Konkrete Fremde », p. 87-104.
  • Saint-Hubert F. (2003). …Et le neveu répondit. Analyse statistique de la migration haïtienne aux États-Unis (1953-2000). La diaspora en question. Trafford, Canada : Éditions Victoria, 308 p.
  • Sobo E.J. (1993). One Blood. The Jamaican Body. Albany : State University of New York Press, 330 p.
  • Stolzoff N.C. (2000). Wake the Town and Tell the People. Dancehall Culture in Jamaica. Durham : Duke University Press, 298 p.
  • Thomas-Hope E. (2000). Caribbean Migration. Kingston : University of the West Indies Press, 184 p.
  • Valdman A. (1978). Le Créole : structure, statut et origine. Paris : Klincksisck, coll. « Initiation à la linguistique », 404 p.
  • Van den Berg M., Aboh E.O. (2013). « Done already ? A comparison of completive markers in the Gbe languages and Sranan Tongo ». Lingua. vol. 129, p. 150-172.
  • Van Lier R.A.J. (1971). Frontier Society. A Social Analysis of the History of Surinam. La Hague : Martinus Nijhoff, 442 p.
  • Vaquero de Ramírez M.T., Morales A. (2006). Tesoro Lexicográfico del español de Puerto Rico. San Juan : Academia Puertorriqueña de la lengua Española, 800 p.
  • Williams C.H. (dir.)(1988). Language in Geographic Context. Clevedon : Multilingual Matters, 316 p.
  • Winford D., Plag I. (2013). « Sranan ». In Michaelis S.M., Maurer P., Haspelmath M., Huber M. (dir.), The Survey of Pidgin and Creole Languages. Vol. 1 : English-based and Dutch-based Languages. Oxford : Oxford University Press, p. 15-25.

Mots-clés éditeurs : Caraïbe, décréolisation, diffusion, langue créole, modélisation, recréolisation

Date de mise en ligne : 29/07/2015

https://doi.org/10.3917/eg.441.0001