Écocomplotisme
Quand la pensée conspirationniste nous détourne de nos luttes
Pages 191 à 236
Citer cet article
- FALKOWICZ, Séverine
- et SAMUEL, Alexander,
- Falkowicz, Séverine.
- et al.
- Falkowicz, S.
- et Samuel, A.
https://doi.org/10.3917/ecorev.059.0191
Citer cet article
- Falkowicz, S.
- et Samuel, A.
- Falkowicz, Séverine.
- et al.
- FALKOWICZ, Séverine
- et SAMUEL, Alexander,
https://doi.org/10.3917/ecorev.059.0191
Notes
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Philippe Corcuff, La grande confusion : Comment l’extrême droite gagne la bataille des idées, Paris, Textuel, 2021. [Voir également l’article de l’auteur dans le dossier de ce numéro, p. 17 – NDR.]
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[7]
Louis Fouché est l’une des figures à l’origine de ce groupe. Anesthésiste réanimateur, il a par exemple recommandé (lors d’un déjeuner avec un militant national-socialiste) de ne pas soulager les femmes lors de leur accouchement, afin « qu’elles sentent bien la douleur », voir la notice de Louis Fouché sur le site de Conspiracy Watch. 26 février 2024.
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[10]
Certaines allégations (comme les allégations environnementales) peuvent être analysées comme des biens de crédence au sens de Michael R. Darby & Edi Karni, « Free Competition and the Optimal Amount of Fraud », Journal of Law and Economics, vol. 16, n° 1, 1973, p. 67–88 – dans la mesure où les consommateurs ne disposent ni des informations, ni des compétences nécessaires, pour en évaluer la qualité réelle, y compris après consommation. Ceci peut créer un terrain propice aux comportements opportunistes et aux pratiques de greenwashing, voir Magali A. Delmas & Vanessa Cuerel Burbano, « The Drivers of Greenwashing », California Management Review, vol. 54, 2011, p. 64–87.
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Mathias Girel, Science et territoires de l’ignorance, Quæ, 2017.
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[20]
Gilles-Eric Séralini y affichait en outre une affiliation au CRIIGEN, organisme qui s’illustrera plus tard par une désinformation autour de la vaccination contre le Covid-19. Voir CheckNews, « Que vaut l’argumentaire du CRIIGEN sur les risques liés à la vaccination ? », Libération, 19 mai 2021.
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[Ces deux journalistes sont par ailleurs à l’origine d’enquêtes de référence sur les stratégies de fabrication du doute industriel (tabac, pétrole, agro-chimie) – stratégies par ailleurs analysées aussi dans cet article. La critique de leur couverture de l’affaire Séralini ne peut pas être généralisée à l’ensemble de leur travail d’investigation – NDR.]
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[25]
L’aspartame a d’ailleurs encore fait récemment, à tort, l’objet d’une campagne d’alerte de la part de la Ligue contre le Cancer, de l’ONG Foodwatch et de l’entreprise Yuka début 2025.
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Ce cabinet a d’ailleurs récemment travaillé avec le secrétaire à la santé complotiste et antivax américain Robert Kennedy Jr, et lui a versé près d’un million de dollars de rémunération pour son « expertise » dans le cadre de plaintes, montant qui souligne l’ampleur du chiffre d’affaires de ce type de cabinets. Voir Dan Levine & Mark Spector, « Kennedy would keep legal fees from Merck cases if confirmed », Reuters, 2025.
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[27]
Une méta-analyse consiste à combiner statistiquement les résultats d’une série d’études indépendantes sur un sujet donné, selon un protocole reproductible, afin d’analyser plus précisément les données et de pouvoir tirer une conclusion plus juste.
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[28]
[Et pour une pleine prise en compte du contexte d’émission des arguments, on consultera aussi le chapitre sur « Le danger risquologique » où Stéphane Foucart, Stéphane Horel et Sylvain Laurens retracent les instrumentalisations de la distinction « risque »/« danger » pour disqualifier les alertes de santé publique sur le glyphosate. Voir Stéphane Foucart, Stéphane Horel et Sylvain Laurens, Les gardiens de la raison. Enquête sur la désinformation scientifique, La Découverte, 2020, p. 95 sq– NDR.
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Center for Countering Digital Hate, Pandemic Profiteers: The business of anti-vaxx, CCDH, 2021. Rapport disponible sur https://counterhate.com/research/pandemic-profiteers/.
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De nombreux journaux ont publié des articles aux titres élogieux, dont le Figaro, L’Obs et La Libre, plusieurs prix ont été décernés dont un « Reporters Sans Frontières »/Quemener pour les droits humains au Festival International du Grand Reportage d’Actualité de Saint-Omer (FIGRA), le reportage a été diffusé plusieurs fois par des chaînes de télévision publiques et privées mais aussi par diverses plateformes dont Lumni, partenaire de l’éducation nationale.
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[34]
Jean-Paul Krivine, op. cit.
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Margot Brunet, Naturopathie. L’imposture scientifique, Paris, Les Échappés, 2025. [Voir la recension de cet ouvrage dans ce même numéro, p. 297 – NDR.]
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Robert B. Cialdini, Influence : The Psychology of Persuasion, Business Library, 1984.
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Irvin Lester Janis, Victims of groupthink : A psychological study of foreign-policy decisions and fiascoes, Houghton Mifflin, 1972.
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Ce type de lecture s’appuie entre autres sur les travaux de Silvia Federici, qui présente les sorcières comme un mouvement organisé, une forme de « résistance », reprenant les théories complotistes à l’origine de la persécution des sorcières circulant à l’époque. Or les accusées étaient plutôt des femmes marginalisées et non pas un groupe de païennes organisées et structurées, susceptibles de prendre le pouvoir et de visualiser où se situaient « les vraies valeurs ». L’idée d’une continuité entre un culte préchrétien féminin et les sorcières brûlées est un mythe romantique forgé au XIXe siècle. Voir Yann Kindo. « Caliban et la sorcière, ou l’Histoire au bûcher (1/2) », Le Club de Mediapart, 10 décembre 2017 ; Benjamin Laurent, « VRAI OU FAUX. Les sorcières “torturées et brûlées vives” étaient-elles des “femmes sans homme” comme le prétend Sandrine Rousseau ? », La Dépêche du Midi, 15 septembre 2022.
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Eric Hobsbawm & Terence Ranger (dir.), The Invention of Tradition, The Cambridge University Press, 2014.
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Chass S. Clifton, Her hidden children: The rise of Wicca and paganism in AmericaAltaMira Press, 2006.
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Stéphane François, Les vert-bruns : L’écologie de l’extrême droite française, Le Bord de l’eau, 2022.
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[59]
Gérald Bronner, La démocratie des crédules, PUF, 2013.
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[Gérald Bronner, mobilisé ici comme référence centrale avec la « démocratie des crédules », est également connu pour des prises de position récurrentes contre le principe de précaution et contre certaines positions du mouvement écologiste. Son rapport au gouvernement Macron en 2022 sur les « fake news » a été vivement critiqué par des sociologues des médias pour une conception trop restrictive de la rationalité et trop complaisante envers les institutions. Cela n’invalide pas ses analyses des biais cognitifs, mais invite à ne pas confondre l’outil et la posture politique de celui qui le forge – NDR.]
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Robert N. Proctor, traduction de Johan Frédérik Hel-Guedj, préface de Mathias Girel, Golden holocaust. La conspiration des industriels du tabac, Équateurs & Mutualité française, 2014.
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Geoff Dembicki, The Petroleum Papers. Inside the Far-Right Conspiracy to Cover up Climate Change, Greystone Books, 2022.
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Anne Jouan & Christian Riché, La Santé en bande organisée. Dissimulations, menaces et barbouzeries : le monde du médicament et ses arrangements entre amis, Robert Laffont, 2022.
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« Argument d’autorité : le cas Vandana Shiva », site Bunker D, 18 avril 2016Au-delà des thèses conspirationnistes que Vandana Shiva a développées, celle-ci a noué des liens avec des acteurs proches de l’anthroposophie comme Pierre Rabhi, voir Jean-Baptiste Malet, « Le système Pierre Rabhi », Le Monde Diplomatique, août 2018). Elle anime une conférence en 2011 au centre spirituel de l’anthroposophie (le Goetheanum), puis y retourne régulièrement, relayée par la revue de l’anthroposophie « Aether News », voir Vandana Shiva & Gerald Häfner, « Vandana Shive : “La vie est un processus” », Aether News, 19 janvier 2024.
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[La critique de Vandana Shiva est ici menée sur le terrain de la rigueur scientifique, ce qui est légitime pour les points soulevés (usurpation de titre, politique agricole du Sri Lanka). Elle gagnerait à être nuancée : Shiva est aussi l’autrice de travaux sur la biodiversité agricole et les semences paysannes qui ont nourri des mobilisations réelles contre les OGM et les brevets du vivant. L’amalgame entre ses dérives complotistes et l’ensemble de son œuvre risque de produire l’effet inverse de celui recherché : disqualifier en bloc une figure qui reste une référence pour une partie du mouvement écologiste mondial, plutôt que d’opérer la distinction nécessaire entre ses apports et ses dérives – NDR.]
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Dan Kazeta, Neurotoxiques, de l’Allemagne nazie à la Russie de Poutine, Éditions Matériologiques, 2022.
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[75]
[La critique du traitement du nucléaire par Greenpeace est ici présentée comme un cas de « biais de confirmation » symétrique aux biais complotistes. Ce rapprochement mérite d’être contextualisé : l’opposition au nucléaire dans une partie du mouvement écologiste relève aussi de choix politiques sur la centralisation énergétique, la gestion des déchets et les risques sur le très long terme – débats légitimes qui ne se réduisent pas à un défaut de traitement de l’information. L’argument ici avancé (que le rejet du nucléaire favorise les intérêts de l’industrie pétrolière) est lui-même un argument rhétorique très fréquemment mobilisé par les promoteurs du nucléaire, et ne constitue pas une réfutation de la position antinucléaire – NDR.]
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[82]
Elsa de La Roche Saint-André & Florian Gouthière, « Pourquoi la création d’un prix à la mémoire de Michèle Rivasi suscite-t-elle la controverse ? », op. cit.
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[85]
Stéphane François, Les vert-bruns, op. cit.
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Hervé Juvin, La grande séparation. Pour une écologie des civilisations, Gallimard, 2014.
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[87]
Philippe Corcuff, La grande confusion, op. cit., p. 255-256. [Corcuff ajoute que le fait que le livre soit publié dans la collection dirigée par Marcel Gauchet est un effet « de l’extension des domaines du confusionnisme dans le moment historique » analysé par son livre, notamment du fait des « dérèglements réactionnaires à gauche […] dont Marcel Gauchet a été un des noms », comme mis en lumière dès 2002 par Daniel Lindenberg (1940-2018) – NDR.]
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[89]
Voir le site Indextrême : https://indextreme.fr/.
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[90]
Sébastien Bourdon, Drapeau noir, jeunesses blanches, Enquête sur le renouveau de l’extrême droite radicale, Seuil, 2025 ; Pierre Plottu & Maxime Macé, Pop Fascisme. Comment l’extrême droite a gagné la bataille culturelle sur internet, Éditions Divergences, 2024.
La revendication d’un pluralisme des savoirs face à l’autorité experte dont se prévalent États et entreprises est légitime - à condition de ne pas se muer en allégeance à des contre-autorités qui peuvent s’avérer tout aussi problématiques. Comment s’assurer que la critique écologique porte sur la réalité plutôt que sur les fantômes peuplant les « mondes miroirs » – des espaces informationnels parallèles – dans lesquels, selon Naomi Klein dans son livre de 2023, les humeurs contestataires, même légitimes, se dégradent en ruminations complotistes qui finissent par trouver leur point de chute au sein des droites radicales ? La trajectoire de l’essayiste états-unienne Naomi Wolf du féminisme vers le trumpisme, en passant par une croisade antivax à partir de 2020, offre un exemple saisissant de retournement idéologique précipité par l’affabulation alterscientifique. Contrairement à ce que présupposent certains, comme le sociologie Erwan Lecœur (dans un article de 2025 pour la revue Bifurcation/s), refusant la vigilance antifasciste à usage interne, les milieux écologistes ne sont pas naturellement immunisés contre ces errances. Une des réponses possibles, partielle et rugueuse dans sa pédagogie, consiste en l’art de ne pas se (laisser) tromper, tel qu’il est enseigné par des universitaires et militant·es de « l’esprit critique », comme l’auteur et l’autrice de l’article qui suit. Cet art est une discipline qui vise la métacognition – permettant d’identifier ses propres biais, hiérarchiser les preuves, repérer les manipulations – dont la pédagogie peut s’adresser à chaque militant·e mais aussi s’élaborer et s’appliquer dans un cadre collectif – si l’on fait attention à ce que ce cadre se structure avec chaque personne, sans disqualification a priori. Cette démarche ne se substitue pas aux formes collectives de mobilisation voire de production de connaissances lors de la constitution de « publics » autour de « problèmes » environnementaux ou autres (voir l’article de Mathias Girel, dans ce dossier, p. 77) – mais elle peut en être un prérequis utile, en outillant celles et ceux qui s’engagent collectivement. C’est une pédagogie qui fait le pari de l’inconfort : plutôt que de flatter nos convictions, elle nous soumet nos propres modes de raisonnement à examen – ce que l’article appelle les « heuristiques de raisonnement dysfonctionnelles ». Si, les « luttes » évoquées dans le titre du texte n’y sont pas directement évoquées, que certains des appuis que ce texte convoque (comme Gérald Bronner ou l’AFIS) ont un historique de polémiques anti-écologistes qui ne relève pas toujours du pur exercice de la raison, certaines luttes en question figurent bien dans les états de service d’Alexander Samuel. Après avoir payé de sa personne aux côtés des Gilets Jaunes, en documentant scientifiquement la toxicité des gaz lacrymogènes utilisés pour réprimer leurs manifestations, il s’est ensuite engagé, en courant des risques judiciaires, contre les homologues français de Naomi Wolff (tels que Louis Fouché ou Didier Raoult). C’est dans ce contexte que s’inscrit son travail de vulgarisation autour des enjeux de « l’esprit critique » avec Séverine Falkowicz (Complotisme et manipulation. Petit Guide pour déjouer les fausses croyances ; fake news, et autres fadaises,Éditions Book-e-book, 2025) qui n’en est pas à son coup d’essai (Au cœur de l’esprit critique. Petit guide pour déjouer les manipulations, Eyrolles, 2023). On peut donc convenir que les règles d’optimisation de notre faculté de juger, proposées ici, ont été éprouvées au plus près de publics militants, ou curieux, et en marge d’usages engagés du savoir scientifique. La question n’est pas pour nous de savoir s’il faut naturaliser cette version de « l’esprit critique » parmi les fondements de la pensée écologique, mais si, par les temps confusionnistes qui courent, ces conseils sont une rambarde utile contre des chutes regrettables. Notre réponse est oui – à condition de ne pas oublier que la rambarde n’est pas le chemin ! [Dans cette optique, le texte est accompagné de quelques notes et encarts dialectiques de la rédaction afin de contextualiser certains appuis théoriques, de préciser des points de méthode et d’ouvrir des perspectives critiques. Voir également l’article de Nicolas Martin dans ce dossier p. 181.]
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