Islam et capitalisme. Les entrepreneurs musulmans en France
- Par Hicham Benaissa
Pages 111 à 125
Citer cet article
- BENAISSA, Hicham,
- Benaissa, Hicham.
- Benaissa, H.
https://doi.org/10.3917/eh.081.0111
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Notes
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[1]
G. Tribou, L’entrepreneur musulman, l’islam et la rationalité d’entreprise, Paris, L’Harmattan, 1995.
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[2]
M. Tribalat, « Le nombre de musulmans en France, qu’en sait-on ? », in Y.-C. Zarka, S. Taussig, C. Fleury (dir.), L’islam en France, Paris, PUF, 2008, p. 25.
-
[3]
Ibid., p. 22.
-
[4]
Si être originaire d’un pays maghrébin multiplie la probabilité d’être « musulman », cela ne l’implique pas automatiquement. Nous savons, notamment par un taux relativement élevé de couples mixtes en France, qu’on peut être originaire du Maghreb par le père ou la mère et en porter le « stigmate » sans pour autant se définir comme « musulman ». Voir S. Brouard et V. Tiberj, Français comme les autres ? Enquête sur les citoyens d’origine maghrébine, africaine et turque, Paris, Presses de Sciences Po, 2012, p. 26.
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[5]
67 % des enquêtés disent, en première intention, avoir créé leur entreprise pour être indépendant contre 41 % du sondage miroir ; ils citent en seconde position pour 48,2 % d’entre eux la mention « bien gagner sa vie », alors que cette préoccupation ne concerne que 10 % des interviewés du sondage miroir. Dans bien des cas, créer son entreprise est le moyen de se créer son propre emploi et de sortir de la précarité, voire d’échapper aux discriminations. Cf. M. Madoui, Entrepreneurs issus de l’immigration maghrébine : de la stigmatisation à la quête de la reconnaissance sociale, Paris, Aux lieux d’être, 2008.
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[6]
Nous avons traité entre autres de cette question dans H. Benaissa, « Le prêt à intérêt ou la pratique économique symbolique d’une économie des pratiques », Religiologiques, n° 33, à paraître.
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[7]
E. Ma Mung Kuang, « L’expansion du commerce ethnique : Asiatiques et Maghrébins dans la région parisienne », Revue Européenne des Migrations Internationales, vol. 8, n° 1, 1992 ; L. Costes, « La dimension “ethnique”, une explication du comportement économique des migrants ? », Revue française de sociologie, vol. XXXV, n° 2, avril-juin 1994, p. 231-249.
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[8]
Cf. R. Kloosterman and J. Rath, « Introduction », in R. Kloosterman, J. Rath (eds.), Immigrant Entrepreneurs. Venturing Abroad in the Age of Globalization, Oxford, Berg, 2003, p. 1-16.
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[9]
Pour un bilan de la recherche sur cette question en France, voir notamment B. Dinh, « L’entreprenariat ethnique en France », Hommes et migrations, n° 1264, 2006, p. 114-128.
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[10]
P. Poutignat et J. Streiff-Fénart, Théories de l’ethnicité, Paris, PUF, 2008.
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[11]
Voir notamment le rapport élaboré par la Commission européenne en mars 2008 : « Diversité de l’entreprenariat dans une Europe unifiée », p. 17, qui, après avoir fait état des définitions conceptuelles sur la question, choisit explicitement le terme d’« entreprenariat ethnique » car il fait également référence aux « entrepreneurs de la seconde génération ».
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[12]
C. Attias-Donfut et F.-C. Wolff, Le destin des enfants d’immigrés. Un désenchaînement des générations, Paris, Stock, 2009.
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[13]
A. Pécoud, « What is ethnic in an ethnic economy ? », International Review of Sociology. Revue Internationale de Sociologie, vol. 20, n° 1, 2010, p. 59-76.
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[14]
P. Bourdieu, « À propos de la famille comme catégorie réalisée », Actes de la recherche en sciences sociales, no 100, décembre 1993, p. 33.
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[15]
Ewald Engelen considère par exemple que les études sur les « économies ethniques » restent très influencées par le contexte anglo-saxon d’inspiration libérale qui vise à valoriser toute démarche de création d’entreprises. E. Engelen, « “Breaking in” and “Breaking out” : a Weberian approach to entrepreneurial opportunities », Journal of Ethnic and Migration Studies, vol. 27, n° 2, 2001, p. 203-223.
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[16]
M. Zhou, « Revisiting Ethnic Entrepreneurship : Convergencies, Controversies, and Conceptual Advancements”, International Migration Review, vol. 38, n° 3, 2004, p. 1040-1074.
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[17]
Antoine Pécoud dresse une liste idéal-typique des définitions données du commerce ethnique montrant que la variable religieuse est parfois intégrée dans l’analyse et parfois absente. A. Pécoud, « Immigration, entreprenariat et ethnicité », Métropoles [En ligne], 11, 2012 [https://metropoles.revues.org/4560].
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[18]
En effet, seule la méthode de l’auto-désignation nous paraît pertinente car elle nous éloigne d’une définition normative ou sociologique du musulman. Une définition normative considère comme musulman uniquement celui qui observe un certain nombre de pratiques. Or nous n’avons pas les moyens de définir « les musulmans » à leur place. D’autant que, comme nous le verrons plus loin, être « musulman » n’implique pas nécessairement d’adhérer aux pratiques commandées par le dogme. La définition sociologique du musulman considère comme tels l’ensemble de ceux qui sont originaires d’un pays musulman. Nous avons vu plus haut sur quels types d’erreurs reposait une telle définition.
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[19]
Une salariée de la crèche Baby Loup est licenciée pour faute grave après son refus de retirer son voile. Le 13 décembre 2010, le Conseil des prud’hommes de Mantes-la-Jolie déboute la salariée de l’ensemble de ses demandes, ce que confirme la Cour d’appel de Versailles le 27 octobre 2011. Après un premier avis en mars 2013, dans lequel la Cour de cassation rappelle le droit en estimant que le licenciement de la salariée est illégal, elle réexamine l’affaire en assemblée plénière, en juin 2014, et cette fois elle rejette le pourvoi formé par la salariée.
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[20]
Voir par exemple l’avis élaboré en décembre 2013 par le Conseil économique, social et environnemental sur « la gestion du fait religieux dans l’entreprise » où sont cités de nombreux autres guides d’entreprises : Le fait religieux dans l’entreprise, présenté par É. Arnoult-Brill et G. Simon, Paris, Les Éditions des Journaux Officiels, 2013.
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[21]
Dans un avis du 1er septembre 2011, l’ancien Haut conseil à l’intégration (HCI) dresse un constat alarmiste de la hausse de conflits liés à des revendications religieuses dans le monde du travail. Selon Jean-Claude Sciberras, président de l’Association nationale des directeurs des ressources humaines (ANDRH), cité dans le rapport du HCI, ce phénomène s’expliquerait par la présence d’une « main-d’œuvre immigrée originaire de pays non catholiques et arrivée dans les années 1960 » qui réclamerait le droit de pouvoir exprimer sa foi sur les lieux de travail, que ce soit par le port de signes religieux, la mise à disposition de lieux de prières, de repas adaptés, ou encore de calendriers spécifiques. « Expression religieuse et laïcité dans l’entreprise », Avis du Haut conseil à l’intégration, septembre 2011, p. 6.
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[22]
Entretien réalisé le 24 septembre 2014.
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[23]
K. Mannheim, Le problème des générations, Paris, Armand Colin, 2011.
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[24]
J.-P. Willaime, Sociologie des religions, Paris, PUF, 2006.
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[25]
Entretien réalisé le 11 avril 2014.
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[26]
Rappelons la spécificité du phénomène migratoire lui-même qui pousse les immigrés à laisser plutôt dans la sphère privée la marque de leurs signes distinctifs au sein d’un pays ressenti comme étranger. La prise en compte de considérations plus larges, d’ordre anthropologique, amènerait à évoquer cette distinction plus nette opérée au sein des pays d’émigration, majoritairement terres maghrébines, entre les sphères du public et du privé, entre l’économique et le social ; une distinction qui continue partiellement et dans des proportions différentes à se reproduire en situation d’immigration par la médiation des catégories de perceptions et de pensées dans la manière dont les entrepreneurs de première génération se représentent le monde de l’entreprise.
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[27]
P. d’Iribarne, « Islam et management. Le rôle d’un univers de sens », Revue française de gestion, n° 171, février 2007, p. 141-156.
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[28]
Doit-on considérer, par exemple, que la question du « voile » se posera de la même manière selon qu’elle intervient dans le cadre du secteur bancaire, d’un centre d’appel téléphonique, ou de ménage à domicile ? Et pourrait-on aller jusqu’à considérer que la formulation de ces cas pratiques ne variera pas également selon les caractéristiques sociales de ceux qui seront impliqués ?
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[29]
Il faudrait rappeler que lors des luttes sociales des années 1970, les syndicats ont revendiqué des salles de prières pour les travailleurs immigrés d’origine maghrébine. La demande fut acceptée par certaines directions sans que cela ne suscite d’émois particuliers. La présence de la religion, et de l’Islam en particulier, a par conséquent des précédents et ne constitue pas une question tout à fait nouvelle. P. Weil, La France et ses étrangers. L’aventure d’une politique de l’immigration de 1938 à nos jours, Paris, Calmann-Lévy, 1991 ; N. Hatzfeld et J.-L. Loubet, « Les conflits Talbot, du printemps syndical au tournant de la rigueur, 1982-1984 », Vingtième siècle, n° 84, octobre-décembre 2004, p. 151-160.
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[30]
La prière quotidienne est reconnue comme la plus religieuse des pratiques, c’est-à-dire celle qui confère prioritairement le statut de « musulman » selon l’avis quasi-unanime de nos enquêtés. En réalité, ces derniers reproduisent l’ordre canonique hiérarchisé des cinq piliers de l’Islam qui attribue aux prières quotidiennes la deuxième place après la foi. Elles doivent être accomplies à cinq reprises réparties au cours de la journée et une partie de la nuit, et se pratiquent individuellement ou collectivement.
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[31]
Le halal désigne ce qui est « licite » en islam alors que haram désigne ce qui est interdit. Dans le cadre du commerce alimentaire, halal désigne l’autorisation de consommer un animal abattu selon le rituel islamique.
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[32]
Entretien réalisé le 13 novembre 2013.
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[33]
P. Bourdieu, Sociologie de l’Algérie (1958), Paris, PUF, 2001 ; Esquisse d’une théorie de la pratique précédé de trois études d’ethnologie kabyle (1972), Paris, Le Seuil, 2000 ; Algérie 60 : structures économiques et structures temporelles, Paris, Minuit, 1977.
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[34]
Entretien réalisé le 24 septembre 2014.
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[35]
D. Rivet, « Algérie française et Maroc sous protectorat : bref essai d’histoire comparée », Colloque Pour une histoire critique et citoyenne. Le cas de l’histoire franco-algérienne, Lyon, ENS LSH, 20-22 juin 2006, http://ensweb3.ens-lsh.fr/colloques/france-algerie/communication.php3?id_article=273 ; D. Rivet, Le Maghreb à l’épreuve de la colonisation, Paris, Hachettes Littératures, 2002.
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[36]
Pour une analyse plus détaillée : H. Benaissa, « Le prêt à intérêt », art. cit.
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[37]
F. Bergeaud-Blackler et B. Bernard, Comprendre le Halal, Liège, Édipro, 2010.
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[38]
L. Obadia, La marchandisation de Dieu. L’économie religieuse, Paris, CNRS Éditions, 2013, p. 83.
Si l’entreprenariat « musulman » en France est un phénomène significatif, il reste un objet peu – ou mal – étudié. À partir d’une enquête quantitative et qualitative menée auprès des entrepreneurs musulmans socialisés en France, l’auteur s’intéresse à la manière dont s’opère dans les pratiques des entrepreneurs un ajustement entre leurs dispositions à croire et à pratiquer, fruit de toute une histoire individuelle et collective transmise principalement par l’environnement familial, et les structures et objectifs de l’entreprise. Il montre notamment que la logique entrepreneuriale, répondant à des impératifs de rentabilité et de performance, réinterroge et réaménage, dans une certaine mesure et au-delà d’un certain effet de seuil, le rapport aux croyances et aux pratiques religieuses.
Islam and capitalism. Muslim entrepreneurs in France
Islam and capitalism. Muslim entrepreneurs in France
Although “Muslim” entrepreneurship in France is a significant phenomenon, it has not yet been the subject of significant research. This article addresses this topic with the results of a quantitative and qualitative survey of Muslim entrepreneurs in France. The author analyses how such entrepreneurs adjust their practices to reconcile two areas of their lives. One is the area of their religious beliefs and practices which are the result of their individual and colective histories that have mainly been transmitted in the family sphere. The other area is that of the structures and the objectives of the business. The article highlights how the entrepreneurial logic focusing on profitability and performance can cal into question the relationship to beliefs and religious practices and how this can lead to adaptations up to a certain degree and with certain threshold effects.
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