Article de revue

Écocomplotisme

Quand la pensée conspirationniste nous détourne de nos luttes

Pages 191 à 236

Citer cet article


  • Falkowicz, S.
  • et Samuel, A.
(2026). Écocomplotisme Quand la pensée conspirationniste nous détourne de nos luttes. EcoRev' 59(1), 191-236. https://doi.org/10.3917/ecorev.059.0191.

  • Falkowicz, Séverine.
  • et al.
« Écocomplotisme : Quand la pensée conspirationniste nous détourne de nos luttes ». EcoRev' 2026/1 N° 59, 2026. p.191-236. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-ecorev-2026-1-page-191?lang=fr.

  • FALKOWICZ, Séverine
  • et SAMUEL, Alexander,
2026. Écocomplotisme Quand la pensée conspirationniste nous détourne de nos luttes. EcoRev' 2026/1 N° 59, p.191-236. DOI : 10.3917/ecorev.059.0191. URL : https://shs.cairn.info/revue-ecorev-2026-1-page-191?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/ecorev.059.0191


Notes

Français

La revendication d’un pluralisme des savoirs face à l’autorité experte dont se prévalent États et entreprises est légitime - à condition de ne pas se muer en allégeance à des contre-autorités qui peuvent s’avérer tout aussi problématiques. Comment s’assurer que la critique écologique porte sur la réalité plutôt que sur les fantômes peuplant les « mondes miroirs » – des espaces informationnels parallèles – dans lesquels, selon Naomi Klein dans son livre de 2023, les humeurs contestataires, même légitimes, se dégradent en ruminations complotistes qui finissent par trouver leur point de chute au sein des droites radicales ? La trajectoire de l’essayiste états-unienne Naomi Wolf du féminisme vers le trumpisme, en passant par une croisade antivax à partir de 2020, offre un exemple saisissant de retournement idéologique précipité par l’affabulation alterscientifique. Contrairement à ce que présupposent certains, comme le sociologie Erwan Lecœur (dans un article de 2025 pour la revue Bifurcation/s), refusant la vigilance antifasciste à usage interne, les milieux écologistes ne sont pas naturellement immunisés contre ces errances. Une des réponses possibles, partielle et rugueuse dans sa pédagogie, consiste en l’art de ne pas se (laisser) tromper, tel qu’il est enseigné par des universitaires et militant·es de « l’esprit critique », comme l’auteur et l’autrice de l’article qui suit. Cet art est une discipline qui vise la métacognition – permettant d’identifier ses propres biais, hiérarchiser les preuves, repérer les manipulations – dont la pédagogie peut s’adresser à chaque militant·e mais aussi s’élaborer et s’appliquer dans un cadre collectif – si l’on fait attention à ce que ce cadre se structure avec chaque personne, sans disqualification a priori. Cette démarche ne se substitue pas aux formes collectives de mobilisation voire de production de connaissances lors de la constitution de « publics » autour de « problèmes » environnementaux ou autres (voir l’article de Mathias Girel, dans ce dossier, p. 77) – mais elle peut en être un prérequis utile, en outillant celles et ceux qui s’engagent collectivement. C’est une pédagogie qui fait le pari de l’inconfort : plutôt que de flatter nos convictions, elle nous soumet nos propres modes de raisonnement à examen – ce que l’article appelle les « heuristiques de raisonnement dysfonctionnelles ». Si, les « luttes » évoquées dans le titre du texte n’y sont pas directement évoquées, que certains des appuis que ce texte convoque (comme Gérald Bronner ou l’AFIS) ont un historique de polémiques anti-écologistes qui ne relève pas toujours du pur exercice de la raison, certaines luttes en question figurent bien dans les états de service d’Alexander Samuel. Après avoir payé de sa personne aux côtés des Gilets Jaunes, en documentant scientifiquement la toxicité des gaz lacrymogènes utilisés pour réprimer leurs manifestations, il s’est ensuite engagé, en courant des risques judiciaires, contre les homologues français de Naomi Wolff (tels que Louis Fouché ou Didier Raoult). C’est dans ce contexte que s’inscrit son travail de vulgarisation autour des enjeux de « l’esprit critique » avec Séverine Falkowicz (Complotisme et manipulation. Petit Guide pour déjouer les fausses croyances ; fake news, et autres fadaises,Éditions Book-e-book, 2025) qui n’en est pas à son coup d’essai (Au cœur de l’esprit critique. Petit guide pour déjouer les manipulations, Eyrolles, 2023). On peut donc convenir que les règles d’optimisation de notre faculté de juger, proposées ici, ont été éprouvées au plus près de publics militants, ou curieux, et en marge d’usages engagés du savoir scientifique. La question n’est pas pour nous de savoir s’il faut naturaliser cette version de « l’esprit critique » parmi les fondements de la pensée écologique, mais si, par les temps confusionnistes qui courent, ces conseils sont une rambarde utile contre des chutes regrettables. Notre réponse est oui – à condition de ne pas oublier que la rambarde n’est pas le chemin ! [Dans cette optique, le texte est accompagné de quelques notes et encarts dialectiques de la rédaction afin de contextualiser certains appuis théoriques, de préciser des points de méthode et d’ouvrir des perspectives critiques. Voir également l’article de Nicolas Martin dans ce dossier p. 181.]


Date de mise en ligne : 16/04/2026

https://doi.org/10.3917/ecorev.059.0191

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