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Article de revue

Cette continuité n'a pas de prix...

Pratiques de transmission dans un club de prévention : Circuits jeunes

Pages 90 à 95

Citer cet article


  • Mantel, S.
(2003). Cette continuité n'a pas de prix... Pratiques de transmission dans un club de prévention : Circuits jeunes. Empan, no50(2), 90-95. https://doi.org/10.3917/empa.050.0090.

  • Mantel, Sylvie.
« Cette continuité n'a pas de prix... : Pratiques de transmission dans un club de prévention : Circuits jeunes ». Empan, 2003/2 no50, 2003. p.90-95. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-empan-2003-2-page-90?lang=fr.

  • MANTEL, Sylvie,
2003. Cette continuité n'a pas de prix... Pratiques de transmission dans un club de prévention : Circuits jeunes. Empan, 2003/2 no50, p.90-95. DOI : 10.3917/empa.050.0090. URL : https://shs.cairn.info/revue-empan-2003-2-page-90?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/empa.050.0090


1 L’acte de transmettre n’est pas prémédité ; il se déroule dans le temps, dans une longue habitude de penser et d’être ensemble. Ainsi en est-il de nos enfants quand, au détour d’une conversation, on retrouvera des mots déjà dits, des positions déjà annoncées, des « convictions » déjà partagées. Et c’est eux alors qui nous ramèneront au fil que, peut-être, on avait un peu oublié ; c’est eux qui redonnent sens, qui le prolongent, qui l’ancrent dans la réalité.

2 Ainsi en est-il aussi de nos pratiques professionnelles, avec nos collègues, les jeunes, les anciens, avec les usagers, les jeunes, les anciens, à chaque fois une histoire partagée.

3 C’est l’objet de cet article : la transmission ne se fait jamais à sens unique ; elle s’inscrit dans un processus de reconnaissance mutuelle.

4 Pour illustrer mon propos, je partirai d’un court métrage réalisé avec Jacques Tchao dans le cadre de l’atelier vidéo du service ; ce film Ici là-bas éclaire dans la suite de l’article comment ce processus est à l’œuvre dans nos pratiques à Circuits jeunes et dans nos relations de travail, comme un regard partagé qui donne à chacun l’occasion de se situer et de trouver sa place.

Un film… pour revisiter nos histoires

5 En 1998, je revoyais souvent Chanh ; il avait 27 ans et reparlait beaucoup de ce qu’il avait fait avec nous, quinze ans en arrière : les circuits, le Cheval bleu, l’Âge d’or, le Cirque, le Voyage… et surtout de tous ces accueillants du réseau qu’il lui avait été donné de rencontrer. Il voulait les revoir, leur dire merci, leur raconter qui il était devenu.

6 Ce jeune homme est mort dans un accident de voiture le 18 mars 1999 et je me suis retrouvée à pleurer avec ceux qui l’avaient aimé, connu, et en particulier ses amis de la cité Tabar.

7 Je leur racontai le projet que Chanh avait eu, avec Jacques, de faire un film sur la générosité… et ils m’ont dit : Sylvie, ce film, on va le faire. Voilà comment on a passé beaucoup de temps à se parler et à se reparler, de nous et d’eux, pour se comprendre et entendre ce que chacun avait à dire de lui-même, de son histoire et de tout ce qu’on ne raconte jamais.

8 Ce film nous a réunis à six au printemps 1999 : Hamed, Français d’origine algérienne ; Aziz, Algérien ; Jean-Marc, Français ; Daovi, Française d’origine laotienne, comme son cousin Chanh. Tous habitent la cité Tabar ; les trois jeunes hommes sont des « anciens » de Circuits jeunes, service de milieu ouvert créé en 1984 sur le quartier ; Jacques Tchao est réalisateur, moi-même je travaille à Circuits jeunes depuis sa création.

9 De l’histoire des autres, nous constations qu’ils ne connaissaient rien, mais de leur propre histoire non plus. Face au projet de faire un film sur Chanh, notre première démarche avait été de rencontrer les parents de Daovi, venus avec les parents de Chanh en 1976 du Cambodge vers la France. Daovi profitait de ce dîner chez ses parents pour glaner quelques informations de son père, qui répondait aux questions que Jacques et moi lui posions. Avec une carte du Sud-Est asiatique, je tentais de retracer l’exode familial du Vietnam, du Cambodge et du Laos.

10 Dans un deuxième temps, je les ai invités chez moi, dans ma maison, pour un week-end de trois jours, et puis une autre fois pour diffuser le pré-montage et choisir la musique, et, régulièrement nous faisions le point certains soirs au Ricochet, ou chez Jacques, ou chez l’un ou l’autre.

11 Ces moments chaleureux et simples participent de ce processus de reconnaissance qui facilite la transmission ; on ne transmet pas à des gens qu’on ne connaît pas. Durant les séances de tournage, ils étaient seuls face à la caméra. Ils me parlaient à moi, certes, qui les connaissais depuis longtemps, mais aussi à Jacques, lui-même enfant d’immigrés, de père chinois et de mère ukrainienne, très attentif à ce qu’ils se positionnent à la fois dans leur parcours migratoire mais aussi sur la place qu’ils occupent aujourd’hui.

12 Jacques leur a révélé leur place d’adulte à la charnière d’une histoire héritée et d’un présent à construire. Sur ma place à moi, les quatre me reconnaissent la fidélité à une histoire commune, et mon engagement. De ma place de témoin, je suis porteuse de la mémoire de Circuits jeunes dans le quartier.

Rituels autour de la mort : des moments forts de transmission…

13 Ces questions ont été très prégnantes. À la mort de Chanh, c’est Jean-Marc qui me servait de guide pour m’expliquer les codes à respecter et qui me présentait à la famille de Chanh. Tous les jeunes présents s’en remettaient aux anciens de la communauté pour la visite du chaman et pour décider de la date de l’incinération. C’est précisément lors de cette cérémonie qu'Aziz a réagi très fortement ; à la fois choqué et bouleversé face à une tradition qu’il découvrait et qui lui révélait l’éloignement, l’étrangeté et toutes ces questions qui allaient surgir par la suite sur nos origines, nos histoires, nos cultures, en fait notre ignorance de l’autre. L’ensemble de ces interrogations constitue comme un puzzle, le sujet du film.

14 Quelques mois plus tard, Aziz et Valérie, sa femme, ont perdu une petite fille à la naissance. Aziz, dans une recherche personnelle pour retrouver la religion musulmane, mais ignorant le rite d’enterrement, a recours à son père pour assumer et assurer l’organisation et le bon déroulement de la cérémonie. Son père, qu’il décrit comme silencieux, fatigué, sans échange avec ses enfants, prend immédiatement en compte la demande de son fils et lui intime l’ordre de ne plus pleurer, comme le prescrit la religion. Durant la cérémonie, non seulement il est le guide de son fils dans les gestes à accomplir mais, surtout, devant la douleur et « l’étrangeté » de Valérie à tout ce rituel, il déroge à la tradition en imposant à la communauté d’autres façons de faire qui respectent et donnent une place entière à la jeune femme. Aziz est réconforté de cette présence et soulagé, enfin, de partager l’émotion avec lui.

15 Le père l’introduit dans la communauté, non dans un rapport de soumission au rite, mais dans le respect des différences parmi les personnes présentes, dans une dimension d’universel.

Rapports de filiation…

16 Ces quatre jeunes gens ont entre 27 et 30 ans ; cet âge-là n’est pas étranger au questionnement sur soi. Deux d’entre eux sont pères… Aziz raconte comment sa fille découvre à 7 ans que son père est arabe et l’oblige alors à revendiquer son origine et sa culture, au risque d’être menacé de reniement.

17 Les positions de Hamed sont à l’opposé : son père refuse de communiquer avec lui en français et a refusé une fois de l’emmener en Algérie ; lui, en réponse, ne lui parle pas en arabe et se détache de l’Algérie ; il s’affirme laïc et dénonce l’hypocrisie de la religion. Aziz et Hamed sont amenés à se positionner par rapport à leurs enfants, dire qui ils sont, l’un dans la continuité, l’autre dans la rupture ; l’un s’appuie sur ses racines ; l’autre compte sur ses propres forces. Mais tous deux sont très ouverts à leurs enfants qui, disent-ils, devront faire leur chemin et assumer leurs choix.

18 Leur positionnement respectif et différent est connu de tous, assumé, mais jamais sujet à un questionnement ou au débat. C’est ainsi. C’est ce qui marque principalement la « culture quartier », pour reprendre le mot d’Hamed : « De toute façon, on ne pose pas de question quand soi-même on a peur de la réponse. »

Le quartier, un creuset culturel

19 L’amitié de ces jeunes gens s’est construite sur un mode fusionnel : « Je ne connais pas ton histoire mais je sais qui tu es » ; jamais de questions aux parents ni entre eux. Le quartier est vécu comme un creuset culturel qui a largement dépassé les différences.

20 C’est là-dessus qu’ils ont construit leurs convictions : la solidarité en premier lieu sur un fort ressenti du racisme et de l’injustice sociale. Ils sont comme des frères et on ne touche ni à l’un, ni à l’autre, qu’il soit maghrébin, asiatique, français, gitan, africain. On pourrait parler de tribu s’ils n’étaient pas curieux à ce point de l’extérieur ; les soirées passées ensemble nous ont révélé les nombreuses bagarres et règlements de comptes à l’occasion de refus d’entrée en boîte de nuit ou des remarques qu’il leur faut entendre.

21 Tout se dit en réaction, en relation à l’autre. Ce mode fusionnel rend la séparation impossible, plus encore le travail de deuil. Non pas Daovi, mais les trois jeunes gens ont refusé d’employer ce terme et ont manifesté une certaine panique quand se profilait la fin du film, donc nos séances de travail en commun. Ils nous ont transmis leur mode relationnel car, d’une certaine façon, aujourd’hui, on ne peut se rencontrer sans demander des nouvelles des autres, et quand l’un ou l’autre traverse un mauvais moment, il nous vient immédiatement à l’idée de nous inviter à passer une soirée ensemble. L’explosion d’azf a particulièrement provoqué ces attentions mutuelles.

22 On ne peut pas parler à leur égard d’un engagement politique, mais les questions posées tout au long des interviews ont révélé un mode d’être au monde où le droit à l’égalité pour tous est prioritaire, donc le respect de la place de tout un chacun dans la société française, quelle que soit son origine, donc le vote des immigrés…

23 Les situations de discrimination personnelle qu’ils ont vécues les ont amenés à affirmer des positions collectives de refus du racisme et de l’injustice.

24 Si l’histoire objective de leurs parents est absente de leurs discours, ils ne sont pas moins héritiers d’une culture familiale qu’ils assument, d’un quartier qu’ils revendiquent, et de l’histoire de Circuits jeunes qu’ils vivent, du moins pour les trois et avec Chanh qu’ils évoquent comme une référence très forte.

25 Ce film est un témoignage sur lequel ils ne souhaitent pas débattre ; ils assument leur parole devenue publique, sans aucune arrière-pensée ; ils sont fiers que leurs propos soient reçus avec autant d’émotion. Et les spectateurs reconnaissent avoir eu le temps de les écouter, de les apprécier, de dépasser les clichés habituels et de les aimer.

Ils existent pour nous et nous existons pour eux

26 Ce qui pourrait apparaître comme une résistance au changement est une grande chance : celle d’être depuis dix-neuf ans dans ce service… Les retours sur héritage sont nombreux.

27 Le dérisoire de notre travail au quotidien est souvent source de frustration pour les jeunes professionnels. Il devient au fil du temps source d’émotion, de rire, prend sens comme un fil qui se déroule. Car tous refont l’histoire à leur façon, avec des détails insoupçonnés, sur des rencontres, des moments de colère, de découragement, des gags, des discussions, des repas, des soirées, des découvertes ; à chaque fois, ils la racontent avec bonheur et beaucoup de reconnaissance à notre encontre. Car, de fait, cette histoire partagée fait repère pour eux. Cette continuité n’a pas de prix. Ils viennent nous dire qui ils sont devenus, au moins donner des nouvelles, parfois demander un coup de main, vérifier que nous sommes toujours là.

28 Notre présence au quotidien nous met à une place de témoin dépositaire d’histoires personnelles et collectives. Elle crée aussi des liens de voisinage ; j’aime beaucoup ouvrir les volets le matin à Circuits jeunes et dire bonjour aux passants, demander des nouvelles… J’ai l’impression de faire vraiment partie du quartier ; c’est sans doute cela, le lien social, dont il est si difficile de rendre compte dans nos rapports d’activité. Cette continuité prend d’autant plus de sens quand ils viennent nous confier leur souci de tel ou tel jeune qui dérape et partager nos préoccupations sur des situations sociales.

29 Ces trois jeunes gens du film nous ont proposé leur aide pour accompagner et encadrer, voire accueillir chez eux, un de ces petits qui défrayent la chronique du quartier. Au-delà même d’une dette, ils sont généreux et solidaires. Ce sont évidemment les valeurs d’humanisme qui prévalent dans nos services.

30 J’ai en tête ce jeune homme que j’ai tenté d’aider pendant longtemps, qui est parti et a disparu du service. Il revient dix ans après avec une jeune fille mineure, certainement dans un réseau de prostitution ; très ponctuel au rendez-vous pris par téléphone, il avait pensé à moi pour l’aider et peut-être lui proposer un séjour rupture chez un accueillant du réseau, comme lui-même l’avait vécu. Ce qui était remarquable, c’était la justesse de son analyse, de son positionnement par rapport à cette jeune fille, sa connaissance des protocoles de travail du service et l’adéquation de sa démarche avec la proposition éducative.

Responsabilité personnelle et collective

31 Il nous arrive souvent de dire aux jeunes professionnels, aux élèves éducateurs qu’il est important dans toute analyse d’une situation de partir de soi, de dire je. Avec l’expérience (et l’âge, bien sûr !), on s’autorise à parler, à dénoncer, à affirmer des positions citoyennes qui ne suivent pas forcément le chemin de la compréhension éducative et qui ne respectent pas les protocoles habituels. Je pense en premier lieu à la situation des jeunes filles dans les quartiers. Je suis, bien sûr, pour leur apporter en priorité une écoute et un soutien, sans toutefois devenir leur complice ; il nous faut annoncer des positions très claires qui écartent toute tentative de récupération car, dans le même temps, nous avons à rencontrer les parents. Il est de notre responsabilité de dire notre désaccord sur les interdits qu’ils posent. Nous savons qu’ils sont pris, eux aussi, dans les contradictions de leur culture, mais la compréhension ne suffit pas. Ces jeunes filles privées de sorties et de loisirs, amenées parfois de force au mariage, soumises au bon vouloir de leur frère, ont à puiser les forces en elles-mêmes pour sortir de la dissimulation et du mensonge, et inventer des stratégies de négociation. Le chemin est long et douloureux, et le conflit inévitable. La transmission ne peut se faire qu’au prix de ces ruptures successives.

32 Parallèlement, nous devons rester à leur côté. Un des soutiens que nous privilégions est de favoriser la prise de parole, les témoignages, les rencontres, loin des parasitages du quartier. Un autre court métrage a été ainsi réalisé par l’atelier vidéo : Paroles de filles qui, mois après mois, circule dans les associations, sert de support à des débats… Se créent alors la complicité, la connivence entre elles et, au-delà, le passage à une parole collective. La transmission signifie alors le passage à une responsabilité partagée. De la somme des histoires individuelles qui pourraient les laisser au statut de victime, elles trouvent ensemble des forces et des formes pour résister et revendiquer une place à part entière.

33 Ce travail de transmission n’est pas concevable sans la confiance et les liens de proximité que nous avons évoqués au début. Le passage au collectif apparaît également dans la mise en place des réseaux, personnes-ressources, points d’appui, professionnels de compétences diverses… Là encore, il s’agit de reconnaissance mutuelle, de respect… Je pense au réseau pour la compréhension des phénomènes qui nous préoccupent beaucoup et qui sont pesants dans le quotidien, celui de la religion en est un : voir les petits faire le ramadan, des plus grands en faire un obstacle à la communication, d’autres s’enfermer dans les contradictions… c’est difficile. Nous ne sommes plus dans la mission éducative stricto sensu mais dans l’appréhension globale de la vie dans le quartier.

34 À cet effet, s’est créé il y a un an un collectif interculturel : maison de quartier de Bagatelle, Partage Faourette, association Le Ricochet, Circuits jeunes ; pour penser ensemble. L’objectif est de partager avec les jeunes les questions qui nous agitent, d’inviter des personnes-ressources « autorisées » à parler (M. Weber, professeur d’arabe à l’utm). Jeunes, adultes, habitants du quartier ou du centre-ville, chômeurs, travailleurs sociaux ou poètes, sommes invités à comprendre, se comprendre, réfléchir sur notre rapport à la vie et au monde. Les passages qui s’opèrent là ne sont plus de notre seule place d’éducateur mais bien d’une foule d’individus qui se retrouvent sur une responsabilité à partager.

L’engagement

35 Dans ces expériences, l’éducateur, comme tout un chacun, est confronté à son propre questionnement, ses doutes, sa révolte et ses capacités ou envies de réagir. Des collectifs d’habitants se créent actuellement sur des questions qui nous concernent tous : le rapport aux enfants, l’insécurité, l’habitat… chacun d’entre nous peut y participer de plein droit et bousculer à cette occasion les représentations figées des relations entre travailleurs sociaux et usagers.

36 En février 2002, un de mes collègues, Richard Laporte, participait à une délégation civile en Palestine avec le mouvement des Motivé-e-s. La résonance de ce voyage dans le quartier a pris une ampleur inattendue : les jeunes passaient au service pour demander des nouvelles ; certains l’attendaient à son retour ; d’autres sont venus discuter avec lui ou l’ont apostrophé dans la rue. Une exposition de photos est restée à Circuits jeunes durant trois mois et plusieurs débats ont eu lieu à Partage Faourette, au Ricochet, à la maison de quartier… Cet acte a certes rompu l’antagonisme entre éducateurs et jeunes, mais surtout entre Blancs et Arabes, et, dans le climat que nous connaissons, c’est un acte très important. Leur regard a changé ; un détail, c’est la remarque de ce jeune habitant de la Faourette, dans la crainte du soir des élections du 21 avril : « Oui, mais lui (Richard), c’est un Français sur qui on peut compter. »

37 L’équipe, avec le collectif interculturel, a relayé toutes les initiatives faisant suite à ce voyage : accueil d’une équipe de footballeurs de Gaza, collaboration avec trois professeurs d’histoire-géo du collège Stendhal pour travailler ensemble avec les classes de 3e sur le conflit du Moyen-Orient, intervention de M. Weber, de l’utm, diffusion du film Promesses au cinéma Utopia, visites régulières de l’expo. Ces actions ont montré à quel point nous pouvions être de plain-pied avec les jeunes habitants. Deux femmes du quartier se sont retrouvées traductrices, des jeunes filles ont écrit des messages de bienvenue lorsque les jeunes gens de Gaza sont venus, et une jeune fille a proposé de recevoir un groupe d’enfants palestiniens. Un collectif s’est monté aujourd’hui sur ce projet d’accueil basé sur la solidarité ; ce qui illustre la nécessité de travailler avec eux sur le don.

38 Le collectif interculturel s’est renforcé dans l’idée de ne pas laisser les professeurs travailler seuls ces questions avec les élèves ; il s’agit là encore d’une responsabilité collective d’adultes pour prendre en compte, ensemble, des problèmes d’actualité ou des points du programme, sources de tensions, tels que l’histoire des religions avec les cinquième. La vie au collège, aujourd’hui, dans ce quartier sinistré après azf, est difficile et c’est à chacun de se mobiliser pour tenter de l’améliorer.

39 Ce que j’écris n’est pas uniquement de mon fait ; je pense que transmettre, c’est aussi laisser la place. Je fais, bien sûr, référence à l’équipe de Circuits jeunes, où collaborent les jeunes collègues et les anciens. J’ai conscience de l’intérêt de l’histoire du service parce qu’elle m’est renvoyée par l’équipe et par le quartier, et j’en suis fière. Mais je veille à ce qu’elle ne soit pas un poids ou un frein. Le travail décrit dans cet article est une réalisation d’équipe, que ce soit l’atelier vidéo, les voyages, le collectif interculturel, la mobilisation sur les collectifs d’habitants.

40 Chacun participe de ce dont il est porteur, de sa place et de ses compétences, et, bien sûr, de ses convictions. Et je retrouve en réunion d’équipe ce que je disais en introduction de la résonance des mots et des positions déjà énoncées. Le fil se déroule et ce sont les jeunes éducateurs qui le reprennent pour l’enrichir et le légitimer.