Langue officielle, langue seconde, langue proche, langue voisine... Bref, l'italien dans tous ses états !
- Par Mariella Causa
Pages 419 à 448
Citer cet article
- CAUSA, Mariella,
- Causa, Mariella.
- Causa, M.
https://doi.org/10.3917/ela.136.0419
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- Causa, M.
- Causa, Mariella.
- CAUSA, Mariella,
https://doi.org/10.3917/ela.136.0419
Notes
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[1]
La Constitution italienne a été appliquée le 1er janvier 1948.
-
[2]
Frioulan, ladin, allemand, slovène, occitan, français, franco-provençal, albanais, grec, sarde, catalan et croate (loi du 15 décembre 1999 n° 482).
-
[3]
STE n° 148, Strasbourg 5 novembre 1992.
-
[4]
T. de Mauro, 1970 : 43.
-
[5]
A. Varvaro, 2001 : 45-47.
-
[6]
Dans différents dialectes, il existe des dictionnaires bilingues italien/dialecte et la production poétique en dialecte est très riche.
-
[7]
L’écrivain napolitain Erri De Luca résume fort bien cette idée lorsqu’il dit dans le roman Non ora, non qui à propos de l’ascension sociale de sa famille : « Nous ne parlions pas le napolitain. Nos parents se défendaient de la pauvreté et de tout ce qui les entourait avec l’italien. » (Notre traduction).
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[8]
La question des registres de langue et des différents parlers liés à l’âge ou à la profession ne sera pas abordée ici.
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[9]
Pour la suite, nous utiliserons les sigles qui correspondent au nom des régions en italien : VDA (Val d’Aosta), TAA (Trentino Alto-Adige), FVG (Friuli Venezia-Giulia).
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[10]
Les régions à statut spécial sont : le Val d’Aoste, le Trentin Haut-Adige, le Frioul Vénétie Julienne, la Sicile et la Sardaigne.
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[11]
Il faut également ajouter qu’une langue étrangère est introduite à l’école moyenne (collège) comme le prévoient les Programmes Officiels nationaux.
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[12]
Les informations que nous donnons sur le VDA apparaîtront au lecteur beaucoup plus détaillées et beaucoup mieux documentées que celles dont nous disposons pour les deux autres régions mentionnées. En effet, d’une part, la diffusion des travaux sur l’enseignement bilingue du VDA est très étendue en France pour des raisons évidemment linguistiques et compte tenu également des échanges avec ce pays ; d’autre part, l’accessibilité à ces travaux est rendue possible grâce à la grande disponibilité des collègues valdôtains, disponibilité dont nous n’avons pas toujours bénéficié dans les autres cas.
-
[13]
Il faut quand même dire que, à l’heure actuelle, l’italien est la langue la plus parlée, donc dominante.
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[14]
Cette politique se reflète par exemple dans l’italianisation immédiate de la topographie et des noms de famille qui seront rétablis par la suite.
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[15]
Rappelons que, au VDA, les recherches-actions sur l’éducation bilingue et sur la formation sont très avancées et, mis à part l’efficacité et l’engagement des organismes régionaux (IRRE-Institut régional de recherche et éducation, inspection,…), elles bénéficient d’une collaboration scientifique de plusieurs universités françaises et suisses spécialistes dans le domaine (l’université de Grenoble, l’ENS, l’université de Neuchâtel).
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[16]
Ce qui peut avoir comme effet négatif une maîtrise linguistique/discursive partielle dans les deux langues. En effet, si par exemple la matière X est enseignée en français et la matière Y en anglais, il est probable que l’apprenant ne saura pas maîtriser le même savoir dans les deux langues.
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[17]
« Cette co-présence des langues dans la mise en place des savoirs donne lieu non à répétition dans une langue de ce qui a été fait dans l’autre, mais à des modes multiples d’articulation selon les disciplines, selon les phases du travail, selon les supports utilisés, selon le degré de maîtrise ou d’assurance linguistique de l’enseignant, selon le type de contrat didactique qui prévaut entre apprenants et enseignant pour une tâche ou une séquence donnée. Une telle approche, pour complexe et délicate qu’elle soit, n’est-elle pas de nature à induire, dans l’ensemble du curriculum, des démarches pédagogiques nécessairement différenciées et des formulations langagières suffisamment diverses pour que cette variété ait une incidence positive tant sur le développement des connaissances disciplinaires que sur l’appropriation des instruments linguistiques ? » (D. Coste, 2000 : 93).
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[18]
On appelle Dolomites les Alpes du nord-est.
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[19]
Nous tenons à remercier Theodor Rifesser, directeur de l’Institut pédagogique ladin, pour les informations qu’il nous a bien voulu délivrer sur le système scolaire des vallées ladines.
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[20]
Loi régionale du 31 août 1972 n° 670.
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[21]
Dans les régions où la langue ladine est parlée, deux possibilités sont proposées à l’école : soit le ladin est utilisé en tant que la langue médium, soit en tant que matière d’enseignement/ apprentissage. Plus récemment, un modèle d’enseignement intégré (allemand-italien-ladin) a été proposé dans des classes-pilote à l’école primaire.
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[22]
Nous nous excusons auprès du lecteur du manque de détails sur l’enseignement bi/plurilingue au FVG. En effet, malgré notre insistance auprès des organismes concernés, aucun document ne nous a été fourni.
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[23]
Loi régionale du 22 mars 1996, n° 15.
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[24]
D’après les documents dont nous disposons (((www. uoc. es/ euromosaic. web).
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[25]
Loi du 23 février 2001, n° 38.
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[26]
Loi régionale du 15 février 1999, n° 4.
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[27]
Comme établi par l’article 4 de la loi n° 482 de 1999.
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[28]
Intitulé « Éducation, formation, recherche : enseigner et apprendre, vers la société cognitive », ce document fixe comme quatrième objectif la maîtrise de trois langues européennes par l’ensemble de la population. (J.O. des Communautés européennes 14 septembre 2000).
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[29]
Intitulé « Éducation, formation, recherche : les obstacles à l’apprentissage », le Livre vert souligne que l’apprentissage d’au moins deux langues européennes est une condition indispensable pour profiter et bénéficier des possibilités professionnelles et personnelles offertes par le marché unique. (J.O. des Communautés européennes 14 septembre 2000).
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[30]
Statistiques du MEN, direction de l’enseignement scolaire, 14 novembre 2002 (((www. eduscol. education. fr).
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[31]
Comme le souligne l’auteur : « La France, pour ce qui touche l’enseignement officiel des langues étrangères, se caractérise par l’offre la plus diversifiée du monde, et de loin, parce que vingt langues possèdent un CAPES au moins. » (idem : 91).
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[32]
Il ne faut cependant pas oublier que l’Italie est la cinquième puissance économique mondiale !
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[33]
En ce qui concerne les représentations liées à l’italien, nous lisons chez J. Billiez : « Aimée par sa musicalité et liée à une culture passée et présente particulièrement créative et raffinée, les seuls freins à cette attraction unanime se situent dans son inutilité du fait de sa « moindre importance dans le monde », qui, associée à une image de langue facile, contribueraient parfois à ridiculiser ses apprenants […] » (1997 : 404).
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[34]
Les manuels en question ont été élaborés par des francophones et publiés par des maisons d’édition françaises.
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[35]
Ce vaste problème ne sera pas abordé dans cet article.
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[36]
Il y a à peine quelques années, pendant une rencontre entre l’inspecteur de l’académie de Paris et les enseignants d’italien du collège et du lycée, nous avons été très impressionnée d’entendre dire – comme si cela était une découverte majeure – que l’italien servait à communiquer…
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[37]
Rappelons que le traité qui marque la naissance de la Communauté européenne a été signé à Rome en 1957 !
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[38]
La base de l’espéranto, dont l’auteur était un ophtalmologue polonais L. L. Zamenhof, a été publiée pour la première fois en 1887.
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[39]
Il s’agit d’une pratique ancienne déjà utilisée par exemple par les locuteurs des langues scandinaves.
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[40]
Au sujet des langues « voisines », le Cadre européen commun de référence pour les langues (2000) souligne que : 1 toute connaissance d’une langue est partielle; 2. toute connaissance partielle est aussi moins partielle qu’il n’y paraît; 3. savoir une langue, c’est savoir aussi déjà bien des choses de bien d’autres langues, mais sans toujours savoir qu’on les sait (130). Ce qui est tout à fait dans la lignée des deux projets que nous mentionnons ici.
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[41]
Soulignons que depuis des cours sur l’intercompréhension des langues romanes sont organisés par différents organismes et universités.
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[42]
Nous ferons ici une synthèse des étapes et des objectifs principaux du programme. Pour plus de détails, nous renvoyons au numéro 104 de la revue Études de Linguistique Appliquée (1996), au numéro 28 de la revue LIDIL (2003) et au site wwwww. galanet. free. fr
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[43]
Laboratoire de Linguistique et Didactique des Langues Étrangères et Maternelles dirigé à l’époque par Louise Dabène et, depuis quelques années, par Jacqueline Billiez.
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[44]
Les articles sans renvoi de page ont été lus dans leur version web.
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[45]
Centro di Documentazione e Ricerca per la didattica della lingua francese.
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[46]
Pour plus de détails, nous renvoyons à J. Billiez 1994 et 1997.
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[47]
Comme le souligne J. Billiez (1994) : « Les représentations doivent donc être élucidées dès le départ car elles constituent des filtres qui peuvent limiter voire entraver les perceptions, les motivations et les comportements. Elles peuvent diminuer les rendements didactiques, il est donc nécessaire de les faire émerger pour que les sujets améliorent la mobilisation de l’ensemble de leurs savoirs acquis pour faciliter la compréhension écrite d’une langue voisine. »
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[48]
Que nous qualifierons, à la suite de M. Slodzian (1997), de quelque peu « étriquée ».
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[49]
Ce qui montre bien le passage d’une centration sur l’enseignement à une centration sur l’apprenant et à la prise en compte du comment ce dernier apprend, donc sur les processus d’apprentissage (démarche cognitive).
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[50]
C. Degache et M. Masperi (1998) soulignent bien que « la contrastivité était un atout insuffisamment mis à profit jusqu’à présent, notamment dans le cadre de l’entraînement à la compréhension ». Pour les auteurs, la contrastivité peut se manifester à deux niveaux : explicitement lorsqu’on compare les systèmes en présence afin de mettre en évidence leurs spécificités; implicitement lorsqu’on ne souhaite pas alourdir les descriptions – rappelons qu’il s’agit d’apprenants débutants – et que l’on se limite à travailler sur les spécificités de la langue cible.
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[51]
B. Py soulignait déjà ce point essentiel dans un article publié en 1984 (cf. bibliographie).
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[52]
Université Lyon II; universidad de Aveiro; universitat autònoma de Barcelona; universidad complutense de Madrid; università di Cassino; unité de technologie de l’éducation (Mons-Hainaut) et università di Pisa.
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[53]
Pour plus de détails, voir le numéro spécial (janvier 1997) de la revue Le Français dans le Monde et l’ouvrage EuRom4. Méthode d’enseignement simultané des langues romanes, 1997, La Nuova Italia Editrice, Florence, Italie.
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[54]
A. Valli et J.-M. Debaisieux parlent de « l’acquisition de compétences passives permettant de lire des textes en langues romanes étrangères » (2000 : 143). Précisons que dans cet article les deux auteurs parlent du programme EuRom4 et également d’une autre expérience menée par le CRAPEL (Centre de Recherche et d’Applications Pédagogiques en Langues, université de Nancy II) depuis 1997 dans laquelle la méthode développée par l’équipe EuRom4 a été appliquée.
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[55]
Comme le soulignent les auteurs, le contenu des textes choisis « fondé sur une sorte de « savoir partagé », n’exige pas une initiation à la culture et à l’histoire des différents pays. » (1997a : 71). Cependant puisque « La lecture des textes de presse fait appel à toutes sortes de connaissances du monde, qui n’ont rien à voir avec l’apprentissage des langues, et dont l’ignorance ferait obstacle à la lecture, même dans sa propre langue. » (A. Valli et C. Blanche-Benveniste, 1997 : 110), certains mots qui peuvent faire obstacle, les sigles par exemple, doivent être expliqués d’emblée.
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[56]
« […] nous avons favorisé les ressemblances, en pensant qu’elles étaient toujours enrichissantes, même lorsque, au début, elles font faire quelques erreurs. » (idem : 89).
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[57]
« Pour utiliser les inférences, il faut absolument avoir lu l’ensemble de la phrase et même avoir une idée générale du texte. La compréhension ne peut pas du tout se faire mot par mot. » (C. Blanche-Benveniste, 2001).
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[58]
Par certains appelée la technique du « mot vide ».
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[59]
« Les tableaux morphologiques, pièce maîtresse de l’enseignement des langues romanes, devaient être adaptés. Ils devaient, pour nous, répondre à deux impératifs. Nous voulions qu’ils soient conçus comme des documents laissés à la disposition des participants, à titre de références, à consulter quand le besoin s’en fait sentir, sans contrainte pour les apprendre en un temps donné. Ils devaient être présentés dans une version réduite, contenant surtout les formes les plus fréquentes qu’ils rencontraient effectivement dans les textes » (C. Blanche-Benveniste, idem). Les auteurs tiennent également à préciser que le fait d’exploiter la comparaison « ne prétend pas fournir une “grammaire comparée” » (1997 : 69).
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[60]
Pour cette partie, et malgré nos requêtes insistantes auprès de certains membres du programme, nous ne disposons malheureusement que d’un article de E. Castagne qui date de 2001. Nous nous excusons auprès des lecteurs.
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[61]
Ce stage a été effectué à l’université de Nice-Sophia Antipolis.
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[62]
L’adjectif nouvelle renvoie ici à une langue jamais apprise auparavant.
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[63]
Le cours se déroule à raison de 1h30 par semaine (cours de langue proprement dit et réflexion sur l’apprentissage comprise) sur 25 semaines, soit la durée d’une année universitaire. Les modalités d’évaluations sont des tests d’évaluation linguistique en contrôle continu et un journal de bord d’apprentissage que les étudiants rédigent au fur et à mesure et qu’ils rendent à la fin de l’année sous forme de synthèse. L’on pourrait en conséquence dire que la langue est à la fois objet d’apprentissage et objet de discours.
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[64]
Les autres « langues nouvelles » proposées à l’UFR sont : l’arabe, le tchèque, le japonais, le grec moderne, le lingala.
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[65]
(K) « […] le climat général était positif, et cela a, je crois, grandement favorisé l’apprentissage. Personnellement en effet, je déteste tout enseignement qui est trop rigoureusement scolaire. Je crois que les contraintes et les codes rigides qui structurent souvent les cours de langue, notamment au collège, constituent davantage des obstacles à l’apprentissage que des stimulations, car ils ont tendance à inhiber les élèves, plutôt qu’à les encourager à écouter le professeur et à prendre la parole. Ce cours d’italien était au contraire plus libre et détendu, voire même parfois convivial, a permis au contraire un investissement apparemment efficace de l’ensemble des élèves. ».
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[66]
Nous avons choisi l’un des rares manuels se réclamant de l’approche communicative écrit par des Italiens : le manuel UNO (Gruppo Meta, Bonacci editore, Roma, Italie).
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[67]
Le fait d’en parler explicitement nous semble déjà constituer, à lui tout seul, un exemple significatif d’une bonne connaissance du latin !
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[68]
Remarquons par ailleurs comment, au niveau des représentations, les apprenants raisonnent souvent en termes de « locuteur natif idéal ».
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[69]
J. Billiez (1994) note que cette sécurité « amène les apprenants à mobiliser avec efficacité leur potentiel cognitif ».
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[70]
Sur l’évolution des représentations, voir B. Py, 2000.
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[71]
C’est la raison pour laquelle nous pensons qu’un travail ultérieur de mise en commun avec l’enseignant de langue, dont l’objectif ultime serait – comme c’est le cas pour Galatea et EuRom4 – l’élaboration de matériel pédagogique, serait souhaitable.
1Dans la première partie nous parlerons de l’italien en Italie. Nous donnerons un aperçu de la situation linguistique italienne contemporaine avant de nous arrêter plus longuement sur une particularité de ce pays : les régions dites à statut spécial dans lesquelles deux – ou plusieurs – langues sont parlées dans la vie de tous les jours et dans lesquelles l’enseignement est de ce fait bi/plurilingue. Nous aborderons ensuite, dans la deuxième partie, la situation de l’italien en France et cela sous deux aspects : d’une part, nous verrons quelle est la place occupée par l’italien dans l’enseignement des langues vivantes enseignées à l’école et d’autre part pourquoi on parle de l’italien comme d’une « langue minoritaire ». Dans la partie 3, nous verrons quelle place occupe l’italien parmi les autres langues européennes. Nous ferons référence plus particulièrement à deux projets d’envergure qui ont vu le jour dans deux universités françaises, l’université de Grenoble (Galatea) et l’université de Provence (EuRom4), et dont l’objectif a été l’élaboration d’outils théoriques et pédagogiques pour l’intercompréhension des langues romanes. Enfin, à partir de l’enseignement de l’italien comme langue nouvelle dans le cursus de Licence FLE à l’université de Paris III, nous montrerons – tout en sachant que notre expérience se situe dans un contexte tout à fait autre et que les objectifs ne sont pas les mêmes – les points de convergence avec les programmes que nous avons cités. En nous appuyant sur les journaux de bord d’apprentissage rédigés par les étudiants, nous aborderons de manière plus détaillée deux points qui nous tiennent spécialement à cœur : les interférences entre langue maternelle et langue étrangère et les représentations liées à cette dernière. Autrement dit, nous essayerons de voir comment les étudiants arrivent à gérer les interférences avec la langue voisine/proche à partir des représentations objectives et subjectives que véhicule l’apprentissage de l’italien dans un travail d’auto-observation.
1. L’ITALIEN EN ITALIE
2L’Italie n’est pas, comme on le croit souvent, un pays homogène au plan linguistique. La langue officielle est l’italien, mais d’autres langues coexistent avec elle. C’est à partir de 1946, avec la rédaction de la Constitution italienne [1], que des efforts ont été faits pour sauvegarder, et dans certains cas réhabiliter, les minorités linguistiques et culturelles des régions frontalières de l’Italie. Mais il faudra attendre 1999 pour que l’État reconnaisse officiellement l’existence en Italie de douze autres langues [2] et cela en accord avec les principes de la Charte Européenne des langues régionales ou minoritaires [3]. En Italie, les langues minoritaires ou régionales ont différentes origines : il existe des langues romanes comme le sarde ou le francoprovençal, mais aussi des langues slaves, le grec, l’allemand et l’albanais. Dans les zones où ces langues sont parlées, la loi tutélaire italienne de 1999 prévoit leur emploi dans l’administration, la justice, l’enseignement et les médias.
1.1. Quelques repères
3L’italien est une langue romane qui prend ses origines dans le latin vulgaire. Rappelons que le latin vulgaire est la variante parlée du latin classique : le latin classique est une langue figée et écrite, alors que le latin vulgaire est une langue soumise aux changements historiques, politiques et sociaux, elle évolue en conséquence avec le temps.
4Ce que nous appelons aujourd’hui « italien » était à l’origine le dialecte parlé en Toscane et dont la suprématie avait été assurée par la diffusion des œuvres littéraires des grands écrivains du XIV e siècle : Dante, Pétrarque et Boccace. C’est seulement au XIX e siècle que l’italien devient la langue nationale. En effet, l’unification de l’Italie est tardive, elle date à peine de 1860, et c’est à partir de ce moment que l’on ressent la nécessité d’une langue commune dans tout le pays. Jusqu’alors, dans les différents états et républiques, on parlait des langues locales qui, comme c’était le cas du toscan, de manière plus au moins directe et de manière plus ou moins « épurée », étaient un mélange du latin tardif et des langues des différents peuples envahisseurs. C’est là que réside une des raisons de la complexité de la situation linguistique italienne. Il est par ailleurs intéressant de remarquer que, lorsque le pays a été unifié, les analphabètes représentaient 75 %, et que seuls 2,5 % de la population pouvait être qualifiée d’« italophones » [4]. Par ailleurs les statistiques montrent que le pourcentage d’Italiens qui déclaraient parler le dialecte en famille, entre 1974 et 1982, était encore très élevé. Cela était (et est encore) étroitement lié à l’appartenance sociale, à l’âge et, enfin, au lieu de résidence (campagne vs ville) [5].
5Outre une différence entre langue écrite et langue orale – différence beaucoup moins marquée qu’en français – on distingue normalement en italien quatre niveaux de langue : la langue nationale, l’italien régional, le dialecte régional et le dialecte local. Pour la langue nationale, comme c’est le cas pour d’autres langues, on parle aujourd’hui d’italien « standard », ce terme désignant une réalité assez floue. Pour l’italien, comme pour d’autres langues, l’on peut dire plus exactement que la variété de langue la plus répandue est celle parlée à l’école et utilisée par les médias. L’italien régional est une langue très proche de la langue nationale; sa spécificité est avant tout observable au niveau phonétique et dans une moindre mesure aux niveaux lexical et syntaxique. Le dialecte régional est une forme intermédiaire entre l’italien régional et le dialecte local; plus précisément, ses caractéristiques sont diffuses au niveau d’une région et il est « purgé » des formes jugées les plus « stéréotypées » qui sont, elles, typiques des dialectes locaux. Quant à ces derniers, l’Italie en garde un nombre très élevé. L’on peut dire sans exagération que chaque ville, voire chaque village dans certains cas, a son (ses) propre(s) dialecte(s). Il faut également souligner que les dialectes sont, dans la majorité des cas, des vraies langues avec leurs structures et grammaire propres et qu’ils existent tant sous la forme orale que sous la forme écrite [6]. D’une manière générale, le dialecte reste stigmatisé au niveau social [7]. L’on peut simplifier en disant que dans les classes moyennes (cet adjectif est employé dans les deux sens : niveau social moyen et niveau culturel moyen) l’on parle l’italien standard avec des caractéristiques de l’italien régional et des expressions ponctuelles en dialecte. Ces dernières sont beaucoup plus riches sur le plan sémantique et créent une certaine connivence entre les individus provenant d’une même ville, d’une même région ou d’une même zone géographique. La différence entre dialecte et langue nationale se situe en conséquence aux plans de leur diffusion – celle des dialectes étant beaucoup plus limitée et circonscrite par rapport à celle de la langue nationale qui est beaucoup plus large –, de leur codification et également du prestige social. Ce sont les trois critères de distinction que nous retenons entre la langue nationale et les différentes formes de dialecte en Italie. À la lumière de ce que nous venons de dire, nous considérons que le répertoire linguistique d’un locuteur italien est constitué au moins de quatre variétés : l’italien dit standard, l’italien régional, le dialecte régional et le dialecte local [8].
6Une dernière spécificité linguistique de l’Italie est l’existence de trois régions officiellement bilingues qui, pour des raisons historiques, culturelles et politiques, ont deux langues officielles (l’italien plus une autre langue) et sauvegardent des langues minoritaires encore parlées dans certaines zones limitrophes ou isolées : elles sont de ce fait des régions à proprement parler plurilingues. Cela revient à dire que, dans ces régions, l’italien tout en gardant le statut de langue officielle peut tenir selon les cas le rôle de langue première ou le rôle de langue seconde, de langue dominante ou de langue dominée. Les trois régions officiellement bi/plurilingues sont : le Trentin – Haut Adige (italien – allemand – ladin), le Val d’Aoste (italien – français – franco-provençal et langues walser) et le Frioul Vénétie – Julienne (italien – slovène – frioulan – allemand) [9]. Ces trois régions sont administrativement des régions dites à statut spécial [10] c’est-à-dire qu’elles bénéficient d’une plus grande autonomie par rapport au pouvoir central et cela principalement dans les domaines éducatif et législatif ainsi que le souligne l’article 116 de la Constitution italienne. Mais le point le plus important à signaler est que, contrairement au reste du pays, ces trois régions sont officiellement bi/plurilingues et que le système scolaire est, en conséquence, bi/plurilingue [11].
1.2. Les régions bilingues
7Dans les régions bilingues italiennes, l’enseignement est depuis longtemps bi/plurilingue, mais ce bilinguisme n’a été officialisé qu’au lendemain de la seconde guerre mondiale avec le passage de la monarchie à la république et avec la rédaction de la Constitution. L’adaptation, et ensuite l’application, des programmes nationaux aux exigences linguistiques et culturelles de ces régions a été longue et parfois difficile, mais l’on peut dire que, à l’heure actuelle, de véritables modèles d’enseignement bi/plurilingue ont été mis en place par les régions concernées.
1.2.1. Le VDA (Val d’Aoste) [12]
8Le Val d’Aoste se situe au nord-ouest de la péninsule entre la Suisse (au nord), la France (à l’ouest) et le Piémont (au sud-est). Cette région est, depuis 1948, une région officiellement bilingue; l’italien et le français sont par conséquent à égalité dans le système administratif et éducatif [13]. Mais la situation linguistique est beaucoup plus complexe. En effet, outre les deux langues officielles, d’autres langues et dialectes sont présents, plus spécialement : le franco-provençal et les langues walser qui appartiennent à la famille germanique. En somme, comme le souligne G. Porté (1998 : 67) l’on pourrait dire que « Cette petite région de montagne ne connaît sans doute aucun habitant monolingue ».
9À l’origine du bilinguisme au Val d’Aoste, il y a des événements historiques et politiques. Au XVI e siècle, le français remplace progressivement le latin et devient la langue de l’administration, de l’église et de l’école jusqu’à l’unité de l’Italie en 1860. À partir de ce moment, l’état imposera, de manière plus ou moins énergique, l’italien en tant que langue officielle. Après une forte politique d’italianisation pendant le régime fasciste, politique qui arrête tout processus de sauvegarde et de protection des minorités linguistiques de la région [14], la république italienne reconnaîtra officiellement la particularité linguistico-culturelle du VDA et le français sera ainsi reconnu comme l’une des deux langues officielles. C’est donc à partir de 1948 que le français est enseigné à l’école avec l’italien, mais il faudra attendre les années 90 pour que le français devienne lui aussi une des deux langues d’enseignement et que le système éducatif devienne de ce fait à proprement parler bilingue. La bilingualisation du système éducatif valdôtain sera graduelle : l’école primaire sera officiellement bilingue à partir de 1988; à l’école moyenne (collège) en 1994; au lycée à partir de 1996 même si les premières expériences d’éducation bilingue ont démarré quelques années auparavant.
10À l’heure actuelle, le système éducatif du VDA représente à juste titre un modèle pour l’éducation bilingue [15]. Sa spécificité réside dans l’emploi des micro-alternances, c’est-à-dire dans l’emploi des deux langues dans un même cours. En effet, dans certains modèles d’enseignement bilingue, souvent une matière X est enseignée avec une des deux langues et une matière Y est enseignée avec l’autre (ce qu’on appelle la macro-alternance ou alternance programmée), l’emploi des deux langues ne se fait donc pas de manière simultanée [16]. Or, au VDA les deux langues officielles alternent tout naturellement dans la vie de tous les jours – il s’agit bel et bien d’une spécificité socioculturelle de la région – et les locuteurs – parmi lesquels les enseignants de tous les degrés de l’enseignement et de toutes les matières – sont bilingues. Cette spécificité a été en conséquence appliquée à l’enseignement. En d’autres termes, les deux langues sont utilisées pour la même matière à cette exception près : les cours sont organisés en séquences et pour chaque séquence une langue de base (que l’on pourrait également appeler langue de départ) est choisie. Ainsi :
Pendant les séquences en langue française, l’italien peut être gardé en tant que roue de secours. Par contre, le recours au français se fait dans une communication en italien, pour des raisons d’économie ce qui a été appris en français se dit plus rapidement en français. (G. Porté, idem : 77)
12L’emploi de la micro-alternance n’est aucunement aléatoire, mais répond, ainsi que nous venons de le montrer, à des stratégies d’enseignement/ apprentissage précises. Par ailleurs, pour l’enseignant d’une matière non-linguistique, la micro-alternance peut être employée pour faire face à des difficultés d’ordre linguistique dans sa matière; de même, pour les apprenants, la micro-alternance contribue à la co-construction des savoirs dans les deux langues et à une réflexion métalinguistique. Plus particulièrement au niveau de l’interaction, les micro-alternances aident l’enseignant à gérer le groupe-classe et les apprenants à interagir spontanément entre eux sans avoir peur de l’erreur [17].
1.2.2. Le TAA (Trentino Alto-Adige)
13Le TAA est une région située au nord-est de l’Italie. Frontalière avec l’Autriche au nord, la Vénétie au sud-est et la Lombardie au sud-ouest, elle a été définitivement annexée par l’Italie en 1919 après avoir été longtemps sous domination austro-hongroise. Comme nous l’avons évoqué plus haut, trois langues – donc trois communautés linguistiques – sont présentes dans cette région : l’italien; l’allemand en Haut Adige et le ladin qui est une langue romane parlée dans quelques vallées situées dans les Dolomites [18]. Son emploi s’étend ainsi géographiquement au-delà des limites administratives de la région.
14Depuis 1948, l’italien et l’allemand sont les langues d’enseignement à l’école : elles ont le même statut et leur nombre d’heures est égalitaire. En même temps, dans les régions où cette langue est parlée, le ladin est introduit dans les curricula scolaires à raison de 1-2 heures hebdomadaires [19]. Le système scolaire en Haut Adige est officiellement bilingue italien/allemand de l’école primaire au lycée depuis les années 70 [20], et, dans les zones où il est parlé, le ladin est la troisième langue d’enseignement [21]. La plupart des écoles de la région peuvent avoir l’italien et l’allemand soit en tant que langue première, soit en tant que langue seconde; dans les deux cas, l’enseignement de la langue dite seconde est obligatoire. L’objectif principal des programmes des différents degrés d’enseignement et des différentes matières est donc un bilinguisme équilibré dans les deux langues qui sont ainsi à la fois objet d’apprentissage et medium d’apprentissage. La situation devient plus complexe dans les zones trilingues : ici, l’élève est plongé graduellement dès le premier jour de la première classe de l’école primaire dans une immersion allemand/italien (qui sont donc ses langues étrangères) à laquelle s’ajoute le ladin (qui est sa langue maternelle) comme langue véhiculaire. La deuxième classe de l’école primaire prévoit l’enseignement régulier de la seconde langue étrangère (italien ou allemand) pour arriver à l’enseignement dit paritaire en troisième classe. La caractéristique la plus saillante de ce modèle d’enseignement trilingue à l’école primaire est le fait que, tout en gardant un nombre égalitaire d’heures pour l’italien et l’allemand, c’est l’enseignant qui décide comment alterner les deux langues dans la classe. D’une manière générale, on choisit de faire cours une semaine en italien et une semaine en allemand de façon à ce que l’élève ait les mêmes compétences linguistiques dans les deux langues. L’on voit en conséquence que l’italien et l’allemand prennent le dessus sur le ladin qui, lui, est enseigné à raison d’un cours de deux heures par semaine. Cette répartition des trois langues est maintenue au collège et au lycée.
1.2.3. Le FVG (Friuli Venezia-Giulia)
15 [22] Le FVG est une région située au nord-est de l’Italie : elle se trouve entre la Slovénie à l’est, l’Autriche au nord et la Vénétie au sud. Par sa position géographique ainsi qu’en raison des événements politiques qui ont vu ses frontières géographiques changer fréquemment tout au long de ces deux derniers siècles – raison pour laquelle on emploie maintenant l’expression « frontière mobile » – la situation linguistique de cette région apparaît fort complexe. En effet, mis à part l’italien, trois autres langues sont présentes. Ces langues, qui ont été reconnues officiellement comme langues minoritaires historiques avec la loi de 1999, sont :
- le frioulan qui, ainsi que le ladin, est une langue rhéto-romane très différente de l’italien et des autres langues limitrophes. C’est une langue employée encore par la plupart de la population de cette région, même si une baisse importante a été enregistrée chez les jeunes ces dernières années. La loi régionale pour la sauvegarde et la valorisation du frioulan date de 1996 [23]. Cette langue est présente dans l’enseignement en tant que langue facultative [24];
- le slovène parlé dans la zone frontalière proche de la Slovénie. Après avoir été reconnue en tant que langue minoritaire, une loi a été votée pour sa sauvegarde et sa valorisation par le Parlement en 2001 [25]. Des écoles slovènes ont été créées à partir des années 70;
- l’allemand qui est parlé dans la zone frontalière, plus précisément dans les communes appartenant géographiquement à la Carinthie et qui, avant la première guerre mondiale, faisaient partie de l’empire autrichien. La loi pour la sauvegarde et la valorisation de l’allemand a été votée par la région en 1999 [26].
16À partir de la publication de la Charte Européenne de 1992, que nous avons évoquée plus haut, ces régions appliquent, au même titre que les pays dans lesquels existent des minorités linguistiques, les mesures de valorisation et de protection des langues minoritaires ou régionales dans des domaines essentiels tels que l’enseignement, la justice, l’administration et les médias. La seule différence réside dans la gestion de ces mesures. En effet, le VDA, le TAA et le FVG, en tant que régions à statut spécial, gèrent la situation linguistique spécifique et les financements alloués par l’État ou par la Communauté Européenne au niveau régional.
17En ce qui concerne le domaine qui nous intéresse plus spécialement, à savoir les retombées du plurilinguisme sur l’enseignement, la Charte Européenne établit, d’une manière générale et nullement directive, l’emploi (total ou partiel) des langues minoritaires ou régionales de l’école maternelle à l’université et propose également la création de cours pour les adultes ainsi que la mise en place d’une formation initiale et continue pour les enseignants. Dans tous les cas, la Charte Européenne prévoit la création d’organismes de contrôle « chargés de suivre les mesures prises et les progrès réalisés dans l’établissement ou le développement de l’enseignement des langues régionales ou minoritaires, et à établir sur ces points des rapports périodiques qui seront rendus publics ». Plus particulièrement pour l’Italie, la loi de 1999 envisage l’emploi de(s) langue(s) minoritaire(s) ou régionale(s) dans l’enseignement d’activités pédagogiques/de disciplines non linguistiques de l’école maternelle au collège. Ce point est également géré au niveau régional. Ainsi, par exemple, au VDA l’école obligatoire prévoit dans son ensemble des programmes bilingues et au TAA – ainsi qu’il a été précisé plus haut – nous avons des cas d’éducation trilingues. Dans d’autres cas, comme au FVG, ce sont les parents qui le souhaitent qui font une demande officielle [27] à l’établissement concerné pour qu’un enseignement de la langue minoritaire soit donné aux enfants.
1.3. L’italien langue étrangère
18Outre les nombreux centres et écoles aux statuts variés disséminés sur le territoire national, deux universités sont spécialisées depuis longtemps dans l’enseignement de l’italien aux étrangers en Italie : l’université de Sienne et l’université de Pérouse. Ces universités assurent également depuis peu des formations pour les enseignants d’italien langue étrangère. En effet, contrairement à la France, aucune formation spécifique en didactique des langues étrangères n’était dispensée, aucun diplôme national n’était délivré dans les universités italiennes jusqu’à très récemment.
19Les universités pour étrangers de Sienne et de Pérouse se sont beaucoup investies dans la création d’une certification de connaissance de l’italien langue étrangère qui soit reconnue à l’étranger et qui permette aux étudiants qui l’obtiennent de s’inscrire à l’université en Italie. L’université de Sienne a élaboré et délivre depuis 1992 la CILS (certification de l’italien langue étrangère) qui en 1998, après avoir été adaptée aux niveaux établis par le Conseil de l’Europe, a été reconnue par le Ministère des affaires étrangères. L’université de Pérouse, de son côté, a élaboré et délivre depuis 1993 la CELI (certification de langue italienne). L’absence d’un diplôme unique, comme cela est en revanche le cas pour le DELF et le DALF en France, montre le manque d’une politique linguistique forte en Italie. En effet, ce sont ces deux universités qui ont pris des mesures efficaces pour la création des certifications – jusqu’alors inexistantes – ayant une valeur internationale et qui ont permis de hisser l’italien au même rang que les autres langues européennes.
2. L’ITALIEN EN FRANCE
20Depuis la publication du Livre blanc en 1995 [28] et du Livre vert en 1996 [29], apprendre plusieurs langues européennes à l’école est fortement recommandé pour que les citoyens européens puissent profiter pleinement de la libre circulation sans crainte de l’incompréhension linguistique, mais surtout afin qu’ils puissent bénéficier de toutes les ouvertures professionnelles et personnelles qu’offre le marché unique. Ainsi, l’italien est parmi les langues étrangères proposées dans l’enseignement secondaire français comme première, deuxième ou troisième langue vivante (LV). Selon les dernières statistiques du Ministère de l’éducation nationale [30], le nombre d’étudiants qui apprennent l’italien en France est en augmentation constante. Cependant, il est vrai que, dans la répartition des élèves étudiant une LV1 au collège, les langues choisies sont avant tout l’anglais (89 %) et l’allemand (10,1 %), l’espagnol occupe la troisième place loin derrière avec 0,7 % et les autres langues (sans préciser davantage) 0,2 % des effectifs. Et c’est dans ces 0,2 % qu’il faut donc compter l’italien. La situation s’améliore dans les statistiques de la LV2; ici, l’on voit apparaître l’italien bien clairement dans une case à part en quatrième position (6,6 %) derrière, dans l’ordre décroissant, l’espagnol (65,6 %), l’allemand (16 %) et l’anglais (11,2 %). Ainsi, à tort ou à raison, l’italien est considéré comme une langue minoritaire et classé parmi les langues vivantes lesmoins enseignées dans le système scolaire français. Mais, encore faudrait-il en connaître la raison. Est-ce, ainsi que le souligne L. Porcher (2003) dans un récent article sur l’enseignement des langues vivantes en France, parce que l’offre potentielle de langues proposées [31] ne correspond pas aux réelles possibilités de choix offerts aux étudiants ? Ou bien, est-ce parce que l’italien n’est pas une langue « rentable » au même titre que l’anglais ou l’espagnol [32] ? Les statistiques officielles ne semblent pas chercher plus avant, mais il est vrai que cela n’est pas non plus leur objectif. Un facteur souvent évoqué est l’éloignement/proximité géographique de la langue du pays dans lequel la langue est enseignée. Si on regarde de plus près les statistiques, les académies où les étudiants qui apprennent l’italien sont les plus nombreux sont : Grenoble, Nice, Marseille, Lyon, Nancy-Metz. Ces statistiques montrent que le critère de distance géographique n’est pas le seul critère pertinent. Il ne faut en effet pas oublier les raisons historiques et économiques qui lient l’Italie à la France, notamment la forte émigration des Italiens dans les différentes régions de la France, y compris les régions du nord-est; ce qui explique par exemple le nombre important d’étudiants dans l’académie de Nancy-Metz. Par conséquent, les facteurs qui peuvent expliquer pourquoi une langue est minoritaire et plus ou moins enseignée/apprise sont multiples et de diverses natures. Nous pouvons citer la proximité/l’éloignement géographique, certes, mais aussi la proximité/l’éloignement du système linguistique et encore l’utilisation/diffusion de cette langue, les supports didactiques, l’offre de l’école, la formation des enseignants, etc. Bien évidemment, ces mêmes facteurs contribuent de manière essentielle à la construction de représentations autour de la langue en question [33].
21À cet égard, dans l’un de nos travaux publié en 1995, nous avons proposé une analyse de deux manuels utilisés au collège et au lycée (manuels qui sont encore utilisés aujourd’hui) [34]. Dans cette analyse, nous avons pu remarquer que l’image de l’Italie véhiculée par les documents/supports/activités proposés était avant tout celle d’une « culture savante ». Cette image correspond bien à un stéréotype souvent évoqué par les étudiants selon lequel l’italien est une langue de culture (art, littérature, musique,…). Mais de quelle culture parle-t-on ? Dans l’ensemble, nous pourrions définir ces manuels scolaires de traditionnels et cela pas uniquement au plan de la méthodologie utilisée [35]. Nous utilisons ici l’adjectif traditionnel dans le sens des contenus abordés qui donnent de l’italien l’image d’une langue à regarder plutôt que celle d’une langue pour communiquer. L’Italie de tous les jours ne semblerait pas assez noble pour en faire un thème d’étude, ni pour en faire une « culture » à part entière : le décalage entre culture savante et culture quotidienne y apparaît ainsi de manière nette. Dans ce contexte, l’italien donne de lui-même une image statique, figée, hors du temps alors qu’il est avant tout une langue vivante qui bouge comme toutes les langues parlées [36]. En d’autres termes, l’italien apparaît d’une certaine façon lointain non pas sur le plan spatial, mais plutôt sur le plan diachronique (M. Cavalli et alii, 2001 : 86).
3. L’ITALIEN EN EUROPE : LES PROGRAMMES D’INTERCOM-PRÉHENSION DES LANGUES ROMANES
22Dès 1958, le Conseil des Ministres de la CEE retient parmi les langues officielles de la communauté l’italien. Cela veut dire que le choix des langues se fait non pas en fonction de leur degré d’utilité (et non pas de leur statut de langues minoritaires), mais en fonction du rôle joué dans la communauté [37]. L’élargissement graduel de l’Union Européenne a mené à l’introduction de toutes les autres langues des pays concernés. Nous en sommes depuis peu à vingt-cinq.
23Notre propos n’est pas de rappeler les problèmes de politique linguistique ou les problèmes liés à l’intercompréhension et à la gestion de toutes les langues au sein de l’Union, ni de revenir sur les différents points de vue autour de la prédominance de l’anglais en tant que langue véhiculaire de communication. Nous voudrions juste dire que, à partir de l’augmentation du nombre des pays intégrés dans l’Union européenne, le problème de l’intercompréhension se pose. La réponse a semblé être à un certain moment l’invention d’une langue artificielle créée ex novo : l’espéranto [38] qui aurait dû jouer le rôle d’une langue véhiculaire permettant l’intercompréhension et l’intercommunication internationale, souhait quelque peu utopique à nos yeux. Mais, au-delà de toutes ces considérations que nous laisserons aux experts du domaine, une idée chemine, celle de l’intercompréhension plurilingue. De nombreux projets ont ainsi vu le jour en Europe dans les années 90. En France, ce sont deux équipes qui ont travaillé autour des langues romanes : l’équipe Galatea, pilotée par l’université Stendhal – Grenoble III, qui a proposé un programme sur la compréhension d’une langue romane au choix et l’équipe EuRom4, pilotée par l’université de Provence, qui a travaillé sur la compréhension simultanée de quatre langues. Le dénominateur commun de ces programmes est le principe selon lequel un locuteur d’une ou plusieurs langues voisines, dans ce cas précis les langues romanes, peut accéder assez facilement à la compréhension d’une (d’)autre(s) langue(s) romane(s) inconnue(s) [39]. Il s’ensuit des changements de taille dans la méthodologie de l’enseignement/apprentissage des langues étrangères et dans la manière de voir l’apprentissage. Lors de la première étape, dans les deux programmes, l’objectif visé est une initiation/sensibilisation à la langue cible [40] en travaillant une seule compétence à la fois et cela selon un ordre qui n’est absolument pas laissé au hasard : dans les deux programmes, le point de départ est la compréhension écrite. En ce qui concerne l’apprentissage, l’on voit clairement que le « comment lit-on ? » en langue étrangère, donc l’aspect cognitif du processus, est le point de départ de toute démarche pédagogique : ce qui compte est de prendre conscience des stratégies mises en œuvre par l’apprenant face à des textes en langue(s) voisine(s) étrangère(s) et de transférer en langue étrangère les stratégies mises en œuvre en langue maternelle. Les différences entre les deux projets se situent surtout au plan de la méthodologie adoptée. Mais voyons maintenant de plus près les points de force des deux programmes [41].
3.1. Le programme Galatea
24 [42] Le programme européen Galatea, coordonné comme nous l’avons évoqué plus haut par l’université de Grenoble III – Stendhal et plus précisément par le LIDILEM [43], se développe autour d’une idée-force selon laquelle il faut sauvegarder une diversité linguistique européenne et, pour ce faire, il faut donner la priorité à l’intercompréhension (L. Dabène, 1996) [44]. Le programme commence en 1991 et se donne comme objectif final l’élaboration de matériel pédagogique apte à assurer rapidement aux sujets d’une langue maternelle romane la compréhension écrite et ensuite orale d’une autre langue romane. Le programme se développe pendant deux périodes : de 1991 à 1995 et de 1996 à 1999. Pendant la première période les financements viennent du ministère de la recherche et de la technologie, de la DRED, de l’Union Latine, du programme pluriannuel en Sciences Humaines de la région Rhône-Alpes et les partenaires sont : les universités de Barcelone, de Madrid, d’Aveiro, de Neuchâtel, de Bucarest, de Salerne, de Lyon II et de Paris VIII. Depuis 1996, Galatea fait partie du programme Socrates et il est financé en conséquence par la Communauté européenne. Les partenaires sont les universités de Barcelone, de Madrid, d’Aveiro et le centre Do. Ri. F. [45] (université de Cassino). Dans la première période, que l’on qualifie de période pré-didactique (L. Dabène, idem), six langues sont concernées : le français (souvent la langue de départ), l’italien, l’espagnol, le catalan, le roumain, le portugais. Dans la seconde période, phase d’élaboration de matériel pédagogique, on limite les langues à quatre : le français, l’espagnol, l’italien et le portugais (langues de départ et/ou langues d’arrivée).
3.1.1. Les trois phases du programme
25La première étape du programme Galatea a visé, d’une part, le recueil de données empiriques chez des locuteurs de langues maternelles différentes (francophones, hispanophones, lusophones, italophones) pour comprendre les stratégies mises en œuvre pour accéder au sens d’un document écrit ou d’un document oral dans une langue romane inconnue. D’autre part, il s’est penché sur les représentations que les sujets se faisaient de l’apprentissage d’une langue dite « voisine » de la leur. Pour le premier point, la méthode a développé une forme d’apprentissage par dissociation de compétences (L. Dabène, 1994; C. Degache et M. Masperi, 1995) et a considéré la compréhension écrite comme un passage obligé en tant que stratégie en direction du plurilinguisme roman (C. Degache, 1997). L’idée sous-jacente est que si traditionnellement dans l’enseignement/apprentissage d’une langue étrangère on est plutôt méfiant en matière de proximité des langues surtout en début d’apprentissage, c’est parce que l’on pense avant tout à la production langagière. En revanche, si l’on se tourne immédiatement vers la compréhension écrite de la langue cible, si l’on change en conséquence de perspective pédagogique en passant d’une approche globale visant simultanément les quatre compétences à une approche par compétences dissociées, « le processus de transfert véhiculé par la relative transparence des deux codes est susceptible de devenir un atout majeur pour une entrée accélérée et gratifiante dans la LE […] » (M. Masperi, 1997 : 491-492).
26Pour le module initial, c’est-à-dire pour la compréhension écrite, comme cela a été le cas pour le programme EuRom4 que nous détaillerons plus loin, le programme a fait appel aux outils empruntés à l’approche globale des textes, approche selon laquelle le lecteur doit passer par le « connu » (transfert de connaissances, redondance des indices, appui sur d’autres langues,…) afin de pouvoir être en mesure de déchiffrer l’« inconnu » (la compréhension globale en langue cible). Le travail sur les textes était suivi par des entretiens dont le but était d’avoir un retour sur les stratégies de décodage adoptées par les apprenants. Pour ce faire, un protocole de récolte de données commun aux différentes équipes a été mis en place.
27Par ailleurs [46], une série d’enquêtes a été réalisée pour essayer de dégager les représentations et attitudes que les locuteurs de langue maternelle romane avaient sur les autres langues romanes ; cette mise à jour étant jugée essentielle pour l’élaboration de matériel pédagogique. L’accent a été mis plus particulièrement sur le degré de familiarité et sur la notion de proximité en tant que facteurs intervenant, entre autres, dans la mise en place de stratégies d’accès au sens en langue étrangère [47]. Il est alors clair que, dans une perspective didactique, le but des enquêtes était de faire émerger le « statut informel » (J. Billiez, 1997 : 401) des langues concernées.
28La première phase du programme Galatea a mené à quelques conclusions fort intéressantes :
-
Du côté de l’apprenant et de l’intervention pédagogique : la nécessité de
guider l’apprenant d’une langue proche à la recherche d’indices significatifs pendant l’activité de lecture. En effet, deux attitudes ont été remarquées chez l’apprenant de langue maternelle romane apprenant une autre
langue de la même famille : soit la perte de points de repères, ce qui fait
qu’il n’arrive pas à transférer ses connaissances/stratégies de lecture
d’une langue à l’autre (notamment au niveau de la compétence textuelle),
soit le « n’importe quoi » en ce sens que, puisque la langue est proche,
l’apprenant ne s’attarde pas sur les difficultés de transfert (C. Degache,
1997). D’où la nécessité d’élaborer des outils pédagogiques qui puissent
faire prendre conscience, et donc rendre efficaces, les stratégies d’inférence (cf. deuxième phase). Plus particulièrement, dans les observations
effectuées, on constate que chaque locuteur a montré des parcours/des
stratégies de lecture variés et dans la majorité des cas, la proximité entre
les langues a été « exploitée »; selon les auteurs, cela a été possible avant
tout parce que les apprenants se trouvaient dans une situation qui n’était
pas institutionnelle et qu’ils n’avaient de ce fait pas la crainte de l’évaluation. Autrement dit, leur prise de risque vis-à-vis de la lecture était plus
importante. En résumé, ainsi que le soulignent C. Degache et M. Masperi
(1995) :
[…] tous les lecteurs déclarent avoir recours aux similitudes de la langue cible avec la langue source, mais aussi bien la conscience de la proximité des langues (sa portée effective) que la confiance qu’ils y portent varient sensiblement et peuvent donner cours à des cheminements diversifiés.
- Du côté des langues antérieurement apprises : les observations menées avec des étudiants francophones ont montré que l’apprentissage antérieur du latin ne constitue en général pas un avantage réel dans l’intercompréhension des langues romanes à une exception près : le cas d’apprenants qui ont un niveau très avancé dans cette langue. Par contre, il semblerait que l’apprentissage d’une autre langue romane joue un rôle décisif et cela à deux niveaux opposés. Soit la proximité est jugée néfaste puisqu’elle génère des interférences négatives ; soit elle est considérée comme un facteur de facilité extrême, ce qui démotive l’apprenant vis-à-vis de la langue romane inconnue. Il est en conséquence clair que les attitudes des sujets à l’égard de la proximité d’une langue étrangère sont étroitement liées à la représentation qu’ils ont sur cette notion et qu’elles peuvent avoir une influence certaine sur l’apprentissage.
29La deuxième étape du programme concerne l’analyse contrastive pour chaque couple de langue afin de constituer un inventaire des obstacles linguistiques à la compréhension (C. Degache, 1997). La réflexion se fait donc à partir de la notion de zones potentielles de résistance évoquée par L. Dabène en 1994 qui ne peuvent être réduites aux zones traditionnellement considérées comme passibles d’interférences (L. Dabène, 1996). C’est une version revisitée de l’analyse contrastive en ce sens que, dans le cas des langues voisines, il s’agit de mener (et d’amener l’apprenant à mener) une réflexion sur les zones d’ombres et les zones de transparence entre langues proches. La différence avec l’analyse contrastive des années 50 et 60 [48] réside dans la prise en compte de ce que l’apprenant met en œuvre pour apprendre une langue voisine; il ne s’agit donc plus de faire des inventaires des difficultés pour éviter la production d’interférences, mais de prendre conscience de la manière dont l’apprenant se sert de sa langue maternelle (ou d’une autre langue étrangère, donc de ce qu’il connaît déjà). Le recours à la langue maternelle étant naturel dans l’apprentissage d’une autre langue, et encore plus d’une langue de la même famille, il représente en ce sens un levier essentiel [49] (L. Dabène, idem). Autrement dit, comme le souligne encore L. Dabène (idem), cette analyse contrastive revisitée permet de passer « d’une approche purement linguistique à une approche psycholinguistique de la contrastivité » [50]. L’analyse ainsi menée aurait par ailleurs une perspective translinguistique qui devrait permettre à l’apprenant de progresser non seulement dans la langue qu’il apprend, mais aussi dans sa langue maternelle et dans les langues qu’il a déjà apprises [51]. En somme, l’analyse contrastive ainsi comprise :
[…] trouve une utilité pédagogique indéniable qui se concrétisera dans les aides qu’on fournira aux apprenants sous la forme que Besse et Porquier appellent « des informations contrastives adaptées » (1984, p. 205) et dont la portée ne devra pas être limitée au texte donné. (C. Degache et M. Masperi, 1995)
31La troisième étape consiste en l’élaboration d’outils didactiques, notamment des CD-rom. Ainsi que le précise C. Degache (1997), il s’agit d’« une étape de développement pour élaborer des documents didactiques favorisant l’auto-apprentissage et utilisant les possibilités de l’informatique et de l’hypertexte ». À partir d’expérimentations faites sur le terrain, quatre CD-rom ont vu le jour :
- Pour les francophones : un CD-rom pour la compréhension écrite de l’italien, de l’espagnol, du portugais ;
- Pour les hispanophones : un CD-rom pour la compréhension écrite et un CD-rom pour la compréhension orale du français ;
- Pour les italophones : un CD-rom pour la compréhension écrite du français ;
- Pour les lusophones : un CD-rom pour la compréhension écrite du français.
32Chaque CD-rom est constitué d’un module introductif (sensibilisation à la romanophonie et aux stratégies de lecture) et de cinq modules linguistiques : contextualisation de la lecture, lecture/compréhension globale, lecture/compréhension détaillée, phase facultative de bilan linguistique et, enfin, un bilan avec le tuteur.
3.1.2. De Galatea à Galanet
33En 2001, le programme Galatea devient Galanet, projet qui s’inscrit dans le cadre du programme Socrates II, action Lingua 2, financé avec le soutien de la Communauté Européenne (2001-2004). Ainsi que cela a été le cas pour le programme Galatea, ce projet informatique est coordonné par l’université Stendhal-Grenoble III et voit l’engagement de plusieurs équipes européennes [52]. Les langues retenues sont le français, l’espagnol, le portugais et, encore une fois, l’italien et les principes de base sont les mêmes que pour le programme Galatea, notamment l’idée de promouvoir une didactique de la proximité qui développe le plus vite possible la capacité de saisir les relations de parenté avec les autres langues de la même famille linguistique et de donner la priorité aux capacités perceptives de l’apprenant (L. Dabène, 2003). C’est la raison pour laquelle on peut parler de Galanet comme le prolongement naturel du programme Galatea.
34Le but de Galanet, qui s’adresse en priorité aux étudiants et aux adultes maîtrisant au moins une langue romane en tant que langue maternelle ou langue étrangère, est de créer « un scénario pour permettre à nos « comprenants » respectifs d’entrer en contact pour pratiquer une véritable intercompréhension » (C. Degache, 2003) en utilisant leur langue maternelle ou les langues maternelles des autres. Chaque session de formation aboutit à la création à distance d’une page web plurilingue appelée « dossier de presse » sur un thème interculturel choisi par les partenaires (C. Degache, idem). La première session de Galanet s’est déroulée de février à mai 2003 et a permis à environ 80 étudiants de communiquer entre eux.
3.2. Le programme EuRom4 [53]
35Le programme EuRom4 (1990-1997), coordonné par l’université de Provence sous la direction de C. Blanche-Benveniste, se déroule dans le cadre des projets européens Lingua. Le projet, qui était au départ un projet de linguistes intéressés par la linguistique contrastive des langues romanes (C. Blanche-Benveniste, 1997b : 5), consiste en l’élaboration d’une méthode d’enseignement dont l’objectif est de « parvenir à comprendre ce qui est écrit et ce qui est dit » (1997a : quatrième de couverture) en quatre langues romanes : le français, l’espagnol, l’italien et le portugais en se basant sur l’exploitation des « transparences » entre les langues concernées et sur la pratique d’un certain nombre d’inférences (E. Castagne, 2001). Les partenaires sont les universités de Salamanque, de Lisbonne et de Rome III. L’idée-force du programme est, comme pour le programme Galatea et dans l’optique commune de développer le plurilinguisme en Europe, qu’un locuteur adulte de langue romane maternelle dans de bonnes conditions d’apprentissage peut apprendre dans un temps relativement court à comprendre d’autres langues de la même famille linguistique, l’objectif ultime de ce programme étant que « chacun de nous devrait pouvoir se déplacer dans l’Europe du Sud en gardant sa langue pour s’exprimer et en comprenant celle des autres » (E. Castagne, idem). EuRom4 met en conséquence l’accent de manière explicite, lui aussi, sur le fait que ce qui compte est la compréhension multilingue et que la sensibilisation à la compréhension multilingue ne signifie nullement maîtrise dans les langues cibles [54]; on alloue ainsi à l’apprenant le droit à l’approximation (M. Slodzian, 1997 : 16). Pour ce faire, le programme EuRom4 plaide, lui aussi, pour une dissociation des compétences et pour une approche globale des textes et souligne enfin l’importance des compétences métadiscursives du locuteur dans la lecture en langue maternelle. Jusqu’ici, les idées essentielles ainsi que les objectifs visés sont très proches de ceux déjà évoqués pour le programme Galatea. Comme nous l’avons déjà souligné, la spécificité des deux programmes réside dans la méthodologie employée pour arriver à ces objectifs.
3.2.1. La méthode employée
36La méthode employée par le programme EuRom4 vise la création d’outils permettant aux apprenants de transférer en langue étrangère les stratégies/attitudes du « bon » lecteur qu’ils ont développées en langue maternelle et cela par le biais d’une approche globale des textes, notamment des textes de presse d’intérêt général [55], qui favorise les ressemblances entre les langues [56]. Le principe de base est alors de favoriser chez les apprenants la pratique des inférences (E. Castagne, idem) et de les mener à employer des techniques d’élagage, c’est-à-dire à « dégager une première version du texte simplifiée et remettre l’intégration des difficultés à une étape ultérieure » (C. Blanche-Benveniste, 2001) [57]. La méthode, qui pourrait être appelée « méthode de lecture par couches successives » (E. Castagne, idem), propose à l’apprenant quatre étapes de lecture chronologiquement consécutives qui se fondent sur les techniques suivantes :
- La lecture à haute voix par un natif de la langue : cette technique, qui suit une traduction du titre de l’article en question, se fonde sur un principe fort de l’approche globale des textes selon lequel l’intonation est porteuse de sens. Cela est surtout vrai lorsque les phrases sont longues ou encore lorsque leur structure est complexe (voir ci-dessous). Ainsi que le soulignent A. Valli et C. Blanche-Benveniste (1997 : 113) : « Il arrive que la lecture à haute voix, articulée lentement, permette de mieux comprendre le regroupement entre mots »;
- L’utilisation des « zones transparentes » : il s’agit d’exploiter de manière systématique les zones lexicales et syntaxiques que l’apprenant débutant juge faciles. Cette phase mène l’apprenant à centrer son attention sur les mots, énoncés ou parties d’énoncés qui sont semblables dans les différentes langues. On accepte les traductions des apprenants, mais, ainsi que le précisent les auteurs, la traduction n’est pas un objectif en soi « c’est simplement un moyen pour vérifier qu’on a pu trouver un sens convenable au texte » (1997 : 73).
- L’utilisation du « mot fantôme » [58] : dans ce cas précis, afin que les apprenants ne bloquent pas sur les mots dont la signification leur est particulièrement obscure, on leur propose de remplacer le mot en question par machin/machiner. Le fait de pouvoir continuer la lecture en utilisant le « mot fantôme » mène les apprenants à poursuivre la compréhension globale du texte, compréhension qui leur permettra dans la majorité des cas de remonter au sens du mot/verbe qui « coince ». Ceci étant dit, on demande cependant aux apprenants de reconnaître la catégorie grammaticale du mot en question. L’utilisation du « mot fantôme » aide à développer chez le lecteur en langue étrangère une stratégie primordiale, c’est-à-dire à ne pas avoir régulièrement recours au dictionnaire et à développer ses capacités à inférer le mot par le contexte qui l’entoure tant au niveau linguistique (la catégorie grammaticale) qu’au niveau extralinguistique (A. Valli et J.-M. Debaisieux, 2003 : 152).
- La réflexion sur l’ordre des constituants de la phrase : les quatre langues en question ont la structure S + V + O en commun; ce que l’on pourrait qualifier de structure de base. Or, en italien, espagnol et portugais souvent – pour des raisons de thématisation – l’ordre de la phrase change et le sujet apparaît en troisième position : O + V + S. Comme le souligne C. Blanche-Benveniste (idem), le français peut également présenter les constituants de la phrase dans cet ordre, mais les débutants n’y pensent pas et sont perturbés par ce changement. Pour que la phrase soit lisible pour l’apprenant débutant, il faut faire ressortir l’ordre S + V + O à travers différentes manipulations intraphrastiques. Il est clair que pour guider les apprenants l’emploi de certains termes métalinguistiques peut s’avérer très utile. Ainsi, les participants au programme EuRom4 ont constitué une sorte de grammaire contrastive simplifiée en quatre langues avec des symboles et des schémas adaptés au niveau des apprenants [59].
37Le programme EuRom4 a développé une méthode séduisante et cela au moins pour deux raisons : il a montré tout d’abord qu’une méthode se basant sur l’exploitation et la réactivation des connaissances des apprenants peut être un facteur de facilitation dans l’apprentissage des langues de la même famille; ensuite, que l’intercompréhension écrite simultanée de plusieurs langues « incite les étudiants à développer des réflexes simples de mise en relation d’abord du français et des autres langues mais ensuite des autres langues entre elles » (S. Caddeo et E. Vilaginés Serra, 1997 : 127).
3.2.2. L’après EuRom4
38 [60] Mis à part les nombreux stages encadrés par l’équipe EuRom4, deux prolongements du programme méritent d’être mentionnés ici. Le premier est la tentative d’appliquer la méthode EuRom4 à un public n’ayant pas une langue romane en tant que langue maternelle [61]. Cette expérience a montré l’efficacité de la méthode mise en place par le programme : en effet, les étudiants « ont atteint le même taux de réussite avec un temps de formation un peu plus long que celui prévu au départ pour les étudiants de langue maternelle romane » (E. Castagne, 2001). Cela signifierait alors que l’on pourrait élargir les programmes d’intercompréhension simultanée de plusieurs langues de la même famille à d’autres publics, notamment, ainsi que le note encore E. Castagne, à des publics qui parlent plusieurs langues et qui sont en conséquence habitués à « jongler avec elles ». Ce point nous semble être prometteur pour le développement du plurilinguisme.
39Le second prolongement est le projet ICE (Inter Compréhension Européenne) qui concerne l’élaboration d’une méthode pour l’intercompréhension simultanée et contrastive de plusieurs langues de la famille des langues germaniques, notamment l’anglais, l’allemand et le néerlandais, pour un public de francophones ayant déjà étudié une langue germanique (dans ce cas précis, l’anglais). Le travail s’est déroulé avec des étudiants de la région Champagne-Ardenne qui sont en conséquence géographiquement proches – pourrait-on dire relativement familiarisés ? – avec les langues allemande et néerlandaise. Il est clair que les langues en question sont plus difficiles à « manipuler » que les langues romanes sur lesquelles s’est fondée la méthode EuRom4. Cependant, à partir de l’approche globale de textes choisis dans les rubriques de politique internationale ou culturelle, les mêmes principes méthodologiques ont été appliqués et optimisés, notamment le travail sur les transparences entre les langues et la pratique des inférences. Malgré une difficulté majeure liée aux langues choisies, l’expérience ICE a donné de bons résultats tout comme EuRom4; ce qui conduit à conclure que cette approche « proposerait une « nouvelle » piste pour accéder à une forme d’intercompréhension européenne » (E. Castagne, idem).
4. L’ITALIEN « LANGUE NOUVELLE »
40 [62] EN MENTION FLE Depuis trois ans, nous assurons un cours d’italien comme « langue nouvelle » dans le cadre de la mention FLE de la Licence à l’université de Paris III [63]. La proximité de deux langues – la langue maternelle des étudiants (le français) et la langue nouvelle – a été pour nous une source de motivation très forte pour la mise en place et l’élaboration de ce cours. Le fait de proposer en mention FLE une langue de la même famille que la langue maternelle des étudiants n’est pas si fréquent : d’une manière générale, ce sont plutôt les langues très éloignées (aux plans de la typologie et de l’écriture) de la langue maternelle des étudiants qui sont proposées. En effet, le principe de base de ce cours étant la réflexion sur son propre apprentissage donc l’auto-observation, il est clair que les réflexes et les stratégies mis en œuvre dans l’apprentissage d’une langue nouvelle très éloignée [64] apparaissent grossis et présentent un « effet de loupe ». Or, l’on peut également renverser ce principe et l’aborder sous un autre angle : se demander plus précisément quels sont les réflexes et les stratégies mis en œuvre par l’apprenant francophone lorsqu’il se trouve face à une langue de la même famille linguistique. C’est ce que nous avons essayé de faire dans la mise en place de ce cours. Si nous tenons particulièrement à relater cette expérience c’est parce que, tout en étant consciente de la diversité du contexte et des objectifs visés, il est également vrai que quelques-unes des considérations auxquelles nous sommes arrivée rejoignent sur de nombreux points celles avancées par les équipes Galatea et EuRom4.
4.1. Particularités et objectifs du cours
41D’après notre brève présentation, l’on voit bien que l’objectif principal de ce cours est avant tout la réflexion sur son propre apprentissage : nos étudiants sont immédiatement plongés dans l’auto-observation et l’apprentissage de la langue nouvelle devient, pour ainsi dire et paradoxalement, un objectif secondaire. Quatre points caractérisent ce cours. Premièrement, le choix de la langue nouvelle est libre : ce qui constitue pour l’ensemble de nos étudiants un facteur essentiel de motivation à l’apprentissage. Deuxièmement, malgré la perception des étudiants qui trouvent les cours de langue beaucoup plus détendus que les autres cours [65], nos étudiants sont soumis à une évaluation régulière tant de leurs acquis linguistiques que de leur pratique réflexive. Troisièmement, au plan méthodologique, nous privilégions une approche de type communicative : toutes les compétences sont travaillées bien que, pendant les premiers cours, la priorité soit donnée à l’oral (compréhension et production) [66]. Enfin – et c’est là que réside, il nous semble, la caractéristique principale de ce cours – l’apprentissage et la réflexion sur ce dernier sont simultanés et non pas successifs : on apprend en réfléchissant et on réfléchit en apprenant; ce qui peut représenter chez certains étudiants un frein à l’apprentissage de la langue :
(L) Le fait de me focaliser sur mes capacités de réflexion et d’apprentissage en tant qu’étudiante d’une nouvelle langue a interféré sur mes capacités d’écoute, de compréhension et de mémorisation de l’italien.
43La proximité typologique de l’italien et du français nous a d’emblée mise face aux problèmes d’interférence et à la manière dont on pouvait s’en servir pour en faire un atout dans l’apprentissage (y avoir recours de manière judicieuse) et dans la réflexion (mettre en place une réflexion translinguistique). C’est alors sur les interférences et sur leur gestion, aspect qui nous rapproche des problématiques abordées dans les programmes sur l’intercompréhension des langues romanes, que nous avons décidé de diriger la réflexion personnelle des apprenants. Et cela d’autant plus que nous-même avons choisi d’utiliser la proximité des deux langues de manière explicite non seulement au niveau linguistique (passages d’une langue à l’autre dans le cours), mais aussi au niveau systémique (comparaisons interlinguales et travail sur les zones d’opacité/transparence). Le choix d’aborder les interférences comme objet central de la réflexion sur l’apprentissage de l’italien « langue nouvelle » nous a très rapidement confrontée à un autre problème de taille : les représentations sur une langue proche qu’ont les apprenants adultes ayant déjà vécu l’expérience de l’apprentissage d’autres langues étrangères (en famille, à l’école, sur le terrain,…). À notre avis, les deux aspects – les interférences entre les langues en présence et les représentations sur la langue qu’on apprend – ne peuvent être traités séparément car les notions de proximité/distance et de difficulté/facilité entre les langues sont étroitement liées à la représentation que l’apprenant se fait de la langue à apprendre, représentations qui interviennent dans les processus d’apprentissage.
4.2. Les journaux de bord
44Nous appuierons nos quelques réflexions sur les synthèses des journaux de bord rédigées par les apprenants en 2002-2003 et 2003-2004. Notre analyse, encore à ses débuts, se pose pour objectif ultime une meilleure connaissance des mécanismes qui influencent l’apprentissage de deux langues si proches en situation d’auto-observation et l’élaboration de matériel pédagogique le plus possible adapté à ce type d’enseignement.
4.2.1. Centration sur le lexique et décontextualisation
45Avant d’aborder de plus près les interférences et les représentations, une remarque d’ordre général mérite d’être faite : les étudiants, bien que les deux langues soient proches, ont une centration très forte sur la forme plutôt que sur le sens. Par ailleurs, les apprenants qui ont appris une autre langue étrangère de la même famille (souvent l’espagnol) et ceux qui ont appris une langue étrangère autre (surtout l’anglais) semblent réagir de la même manière. Néanmoins, si l’on revient à un point traité par l’équipe Galatea, chez nos étudiants le fait d’avoir étudié le latin semble être un facteur de facilitation à l’apprentissage, mais, et en cela nous rejoignons les remarques avancées par C. Degache (1997), cela n’est valable que pour ceux que l’on pourrait qualifier de bons latinistes [67] comme semblent en témoigner les deux extraits suivants :
(M) Par ailleurs, le recours à la langue latine m’a bien aidée pour la liste des participes passés irréguliers ou pour assimiler rapidement que « mezzo » s’accordait en genre comme « medius ». Je ne peux m’empêcher de même de penser au verbe latin « facio » pour » faccio ».
(K) À cet égard, j’ai aussi remarqué l’avantage qu’il y avait à connaître le latin (j’en ai fait quatre ans au collège et au lycée), car beaucoup de mots italiens sont évidemment des dérivés du latin, ce qui facilite leur reconnaissance et leur mémorisation. La connaissance du latin est donc une aide dans l’apprentissage de l’italien, non seulement pour le vocabulaire mais encore pour les règles de conjugaison et de grammaire.
47La focalisation massive sur les formes linguistiques (dans la majorité des cas, ainsi que les étudiants le précisent, le lexique) semble complètement effacer, tout au moins en début d’apprentissage, tous les avantages que la proximité linguistique pourrait apporter en termes d’économie dans la mise en place de stratégies d’apprentissage (les inférences) ainsi que dans l’exploitation des aspects paraverbaux (l’intonation) et non verbaux (la gestuelle). Une étudiante remarque à cet égard :
(A) Le contenu des cours est souvent humoristique, quand nos efforts d’expression orale ruinent l’aspect communicatif et que l’enseignante souligne les paradoxes que cela génère. […] Sous l’effort de la mémorisation, notre expression orale ne peut satisfaire au débit et à l’aisance d’une interaction verbale de natifs. [68]
49On pourrait alors en conclure que, dans cette phase d’apprentissage, toutes les langues sont étrangères au même titre car, malgré leur proximité, chaque élément est pris isolément, ce qui constitue pour nos étudiants à la fois un obstacle intralingual car les éléments en langue cible sont décontextualisés du reste de l’énoncé empêchant ainsi une compréhension globale en langue étrangère et un obstacle interlingual car toute facilité due à la proximité des deux langues n’est pas prise en compte. Cela montre par ailleurs l’existence d’habitudes d’apprentissage difficiles à bouleverser. En revanche, l’on remarque que les étudiants bilingues dès leur plus jeune âge ou engagés dans l’apprentissage d’autres langues étrangères depuis plusieurs années ont une vision moins étroite de la langue : ils la regardent comme un tout structuré et non pas comme un ensemble d’éléments isolés et étanches ainsi que le montrent les deux extraits ci-dessous :
(M) […] je sais que certains apprenants ont du mal à admettre l’idée d’assimiler le vocabulaire dans le contexte. Parce qu’ils n’ont pas de liste à connaître pour une date fixe, ils ont l’impression que l’on ne leur apprend pas alors qu’ils ont tous les outils.
(D) Une des premières difficultés que l’on rencontre souvent lorsqu’on commence l’apprentissage d’une nouvelle langue, c’est la grammaire : le fonctionnement même de la langue. C’est la base d’une langue. Sans la grammaire, les phrases n’auraient aucun sens, nous ne saurions pas les structurer.
4.2.2. Résurgence des interférences et modifications des représentations
51En ce qui concerne plus particulièrement l’impact des interférences et des représentations dans l’apprentissage, différentes attitudes ont été observées chez nos étudiants. Pendant les tout premiers cours, l’équivalence langue proche = langue facile semble être le réflexe majoritaire; cela mène les étudiants à avancer très vite [69] du fait qu’ils sont rassurés par la proximité linguistique (importante prise de risques) et également du fait que les premiers éléments en italien leur sont, si l’on peut dire, assez familiers compte tenu de la proximité géographique des deux pays et de la présence importante de l’Italie en France (films, pièces de théâtre, littérature, produits alimentaires, mode, restaurants,…). Dans cette phase de l’apprentissage, les étudiants ont ainsi l’agréable sensation d’apprendre facilement, sans trop d’efforts.
52Au fur et à mesure que l’on avance dans l’apprentissage et la réflexion, les interférences, avec la langue maternelle ou avec une autre langue étrangère ou seconde, semblent à la fois s’imposer et poser de sérieux problèmes. Ce que ressentent les étudiants peut être lié aux représentations dominantes (les stéréotypes) ou à leurs perceptions plus personnelles, comme le montre l’extrait qui suit dans lequel l’étudiante se sent protégée par le fait de ne pas avoir appris une autre langue romane et, en même temps, se sert de la proximité entre l’italien et sa langue maternelle :
(K) […] certains élèves étaient amenés à faire des confusions entre plusieurs langues, dévoilant ainsi les interférences qui existent entre elles. Par exemple, beaucoup d’élèves faisaient des confusions entre l’italien et l’espagnol. Je me suis ainsi rendu compte de la « chance » que j’avais de ne pas connaître l’espagnol : cela m’évitait apparemment de commettre certaines erreurs. Il m’est cependant arrivé de faire des confusions entre l’italien et le français, ce qui m’a révélé toute la proximité qui existe entre ces deux langues. Or, j’ai remarqué que cette proximité pouvait être aussi bien un inconvénient qu’un avantage : si elle est la cause de certaines erreurs, grammaticales notamment, elle est en revanche une aide dans l’apprentissage du vocabulaire. En effet, grâce à cette proximité, on peut souvent trouver un mot italien qu’on ignore en prenant simplement le mot français en lui ajoutant un – o ou un – a final […]. Plusieurs élèves, dont moi, ont utilisé ce procédé lorsqu’il s’agissait de s’exprimer à l’oral.
54D’une manière plus générale, dans les journaux de bord dont nous disposons, nous avons remarqué une attitude « méfiante » face aux interférences, mais il serait réducteur de limiter l’analyse à ce premier niveau de lecture. Cette remarque liminaire nous permet en revanche de déceler quelques comportements révélateurs chez nos étudiants. Ces comportements, qui sont liés à un moment donné de l’apprentissage, oscillent entre une attitude négative et une attitude positive vis-à-vis des interférences. Ils peuvent évoluer ou ne pas évoluer avec le temps et se résoudre à adopter l’une ou l’autre attitude ou rester entre les deux, dans l’incertitude [70]. Cela étant dit, quelle que soit leur évolution/modification, ces comportements mènent à l’emploi de stratégies de gestion variées. En paraphrasant une observation avancée par V. Castellotti et D. Moore (2002 : 17), nous pourrions dire que dans tous les cas observés ces stratégies se concentrent dans la capacité à apprécier/déprécier la distance entre langue maternelle (ou une autre précédemment apprise) et plus particulièrement « dans la capacité de gérer cette distance, de mobiliser des ressources appropriées pour la réduire ou la mobiliser ». Ainsi :
(C) […] les interférences entre les langues m’ont souvent été d’une grande aide pour retenir le vocabulaire et appliquer certaines règles. Cependant, j’ai aussi fait l’expérience de problèmes dus à ces mêmes interférences. […] Lorsque je me servais de mots de vocabulaire, il m’est arrivé plusieurs fois d’être prise de doute, de peur de confondre avec un mot espagnol sans m’en rendre compte.
[…] En effet, les mots en espagnol et en italien sont si proches que j’en arrivais à me demander lequel était espagnol, lequel était italien. […] Dans le domaine des interférences, on peut également faire rentrer le phénomène de calque sur le français dont j’ai aussi fait l’expérience.
(I) Je n’ai pas eu a priori de sérieux problèmes d’apprentissage de l’italien, cependant, je m’aperçois que lorsque je dois produire tant à l’écrit qu’à l’oral, je commets des erreurs dues à la pratique de l’espagnol. Toutefois, l’espagnol n’a pas été toujours un obstacle à mon apprentissage. […] j’ai eu tendance, en début de l’année, à travailler l’espagnol en même temps que l’italien pour m’assurer de n’avoir rien oublié. […] Mon principal obstacle en italien est né de ce rapport entre les deux langues. […] En effet, l’espagnol a trop influencé mes prestations à l’oral et mes productions à l’écrit. […] L’influence de l’espagnol n’est pas totalement négative; la langue m’a aidée à mémoriser certaines structures de vocabulaire ayant des racines communes avec le castillan. […] La similitude des deux langues m’a permis d’identifier et d’intégrer facilement le système italien dans mon esprit. Je n’ai pas avec l’italien le problème que l’on peut rencontrer avec une langue totalement inconnue.
(L) L’italien est très proche du français et de l’espagnol, ce qui m’a posé, au début de mon apprentissage, quelques problèmes d’interférences. Par exemple, j’écrivais « como » au lieu de « come », ou bien je n’arrivais pas à assimiler la combinaison des articles contractés, et j’écrivais « de la » au lieu de « della ». Mais j’ai fini par occulter les habitudes prises en espagnol en déclenchant des automatismes de prise de parole grâce à une auto-correction systématique pour ces mots très proches les uns des autres. J’avais réussi à en faire un atout. En effet, je m’appuyais sur la proximité des mots ou des règles des différentes langues que je connais (le français et l’espagnol) pour la mémorisation de l’italien […] La méthode, bénéfique au début, s’est révélée être peu pertinente lorsque le volume des leçons apprises devient plus ou moins important. En effet, en plus de retenir le mot en italien, il fallait que je me souvienne si je l’avais comparé au français ou à l’espagnol. De ce fait, j’ai arrêté de le comparer au français et je me suis appuyée sur sa forte proximité avec l’espagnol. […] Je ne sais pas si j’ai fait le bon choix en m’appuyant sur l’espagnol en tant que facteur de comparaison pour ma méthode de mémorisation car depuis, lorsque je parle en castillan, j’ai des doutes quant à l’emploi de telle règle ou de tel terme, ne sachant plus à quelle langue je dois l’attribuer. Je pense que j’aurais dû m’appuyer sur le français car, étant ma langue natale, je n’aurais pas eu ce problème d’interférences.
56Ces trois extraits montrent que les interférences ne sont pas l’apanage de la langue maternelle. Elles peuvent aussi bien être produites par la proximité avec d’autres langues apprises précédemment, dans ce cas précis une autre langue de la même famille. Leur point commun est que, en début d’apprentissage, c’est essentiellement une sensation de confusion qui suit celle de facilité due à la proximité entre les langues qui est ressentie par les étudiants. Cette confusion semble positive pour l’apprentissage. Elle mène en effet les étudiants à la mise en place progressive d’une série de tentatives visant la résolution de problèmes dans l’appropriation d’éléments en langue cible. Les extraits (I) et (L) sont significatifs à cet égard. On observe de quelle manière l’attitude des étudiants se modifie tout au long de leur apprentissage; ce qui mène parallèlement à une modification de la représentation des a priori sur l’apprentissage d’une langue proche. Le problème le plus difficile à résoudre concerne l’interférence avec des langues d’une autre famille, ou encore des interférences occasionnées non pas par la proximité linguistique, mais par la proximité de la situation vécue : la difficulté pourrait alors renvoyer non seulement à la langue, mais aussi aux conditions d’apprentissage. Les deux extraits qui suivent montrent tout d’abord le désarroi de l’étudiante (D) lorsqu’elle se rend compte que c’est l’anglais et puis l’allemand qui brouillent son apprentissage de l’italien. La solution est alors pour elle d’oublier ces langues et de se focaliser sur l’italien, mais avec le temps elle se rend aussi compte que la seule solution est… le temps. On peut ensuite constater l’étonnement de (A) lorsqu’au début elle se rend compte que ce ne sont pas les langues de la même famille qui lui posent problème, mais le fait de reproduire la même situation d’apprentissage qu’elle vit parallèlement avec l’apprentissage du turc; la résurgence d’éléments en turc – jugé sans doute trop éloigné de l’italien – sera qualifié alors de « ridicule » car inhabituelle.
(D) Une de premières difficultés à laquelle j’ai été confrontée, à ma plus grande surprise, a été l’interférence avec l’italien de l’anglais et de l’allemand (les deux langues que je connais soit par le biais de mes origines, soit par le biais de mes études). Je dis à ma grande surprise car en commençant l’italien, je n’ai jamais imaginé à un seul moment que je puisse avoir ce problème. Ces trois langues sont tellement différentes, surtout au niveau de la prononciation. Au début, j’ai même pensé que ceux qui auraient certainement plus de problèmes que moi à apprendre l’italien seraient ceux qui ont appris l’espagnol. On entend souvent dire que ces deux langues (bien que très différentes) sont assez proches l’une de l’autre. N’ayant jamais fait de l’espagnol, le problème ne se posait même pas pour moi. […] L’interférence avec l’anglais, s’est surtout faite par rapport au lexique, et plus à l’oral qu’à l’écrit. […] Tout au long de l’année j’ai essayé d’arriver au cours d’italien en faisant comme si je ne connaissais plus l’anglais.
Cela n’a pas été chose facile, mais plus l’année avançait, plus on apprenait de vocabulaire, moins je pensais à l’anglais. […] Par rapport à l’allemand, la difficulté est autre. En effet, l’interférence avec l’allemand est intervenue et intervient toujours au niveau de ma prononciation. […] Aujourd’hui, je ne rencontre plus du tout ce problème d’interférence avec l’allemand. Je ne le pratique plus du tout, sauf dans le métro quand il m’arrive de croiser des Allemands en voyage à Paris. Je pense avoir réussi à faire abstraction totale de cette langue, même si je ne l’ai pas oubliée au sens propre. Comment ? Avec le temps et la pratique de l’Italie, ce « réflexe » a disparu tout seul.
(An) […] la similitude de l’effort en cours d’italien fait surgir spontanément le turc.
Cela me bloque parfois, j’ai peur du ridicule d’une production turco-italienne en cours et c’est une source de stress.
4.3.3. Quelques remarques conclusives
58Le travail que nous avons entamé sur les journaux de bord des étudiants de mention FLE, nous amène déjà à un certain nombre de conclusions. En ce qui concerne l’apprentissage d’une langue de la même famille, l’on remarque tout d’abord que ce ne sont pas tellement les interférences avec les autres langues qui posent problème, mais plutôt les habitudes d’apprentissage génératrices de représentations fortes qui infèrent avec les processus d’apprentissage de nos étudiants. Ensuite, les extraits choisis montrent que l’influence de la langue proche donne lieu à une série de tentatives visant l’exploitation de cette proximité. Certes, il ne faut pas oublier que, dans le cas considéré, les étudiants ont été conduits à réfléchir sur les interférences et que le travail d’auto-observation leur permet de trouver des solutions plus ou moins rentables pour l’apprentissage [71]. Au plan de la progression, l’analyse des journaux de bord nous permet de détecter trois phases distinctes dans l’apprentissage d’une langue proche : une première phase où l’équivalence langue proche = langue facile mène les apprenants à avancer très vite et à prendre ainsi des risques ; une deuxième phase de blocage dans laquelle la résurgence d’interférences perturbe fortement les étudiants dans la mesure où, même s’ils ont pris conscience de la notion d’interférence, ils n’ont pas encore les moyens de les gérer; enfin, une troisième phase active, dans laquelle les apprenants essaient d’exploiter la proximité linguistique en ayant recours à différentes stratégies dont la validité sera mise à l’épreuve tout au long de l’année. Ces tentatives pourraient, à long terme, donner lieu à de véritables stratégies d’appui. Il semblerait alors que c’est seulement à partir du moment où les apprenants reconnaissent l’unicité des deux systèmes en présence que le processus d’exploitation de la langue maternelle peut se mettre véritablement en place.
59Ainsi, des points en commun avec les programmes sur l’intercompréhension des langues romanes apparaissent, dont deux en particulier méritent d’être mentionnés ici. Le premier point est que l’apprentissage varie selon deux critères : les langues apprises antérieurement (y compris la langue maternelle) et les représentations que la culture d’origine et les habitudes d’apprentissage forgent chez l’individu. Le deuxième point, sur lequel nous insistons depuis longtemps (M. Causa, 2002), c’est la prise de conscience que le recours à la langue maternelle constitue une véritable stratégie d’apprentissage favorisant l’accès au sens en langue étrangère à condition que cette langue soit travaillée dans des conditions particulières d’apprentissage et que des moyens pédagogiques adaptés soient élaborés et mis judicieusement en œuvre dans la classe.
Pour conclure
60Dans cet article, nous avons souhaité donner une vision d’ensemble de la situation contemporaine de l’italien en prenant en compte ses différents statuts de langue maternelle, proche, étrangère, etc. Mais, ce faisant, nous avons surtout voulu montrer de quelle manière le statut d’une langue varie selon le contexte dans lequel cette langue est parlée/apprise, selon les locuteurs qui la parlent/l’apprennent, selon les autres langues qui sont en contact avec elles et, enfin, selon les représentations, conventionnelles et individuelles, liées à cette langue. Ainsi, pour revenir à nos questions de départ, les situations et expériences diverses mentionnées dans cet article nous permettent de dire que les notions de proximité et de distance, pour qu’elles soient opératoires, ne peuvent être enfermées dans des définitions rigides et figées qui ne rendraient pas compte de leur signification dynamique. En effet, comme tout phénomène lié à l’usage, l’apprentissage et la communication, ces notions sont construites par le sujet-apprenant-acteur social à partir d’un déjà là et se modifient à partir d’expériences vécues en situation.
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