Introduction
- Par Marie Gilloots
- et Sandrine Clergeau
Pages 8 à 10
Citer cet article
- GILLOOTS, Marie
- et CLERGEAU, Sandrine,
- Gilloots, Marie.
- et al.
- Gilloots, M.
- et Clergeau, S.
https://doi.org/10.3917/ep.079.0008
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- Gilloots, M.
- et Clergeau, S.
- Gilloots, Marie.
- et al.
- GILLOOTS, Marie
- et CLERGEAU, Sandrine,
https://doi.org/10.3917/ep.079.0008
1 C’est une évidence, et même un lieu commun, mais s’occuper d’un enfant ou d’un adolescent nécessite inévitablement de considérer ses parents. Considérer dont l’étymologie nous ramène justement à la pluralité puisque co- signifie « avec » et sideris « les étoiles en constellations ». Considérer est selon Rey un ancien terme de la langue augurale ou marine, et on pourrait ici en tenter une définition en empruntant à l’astronomie : à la fois regarder l’ensemble – la constellation – et non l’individu isolé, et chercher des repères pour tracer la route.
2 Travailler avec les parents, c’est bien entendu d’abord leur prêter attention, à eux et à la relation entre eux et leur enfant. La relation filiale peut être mise à mal par les troubles psychiques des uns ou des autres, la précarité, les événements de vie, elle requiert les soins des professionnels. Mais, quelle que soit sa fragilité, elle demeure essentielle pour le jeune. D.W. Winnicott, en 1972, écrivait qu’« un bébé seul, ça n’existe pas ». Travailler avec les parents, c’est donc à la fois aider les parents et les associer à notre action, a minima dans une alliance thérapeutique, voire dans une notion de partenariat.
3 Nous avons également souhaité avec ce titre « Au travail avec les parents ! » élargir le champ du numéro à l’idée que la rencontre avec les parents nous invite à remettre au travail nos propres représentations. Le champ de la parentalité a connu des changements considérables ces dernières années, tant sur le plan juridique, que social ou moral. Les modes de faire famille se sont multipliés, diversifiés et nos pratiques professionnelles s’en trouvent nécessairement troublées. L’évolution des représentations du trouble psychique et de sa causalité modifie la triade enfant/parent/professionnels et ses enjeux transférentiels. Pouvons-nous encore faire et penser aujourd’hui comme hier ?
4 C’est donc autour de ces trois axes que nous avons construit ce numéro, les articles développant ces questionnements à partir de pratiques et de cultures professionnelles très diverses, sans prétendre clore les débats que nous espérons poursuivre par des post-scriptum : à vos plumes chers lecteurs !
Penser la parentalité
5 Les articles de ce chapitre ouvrent la possibilité de penser la parentalité comme une interpellation et non comme une identité, et interrogent les représentations des professionnels. Les auteurs nous convient à une déconstruction de certaines évidences et confusions : pour mieux définir et distinguer le maternel du féminin et le paternel du masculin avec Laurence Croix ; la parenté de la parentalité avec Laurence Francoz Terminal. Au-delà de ces définitions, leur démarche nous entraîne à des questionnements sur les modèles de la parentalité « paternaliste » ou « bisexuelle », sur la gestation pour autrui, et sur l’adoption. Nicolas Rabain, à partir d’une pratique nouvelle de groupe « multifamille », décrit un dispositif qui permet de mettre au travail, par un jeu d’identification et d’interpellation croisées, la construction des imagos et rôles parentaux. Sébastien Rouget, Mylène Mollier et Katty Scharff nous retracent l’histoire des relations entre soignants et parents en pédiatrie, les enjeux et les modèles qui ont porté cette évolution. Évolution ou révolution ? L’histoire n’est pas terminée…
Travail avec des parents en situation de vulnérabilité
6 L’attention aux parents est, dans certaines situations, d’abord conditionnée par la protection de l’enfant. Maladie mentale (Marie-Noëlle Vacheron, Fanny Morlent et Romain Dugravier), défaillance portée devant le juge pour enfants (Anaïs Vrain), séparation suite à un placement (Sandrine Clergeau et Julien Lelièvre) ou au mandat fait à l’enfant de venir en France (Delphine Barbaux, Chrystèle Benazizi, Marine Pouthier), toutes ces situations amènent le professionnel à construire une place ajustée pour les parents dans les prises en charge de leur enfant, qui varie selon leur degré d’autonomie psychique, sociale et juridique, et selon les objectifs des professionnels. Comment travaille-t-on avec des parents sous tutelle ou dont la résidence de l’enfant leur a été retirée ? L’exercice de l’autorité parentale a-t-il une influence directe sur la place qui peut leur être faite auprès des différentes institutions ? Lorsqu’ils en sont privés, les considère-t-on toujours comme des parents ordinaires ? Et lorsqu’ils sont absents, comme pour les mineurs non accompagnés, comment travaille-t-on ? Peut-on faire sans ?
Émergence d’un partenariat parents / professionnels
7 Nous le constatons donc tous les jours, les enjeux autour de la parentalité sont majeurs. Plus que jamais, les parents revendiquent leurs droits, leur légitimité, mais aussi leur savoir et leur expertise en matière d’enfance. Le développement des sites internet, blogs et autres forums sur la question modifie également notre manière de travailler avec eux. Finis les parents qui restent à la porte de l’école, de l’hôpital ou au dehors du cabinet du psychologue. Les parents ne veulent pas seulement « consentir » aux soins de leur enfant et même faire alliance, mais bien être associés aux soins apportés à leur enfant. Nombre de professionnels les considèrent comme acteurs, partenaires, voire cothérapeutes. Nous constatons de nombreuses formes nouvelles qui mettent les parents au travail comme les théâtres-forums, les groupes de parole de parents, les thérapies multi-familles, ou les formations d’aidants pour les parents qui vont prendre en charge le handicap de leur enfant.
8 Les auteurs relatent ici leur recherche de cadre : création d’un groupe de parents d’enfants atteints de cancer à l’initiative d’un parent pour Audrey Aobab ; ajustement aux demandes des parents et à l’évolution du rapport aux institutions de soin pour Catherine Gianese-Madelaine ; modèle de l’accompagnement parental dans une pratique d’orthophonie en libéral pour Aurélie de Place. Angela Fragasso décrit la construction d’un cadre de groupe de type « famille-partenaire » adapté aux troubles chroniques de l’enfant, ce cadre étant lui-même élaboré à partir d’une étude explorant les représentations des parents, des professionnels de la santé et des gestionnaires. Très décalé par rapport à nos références éditoriales, cet article venu tout droit du Canada s’appuie sur un pragmatisme et une valorisation du partenariat, dont il entrevoit les limites : l’adhésion des parents à ce modèle et l’engagement qui en est le corollaire ne sont pas acquis. Solange Cook-Darzens présente les nouvelles avancées de la thérapie systémique qui identifient les parents comme levier principal de changement dans les prises en charge de l’anorexie et en analyse les enjeux.
9 Cette nouvelle perspective modifie la représentation de ses propres rôle et place pour le professionnel : renoncement à une position d’expert (Catherine Gianese-Madelaine), valorisation du savoir expérientiel des parents (Angela Fragasso), interrogation sur la causalité familiale (Solange Cook-Darzens). Signifie-t-elle que nous en avons fini avec le recours aux modèles psychogénétiques pour expliquer les difficultés des enfants ? Ces nouveaux paradigmes ne risquent-ils pas de charger le parent, censé alors être « responsable et compétent » et agent de changement dans une simplification des processus thérapeutiques, qui peut être motivée par des contraintes financières… ? Comme tout paradigme, le modèle du partenariat doit être pensé dans ses impasses et limites.
10 Quinze ans après son premier numéro sur les parents, Enfances&psy réinterroge les pratiques des professionnels avec les parents eu égard à toutes ces évolutions.
11 Alors, quoi de neuf en matière de travail avec les parents ?