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Compte rendu

Mortels ! Imaginaires de la mort au début du xxie siècle, Revue Socio-anthropologie, Sous la direction de Valérie Souffron, n° 31, 1er semestre 2015. http://socio-anthropologie.revues.org.gate3.inist.fr/

Pages 140d à 144d

Citer cet article


  • Drulhe, M.
(2016). Mortels ! Imaginaires de la mort au début du xxie siècle, Revue Socio-anthropologie, Sous la direction de Valérie Souffron, n° 31, 1er semestre 2015. http://socio-anthropologie.revues.org.gate3.inist.fr/ Empan, 101(1), 140d-144d. https://doi.org/10.3917/empa.101.0136d.

  • Drulhe, Marcel.
« Mortels ! Imaginaires de la mort au début du xxie siècle, Revue Socio-anthropologie, Sous la direction de Valérie Souffron, n° 31, 1er semestre 2015. http://socio-anthropologie.revues.org.gate3.inist.fr/ ». Empan, 2016/1 n° 101, 2016. p.140d-144d. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-empan-2016-1-page-140d?lang=fr.

  • DRULHE, Marcel,
2016. Mortels ! Imaginaires de la mort au début du xxie siècle, Revue Socio-anthropologie, Sous la direction de Valérie Souffron, n° 31, 1er semestre 2015. http://socio-anthropologie.revues.org.gate3.inist.fr/ Empan, 2016/1 n° 101, p.140d-144d. DOI : 10.3917/empa.101.0136d. URL : https://shs.cairn.info/revue-empan-2016-1-page-140d?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/empa.101.0136d


1 Il s’agit d’un numéro de revue, publiée par l’université de Paris I-Sorbonne, consacré à la mort contemporaine, en particulier par ce qu’elle affirme d’imaginaire et de mythe chez nos concitoyens. L’ensemble des articles qui le composent se veulent un hommage à Louis-Vincent Thomas, qui a initié en France, avec Edgar Morin, ces « fouilles des imaginaires de la mort ». En effet, leur appréhension et leur analyse permettent d’apercevoir « quelques-unes des manifestations de l’angoisse contemporaine face à la mort », souvent liées aux transformations du mourir et des rites funéraires de notre temps.

2 Fini le déni de la mort ? L’omniprésence des morts dans la fiction (numérisée ou pas) tout comme son retour récurrent dans le débat public pourraient le laisser croire. Cependant, si l’on y prête une attention soutenue, voici que se dégagent « deux grandes valences de l’imaginaire thanatique : un large volet angoissé qui fait la critique d’une société sécuritaire et un versant d’espérances qui s’appuie sur les sciences et les technologies pour rêver de nouvelles formes d’immortalité ».

3 Il est bien difficile de suggérer au lecteur l’intérêt et la richesse de ce numéro. À travers bd, mangas et science-fiction se déclinent des univers apocalyptiques où affleure « la fascination de l’engloutissement ». Les gouvernements humanitaires qui s’y appuient sur la médecine des preuves et la police scientifique n’excluent pas l’ambiguïté à travers l’exigence d’un espace de contrôle qui s’élargit. Les zombies, ces morts-vivants, qui s’apparentent au vaudou haïtien, ne témoignent pas seulement des craintes de dévoration : ils sont aussi des errants perpétuels qui font écho aux survivants de catastrophes, aux vieillards, aux réfugiés, aux précaires de nos « apartheids sociaux » ; ils dénoncent l’ordre de notre monde en figurant diverses formes de dépossession de soi et de rapport difficile avec les autres.

4 À ce premier volet de l’imaginaire de la mort, dont le zombie est la forme typique qui se décline en de multiples figures exprimant l’angoisse sociale contemporaine, s’oppose, en le complétant, un autre univers d’expressions qui ouvrent sur un imaginaire d’espérances. Le culte de la Santa Muerte par les Mexicains pauvres offre une mise en scène typique de la revanche des exclus qui s’efforcent d’agir rituellement sur leur destin. À l’inverse, les nantis trouvent protection et salut dans les sciences et les techniques pour rêver d’une amortalité presque à portée de main (l’un des articles explore les imaginaires thanatiques des transhumanistes, dont l’hyperactivité devient l’arme totale contre le vieillissement et la mort). Autant de chemins vers l’insolite qui sont explorés pour discerner fantômes et fantasmes témoignant de l’appétit de vivre et qui contribuent « à nous panser à défaut de nous guérir », selon l’heureuse expression de Valérie Souffron. Il reste toujours l’inévitable perte de l’autre qui force l’homo sapiens à se taire : il a beau activer ses capacités d’homo ludens pour barbouiller les cercueils de Charlie de dessins afin de se dresser contre l’absurdité et l’injustice d’une telle mort, force lui est de constater qu’il ne peut pas en mourir de rire. Donnons le mot de la fin à celle qui a réuni les textes de ce numéro de Socio-anthropologie : « Et c’est l’imagination qui sauve, dans ce qu’elle produit collectivement de réponse au néant : des pratiques communielles, des dessins rageurs, consternés ou ludiques […] En définitive, c’est dans nos imaginaires que nous puisons cette réponse à la culture de la mort et de la violence : plutôt crever ! »

5 Lectrices et lecteurs de la revue Empan qui ont lu et apprécié le n° 97 « Morts en institution » trouveront dans ce numéro de multiples sentiers pour rendre la mort fréquentable et la sortir de l’omerta associée à son déni. Les imaginaires de la mort peuvent nous apparaître spontanément fort éloignés des expériences bouleversantes de morts d’enfants, d’adolescents, d’adultes qui adviennent dans les institutions dont les missions se fondent sur la volonté de promouvoir et développer la vie. Pourtant, la perspective anthropologique, dont l’un des principes majeurs, selon Georges Balandier, est « le détour », s’avère indispensable pour nous ouvrir la voie à de multiples possibilités de métaphorisation par lesquelles s’émousse l’horreur et se dilue le traumatique.

6 Marcel Drulhe, membre correspondant du Comité de rédaction d’Empan.

7 marcel.drulhe@gmail.com


Date de mise en ligne : 14/04/2016

https://doi.org/10.3917/empa.101.0136d