Article de revue

Stresseurs au travail, épuisement émotionnel et intention de l’agriculteur de quitter précocement sa profession

Pages 63 à 81

Citer cet article


  • Barraud-Didier, V.,
  • Gatignon-Turnau, A.-L.
  • et Mazenc, L.
(2023). Stresseurs au travail, épuisement émotionnel et intention de l’agriculteur de quitter précocement sa profession. Économie rurale, 385(3), 63-81. https://doi.org/10.3917/ecru.385.0063.

  • Barraud-Didier, Valérie.,
  • et al.
« Stresseurs au travail, épuisement émotionnel et intention de l’agriculteur de quitter précocement sa profession ». Économie rurale, 2023/3 n° 385, 2023. p.63-81. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-economie-rurale-2023-3-page-63?lang=fr.

  • BARRAUD-DIDIER, Valérie,
  • GATIGNON-TURNAU, Anne-Laure
  • et MAZENC, Loïc,
2023. Stresseurs au travail, épuisement émotionnel et intention de l’agriculteur de quitter précocement sa profession. Économie rurale, 2023/3 n° 385, p.63-81. DOI : 10.3917/ecru.385.0063. URL : https://shs.cairn.info/revue-economie-rurale-2023-3-page-63?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/ecru.385.0063


Notes

  • [1]
     Ce projet était beaucoup plus large que la seule exploration de la relation entre les stresseurs et l’intention de l’agriculteur de quitter précocement la profession, présentée dans cet article.
  • [2]
     Ce coefficient vérifie si les items d’une échelle se rattachent au même concept. Pour améliorer sa valeur, nous éliminons les items les moins corrélés avec l’échelle globale et nous veillons à ce que nos alphas soient supérieurs au seuil recommandé de 0.70 (Nunnally et Bernstein, 1994).
  • [3]
     Pour une description détaillée des méthodes d’équations structurelles, consulter Kline (2015).

1 Le métier d’agriculteur est une profession stressante, caractérisée par de nombreux stresseurs au travail (Truchot et Andela, 2018 ; Kallioniemi et al., 2018). De longues heures de travail, l’isolement, l’insécurité financière, les aléas climatiques, l’incertitude des marchés se traduisent pour l’agriculteur par des exigences au travail élevées. Lorsque celles-ci deviennent insurmontables, elles conduisent à de l’épuisement professionnel et à un risque accru d’idées comme de comportements suicidaires (Schaufeli et Bakker, 2004 ; Milner et al., 2018). Or la profession d’agriculteur est particulièrement touchée par cette détresse psychologique (Kallioniemi et al., 2016 ; Jones-Bitton et al., 2019 ; Deffontaines, 2014) et par un nombre croissant de suicides (Fraser et al., 2005 ; Reed et Claunch, 2020).

2 Parallèlement aux souffrances au travail supportées par les agriculteurs, l’agriculture connaît depuis plusieurs décennies d’importants changements structurels. Les exploitants sont de moins en moins nombreux et la profession est vieillissante. D’après le recensement de 2020, leur nombre a diminué de 18 % entre 2010 et 2020. Ceux âgés de 55 ans ou plus, déjà concernés par l’ouverture des droits à la retraite ou concernés dans la décennie à venir, représentent désormais 43 % des effectifs contre 36 % en 2010 (Agreste, 2022). En plus des sorties du métier liées au départ à la retraite, selon le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation (2019), nous assistons à une hausse des sorties « précoces », c’est-à-dire des agriculteurs qui quittent l’agriculture avant 55 ans ; en 2015, 8 500 agriculteurs ont quitté ce métier avant 55 ans, soit 40 % des sorties totales alors qu’ils étaient environ 30 % dans les années 1995 à 2000.

3 L’objectif de cet article est d’étudier l’influence de trois stresseurs au travail, la charge de travail, l’obligation morale de rester dans l’exploitation afin de la préserver dans le patrimoine familial et l’insécurité professionnelle, sur l’intention de quitter précocement le métier d’agriculteur. Nous supposons que ces trois facteurs au travail affectent non seulement directement l’intention de l’agriculteur de quitter précocement la profession mais aussi indirectement, via l’épuisement émotionnel. Cette relation indirecte est supportée par l’une des propositions du modèle théorique exigences-ressources, modèle JD-R, selon laquelle les exigences initient un processus de détérioration de la santé (Demerouti et al., 2001). Ce papier s’inscrit dans le champ disciplinaire du Comportement organisationnel.

4 Ainsi, nous contribuons principalement à enrichir la littérature sur les déterminants du retrait de l’agriculteur de sa profession. Les études les plus nombreuses identifient des déterminants tangibles, facilement observables et mesurables en lien avec les caractéristiques personnelles de l’agriculteur, celles de son exploitation ou encore de son environnement institutionnel et socio-économique (voir par exemple les travaux de Carter-Leal et al., 2018 ; Ferjani et al., 2015 ; Ahmad et al., 2020). D’autres études, beaucoup plus rares, s’intéressent à des déterminants moins quantifiables, d’ordre psychologique (Peel et al., 2016 ; Gorgievski et al., 2010 ; Hansen, 2022). Ces recherches identifient, d’une part, des déterminants qui correspondent à des manifestations de bien-être psychologique de l’agriculteur, que ce soient des manifestations positives (la satisfaction) ou négatives, liées à sa santé mentale (la détresse psychologique), et d’autre part, des déterminants qui sont des prédicteurs négatifs du bien-être au travail (comme le sentiment d’isolement). En supposant une relation directe entre trois stresseurs au travail et l’intention de l’agriculteur de quitter précocement la profession ainsi qu’une relation indirecte, via l’épuisement émotionnel, nous étoffons les quelques recherches qui adoptent une perspective psychologique.

5 Pour répondre à notre objectif, nous présentons tout d’abord le cadre conceptuel et les hypothèses de la recherche puis la méthodologie utilisée pour les valider. Enfin, nous exposons les résultats et les discutons.

Cadre conceptuel et hypothèses

1. Intention de quitter précocement la profession d’agriculteur

6 L’intention de quitter une entreprise ou une profession est considérée comme le principal déterminant de retrait réel de l’individu (Griffeth et al., 2000). Elle correspond à la probabilité estimée par l’individu lui-même de quitter son entreprise ou sa profession dans un avenir proche (Halawi, 2014 ; Bigliardi et al., 2005). Sur la base de cette définition et de l’âge de sortie « précoce » en agriculture (ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation, 2019), nous définissons l’intention de quitter précocement la profession d’agriculteur comme la probabilité estimée par l’agriculteur, de moins de 55 ans, de quitter sa profession dans un avenir proche et avant le moment prévu de partir à la retraite.

7 Dans le secteur agricole, plusieurs recherches ont étudié les facteurs influençant l’intention de l’agriculteur de quitter sa profession ou son retrait réel. Sur la base d’une revue de la littérature, Begho et Begho (2022) ainsi qu’Hansen (2022) identifient plusieurs déterminants de cette intention ou du retrait réel. Les caractéristiques de l’agriculteur et de son foyer font partie de ces déterminants. Son âge, sa formation, son sexe, la composition de son foyer ou encore la présence d’un successeur en sont des exemples. Ainsi, selon Ferjani et al. (2015), la probabilité de quitter l’agriculture diminue pour les jeunes exploitants et augmente pour les plus âgés. Pour Yuliati et al. (2019), un deuxième revenu non agricole réduit cette intention. Ensuite, la taille de l’exploitation agricole, le recours à de la main-d’œuvre, les revenus qu’elle engendre ou son endettement sont également des facteurs qui influencent la sortie du métier de l’agriculteur. Par exemple, pour Carter-Leal et al. (2018), plus la taille de l’exploitation est petite, plus l’agriculteur a l’intention de quitter sa profession. En plus des caractéristiques personnelles et structurelles de l’exploitation ainsi que sa situation économique, des caractéristiques liées à l’environnement institutionnel, socio-économique et technologique sont analysées dans la littérature. Il s’agit par exemple des subventions gouvernementales, de l’accès à du conseil agricole, à la technologie, du taux de chômage, de la proximité d’une zone à forte densité de population. Ainsi, pour Berk (2018), la proximité d’une métropole à forte densité est liée à la décision de l’agriculteur d’abandonner son métier.

8 Le point commun entre ces trois grands types de caractéristiques liés à l’intention de l’agriculteur de quitter sa profession ou son retrait réel est qu’il s’agit de déterminants facilement observables et mesurables à l’aide d’indicateurs objectifs. À ces trois catégories, nous rajoutons une quatrième qui fait l’objet de peu d’études. Il s’agit de déterminants de l’intention de quitter le métier, beaucoup moins quantifiables, en lien avec le bien-être psychologique au travail des agriculteurs. Certaines de ces recherches se focalisent sur la relation entre des manifestations de bien-être, positives ou négatives, et l’intention de quitter. Ainsi Begho et Begho (2022) montrent que la satisfaction au travail des agriculteurs influence négativement leur intention de quitter le métier. Pour Peel et al. (2016), les agriculteurs qui sont les plus susceptibles de quitter leur métier sont ceux qui ont des niveaux de satisfaction globale à l’égard de leur vie les plus bas et de détresse psychologique les plus hauts. D’autres recherches s’intéressent à la relation entre des prédicteurs négatifs du bien-être au travail et l’intention de quitter. Pour Hansen (2022), le sentiment de solitude de l’agriculteur et des soucis de santé augmentent la probabilité de quitter la profession. Enfin, certaines étudient à la fois la relation entre des prédicteurs négatifs, des manifestations de bien-être et l’intention de quitter. Gorgievski et al. (2010) ont montré que des problèmes financiers prédisaient une détresse psychologique à long terme et renforçaient l’intention de l’agriculteur de quitter son exploitation.

2. Charge de travail, insécurité professionnelle, obligation morale de rester, intention de quitter

9 La profession d’agriculteur fait face à de nombreux stresseurs au travail (Jahangiri et al., 2020 ; Kearney et al., 2014 ; Truchot et Andela, 2018). Il s’agit de facteurs de l’environnement de travail qui engendrent chez l’individu des tensions (Sonnentag et Fritz, 2015 ; Webster et al., 2010). Nous retenons dans cette recherche trois stresseurs spécifiques du secteur agricole ou particulièrement prégnants : l’insécurité professionnelle, la charge de travail et l’obligation morale de rester dans l’exploitation afin de la préserver dans le patrimoine familial.

10 L’insécurité professionnelle est un phénomène subjectif basé sur les perceptions et les interprétations des individus de l’environnement du travail (De Witte, 2005). Elle fait référence à l’inquiétude globale ressentie par un individu, liée au maintien de son emploi dans le futur (Sverke et al., 2002). La charge de travail correspond à la quantité de travail que la personne doit accomplir dans un laps de temps donné (Qureshi et al., 2013 ; Nixon et al., 2011). L’obligation morale de rester dans une organisation correspond quant à elle au concept d’implication normative (Meyer et al., 2002). Un individu ayant une telle implication se sent forcé de respecter ses obligations vis-à-vis de l’organisation afin de satisfaire les attentes des autres et d’éviter tout sentiment de culpabilité (Vandenberghe et al., 2015).

11 Au quotidien, les agriculteurs éprouvent un fort sentiment d’insécurité professionnelle, font face à une charge de travail élevée et s’imposent une forte obligation morale de rester dans l’exploitation afin de la préserver dans le patrimoine familial. En effet, pour un agriculteur, l’insécurité professionnelle, correspondant à ses inquiétudes en lien avec la continuité de son métier dans le futur, provient de la forte incertitude liée à l’avenir du secteur agricole et à l’avenir du métier (Truchot et Andela, 2018 ; Kallioniemi et al., 2016). Cette incertitude trouve son origine dans la mondialisation, les nouvelles politiques agricoles et leur instabilité, la concurrence des pays à faibles coûts, la variabilité des prix des marchés agricoles ou encore les réglementations françaises complexes et changeantes. Elle produit ainsi chez les agriculteurs un sentiment fort d’insécurité professionnelle (Peel et al., 2016 ; Gorgievski et al., 2010). Par ailleurs, ils font face à une charge de travail élevée. Ils ont en effet une durée de travail hebdomadaire plus élevée que l’ensemble des personnes en emploi. Les chiffres de 2019 de l’Insee indiquent qu’ils travaillent 55 heures par semaine en moyenne contre 37 heures dans les autres secteurs. De plus, l’obligation morale que s’imposent les agriculteurs de rester dans l’exploitation agricole est particulièrement forte. Cette obligation trouve en partie son origine dans la sphère familiale puisque, très souvent, l’exploitation se transmet de génération en génération (Fitz-Koch et al., 2018 ; Cheshire et al., 2013). Elle représente un bien que l’agriculteur a reçu de ses parents et qu’il se doit de transmettre à la génération suivante. Il éprouve de ce fait un sentiment de responsabilité vis-à-vis des générations passées comme des générations futures. Abandonner l’exploitation familiale serait considéré comme un échec personnel et comme une honte pour la famille (Droz, 2017).

12 Le sentiment fort d’insécurité professionnelle, la charge élevée de travail et la forte obligation morale de rester dans l’exploitation se traduisent pour l’agriculteur par des efforts permanents et intenses tant physiques que psychologiques. Ainsi, nous pouvons assimiler ces trois stresseurs à des exigences au travail puisque selon Demerouti et al. (2001), les exigences au travail sont des facteurs qui nécessitent des efforts physiques, émotionnels ou cognitifs, continus et qui sont par voie de conséquence associés à des coûts.

13 Dans le secteur agricole, aucune étude ne s’est focalisée sur la relation entre ces trois stresseurs au travail et l’intention de quitter précocement la profession, telle que nous l’avons définie. Cependant, certaines études s’intéressent au lien entre des stresseurs au travail et l’intention de comportements de retrait d’un salarié de sa profession ou de son organisation (voir la méta-analyse de Park et Min, 2020). La littérature relève qu’un individu avec une charge de travail élevée aura tendance à adopter des comportements de retrait (Suarthana et Riana, 2016 ; Qureshi et al., 2013 ; Holland et al., 2019). Il en est de même lorsque la personne se sent en insécurité professionnelle (Sverke et al., 2002 ; Cheng et Chan, 2008 ; Jiang et Lavaysse, 2018). Enfin, si un individu ne se sent pas moralement obligé de rester dans l’entreprise, il adoptera également de tels comportements. Les études attestent en effet d’une relation négative entre l’obligation morale de rester et les intentions de retrait d’un individu (Meyer et al., 2002 ; Aydogdu et Asikgil, 2011 ; Agarwal et Sajid, 2017).

14 Ainsi, sur la base de ces arguments, nous formulons les trois hypothèses suivantes. H1 : la charge de travail est positivement liée à l’intention de quitter précocement la profession. H2 : l’obligation morale de rester est négativement liée à l’intention de quitter précocement la profession. H3 : l’insécurité professionnelle est positivement liée à l’intention de quitter précocement la profession.

3. Effet médiateur de l’épuisement émotionnel

15 Dans la littérature, il est fréquemment supposé que les stresseurs au travail affectent les intentions de retrait à travers les tensions au travail qu’ils produisent (Hu et al., 2011 ; Firth et al., 2004 ; Bakker et al., 2003). Ces recherches suggèrent ainsi l’existence d’effets médiateurs des tensions dans cette relation.

16 Dans notre étude, nous étudions une forme de tension au travail : l’épuisement émotionnel. Il correspond au sentiment d’être surchargé et vidé de ses ressources émotionnelles (Maslach et Jackson, 1981 ; Wright et Cropanzano, 1998). Il s’agit d’une forme extrême de fatigue résultant d’une exposition prolongée à des conditions de travail difficiles (Demerouti et al., 2001). L’individu n’a plus d’énergie émotionnelle et sa vitalité physique est amoindrie.

17 L’une des propositions du modèle JD-R soutient le rôle médiateur de l’épuisement dans la relation entre les facteurs liés au travail et différents résultats (Schaufeli et Bakker, 2004). Les personnes sont susceptibles de ressentir de l’épuisement émotionnel dès lors qu’elles sont submergées par des exigences au travail ou qu’elles ne disposent pas de ressources suffisantes (Demerouti et al., 2001). Les exigences sont des précurseurs du processus de détérioration de la santé mentale (Demerouti et al., 2001 ; Bakker et al., 2003). Ainsi, les agriculteurs qui font face à des stresseurs au travail sont plus susceptibles de penser qu’ils ne disposent pas de ressources suffisantes pour faire face aux exigences au travail qui pèsent sur eux ou pour accomplir leurs objectifs professionnels. De ce fait, ils sont susceptibles d’être épuisés émotionnellement.

18 En outre, plusieurs études relèvent une relation positive entre les stresseurs au travail et l’épuisement professionnel ou émotionnel des agriculteurs (Reissig et al., 2019 ; Barraud-Didier et Gatignon-Turnau, 2021 ; Kallioniemi et al., 2016). D’autres travaux, en dehors du secteur agricole, mettent également en avant un lien entre les stresseurs et l’épuisement émotionnel. La charge de travail est positivement liée à cet épuisement (Baeriswyl et al., 2017 ; Grobelna, 2021). Il en est de même pour l’obligation morale de rester (Lapointe et al., 2011 ; Vandenberghe et al., 2015) ainsi que pour l’insécurité professionnelle (Nauman et al., 2020 ; Piccoli et De Witte, 2015).

19 Parallèlement, plusieurs recherches menées sur des salariés ou des entrepreneurs attestent du lien positif entre l’épuisement émotionnel et des intentions de retrait (Cropanzano et al., 2003 ; Neck et al., 2013 ; Beutell et al., 2019). Les personnes adopteraient des comportements de retrait comme stratégie d’adaptation pour réduire les coûts psychologiques liés à l’épuisement émotionnel et éviter de mettre davantage en danger leur santé (Schaufeli et Bakker, 2004 ; Wright et Cropanzano, 1998). Cet argument est soutenu par la théorie de la conservation des ressources (Hobfoll, 1989) selon laquelle les personnes sont intrinsèquement motivées à obtenir, conserver, renforcer et protéger les ressources auxquelles elles attachent une grande importance. Ainsi, l’épuisement émotionnel, induit par les stresseurs au travail, incite les personnes à se retirer afin de protéger leurs ressources psychologiques et émotionnelles.

20 Ces arguments théoriques et empiriques nous conduisent à formuler les hypothèses selon lesquelles : H4 : l’épuisement émotionnel médiatise positivement la relation entre la charge de travail et l’intention de quitter précocement la profession. H5 : l’épuisement émotionnel médiatise positivement la relation entre l’obligation morale de rester et l’intention de quitter précocement la profession. H6 : l’épuisement émotionnel médiatise positivement la relation entre l’insécurité professionnelle et l’intention de quitter précocement la profession.

21 La figure 1 présente le modèle conceptuel.

Figure 1. Le modèle conceptuel

Description de l'image par IA : Modèle conceptuel avec flèches et nœuds reliés.

Figure 1. Le modèle conceptuel

Source : les auteurs.

Méthode

1. Collecte des données et échantillon

22 Les données ont été collectées dans le cadre d’un projet sur le bien-être au travail des arboriculteurs, mené en partenariat avec la Mutualité Sociale Agricole Midi-Pyrénées Nord [1]. Pour ce projet, l’échantillon de départ était constitué de 896 agriculteurs ayant une activité d’arboriculture fruitière, rattachés à cette caisse locale de la MSA. Ces agriculteurs, pour leur grande majorité (plus de 80 %), ont leur exploitation implantée dans le Tarn-et-Garonne. Ce département, largement spécialisé en productions végétales, regroupe en 2020 des exploitations d’une surface agricole utile (SAU) moyenne de 48 hectares et comprend des chefs d’exploitation âgés de 54 ans en moyenne, 70 % d’entre eux étant des hommes (Agreste, 2022).

23 Les 896 agriculteurs ont été interrogés par le biais d’un questionnaire et 260 ont répondu sur la base du volontariat, après des relances téléphoniques. Celles-ci ont permis un taux de retour satisfaisant de 29 %. Dès le départ, nous avons retiré 9 agriculteurs dont le questionnaire comportait des valeurs manquantes ou aberrantes. Les 251 agriculteurs interrogés ont un âge moyen de 49 ans, 77 % sont des hommes et la SAU moyenne de leur exploitation s’élève à 47 hectares. L’échantillon des répondants est ainsi représentatif des agriculteurs du Tarn-et-Garonne au regard de ces variables.

24 Sur les 251 agriculteurs enquêtés, nous avons retiré d’une part les agriculteurs qui se sont installés « hors cadre familial » puisqu’ils n’étaient pas concernés par les questions en lien avec l’obligation morale de rester dans l’exploitation afin de la préserver dans le patrimoine familial. D’autre part, nous avons également retiré les arboriculteurs âgés de 55 ans et plus puisque dans notre recherche, l’intention de quitter précocement la profession d’agriculteur concerne les agriculteurs de moins de 55 ans (définition du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation, 2019).

25 Ainsi, l’échantillon sur lequel nos hypothèses sont testées s’élève à 144 arboriculteurs. Ces arboriculteurs sont pour la plupart des hommes (79 %), d’un âge moyen de 43 ans, 25 % ont un baccalauréat, 28 % un niveau de formation en deçà et 47 % au-delà. La SAU moyenne de leur exploitation est de 50 hectares. Un quart d’entre eux est en Groupement Agricole d’Exploitation en Commun (GAEC), 42 % en Exploitation Agricole à Responsabilité Limitée (EARL), 3 % en Société Civile d’Exploitation Agricole (SCEA), 28 % en entreprise individuelle et 2 % autre.

2. Mesure des variables

26 Les variables du modèle ont été évaluées par l’agriculteur à l’aide d’une échelle de Likert en 5 points (de 1 pas du tout d’accord à 5 tout à fait d’accord). Chacune de ces variables a été mesurée par des échelles existantes que nous avons adaptées au contexte agricole.

27 Charge de travail. Elle a été mesurée avec l’échelle en 5 items de Caplan et al. (1975) à laquelle nous avons retiré un item pour en améliorer la fiabilité interne (alpha de Cronbach [2] = 0.83). « Je n’ai pas assez de temps en une journée pour faire tout ce que j’ai à faire » est un exemple d’item.

28 Obligation morale de rester. L’échelle en 6 items de Meyer et al. (1993) a été utilisée pour évaluer cette obligation. Sa fiabilité est très satisfaisante (alpha de Cronbach = 0.95). « Je trahirais la confiance de ma famille si je me séparais de mon exploitation » est un exemple d’item.

29 Insécurité professionnelle. L’échelle raccourcie en 5 items de De Witte (2000) a été retenue. Nous avons retiré un item pour en améliorer la fiabilité interne (alpha de Cronbach = 0.90). « Je pense qu’à terme mon métier d’arboriculteur est menacé » est un exemple d’item.

30 Épuisement émotionnel. Il a été mesuré à l’aide de la sous-échelle d’épuisement émotionnel de l’inventaire général d’épuisement professionnel (MBI-GS) de Schaufeli et al. (1996). Cette sous-échelle, composé de 5 items, a une bonne fiabilité (alpha de Cronbach = 0.80). « Je me sens fatigué quand je me lève le matin et que j’ai à faire face à une autre journée de travail » est un exemple d’item.

31 Intention de quitter précocement le métier. Elle a été mesurée à l’aide de l’échelle en 4 items d’intention de quitter de Moore (2000). Sa fiabilité est très satisfaisante (alpha de Cronbach = 0.86). « Il se pourrait que je cherche un autre travail ailleurs que dans l’agriculture les prochaines années » est un exemple d’item.

32 Variables de contrôle. L’âge de l’agriculteur, son sexe, son niveau d’éducation, le statut juridique de l’exploitation ont été intégrés dans notre étude, en tant que variables susceptibles d’être reliées à l’intention de quitter précocement la profession d’agriculteur.

3. Analyses des données

33 La méthode des équations structurelles [3], avec le logiciel AMOS 25, a été utilisée pour tester le modèle de recherche en suivant la démarche en deux étapes, recommandée par Anderson et Gerbing (1988).

34 Tout d’abord, nous avons réalisé une série d’analyses factorielles confirmatoires (méthode d’estimation du maximum de vraisemblance) pour tester la pertinence de notre modèle hypothétique à 5 facteurs. Nous l’avons mis en concurrence avec plusieurs modèles alternatifs. Selon les recommandations de Hu et Bentler (1985), nous avons évalué la qualité des modèles à l’aide de différents indices d’ajustement : le Khi2 normé (χ2/ddl), le Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA), le Comparative Fit Index (CFI) et l’Incremental Fit Index (IFI). Une valeur supérieure à 0.90 pour les deux derniers indices, un RMSEA inférieur à 0.08 (Hu et Bentler, 1995) et un Khi2 normé inférieur à 3 (Byrne, 2001) attestent d’un modèle bien ajusté aux données. La différence de Khi2 χ2) permet de comparer les modèles entre eux.

35 Ensuite, nous avons testé les hypothèses, regroupées au sein du modèle structurel. Pour tester les hypothèses de médiation, nous avons utilisé la procédure de bootstrap de Preacher et Hayes (2008). Il s’agit d’une procédure de simulations d’échantillons, avec une répétition de rééchantillonnage à partir d’un échantillon de départ. Cette procédure a permis tout d’abord d’estimer les valeurs des effets indirects des trois stresseurs sur l’intention de quitter précocement la profession via l’épuisement émotionnel pour 5 000 rééchantillonnages (avec remise) de notre échantillon de départ. Ensuite, elle a permis de créer un intervalle de confiance autour de la moyenne de ces valeurs ; celles-ci variant légèrement d’un rééchantillonnage à l’autre (MacKinnon et al., 2004). Les effets indirects sont significatifs dès l’instant où l’intervalle de confiance n’inclut pas la valeur zéro.

Résultats

1. Analyses préliminaires

36 Avant de présenter les résultats, nous avons examiné le biais de méthode commune, la fiabilité des échelles de mesure et les corrélations entre les variables.

37 Dans notre recherche, il existe un risque de biais de variance commune compte tenu du fait que nous avons collecté les données par questionnaire auprès des mêmes personnes (agriculteurs) et dans une logique transversale (un seul temps de mesure). Un tel biais, qui se produit lorsque les variations dans les réponses s’expliquent par l’instrument et non par les prédispositions réelles des répondants, pourrait augmenter artificiellement les résultats En suivant les recommandations de Podsakoff et al. (2012), nous avons testé un modèle avec un facteur latent « Méthode » que nous avons comparé au modèle structurel initial. Le modèle initial intègre les cinq variables (facteurs latents) avec leurs indicateurs respectifs. Dans le modèle incluant le facteur « Méthode », les items représentent des indicateurs non seulement des construits théoriques qu’ils sont supposés mesurer mais aussi d’une seule variable latente, la variable « Méthode ». Celle-ci est rajoutée au modèle de mesure comme un facteur orthogonal non corrélé avec les autres facteurs et est censée capter l’éventuel biais de méthode. Le modèle avec le facteur « Méthode » présente quasiment les mêmes indices d’ajustement que notre modèle de mesure initial (χ2[219] = 317.708, p<.001 ; IFI = 0.952 ; CFI = 0.951 ; RMSEA = 0.056). Il s’ajuste donc de façon très satisfaisante aux données. Cependant, la part de variance additionnelle que ce modèle apporte, si on le compare à notre modèle de mesure, est très faible ; elle n’est que de 0,8 %. Ainsi, nous apportons la preuve de l’absence d’un biais de variance de méthode commune. Les résultats des relations entre les variables, présentés ci-dessous, ne peuvent donc être expliqués par un tel biais.

38 La fiabilité des échelles de mesure des variables et les corrélations bivariées figurent dans le tableau 1. La fiabilité a été appréciée à travers le calcul du coefficient de l’alpha de Cronbach. Les résultats indiquent que toutes les mesures ont un niveau de fiabilité satisfaisant ; les alphas se situent entre 0.80 et 0.95. De plus, les corrélations de Pearson vont dans le sens des hypothèses hormis celle entre la charge de travail et l’intention de quitter précocement qui n’est pas significative. Concernant les variables de contrôle, comme aucune n’est corrélée à l’intention de quitter, et selon les recommandations de Becker (2005), les résultats ci-après sont présentés sans celles-ci.

Tableau 1. Fiabilité et corrélations des variables

MinMaxMoy.Écart-type123456789
1215443.818.46---------
-121.21.41.09--------
3153.341.08-.24**.08-------
4152.221.31.05.12-.03------
5152.801.10.08-.09-.18*.18*0.90----
61.6053.87.85.11-.04-.00.03.20*0.83---
7153.591.20-.07-.04-.23**0.04.12.18*0.95--
8152.88.93.11-.11-.11.16*.34**.58**.25**0.80-
9151.80.84.13.05-.06.15.34**.15-.16*.34**0.86

Tableau 1. Fiabilité et corrélations des variables

Notes : 1. Âge ; 2. Sexe ; 3. Niveau de formation ; 4. Statut juridique ; 5. Insécurité professionnelle ; 6. Charge de travail ; 7. Obligation morale de rester ; 8. Épuisement émotionnel ; 9. Intention quitter précocement profession ; * corrélation significative au niveau 0.05 ; ** corrélation significative au niveau 0.01. Échantillon N=144. Âge : en années. Sexe :1 masculin, 2 féminin. Niveau éducation : 1 sans diplôme, 2 BEPC-CAP-BEP, 3 BAC, 4 BAC +2 et 5 au-delà. Statut juridique : 1 Exploitation Agricole à Responsabilité Limitée, 2 Groupement Agricole d’Exploitation en Commun, 3 Société Civile d’Exploitation Agricole, 4 Exploitation individuelle, 5 Autre. L’alpha de Cronbach figure sur la diagonale.
Source : les auteurs.

2. Analyses factorielles confirmatoires

39 Les différentes analyses factorielles confirmatoires, dont les résultats figurent dans le tableau 2, montrent que le modèle hypothétique (M1) est celui qui s’ajuste le mieux aux données (χ2[220] = 319.019, p<.001 ; IFI = 0.952 ; CFI = 0.951 ; RMSEA = 0.056). Il présente les meilleurs indices d’ajustement et les différences de Khi2 entre le modèle hypothétique et les quatre autres modèles sont significatives. Ces résultats apportent la preuve de la validité discriminante des variables mobilisées dans notre recherche.

Tableau 2. Indices d’ajustement des modèles

Modèleχ2ddlχ2/ddlΔχ2ΔddlIFICFIRMSEA
M1319.0192201.450--0.9520.9510.056
M2540.9602242.415221.941**40.8460.8440.099
M3950.9332274.189631.914**70.6480.6430.149
M41126.2022294.918807.183**90.5630.5580.166
M51419.8902306.1731100.871**100.4200.4140.190

Tableau 2. Indices d’ajustement des modèles

Notes : **p<.001. M1 : Modèle hypothétique 5 facteurs (insécurité professionnelle, charge travail, obligation morale, épuisement émotionnel, intention quitter) ; M2 : Modèle 4 facteurs (combine épuisement émotionnel et intention quitter) ; M3 : Modèle 3 facteurs (combine insécurité métier, charge travail, obligation morale) ; M4 : Modèle 2 facteurs (combine insécurité professionnelle, charge travail, obligation morale et épuisement émotionnel, intention quitter) ; M5 : 1 facteur (combine les 5 variables du modèle). « Combine » signifie que certains facteurs (les construits théoriques) ont été regroupés entre eux au sein d’un même et unique facteur (variable latente). Ainsi, le facteur « combiné » est mesuré par tous les indicateurs (items) des construits théoriques qui ont été regroupés. ‪IFI : Incremental Fit Index. CFI : Comparative Fit Index. RMSEA : Root Mean Square Error of Approximation.‪
Source : les auteurs.

3. Test des hypothèses

40 Tout d’abord, concernant les relations directes des stresseurs sur l’intention de quitter précocement la profession, les résultats indiquent que l’obligation morale de rester est négativement liée à cette intention (β =-.32, p<.001), l’insécurité professionnelle l’est positivement (β =.28, p<.01). Ces deux relations étant significatives, les hypothèses H2 et H3 sont validées. En revanche, contrairement à nos attentes, il n’existe pas de relation significative directe entre la charge au travail et l’intention de quitter. L’hypothèse H1 est donc rejetée.

41 Puis, concernant les relations indirectes des stresseurs sur l’intention de quitter précocement la profession, via l’épuisement émotionnel, les résultats sont présentés dans le tableau 3. Les trois effets indirects sont positifs et significatifs ; ils se situent dans un intervalle de confiance qui exclut la valeur 0. Ainsi les hypothèses H4 (charge de travail), H5 (obligation morale), et H6 (insécurité professionnelle) sont validées.

Tableau 3. Résultats des tests des effets indirects des « stresseurs » sur l’intention de quitter

-Via l’épuisement émotionnel
Estimation bootstrappingIntervalle Confiance (95 %)
inférieursupérieur
Charge travail sur intention quitter.178.031.424
Obligation morale de rester sur intention quitter.042.001.132
Insécurité professionnelle sur intention quitter.047.002.168

Tableau 3. Résultats des tests des effets indirects des « stresseurs » sur l’intention de quitter

42 Source les auteurs.

Discussion des résultats

43 Nos résultats confirment les conclusions des travaux d’Hansen (2022), de Gorgievski et al. (2010) et de Peel et al. (2016) selon lesquelles l’intention d’un agriculteur de quitter la profession est déterminée par des facteurs psychologiques. Nous discutons nos résultats d’un point de vue théorique et pratique.

1. Contributions théoriques

44 Notre étude apporte des preuves de l’existence d’une relation entre des stresseurs et l’intention de l’agriculteur de quitter précocement la profession.

45 Tout d’abord, concernant la relation directe, nous constatons d’une part que l’obligation morale de l’agriculteur de rester dans l’exploitation et l’insécurité professionnelle qu’il ressent sont deux stresseurs au travail liés à son intention de quitter précocement la profession. L’obligation morale est négativement liée à cette intention et l’insécurité professionnelle l’est de façon positive. D’autre part, contrairement à ce que nous supposions, nous n’identifions pas de relation significative entre la charge de travail et l’intention de l’agriculteur de quitter précocement la profession. Ces résultats peuvent être discutés au regard des théories cognitives du stress au travail et du degré de contrôlabilité du stresseur.

46 En se basant sur les théories cognitives du stress au travail, ce n’est pas tant le stresseur lui-même qui pourrait avoir une relation avec l’intention de quitter mais la façon dont l’individu l’évalue. Alors que l’agriculteur évalue l’obligation morale de rester dans l’exploitation agricole et l’insécurité professionnelle comme de réelles contraintes difficilement surmontables le conduisant à une intention de quitter ou pas précocement la profession, il semblerait que la charge de travail soit évaluée tout à fait différemment par l’agriculteur. Compte tenu du fait que la charge de travail est inhérente au métier d’entrepreneur (Harris et al., 1999), nous pouvons donc aisément penser que l’agriculteur évalue cette charge non pas comme un facteur qui menace ses objectifs professionnels mais comme un facteur nécessaire à la réalisation de ceux-ci. Ainsi, cette évaluation positive de la charge de travail expliquerait l’absence de relation directe significative avec l’intention de quitter. Nos résultats confirment que l’influence des stresseurs sur des résultats dépend de l’évaluation que fait l’individu du caractère plus ou moins menaçant des stresseurs (Webster et al., 2011 ; Searle et Auton, 2015).

47 De plus, nos résultats montrent que ce sont surtout les stresseurs sur lesquels l’agriculteur a peu ou pas de contrôle qui sont significativement liés à l’intention de quitter précocement la profession. En effet, la charge de travail, contrairement à l’insécurité professionnelle et à l’obligation morale de rester, est un facteur relativement contrôlable par l’agriculteur. Pour y faire face, il peut par exemple décider d’employer de la main-d’œuvre ou encore changer ses productions ou ses modes de production. Il dispose d’une certaine liberté de choix et il peut agir sur la situation pour mieux la contrôler. L’insécurité professionnelle ressentie par l’agriculteur trouve son origine dans l’environnement économique, politique ou encore légal. L’obligation morale de rester dans l’exploitation trouve elle son origine dans la sphère familiale. Et comme le relèvent Lunner Kolstrup et al. (2013), les agriculteurs ont peu ou pas d’opportunités pour influencer et contrôler ces conditions externes. Ainsi, l’insécurité professionnelle ressentie par l’agriculteur ou encore l’obligation morale qu’il s’impose de rester dans l’exploitation pour la préserver dans le patrimoine, couplées à un sentiment de non-contrôle sur ces facteurs, entretiennent une relation significative avec l’intention de quitter précocement la profession. Cette relation positive entre l’insécurité professionnelle et l’intention de quitter précocement est tout à fait en adéquation avec les résultats d’études qui traitent la relation entre ce stresseur et les comportements de retrait (Jiang et Lavaysse, 2018 ; Sverke et al., 2002). Il en est de même pour la relation négative entre l’obligation morale de rester et l’intention de quitter précocement (Meyer et al., 2002 ; Agarwal et Sajid, 2017).

48 Ensuite, concernant les résultats de la relation indirecte entre les trois stresseurs et l’intention de quitter via l’épuisement émotionnel, ils sont en adéquation avec l’une des propositions du modèle JD-R (Demerouti et al., 2001) et les recherches empiriques (par exemple Bakker et al., 2003) qui soutiennent le rôle médiateur de l’épuisement dans la relation entre les stresseurs et l’intention de retrait. Autrement dit, c’est parce que les trois stresseurs initient un processus de détérioration de la santé qu’ils affectent l’intention de quitter précocement la profession. Nous prouvons d’une part que les trois stresseurs sont positivement liés à l’épuisement émotionnel, ce qui est en adéquation avec les travaux antérieurs. Et tout comme le relèvent Maslasch et al. (2001), c’est bien la charge de travail qui est la plus directement liée à l’épuisement émotionnel. D’autre part, nous relevons une relation positive entre l’épuisement émotionnel et l’intention de quitter précocement la profession conformément aux résultats des études qui traitent de la relation entre l’épuisement émotionnel et des intentions de retrait (Cropanzano et al., 2003 ; Beutell et al., 2019).

2. Implications managériales

49 Dans le but de prévenir les sorties précoces du métier d’agriculteur, il est utile de réduire l’épuisement émotionnel de l’agriculteur induit par la charge de travail élevée, son fort sentiment d’insécurité professionnelle et la forte obligation qu’il s’impose de rester dans l’exploitation. L’agriculteur lui-même mais également d’autres acteurs peuvent contribuer à réduire son épuisement émotionnel en agissant sur ces trois stresseurs.

50 Tout d’abord, l’agriculteur doit être en mesure de trouver et mettre en œuvre des solutions qui lui permettraient de réduire sa charge de travail. Une réflexion sur l’organisation du travail semble nécessaire pour diminuer son épuisement et in fine prévenir la sortie précoce. L’embauche directe de main-d’œuvre supplémentaire ou l’entraide entre agriculteurs représentent des voies possibles pour réduire cette charge. À côté de ces solutions classiques, l’exploitant peut se tourner vers de nouvelles formes de travail en croissance telle la délégation d’activités via des entreprises de travail agricoles. Parmi ces formes, il peut également opter pour des solutions collectives entre agriculteurs pour partager un salarié via les groupements d’employeurs ou les coopératives d’utilisation de matériel agricole. Il importe que l’exploitant soit bien informé pour faire un choix éclairé de la solution qui répondra le mieux à ses besoins. Les Chambres d’agriculture, les organismes professionnels agricoles ou encore les préventeurs de la MSA peuvent apporter de l’aide, des conseils aux agriculteurs, notamment en les sensibilisant aux nouvelles formes de travail.

51 Ensuite, plusieurs acteurs peuvent contribuer à réduire l’épuisement émotionnel des agriculteurs à travers la réduction de leur sentiment d’insécurité professionnelle. En premier lieu, les instances gouvernementales (européennes, nationales, régionales, départementales) doivent poursuivre leurs efforts dans l’attribution d’aides financières aux exploitants (aides aux investissements, au développement d’une filière en particulier, à la trésorerie, aux prêts bonifiés par exemple). En second lieu, l’État, les régions, les organismes professionnels agricoles, les organismes de conseils, à travers l’éducation et la formation peuvent également apporter des ressources aux futurs agriculteurs ou agriculteurs en activité. En développant plus fortement l’entrepreneuriat agricole, ces institutions peuvent permettre aux agriculteurs de se doter de compétences entrepreneuriales nécessaires à l’identification et l’exploitation de nouvelles opportunités d’affaires en cohérence avec les défis actuels de l’agriculture. En troisième lieu, la Société peut également contribuer à réduire le sentiment d’insécurité professionnelle de l’agriculteur en valorisant davantage le métier d’agriculteur. Les échanges, discussions, débats plus nombreux s’imposent entre les acteurs du monde agricole et la Société. Les agriculteurs eux-mêmes peuvent également agir directement en communiquant avec le grand public pour mieux lui faire connaître la réalité et les difficultés de leur métier.

52 Enfin, pour que l’agriculteur ne ressente pas une forte pression liée à l’obligation qu’il s’impose de rester dans l’exploitation en vue de la transmettre à la génération future, les proches familiaux, parents comme enfants, doivent être un soutien pour l’agriculteur. La famille doit être vue comme une ressource pour l’agriculteur et non comme un poids. Elle ne doit pas lui faire porter une charge émotionnelle et affective lourde liée à sa responsabilité de gérer un patrimoine familial commun. Au contraire, elle doit l’aider à déculpabiliser s’il devait ne pas rester dans l’exploitation agricole. S’il envisage de se retirer de l’agriculture, la famille doit être en mesure d’écouter et de discuter de la question de la reconversion professionnelle, comme s’il s’agissait d’une voie possible dans ce secteur au même titre que dans un autre secteur d’activité. En outre, d’autres acteurs ont également un rôle à jouer dans l’accompagnement de l’agriculteur qui souhaiterait ne pas rester dans l’exploitation. La MSA doit poursuivre ses efforts, notamment à travers ses dispositifs Avenir en soi ou AgriEcoute, pour aider les exploitants qui souhaiteraient se reconvertir. Elle peut de plus multiplier les journées d’échanges et de sensibilisation des agriculteurs à cette thématique, tout comme les Chambres d’agriculture. Ces dernières peuvent aussi renforcer leur accompagnement dans les transmissions d’exploitations.

3. Limites et pistes de recherches futures

53 Malgré les apports de notre recherche, celle-ci n’est pas exempte de limites.

54 Tout d’abord, de nouvelles variables pourraient être intégrées dans notre modèle. En premier lieu, nous pourrions étudier d’autres stresseurs au travail, comme le poids des réglementations et des politiques agricoles, par exemple, ou encore l’isolement géographique (Truchot et Andela, 2018 ; Lunner Kolstrup et al., 2013). En second lieu, nous pourrions intégrer dans notre modèle une variable qui puisse rendre compte de la façon dont l’agriculteur évalue les stresseurs. En effet, il peut évaluer les facteurs au travail de façon plus ou moins stressante, impliquant ainsi des degrés de subjectivité individuelle. Webster et al. (2011) ou encore Zhu et al. (2017) étudient l’influence de stresseurs au travail sur des résultats, notamment des intentions de retrait, en introduisant une variable médiatrice d’évaluation des stresseurs. Cette variable médiatrice est mesurée à l’aide de l’échelle de Pearsall et al. (2009) qui permet de savoir si le stresseur est évalué par l’individu comme un stresseur-obstable ou un stresseur-défi. Les stresseurs-obstacles ont des effets négatifs sur les résultats parce qu’ils sont vus par les individus comme une barrière qui les empêchent d’atteindre leurs objectifs professionnels (LePine et al., 2005). Au contraire, les stresseurs-défis ont des effets positifs sur les résultats parce qu’ils sont considérés par les personnes comme une opportunité dans l’atteinte de leurs objectifs (LePine et al., 2005). Ainsi, intégrer une variable d’évaluation des stresseurs par les agriculteurs permettrait de mieux comprendre la relation entre les stresseurs et l’intention de quitter précocement le métier. En troisième lieu, nous pourrions intégrer dans notre modèle de recherche d’autres variables de contrôle, comme par exemple le statut marital de l’agriculteur, le nombre d’enfants à charge ou encore son état de santé physique ou la santé économique de son exploitation. Nous pensons que ces variables constituent des sources de variation de son intention de quitter précocement la profession.

55 Ensuite, des limites méthodologiques peuvent être relevées. Tout d’abord, la définition de la variable d’intention de quitter précocement la profession n’indique pas une échéance précise de retrait (intention dans un avenir proche). Ainsi, il serait intéressant de vérifier la robustesse des résultats en fonction de l’ultimatum donné par l’agriculteur lui-même dans son intention de quitter le métier. Puis, nous avons opté pour un protocole transversal, marqué par un seul temps de mesure des variables. Or ce protocole ne permet pas d’examiner les relations inversées ou réciproques entre les différentes variables. Ainsi, il serait pertinent d’adopter un protocole longitudinal avec plusieurs temps de mesure. Ensuite, l’échantillon est constitué d’agriculteurs spécialisés dans l’arboriculture. Pour pouvoir généraliser les résultats, notre étude mériterait d’être répliquée auprès d’agriculteurs spécialisés dans d’autres productions.

Conclusion

56 Cette recherche prouve que des facteurs psychologiques sont à prendre en considération pour contribuer à expliquer l’intention de l’agriculteur de quitter précocement son métier. Nous montrons que les stresseurs au travail influencent cette intention, de façon directe et indirecte. L’obligation morale qu’il s’impose de rester dans l’exploitation ainsi que son sentiment d’insécurité professionnelle sont liés à son intention de quitter précocement son métier. L’obligation morale l’est de façon négative et l’insécurité de façon positive. En outre, nous montrons également que ces deux stresseurs en plus de la charge de travail élevée initient un processus de détérioration de la santé mentale à l’origine de son épuisement émotionnel qui à son tour influence son intention de quitter précocement sa profession. L’épuisement émotionnel joue le rôle de médiateur dans la relation positive entre les stresseurs et cette intention de retrait.

    • ‪Agarwal P., Sajid S. M. (2017). A study of job satisfaction, organizational commitment and turnover intention among public and private sector employees. ‪Journal of Management Research, vol. 1, n° 3, pp. 123-136.
    • Agreste (2022). L’arboriculture au premier plan des productions départementales. Études Tarn-et-Garonne, n° 14, 6 p.
    • Agreste (2022). Recensement Agricole 2020 – Âge des exploitants et devenir des exploitations. Agreste Primeur, n° 10, juillet, 4 p.
    • Ahmad M. I., Oxley L., Ma H. (2020). ‪What makes farmers exit farming: A case study of Sindh Province, Pakistan. ‪‪Sustainability‪‪, vol. 12, n° 8, pp. 2-17.‪
    • ‪Anderson J. C., Gerbing D. W. (1988). Structural equation modeling in practice: A review and recommended two-step approach. ‪‪Psychological Bulletin‪‪, vol. 103, n° 3, pp. 411-423.‪
    • ‪Aydogdu S., Asikgil B. (2011). An empirical study of the relationship among job satisfaction, organizational commitment and turnover intention. ‪‪International Review of Management and Marketing‪‪, vol. 1, n° 3, pp. 43-53.‪
    • ‪Baeriswyl S., Krause A., Elfering A., Berset M. (2017). How workload and coworker support relate to emotional exhaustion: The mediating role of sickness presenteeism. ‪‪International Journal of Stress Management‪‪, vol. 24, n° 1, pp. 52-73.‪
    • ‪Bakker A., Demerouti E., Schaufeli W. (2003). Dual processes at work in a call centre: An application of the job demands-resources model. ‪‪European Journal of Work and Organizational Psychology‪‪, vol. 12, n° 4, pp. 393-417.‪
    • Barraud-Didier V., Gatignon-Turnau A. L. (2021). Facteurs personnels et intention de sortie entrepreneuriale : les effets médiateurs de l’engagement au travail et de l’épuisement émotionnel de l’agriculteur. ‪Revue de l’entrepreneuriat, ‪‪vol. 20, n° 3, pp. 45-68.‪
    • ‪Becker T. E. (2005). Potential problems in the statistical control of variables in organizational research: A qualitative analysis with recommendations. ‪‪Organizational Research Methods‪‪, vol. 8, n° 3, pp. 274-289.‪
    • ‪Begho T., Begho M. O. (2022). The Occupation of Last Resort ? Determinants of Farming Choices of Small Farmers in Nigeria. ‪‪International Journal of Rural Management‪‪,‪‪ ‪‪doi: ‪‪https://doi.org/10.1177/09730052221091343‪‪, pp. 1-21.‪
    • ‪Berk A. (2018). Factors affecting the exit from farming of young farmers in Turkey : the case of Niğde province. ‪‪Ciência Rural‪‪, vol. 48, n° 8, pp. 1-8.‪
    • ‪Beutell N. J., Alstete J. W., Schneer J. A., Hutt C. (2019). ‪‪A look at the dynamics of personal growth and self-employment exit. ‪‪International Journal of Entrepreneurial Behavior et Research‪‪, vol. 25, n° 7, pp. 1452-1470.‪
    • ‪Bigliardi B., Petroni A., Ivo Dormio A. (2005). ‪‪Organizational socialization, career aspirations and turnover intentions among design engineers. ‪‪Leadership & Organization Development Journal‪‪, vol. 26, n° 6, pp. 424-441.‪
    • ‪Byrne B. M. (2001). ‪‪Structural equation modeling with AMOS: Basic concepts, applications, and programming‪‪. Mahwah, NJ: Lawrence Erlbaum Associates Publishers, 352 p.‪
    • ‪Caplan R. D., Jones K. W. (1975). Effects of work load, role ambiguity, and type A personality on anxiety, depression, and heart rate. ‪‪Journal of Applied Psychology‪‪, vol. 60, n° 6, pp. 713-719.‪
    • ‪Carter-Leal L. M., Oude-Lansink A., Saatkamp H. (2018). Factors influencing the stay-exit intention of small livestock farmers : empirical evidence from southern Chile. ‪‪Spanish Journal of Agricultural Research‪‪, vol. 16, n° 1, pp. 1-13.‪
    • ‪Cheng G. H. L., Chan D. K. S. (2008). Who suffers more from job insecurity? A meta‐analytic review. ‪‪Applied Psychology‪‪, vol. 57, n° 2, pp. 272-303.‪
    • ‪Cheshire L., Meurk C., Woods M. (2013). Decoupling farm, farming and place: Recombinant attachments of globally engaged family farmers. ‪‪Journal of Rural Studies‪‪, vol. 30‪‪,‪‪ pp. 64-74.‪
    • ‪Cropanzano R., Rupp D. E., Byrne Z. S. (2003). The relationship of emotional exhaustion to work attitudes, job performance, and organizational citizenship behaviors. ‪Journal of Applied Psychology, vol. 88, n° 1, pp. 160-170.
    • Deffontaines N. (2014). La souffrance sociale chez les agriculteurs. Quelques jalons pour une compréhension du suicide. Études rurales, n° 193, pp. 13-24.
    • ‪Demerouti E., Bakker A. B., Nachreiner F., Schaufeli W. B. (2001). ‪‪The job demands-resources model of burnout. ‪‪Journal of Applied Psychology‪‪, vol. 86, n° 3, pp. 499-512.‪
    • Droz Y. (2017). Amour, famille et entreprise : la transmission du patrimoine au sein de l’entreprise familiale. ‪Recherches familiales‪‪, vol. 14, n° 1, pp. 9-22.‪
    • ‪De Witte H. (2000). Work ethic and job insecurity: Assessment and consequences for well-being, satisfaction and performance at work. ‪‪In‪‪ Bowen R., De Witte K., De Witte H., Taillieu T. (Eds.), ‪‪From Group to Community‪‪. Leuven, BE: Garant, pp. 325-350.‪
    • ‪De Witte H. (2005). Job insecurity: review of the international literature on definitions, prevalence, antecedents and consequences. ‪‪Journal of Industrial Psychology‪‪, vol. 31, n° 4, pp. 1-6.‪
    • ‪Ferjani A., Zimmermann A., Roesch A. (2015). Determining factors of farm exit in agriculture in Switzerland. ‪‪Agricultural Economics Review‪‪, vol. 16, n° 1, pp. 59-72.‪
    • ‪Firth L., Mellor D. J., Moore K. A., Loquet C. (2004). How can managers reduce employee intention to quit? ‪‪Journal of Managerial Psychology, ‪‪vol. 19, n° 2, pp. 170-187.‪
    • ‪Fitz-Koch S., Nordqvist M., Carter S., Hunter E. (2018). Entrepreneurship in the agricultural sector: A literature review and future research opportunities. ‪‪Entrepreneurship Theory and Practice‪‪, vol. 42, n° 1, pp. 129-166.‪
    • ‪Fraser C. E., Smith K. B., Judd F., Humphreys J. S., Fragar L. J., Henderson A. (2005). Farming and mental health problems and mental illness. ‪‪International Journal of Social Psychiatry‪‪, vol. 51, n° 4, pp. 340-349.‪
    • ‪Gorgievski M. J., Bakker A. B., Schaufeli W. B.,‪‪ van der Veen H. B., Giesen C. W. (2010). ‪‪Financial problems and psychological distress: Investigating reciprocal effects among business owners. ‪‪Journal of Occupational and Organizational Psychology‪‪, vol. 83, n° 2, pp. 513-530.‪
    • ‪Griffeth R. W., Hom P. W., Gaertner S. (2000). A meta-analysis of antecedents and correlates of employee turnover: Update, moderator tests, and research implications for the next millennium. ‪‪Journal of Management‪‪, vol. 26, n° 3, pp. 463-488.‪
    • ‪Grobelna A. (2021). Emotional exhaustion and its consequences for hotel service quality: the critical role of workload and supervisor support, ‪‪Journal of Hospitality Marketing & Management‪‪, vol. 30, n° 4, pp. 395-418.‪
    • ‪Halawi A. H. (2014). Stimuli and effect of the intention to leave the organization. ‪‪European Scientific Journal‪‪, vol. 10, n° 1, pp. 184-197.‪
    • ‪Hansen B. G. (2022). Stay in dairy? Exploring the relationship between farmer wellbeing and farm exit intentions. ‪‪Journal of Rural Studies‪‪, vol. 92, pp. 306-315.‪
    • ‪Harris J. A., Saltstone R., Fraboni M. (1999). An evaluation of the job stress questionnaire with a sample of entrepreneurs. ‪‪Journal of Business and Psychology‪‪, vol. 13, n° 3, pp. 447-455.‪
    • ‪Hobfoll S. E. (1989). Conservation of resources: A new attempt at conceptualizing stress. ‪‪American Psychologist‪‪, vol. 44, n° 3, pp. 513-524.‪
    • ‪Holland P., Tham T. L., Sheehan C., Cooper B. (2019). The impact of perceived workload on nurse satisfaction with work-life balance and intention to leave the occupation. ‪‪Applied Nursing Research‪‪, vol. 49, pp. 70-76.‪
    • ‪Hu L., Bentler P. M. (1995). ‪‪Evaluating model fit. In: Hoyle, R.H. (Ed.), Structural equation modelling: Concepts, issues, and applications‪‪. Sage, Thousand Oaks, CA, pp. 76-99.‪
    • ‪Hu Q., Schaufeli W. B., Taris T. W. (2011). The job demands–resources model: An analysis of additive and joint effects of demands and resources. ‪‪Journal of Vocational Behavior‪‪, vol. 79, n° 1, pp. 181-190.‪
    • ‪Jahangiri M., Molaeifar H., Rajabi F., Banaee S. (2020). Occupational stressors among farmers in Iran using fuzzy multiple criteria decision-making methods. ‪‪Journal of Agromedicine‪‪, vol. 25, n° 1, pp. 28-37.‪
    • ‪Jiang L., Lavaysse L. M. (2018). Cognitive and affective job insecurity: A meta-analysis and a primary study. ‪‪Journal of Management‪‪, vol. 44, n° 6, pp. 2307-2342.‪
    • ‪Jones-Bitton A., Hagen B., Fleming S. J., Hoy S. (2019). Farmer burnout in Canada. ‪‪International Journal of Environmental Research and Public Health‪‪, vol. 16, n° 24, pp. 50-74.‪
    • ‪Kallioniemi M. K., Kaseva J., Lunner Kolstrup C., Simola A., Kymäläinen H. R. (2018). Job resources and work engagement among Finnish dairy farmers. ‪‪Journal of Agromedicine‪‪, vol. 23, n° 3, pp. 249-261.‪
    • ‪Kallioniemi M. K., Simola A., Kaseva J., Kymäläinen H. R. (2016). Stress and burnout among Finnish dairy farmers. ‪‪Journal of Agromedicine‪‪, vol. 21, n° 3, pp. 259-268.‪
    • ‪Kearney G. D., Rafferty A. P., Hendricks L. R., Allen D. L., Tutor-Marcom R. (2014). A cross-sectional study of stressors among farmers in eastern North Carolina. ‪‪North Carolina Medical Journal‪‪, vol. 75, n° 6, pp. 384-392.‪
    • ‪Kline R. B. (2015). ‪‪Principles and practice of structural equation modeling‪‪. Guilford Publications, 534 p.‪
    • ‪Lapointe E., Vandenberghe C., Panaccio A. (2011). Organizational commitment, organization-based self-esteem, emotional exhaustion and turnover: A conservation of resources perspective. ‪‪Human Relations‪‪, vol. 64, n° 12, pp. 1609-1631.‪
    • ‪LePine J. A., Podsakoff N. P., LePine M. A. (2005). A meta-analytic test of the challenge stressor–hindrance stressor framework: An explanation for inconsistent relationships among stressors and performance. ‪‪Academy of Management Journal‪‪, vol. 48, n° 5, pp. 764-775.‪
    • ‪Lunner Kolstrup C., Kallioniemi M., Lundqvist P., Kymäläinen H. R., Stallones L., Brumby S. (2013). International perspectives on psychosocial working conditions, mental health, and stress of dairy farm operators. ‪‪Journal of Agromedicine‪‪, vol. 18, n° 3, pp. 244-255.‪
    • ‪MacKinnon D. P., Lockwood C. M., Williams J. (2004). Confidence limits for the indirect effect: Distribution of the product and resampling methods. ‪‪Multivariate Behavioral Research‪‪, vol. 39, n° 1, pp. 99-128.‪
    • ‪Maslach C., Schaufeli W. B., Leiter M. P. (2001). Job burnout. ‪‪Annual Review of Psychology‪‪, vol. 52, n° 1, pp. 397-422.‪
    • ‪Maslach C., Jackson S. E. (1981). ‪‪The measurement of experienced burnout. ‪‪Journal of Organizational Behavior‪‪, vol. 2, n° 2, pp. 99-113.‪
    • ‪Meyer J. P., Allen N. J., Smith C. A. (1993). Commitment to organizations and occupations: Extension and test of a three-component conceptualization. ‪‪Journal of Applied Psychology‪‪, vol. 78, n° 4, pp. 538-551.‪
    • ‪Meyer J. P., Stanley D. J., Herscovitch L., Topolnytsky L. (2002). Affective, continuance, and normative commitment to the organization: A meta-analysis of antecedents, correlates, and consequences. ‪‪Journal of Vocational Behavior‪‪, vol. 61, n° 1, pp. 20-52.‪
    • ‪Milner A., Witt K., LaMontagne A. D., Niedhammer I. (2018). Psychosocial job stressors and suicidality: a meta-analysis and systematic review. ‪Occupational and Environmental Medicine, vol. 75, n° 4, pp. 245-253.
    • Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation (2019). Actif’Agri – Transformations des emplois et des activités en agriculture. ‪Paris : La Documentation française, 242 p.‪
    • ‪Moore J. E. (2000). One road to turnover: An examination of work exhaustion in technology professionals. ‪‪MIS quarterly‪‪, vol. 24, n° 1, pp. 141-168.‪
    • ‪Nauman S., Zheng C., Naseer S. (2020). Job insecurity and work–family conflict: A moderated mediation model of perceived organizational justice, emotional exhaustion and work withdrawal. ‪‪International Journal of Conflict Management‪‪, vol. 31, n° 5, pp. 729-751.‪
    • ‪Neck C. P., Houghton J. D., Sardeshmukh S. R., Goldsby M., Godwin J. L. (2013). Self-leadership: A cognitive resource for entrepreneurs. ‪‪Journal of Small Business et Entrepreneurship‪‪, vol. 26, n° 5, pp. 463-480.‪
    • ‪Nixon A. E., Mazzola J. J., Bauer J., Krueger J. R., Spector P. E. (2011). ‪‪Can work make you sick? A meta-analysis of the relationships between job stressors and physical symptoms. ‪‪Work & Stress‪‪, vol. 25‪‪, n° ‪‪1, pp. 1-22.‪
    • ‪Nunnally J. C., Bernstein I. H. (1994). ‪‪Psychometric theory‪‪. (3rd ed.). New York: McGraw-Hill, 752 p.‪
    • ‪Park J., Min H. K. (2020). ‪‪Turnover intention in the hospitality industry: a meta-analysis. ‪‪International Journal of Hospitality Management‪‪, vol. 90, pp. 1-11.‪
    • ‪Pearsall M. J., Ellis A. P., Stein J. H. (2009). Coping with challenge and hindrance stressors in teams: Behavioral, cognitive, and affective outcomes. ‪‪Organizational Behavior and Human Decision Processes‪‪, vol. 109, n° 1, pp. 18-28.‪
    • ‪Peel D., Berry H. L., Schirmer J. (2016). Farm exit intention and wellbeing: a study of Australian farmers. ‪‪Journal of Rural Studies‪‪, vol. 47, pp. 41-51.‪
    • ‪Piccoli B., De Witte H. (2015). Job insecurity and emotional exhaustion: Testing psychological contract breach versus distributive injustice as indicators of lack of reciprocity. ‪‪Work & Stress‪‪, vol. 29, n° 3, pp. 246-263.‪
    • ‪Podsakoff P. M., MacKenzie S. B., Podsakoff N. P. (2012). Sources of method bias in social science research and recommendations on how to control it. ‪‪Annual Review of Psychology‪‪, vol. 63, n° 1, pp. 539-569.‪
    • ‪Preacher K. J., Hayes A. F. (2008). Asymptotic and resampling strategies for assessing and comparing indirect effects in multiple mediator models. ‪‪Behavior Research Methods‪‪, vol. 40, n° 3, pp. 879-891.‪
    • ‪Qureshi M. I., Iftikhar M., Abbas S. G., Hassan U., Khan K., Zaman K. (2013). Relationship between job stress, workload, environment and employees turnover intention : What we know, what should we know. ‪‪World Applied Sciences Journal‪‪, vol. 23, n° 6, pp. 764-770.‪
    • ‪Reed D. B., Claunch D. T. (2020). Risk for depressive symptoms and suicide among US primary farmers and family members: a systematic literature review. ‪‪Workplace Health & Safety‪‪, vol. 68, n° 5, pp. 236-248.‪
    • ‪Reissig L., Crameri A., von Wyl A. (2019). Prevalence and predictors of burnout in Swiss farmers: burnout in the context of interrelation of work and household. ‪‪Mental Health & Prevention‪‪, vol. 14, n° 1, pp. 1-10.‪
    • ‪Schaufeli W. B., Leiter M. P., Maslach C., Jackson S. E. (1996). MBI-General Survey‪‪. In ‪‪Maslach C. Jackson S., Leiter M. (Eds.), ‪‪The Maslach Inventory: Test manual‪‪. ‪‪Palo Alto‪‪. CA: Consulting Psychologists Press, pp. 22-26.‪
    • ‪Schaufeli W. B., Bakker A. B. (2004). Job demands, job resources, and their relationship with burnout and engagement: A multi‐sample study. ‪‪Journal of Organizational Behavior, ‪‪vol. 25, n° 3, pp. 293-315.‪
    • ‪Searle B. J., Auton J. C. (2015). The merits of measuring challenge and hindrance appraisals. ‪‪Anxiety, Stress, et Coping‪‪, vol. 28, n° 2, pp. 121-143.‪
    • ‪Sonnentag S., Fritz C. (2015). Recovery from job stress: The stressor‐detachment model as an integrative framework. ‪‪Journal of Organizational Behavior‪‪, vol. 36, n° S1, pp. 72-103.‪
    • ‪Suarthana J. H. P., Riana I. G. (2016). The effect of psychological contract breach and workload on intention to leave: mediating role of job stress. ‪‪Procedia-Social and Behavioral Sciences‪‪, vol. 219, pp. 717-723.‪
    • ‪Sverke M., Hellgren J., Näswall K. (2002). No security: a meta-analysis and review of job insecurity and its consequences. ‪‪Journal of Occupational Health Psychology‪‪, vol. 7, n° 3, pp. 242-264.‪
    • ‪Truchot D., Andela M. (2018). Burnout and hopelessness among farmers: The farmers stressors Inventory. ‪‪Social Psychiatry and Psychiatric Epidemiology‪‪, vol. 53, n° 8, pp. 859-867.‪
    • ‪Vandenberghe C., Mignonac K., Manville C. (2015). When normative commitment leads to lower well-being and reduced performance. ‪‪Human Relations‪‪, vol. 68, n° 5, pp. 843-870.‪
    • ‪Webster J. R., Beehr T. A., Christiansen N. D. (2010). Toward a better understanding of the effects of hindrance and challenge stressors on work behavior. ‪‪Journal of Vocational Behavior‪‪, vol. 76, n° 1, pp. 68-77.‪
    • ‪Webster J. R., Beehr T. A., Love K. (2011). Extending the challenge-hindrance model of occupational stress: The role of appraisal. ‪‪Journal of Vocational Behavior‪‪, vol. 79, n° 2, pp. 505-516.‪
    • ‪Wright T. A., Cropanzano R. (1998). Emotional exhaustion as a predictor of job performance and voluntary turnover. ‪‪Journal of Applied Psychology‪‪, vol. 83, n° 3, pp. 486-493.‪
    • ‪Yuliati N., Rahayu E. S., Soedarto T. (2019). The determining factors of economic transformation that affects the intention to leave business : analytical study of entrepreneurship in rural farmers in Indonesia. ‪‪Journal of Entrepreneurship Education‪‪, vol. 22, n° 1, pp. 1-10.‪
    • ‪Zhu F., Burmeister-Lamp K., Hsu D. K. (2017). To leave or not? The impact of family support and cognitive appraisals on venture exit intention. ‪‪International Journal of Entrepreneurial Behavior & Research‪‪, vol. 23, n° 3, pp. 566-590.‪

Mots-clés éditeurs : agriculteurs, épuisement émotionnel, intention de quitter précocement la profession, stresseurs au travail

Logo cc-by-nc
Logo Souscrire pour ouvrir

Cet article est accessible en accès ouvert dans le cadre de notre modèle Souscrire Pour Ouvrir.

Date de mise en ligne : 28/08/2023

https://doi.org/10.3917/ecru.385.0063