Usages de l'argent
De l'argent spéculatif à l'argent citoyen
- Par Marcel Drulhe
Pages 41 à 47
Citer cet article
- DRULHE, Marcel,
- Drulhe, Marcel.
- Drulhe, M.
https://doi.org/10.3917/empa.082.0041
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https://doi.org/10.3917/empa.082.0041
Notes
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[1]
Néologisme anglo-saxon pour désigner l’addiction au crédit.
-
[2]
Voir à l’adresse : http://www.jardinons-ensemble.org/spip.php?article615 (octobre 2010).
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[3]
Voir à l’adresse : http://www.colocationsolidaire.org/ (octobre 2010).
1Lequel d’entre nous peut se vanter d’avoir des relations limpides avec l’argent ? Il est sans doute utile de mobiliser notre imaginaire moral (de la convoitise pour assouvir les passions à la violence faite aux pauvres) (Ricœur, 2010). Mais procédons plutôt par divers détours pour objectiver quelques facettes de ces usages afin d’en exhiber quelques points de repère.
Le détour anthropologique : mythes financiers et logiques économiques
2Après avoir longuement fréquenté l’autre et l’ailleurs, les anthropologues qui regagnent nos sociétés occidentales s’étonnent de devoir entrer dans cette immense mythologie que sont les discours économiques et financiers (Bloch, 1994). Ils mettent en scène l’affrontement d’êtres mystérieux (l’inflation, la croissance, l’investissement, la crise économique…). Et les conduites de ces êtres paraissent relever d’une sujétion à deux puissances, elles-mêmes hiérarchisées (la première dépend de la seconde) : le dieu-argent et une divinité à la fois sidérante et inquiétante, « la main invisible » (qu’Adam Smith fut le premier à invoquer). Bien sûr, ces anthropologues transfèrent sur ces discours des catégories propres aux mythologies d’autres sociétés et d’autres cultures, mais qui présentent beaucoup de similitudes avec la nébuleuse discursive de l’économie. Toutefois, ils relèvent une spécificité : beaucoup de ces discours occidentaux sont affichés comme scientifiques. Et même, nombre d’entre eux se revendiquent d’autant plus d’une science « pure et dure » qu’ils sont « statistisés » et « mathématisés ».
3Mais les anthropologues ironisent et persiflent pour éviter le piège de la croyance selon laquelle il y aurait une science économique qui relèverait de spécialistes professionnels et la mythologie économique qui serait une affaire de citoyens ordinaires incompétents. À leurs yeux, la crise de 2008 (la crise dite des subprimes) leur donne raison : cette Science économique (avec un grand « s ») n’a fait preuve d’aucune capacité de prévision ; elle reste donc bien impure, conjuguant malgré elle savoirs scientifiques et savoirs mythiques. L’un de ces professionnels de la Science économique, J.K. Galbraith (2009), ancien conseiller économique de J.F. Kennedy, semble bien cautionner une telle vision quand il écrit : « Les membres les plus influents de la profession […] ont formé une sorte de Politburo de l’économiquement correct […] Ils prévoient des désastres qui n’ont jamais lieu. Ils excluent la possibilité d’événements qui finissent par se produire […] Ils s’opposent aux réformes de bon sens les plus nécessaires, leur préférant de simples placebos. Ils sont toujours surpris lorsqu’un événement fâcheux – comme une récession – se produit. Et quand ils finissent par se rendre compte que telle ou telle position est intenable, ils ne reviennent pas dessus. Ils n’imaginent pas qu’il puisse y avoir de faille dans une théorie. »
Le détour sociologique : l’argent au-delà de l’échange marchand
4La relecture de quelques sociologues classiques (Durkheim, Weber, Mauss) ne nous apprend-elle pas que la rationalité du marché, celles de la valeur et de la monnaie ne sont pas des concepts universels mais le résultat d’une histoire culturelle, intellectuelle et politique particulière à l’Occident ? C’est bien dans nos sociétés que la monnaie (que nous appelons plus communément l’argent) a largement contribué au développement technoscientifique, industriel et urbain, c’est-à-dire a participé de manière irremplaçable à la rationalisation du monde et à son désenchantement (en a-t-on fini pour autant avec les mythes ? Bien sûr que non).
5Indiscutablement, l’argent nous a fait faire un bond en avant par rapport au troc. Encore faut-il rappeler que l’argent n’est pas forcément ancré dans la relation marchande et l’utilitarisme. Ainsi, l’argent qui tend à devenir l’étalon d’évaluation de la valeur de toute chose tend aussi à nous offrir des réseaux sociaux (« Faites-vous des amis avec le malhonnête argent ») : s’il peut dissoudre des liens communautaires, il peut contribuer à la constitution d’autres solidarités. Cependant, anthropologues et sociologues font remarquer que cette monétarisation générale n’est pas si « révolutionnaire » qu’on le prétend : la dynamique du don, de la dette et du contre-don continuera longtemps à établir le socle de nos relations sociales les plus fortes. Alors que la « grande mythologie » indique que l’argent est devenu le grand médiateur des échanges en ce sens qu’il est le moyen d’obtenir toutes sortes de biens (marchandise, service, etc.), et quand bien même la monétarisation de l’existence ne cesse de gagner du terrain, on peut multiplier les observations quant à la multiplicité de dons (du sang, d’organes, de sperme, d’ovocytes…) et même de dons d’argent (à l’inconnu qui « fait la manche », à un membre de la famille, à un proche… cadeaux, faveurs, « petits services » se substituent aux dons d’argent).
6Au sein de nos sociétés gagnées par la marchandisation, le don fascine et dérange : il offre à deviner l’imprévisibilité de l’être humain, sa possibilité d’être spontané et sa capacité de sympathie ; ce faisant, il est une sorte de résistance à la relation marchande, égocentrique et calculatrice (défendre d’abord ses intérêts) : même s’il n’est pas toujours désintéressé, le don instaure une communication plus ouverte sur l’altérité en quête de sa découverte ; il élabore du lien social en appelant un retour ou une transmission sous le poids de la dette. Mais contrairement à l’échange économique marchand, le don est une prise de risque : rien ne garantit la réciprocité. C’est dire que l’argent est irréductible à un moyen de transaction : il est désiré, gagné, emprunté, dépensé, offert, épargné… Quand l’argent est pris dans le circuit du don-contre-don, il appelle à rendre disponible du temps pour les partenaires. L’historien Jacques Le Goff indique qu’au Moyen Âge, l’un des griefs essentiels de l’Église contre les marchands était « le reproche que leurs gains supposent une hypothèque sur le temps qui n’appartient qu’à Dieu » (cité dans Ricœur, 2010). Dans notre monde « désenchanté », restaurer et entretenir les circuits du don-contre-don permet de dégager justement du temps disponible pour échanger avec les autres. L’un des objets de cet échange peut être l’enjeu des valeurs et de leur hiérarchisation (pour quoi vaut-il la peine de « se décarcasser » ?).
Détour par les pratiques et les représentations des rapports à l’argent dans la vie ordinaire : de l’invention d’usages au refus d’être crédule
7Plus extraordinaire encore : alors que les spécialistes de l’économie expliquent que la monnaie permet d’unifier les comptes, les revenus et les dépenses (peu importe que ce soit tel dollar ou tel euro qui permette de régler telle dépense), on observe nombre de ménages qui constituent des fonds différents réservés à des emplois spécifiques (il y a l’enveloppe réservée à la maison, celle réservée aux courses, celle réservée aux enfants, celle réservée aux loisirs, etc.). Dans le fond, ces ménages réagissent avec leur argent (compté selon une monnaie unique : dollar, euro, livre sterling, etc.) comme dans les sociétés non industrialisées les personnes utilisent une monnaie différente selon ce à quoi on la destine (coquillages, objets-kula…). Ainsi, en Pologne, avant la chute du mur de Berlin, des Polonais distinguaient trois univers d’échanges économiques : les échanges sans argent, les échanges où l’on payait en zlotys et les échanges nécessitant des dollars. C’est dire qu’une partie de nos concitoyens au moins rejette l’intelligibilité abstraite et virtuelle de l’argent que lui donnent les spécialistes d’économie. L’expression « espèces sonnantes et trébuchantes », quoiqu’elle ait peu d’écho dans notre monde où la monnaie se dématérialise, renvoie à cette volonté de rendre l’argent palpable et concret. L’invention de la carte bancaire brouille la frontière entre crédit (l’argent dépensé est prêté) et débit (l’argent dépensé est prélevé sur le compte de l’argent gagné). Ne pas trop s’éloigner de la matérialité monétaire peut permettre d’éviter de sombrer dans le « credit-alcoholism [1] » (Delhommais, 2010)
8Les fonctions « matérielles » de la monnaie dans les échanges n’empêchent pas l’existence et le déploiement d’une fonction symbolique de l’argent : il suppose des capacités cognitives et affectives permettant de séparer l’achat et la vente, ce qui nécessite un rapport au temps intégrant anticipation (calcul) et délai. La monnaie, en prétendant faciliter des échanges marchands sur un vaste territoire, a besoin de la garantie d’un État (le tiers médiateur).
9Telles sont quelques-unes des multiples facettes de l’argent qui font soupçonner une multiplicité d’usages, dans la vie quotidienne, dans la famille… Que fait-on quand on n’a que quelques sous ? Quand c’est l’abondance ? Comment se nouent et se dénouent drames et petits bonheurs financiers ? Pourquoi certaines personnes sont prodigues et généreuses alors que d’autres sont économes, voire pingres ?
10Mais ce ne sont pas seulement les pratiques qui sont hétérogènes : les rapports à l’argent et les perceptions que nous en avons sont variables. Un exemple permettra d’en mesurer les conséquences (Cohen, 2007). Beaucoup de Français ont eu le sentiment, au cours de la première décennie du troisième millénaire, que « la vie était devenue chère ». Or les statisticiens n’avaient aucun mal à démontrer que ce n’était pas le cas : les revenus se sont régulièrement accrus (quoique faiblement) ; les produits high-tech (micro-ordinateurs, écrans plats tv, etc.) ont énormément baissé ; l’inflation n’a jamais été aussi basse ! Pourquoi ce sentiment d’appauvrissement éprouvé par nos concitoyens ? Les ménages sont confrontés à des « dépenses contraintes » : le logement (loyer ou remboursement d’emprunts, taxe d’habitation, assurances et autres charges, dont chauffage) et l’alimentation. Or le logement représente un quart et plus des dépenses des ménages en France, voire la moitié pour les plus modestes. Pendant cette période, le coût de l’immobilier s’est élevé et simultanément les structures familiales, en se modifiant (naissances, décohabitation…), ont fait croître la demande. Par ailleurs, certaines denrées alimentaires au moins ont manifesté une tendance à la hausse. Voilà éclairci le paradoxe d’une objectivation statistique rassurante et d’une perception inversée des ménages : qu’importe la baisse des prix de biens dont on peut se priver lorsqu’au même moment les dépenses indispensables à l’existence s’accroissent ?
L’argent : de sa fonction économique à sa fonction politique
11Au regard de la fiction de l’homo economicus rationnel, l’argent est un moyen au service de finalités déterminées (production, consommation, etc.). Avec la marchandisation touchant un nombre toujours plus grand d’aspects de la société, il y a parallèlement un accroissement de ce qui rentre dans le champ monétaire. La globalisation entraîne une intense circulation de l’argent, ce qui suscite sa fétichisation : l’argent cesse en grande partie d’être un moyen pour devenir sa propre finalité (gagner de l’argent pour gagner encore plus d’argent). C’est la spéculation. Comme l’a montré Simmel à propos de l’avarice et de la cupidité, lorsqu’il y a inversion du moyen et de la finalité en matière monétaire, l’argent devient le référent ultime et toutes les autres valeurs deviennent indifférentes (le souci d’instruire et de transmettre des savoirs, par exemple, s’affaiblit : seuls les savoir-faire deviennent pertinents). On peut se permettre de « tout acheter ». Les spéculateurs sont typiques à cet égard : la cupidité va souvent de pair avec le cynisme (cette sorte de frivolité qui s’associe avec la réduction de toutes les valeurs à un prix de marché). La bourse n’est-elle pas apparue comme ce haut lieu de la cupidité et du cynisme au moment de la crise de 2008 ? Un autre cas de figure est la conduite ostentatoire : l’abondance d’argent permet des « effets de démonstration » pour bien indiquer que, comme on dit aux États-Unis, « ce que l’on vaut est l’équivalent de ce que l’on gagne ». Si elles ne sont pas associées au cynisme ou au blasement (Simmel, 1900), ces logiques de distinction et de prestige social peuvent renouer avec cette forme d’ascétisme calviniste analysé par Weber : c’est le « travailler toujours plus pour gagner plus ».
12Mais la condition de possibilité de cette exaspération de l’inversion moyen/finalité quant à l’usage de l’argent, via son mésusage (la spéculation sans fin), est le développement d’une dérive : le « marché total » (Supiot, 2010). Cette figure du marché tend à imposer partout sa norme fondamentale : libre concurrence pour tout, liée au darwinisme social (« struggle for life »). Selon cette perspective, c’est par la concurrence et la compétition que se dégageront les meilleurs produits, les meilleurs employés, les meilleures élites, les meilleures législations… Ce « marché total » où règne l’argent-roi (en réalité, l’argent de la spéculation) vise à détruire tout ce qui fait obstacle à son extension (l’articulation des solidarités civiles, la protection sociale), tout comme il s’érige contre la revendication de la protection de la nature. L’économiste ultralibéral F. Hayeck fait de la Déclaration des droits humains (1948) une émanation de l’esprit totalitaire ! « Ces droits ne pourraient être traduits dans des lois contraignantes sans du même coup détruire l’ordre de la liberté auquel tendent les droits civils traditionnels » (cité par Supiot, 2005). La norme latente du « marché total » vise l’élimination des droits de seconde génération de la Déclaration des droits humains de 1948, c’est-à-dire les droits sociaux. Mais comment défendre la liberté et la propriété sans qu’un minimum de sécurité physique soit garanti. Comme le disait l’homme de théâtre Bertold Brecht (cité par Supiot, 2005) : « Ceux qui méprisent le manger, c’est qu’ils ont déjà mangé. » Les docteurs de la loi de l’ultralibéralisme souhaitent mettre les droits humains au service du marché. Ainsi le droit de propriété des brevets des firmes pharmaceutiques est opposé au droit des populations à se faire soigner adéquatement. Sur cette pente, on substitue l’exploitation à la sécurisation. Le sujet « souverain » dans la cité (par ses droits civils et politiques) devient, comme aux pires moments du « capitalisme sauvage », un sujet assujetti à la sphère économique (cf. les enfants au fond des mines au xixe siècle) [Castel, 2008].
13La norme du « marché total » tend à s’introduire dans l’État : il s’agit de le « mettre à l’heure » des entreprises. L’enjeu est d’apposer partout le sgdg (Sans garantie du gouvernement), en particulier sur l’éducation, la santé et le social. Dans quelle mesure la lolf (Loi organique relative aux lois de finances) mise en place en France en 2005-2006 contribue-t-elle à ce glissement ? L’objectif est de s’accorder pour mettre en place des séries d’indicateurs pour chaque objectif défini, ce qui est censé permettre l’évaluation des effets de l’utilisation de l’argent du contribuable. Nous voilà passés à une « gouvernance par le nombre ». Pareille gouvernance suppose une représentation quantifiée (Gelot, 2010). L’un des enjeux est de faire rentrer le qualitatif et l’imprévisible qui caractérise l’humain dans les cases déterminées par les lignes et les colonnes des tableaux d’indicateurs. Mais ces indicateurs permettent-ils d’améliorer la décision ? Dans quel sens ? Les exemples de confusion entre mesure de l’activité et mesure des résultats ne manquent pas (par exemple, les chiffres de la délinquance reflètent-ils l’activité de la police et de la gendarmerie ou bien des changements réels du phénomène ?). Quand « faire de l’argent » devient « faire du chiffre », on peut douter de la pertinence et de l’efficacité des indicateurs chiffrés, qui ne disent jamais tout ce qui se fait autour d’un objectif, pas plus qu’ils ne prennent en compte les conséquences de toutes ces activités souvent microscopiques qui donnent de la fluidité aux interactions et qui font la qualité du travail relationnel. C’est pourtant à partir de la lolf que s’est engagée la Révision générale des politiques publiques (rgpp) : le but annoncé est le retour à « l’équilibre budgétaire ». Oui, mais encore (Bonelli et Pelletier, 2010) ?
14Dès lors, la question d’argent plane sur l’interprétation de tous les indicateurs : il faudra leur faire avouer, par exemple, que l’amélioration des services publics passe par la simplification de l’État et par l’adaptation de ses missions. La « culture du résultat » vise à montrer le gaspillage de temps dans l’exécution des services : une bonne façon de légitimer la réduction de la masse salariale. Où est passé le souci d’une meilleure prise en compte des besoins des populations ? Le souci de réparer et de consolider le lien social ? Sans doute ce souci passe par l’ouverture d’une partie au moins du marché de l’action sociale au secteur privé (reste à trouver comment spéculer avec ce marché…) et par ce que M. Chauvière (2007) appelle sa « chalandisation ». Ce processus a fait absorber l’esprit de marchandisation et retraduit ses activités d’accompagnement du social dans des termes marchands (ressources en amont, clients en aval, offre de produits entre les deux…).
Une question pour l’avenir
15Comment passer de « l’argent spéculatif » à « l’argent citoyen » afin de nous faire sortir de la dérive d’une « reféodalisation » du social (Supiot, 2010) par un retour à « l’allégeance » ? Comment parvenir à un usage citoyen de l’argent qui permette une renaissance des expériences fortes de l’humain largement manifestées dans les déclarations successives des droits de l’humain ? Ne faudrait-il pas « battre le rappel » pour les relire ensemble et les faire respecter ? Une façon citoyenne assurément de dépenser un peu de son temps et de son argent pour des échanges conviviaux qui nourrissent le lien social. C’est ce qui préside aux rencontres des partenaires qui promeuvent un système d’échanges non marchands. Avec les Systèmes d’échanges locaux (sel) par exemple, ils se donnent du temps et de la disponibilité pour discuter longuement de la « valeur des choses » ainsi que de nouvelles manières de bien vivre ensemble. Utopie ? Pourtant, dans un village du Sud-Ouest de l’Angleterre, Totnes [2], une ville qui a impulsé le mouvement des « villes en transition », les habitants se sont rencontrés pour tenter de trouver des solutions aux enjeux de rareté de certains biens (dont l’énergie). Ils sont maintenant plus d’un tiers à être impliqués dans l’un des divers projets, telle la création de jardins partagés. Encore un exemple avec le projet kaps, « Koloc’ à projets solidaires » : en échange d’une offre de logement étudiant en colocation dans des quartiers de logements vacants, les colocataires s’engagent dans un projet de développement de quartier (le soutien scolaire [3], etc.).
16Et si nous cessions de penser que l’innovation sociale est descendante (du haut vers le bas, du centre vers la périphérie)…
Argent…Argent fait perdre et pendre gens.Qui a de l’argent a des pirouettes.L’argent n’a point d’odeur.Plaie d’argent n’est pas mortelle.L’argent emprunté porte tristesse.Ne prête pas ton argent à celui à qui tu serais obligé de le redemanderle chapeau à la main.L’argent ne fait pas le bonheur.Faute d’argent, c’est douleur sans pareille.Il n’y a rien de plus éloquent que l’argent comptant.Les grands font sans argent ce que les petits ne peuvent faire par argent.Qui n’a point argent en bourse ait miel en bouche.Chargé d’argent comme un crapaud de plumes.L’argent est un bon serviteur, mais c’est un mauvais maître.Qui paie ses dettes s’enrichit.Cent ans de chagrin ne paient pas un sou de dettes.Déshabiller saint Pierre pour habiller saint Paul.
Bibliographie
- Bloch, M. 1994. « Les usages de l’argent », Terrain, n° 23.
- Bonelli, L. ; Pelletier, W. 2010. L’État démantelé. Enquête sur une contre-révolution silencieuse, Paris, La Découverte.
- Castel, R. 2008. « La citoyenneté sociale menacée », Cités, n° 35.
- Chauvière, M. 2007. Trop de gestion tue le social. Essai sur une discrète chalandisation, Paris, La Découverte.
- Cohen, D. 2007. « Les mystères de la vie chère », Le Monde, 8 novembre.
- Cusin, F. 1998. « Motivations et cognitions dans les comportements liés à l’argent : l’apport de Simmel », L’année sociologique, 48, n° 2.
- Delhommais, P.-A. 2010. « Un vrai château de cartes », Le Monde, 12-13 septembre.
- Duchêne, L. ; Zaoui, P. 2010. « Politiques de l’argent », Esprit, n° 361, janvier.
- Galbraith, J.K. 2009. « Who are These Economists, anyway ? », Thought & Action, automne (version française : www.i-r-e.org).
- Gelot, D. 2010. « La maîtrise de l’information statistique », Mouvements, octobre.
- Godbout, J.T. 2007. Ce qui circule entre nous. Donner, recevoir, rendre, Paris, Le Seuil.
- Järvinen-Tassopoulos, J. 2010. « Les jeux d’argent : un nouvel enjeu social ? », Pensée plurielle, n° 23.
- Mossuz-Lavau, J. 2007. L’argent et nous, Paris, La Martinière.
- Perret, B. 2010. « Quand la valeur n’est plus monnayable », Esprit, n° 361, janvier.
- Ricœur, P. 2010. « L’argent : d’un soupçon à l’autre », Esprit, n° 361, janvier.
- Simmel, G. 1900. Philosophie de l’argent, Paris, puf, réédition 1984.
- Supiot, A. 2005. « Lier l’humanité : du bon usage des droits de l’homme », Esprit, n° 312, février.
- Supiot, A. 2010. L’esprit de Philadelphie. La justice sociale face au marché total, Paris, Le Seuil.
Mots-clés éditeurs : argent citoyen, argent spéculatif, culture du résultat, don, marché total, mythologie, pratiques monétaires, rapport à l'argent, représentations de l'argent
Date de mise en ligne : 26/06/2011
https://doi.org/10.3917/empa.082.0041