Compte rendu

David McNally Panne globale Crise, austérité et résistance Montréal, Éditions Écosociété, 2014, 304 pages

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  • Delorme, P.
(2016). David McNally Panne globale Crise, austérité et résistance Montréal, Éditions Écosociété, 2014, 304 pages. EcoRev' 43(1), II-II. https://doi.org/10.3917/ecorev.043.0149b.

  • Delorme, Pierre.
« David McNally Panne globale Crise, austérité et résistance Montréal, Éditions Écosociété, 2014, 304 pages ». EcoRev' 2016/1 N° 43, 2016. p.II-II. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-ecorev-2016-1-page-II?lang=fr.

  • DELORME, Pierre,
2016. David McNally Panne globale Crise, austérité et résistance Montréal, Éditions Écosociété, 2014, 304 pages. EcoRev' 2016/1 N° 43, p.II-II. DOI : 10.3917/ecorev.043.0149b. URL : https://shs.cairn.info/revue-ecorev-2016-1-page-II?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/ecorev.043.0149b


1 Dans cet ouvrage publié en anglais en 2010 et traduit en français en 2013, David McNally (D.M.), professeur de science politique à l’Université York de Toronto, développe l’explication marxiste des phases d’expansion et de crise qui marquent l’évolution du capitalisme. Durant les phases d’expansion la sur-accumulation du capital entraîne une baisse du taux de profit. D’où la nécessité d’une crise entraînant la destruction du capital non profitable pour repartir sur une nouvelle accumulation de capital productif : « Le capitalisme traverse booms et pannes un peu comme un être humain inspire et expire. Les cycles d’expansion et de contraction sont programmés au plus profond du capitalisme. »

2 La guerre de 1939-45 a occasionné une formidable destruction de capital qui a permis le grand boom du capitalisme occidental de 1948 à 1973. Puis la décennie suivant 1970 fut marquée par un ralentissement économique, une forte inflation et le déficit des finances publiques. Les années 80 virent le triomphe du néolibéralisme générer une nouvelle phase expansionniste du cycle économique marquée par la hausse des profits, la baisse des salaires, la redistribution spatiale des centres d’accumulation du capital et une explosion du crédit tant chez les ménages (en compensation des baisses des salaires) que dans les banques et les comptes publics. Le tout aboutissant à la crise de 2008. Néanmoins, en période de crise comme en période de boom, l’exploitation et l’oppression demeurent inhérentes au capitalisme, seul en diffère le degré.

3 Les aspects financiers de la crise de 2008 sont remarquablement expliqués par l'auteur qui utilise l’image d’une transfusion sanguine pour expliciter le mécanisme des dettes privées dérivant vers le secteur public. Faisant remonter l'origine de la spéculation financière à l’abandon de l’étalon or au début des années 70, au profit du système des changes flottants, il en décrit l’inventivité : produits dérivés, swaps, titrisation des dettes, numérisation, automatisation et modélisation des transactions. L’explosion des dettes a nourri cette machinerie jusqu’à l’éclatement des bulles puis les États ont évité l’effondrement en soutenant le système bancaire au prix de l’endettement public. Cette médecine néolibérale de traitement des dettes souveraines entraîne récession et dépossession de biens et services publics au profit du secteur privé sans perspective de reprise économique soutenue. C’est ce qui conduit D.M. à parler de panne globale.

4 L'auteur propose une vision actualisée du capitalisme : « Le capitalisme ne se résume pas à une série de mécanismes économiques spécifiques. Le capitalisme est un système complet de relations sociales qui implique que l’on inculque aux gens certaines formes de vie culturelle, des habitudes et des comportements qui visent à reproduire ces relations sociales aliénées... Le capitalisme utilise les familles, les écoles, les médias, la justice criminelle pour inculquer les pratiques et les normes culturelles qui permettent au système de se maintenir. » Pour lui, l’opposition de classe à ce capitalisme qui irrigue tous les canaux de la société ne se situe plus seulement chez les travailleurs syndiqués du secteur manufacturier : « ce n’est plus la même classe ouvrière qu’autrefois ». Il convoque un nouveau monde d’exploités, d’opprimés, de stigmatisés, de discriminés : sans-emploi, travailleurs indépendants, jeunes, femmes, indigènes, immigrés, etc. Mais se dirige-t – on vers une grande résistance portée par cette nouvelle classe ?

5 Son interrogation signifie pour lui que la réponse n’est pas évidente. D.M. se livre à un inventaire de mouvements de résistance en différents points de la planète. Cette sélection comporte des insurrections en Bolivie ou au Mexique (Oaxaca), les printemps arabes, le mouvement des indignés, l’Islande lors de la crise de 2008, le mouvement étudiant au Québec, Syriza en Grèce, etc. La France est plusieurs fois nommée : pour la pratique de séquestration de cadres (boss-napping en anglais) citée comme une spécificité française, pour les grèves en Guadeloupe en 2009, pour les soulèvements des banlieues en 2005 et pour l’existence du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA). Mais cette addition de mouvements et de luttes locales avec des motivations disparates et des résultats souvent très inférieurs aux ambitions de départ ne ressemble pas, en tout cas pas encore, à la grande résistance espérée par l'auteur. Le rapport de force avec un capitalisme globalisé, puissant, dominateur et sûr de lui, parait très disproportionné.

6 Pourtant D.M. voit dans cet ensemble hétéroclite une ligne de force, une sorte de programme commun basé sur la démocratie directe, l’égalité réelle et le bien commun : « Tout ce qu’il faut pour refaire la société. Compte tenu de la souffrance et des difficultés que nous impose l’âge de l’austérité, cette tâche est urgente ». Cette invite est la dernière phrase de sa postface.

7 Pierre Delorme


Date de mise en ligne : 01/12/2017

https://doi.org/10.3917/ecorev.043.0149b