Article de revue

La Vie de saint Vulfran attribuée au moine Jonas de Fontenelle. Une traduction critique

Pages 351 à 375

Citer cet article


  • Lebecq, S.
(2021). La Vie de saint Vulfran attribuée au moine Jonas de Fontenelle. Une traduction critique. Revue du Nord, 439(2), 351-375. https://doi.org/10.3917/rdn.440.0351.

  • Lebecq, Stéphane.
« La Vie de saint Vulfran attribuée au moine Jonas de Fontenelle. Une traduction critique ». Revue du Nord, 2021/2 n° 439, 2021. p.351-375. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-du-nord-2021-2-page-351?lang=fr.

  • LEBECQ, Stéphane,
2021. La Vie de saint Vulfran attribuée au moine Jonas de Fontenelle. Une traduction critique. Revue du Nord, 2021/2 n° 439, p.351-375. DOI : 10.3917/rdn.440.0351. URL : https://shs.cairn.info/revue-du-nord-2021-2-page-351?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rdn.440.0351


Notes

  • [1]
    Je remercie vivement Charles Mériaux de m’avoir invité à publier le présent article dans la Revue du Nord. Aussi bien pour la traduction que pour le commentaire de la Vie de Vulfran, j’ai suivi l’édition de W. Levison, Vita Vulframni episcopi Senonici, dans Monumenta Germaniæ Historica [désormais cité : MGH], Scriptores rerum Merowingicarum [désormais cité : SRM], t. V, Hanovre/Leipzig, Hahn, 1910, p. 657-673. Cette édition repose sur une douzaine de manuscrits des xie-xiiie siècles, dont le plus important est celui du Havre (voir infra, n. 6). Pour une présentation de l’ensemble du dossier hagiographique de saint Vulfran, voir la Bibliotheca Hagiographica Latina, n° 8738-8742 (la première Vita est référencée sous le n° 8738), désormais consultable en ligne par la Clavis Clavium : https://clavis.brepols.net/clacla/Default.aspx ; ainsi que l’étude analytique de J. Howe, « The hagiography of Saint-Wandrille (Fontenelle) (Province of Haute Normandie) (Sources hagiographiques de la Gaule 8) », dans L’hagiographie du haut Moyen Âge en Gaule du Nord. Manuscrits, textes et centres de production, M. Heinzelmann (dir.), Stuttgart, Thorbecke, 2001, p. 127-192, aux p. 153-160.
  • [2]
    S. Lebecq, « Vulfran, Willibrord et la mission de Frise : pour une relecture de la Vita Vulframni », dans L’évangélisation des régions entre Meuse et Moselle et la fondation de l’abbaye d’Echternach (ve-ixe siècle), Actes du colloque de Luxembourg et Echternach, M. Polfer (éd.), Luxembourg, CLUDEM, 2000, p. 429-452 (rééd. dans id., Hommes, mers et terres du Nord au début du Moyen Âge, t. I, Peuples, cultures, territoires, Villeneuve-d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2011, p. 75-93) ; id., « Mission de Frise et tradition orale : retour à la Vie de Vulfran », dans Retour aux Sources. Textes, études et documents d’histoire médiévale offerts à Michel Parisse, Paris, Picard, 2004, p. 669-676 ; et id., « Vulfran, clerc palatin, moine de Fontenelle et évêque métropolitain de Sens », dans Religion, animaux et quotidien au Moyen Âge. Études offertes à Alain Dierkens, J.-M. Duvosquel et al. (éd.), Bruxelles, Le Livre Timperman, 2019 (= Revue belge de philologie et d’histoire, t. 96, fasc. 1-2, 2018), p. 555-568.
  • [3]
    Mon ami Ian Wood a sans doute été le plus virulent, quand il a parlé d’un texte « preposterous » et « palpably fraudulent », dans I. Wood, « Saint-Wandrille and its Hagiography », dans Church and Chronicle in the Middle Ages. Essays presented to John Taylor, I. Wood et G. A. Loud (éd.), Londres/Rio Grande, Hambledon Press, 1991, p. 1-14, en particulier p. 13 et 14. Mais il semble avoir quelque peu tempéré son jugement dans I. Wood, The Missionary Life. Saints and the Evangelisation of Europe, 400-1050, Harlow/New York, Longman, 2001, en particulier p. 92-94.
  • [4]
    Vita Vulframni, ch. 9. Cette histoire n’a été reprise que par un supplementum ajouté au xiie siècle aux Annales Xantenses par un moine d’Egmond, en Hollande. Voir infra, n. 70.
  • [5]
    S. Lebecq, « Le baptême manqué du roi Radbod », dans Les assises du pouvoir. Temps médiévaux, territoires africains. Mélanges Jean Devisse, O. Redon et B. Rosenberger (éd.), Vincennes-Saint-Denis, Presses universitaires de Vincennes, 1995, p. 141-150 ; id., « Vulfran, Willibrord et la mission de Frise », op. cit. (n. 2), en particulier p. 442 et 448 ; R. Meens, « With one foot in the font : the failed baptism of the Frisian King Radbod and the 8th-century discussion about the fate of unbaptized Forefathers », dans Early Medieval Ireland and Europe. Chronology, contacts, scholarship. A Festschrift for Daibhi O. Croinin, P. Moran et I. Warntjes (éd.), Turnhout, Brepols, 2015, p. 577-596 ; et A. Gautier, Beowulf au paradis. Figures de bons païens dans l’Europe du Nord au haut Moyen Âge, Paris, Éditions de la Sorbonne, 2017 (« L’angoisse de Radbod », p. 168-182).
  • [6]
    Le Maius Chronicon Fontanellense, qui provient du scriptorium de l’abbaye de Fontenelle-Saint-Wandrille, est aujourd’hui conservé à la Bibliothèque Municipale Armand-Salacrou du Havre, ms. 332 [A 34].
  • [7]
    Gesta des abbés de Fontenelle, XII, 3. J’ai recouru à l’édition des R. P. F. Lohier et J. Laporte, Gesta sanctorum patrum Fontanellensis cœnobii, Rouen/Paris, Société de l’histoire de Normandie, 1936, p. 89-90 ; et à celle, doublée d’une traduction française, de P. Pradié, Chronique des abbés de Fontenelle (Saint-Wandrille), Paris, Les Belles Lettres, 1999, p. 142-143. Sauf exception, c’est à cette dernière édition que je renverrai de préférence dans les notes qui suivent.
  • [8]
    Gesta de Fontenelle, XII, 3, P. Pradié (éd.), op. cit. (n. 7), p. 140-141.
  • [9]
    S. Lebecq, Vulfran, Willibrord et la mission de Frise, op. cit. (n. 2), p. 440-441.
  • [10]
    Gesta de Fontenelle, II, 4, P. Pradié (éd.), op. cit. (n. 7), p. 34-37.
  • [11]
    Ibid., II, p. 26-27.
  • [12]
    Ibid., III et IX, p. 38-39 et 102 et sqq.
  • [13]
    La préface attribue en effet toute la matière de la mission frisonne contenue dans la Vita Vulframni au venerabilis præsbiter Ovo, ex ipsa Fresionum natione oriundus, qui viva voce narrat… ; et le ch. 10 commence pratiquement par les mots prædicto venerabili presbitero Ovo narrante…
  • [14]
    Les sources du temps, même les plus administratives ou comptables, parlent en effet de Frisons nommés Ibbo, Gebo, Popo, Bubo, Hoffo, Huno, Edo… S. Lebecq, Vulfran, Willibrord et la mission de Frise, op. cit. (n. 2), p. 444.
  • [15]
    Sur le vocabulaire utilisé (par exemple à propos des roseaux du ch. 10) ou sur les pratiques rituelles évoquées (comme les sacrifices d’enfants offerts à la marée montante du ch. 8), on se reportera à la traduction qui suit, et aux notes 67 et 78. S. Lebecq, « Paganisme et rites sacrificiels chez les Frisons des viie-viiie siècles », dans Bonifatius. Leben und Nachwirken. Die Gestaltung des christlichen Europa im Frühmittelalter, F. Felten, J. Jarnut et L. E. von Padberg (éd.), Mayence, Gesellschaft für mittelrheinische Kirchengeschichte, 2007, p. 111-120.
  • [16]
    On peut, au contraire, prendre l’hagiographe au sérieux quand il donne, par exemple aux ch. 6, 7 ou 10, le nom des quelques jeunes Frisons bien individualisés qui, tel Ovo, ont été envoyés à Fontenelle après leur baptême !
  • [17]
    Voir infra, ch. 4 de la traduction et n. 53. S. Lebecq, Paganisme et rites sacrificiels chez les Frisons, op. cit. (n. 15), en particulier p. 118.
  • [18]
    Ce qui lui donnerait un âge de 25 à 30 ans quand il se verrait confier, dès le règne de Clotaire III (657-672), d’importantes responsabilités ecclésiastiques au palais royal de Neustrie.
  • [19]
    Il s’agit bien sûr de l’Ansbert mentionné plus haut, troisième abbé de Fontenelle, où il succéda à l’abbé Lantbert en 677-679, puis évêque de Rouen, où il succéda à saint Ouen en 684, et décédé vers 693-694, dans des circonstances qu’on évoquera plus loin. Comme les Gesta de Fontenelle ne lui consacrent pas de notice spéciale, peut-être en vertu d’une forme de damnatio memoriæ, on le connaît surtout par sa Vita, qui le présente en son ch. 4 comme conditor regalium privilegiorum et gerulus anuli regalis (« rédacteur des privilèges royaux et gardien de l’anneau royal »). Vita Ansberti, W. Levison (éd.), dans MGH, SRM, t. V, Hanovre/Leipzig, Hahn, 1910, p. 613-641, en particulier p. 621 ; N. Gauthier, « Rouen pendant le haut Moyen Âge (650-850) », dans La Neustrie. Les pays au nord de la Loire de 650 à 850, H. Atsma (dir.), Sigmaringen, Thorbeck, 1989, t. II, p. 1-20, en particulier p. 16.
  • [20]
    Gesta de Fontenelle, II, op. cit. (n. 7), p. 26-37.
  • [21]
    Ibid., II, 4, p. 34-35.
  • [22]
    On notera avec intérêt que, dans les Gesta, le temps de séjour des corps d’Ansbert et de Vulfran dans l’église Saint-Paul a été inversé (neuf ans pour Ansbert et onze ans pour Vulfran), mais aussi qu’une main anonyme du xiie siècle a corrigé cette erreur dans le manuscrit du Havre : S. Lebecq, Vulfran, Willibrord et la mission de Frise, op. cit. (n. 2), en particulier p. 438, d’après l’édition de la Vita Vulframni par W. Levison, op. cit. (n. 1), p. 672-673 (et n. 6) ; et l’édition Lohier-Laporte des Gesta, op. cit. (n. 7), p. 20-21 (et n. 48).
  • [23]
    Gericus, évêque métropolitain de Sens, probablement attesté vers 696-697. Sans doute est-ce en effet le nom de ce Géry qu’on doit reconnaître dans le nom rogné de l’évêque […]ericus qui a souscrit au bas d’une charte de l’évêque Ageradus de Chartres, suffrageant de Sens, passée dans ces années-là : la Vita Vulframni, W. Levison (éd.), op. cit. (n. 1), p. 657 et p. 671, n. 3 ; et L. Duchesne, Fastes épiscopaux de l’ancienne Gaule, t. II, L’Aquitaine et les Lyonnaises, 2e éd., Paris, Fontemoing, 1910, p. 417, n° 26.
  • [24]
    Sur la chronologie, si complexe, de la vie publique de Vulfran : S. Lebecq, Vulfran, Willibrord et la mission de Frise, op. cit. (n. 2) et id., Vulfran, clerc palatin, moine de Fontenelle et évêque métropolitain de Sens, op. cit. (n. 2).
  • [25]
    Pour Gericus, voir supra (n. 23). Quant à Lantbert, il est connu pour avoir participé au plaid de Marlay (en 677 ou 680) et avoir souscrit au bas d’une charte de l’évêque Aiglebert du Mans en faveur du monastère Sainte-Marie en 683 ; J. Havet, « Questions mérovingiennes VII. Les actes des évêques du Mans », Bibliothèque de l’École des chartes, t. 55, 1894, p. 5-60 ; Vita Vulframni, W. Levison (éd.), op. cit. (n. 1), p. 663 ; et L. Duchesne, Fastes épiscopaux de l’ancienne Gaule, t. II, op. cit. (n. 23), p. 417, n° 26.
  • [26]
    Et non un, comme je l’ai écrit dans Vulfran, Willibrord et la mission de Frise, op. cit. (n. 2), p. 436-437.
  • [27]
    La date de 692-693 est privilégiée par H. Hartmut et J. Vezin, Chartæ Latinæ Antiquiores, France, t. II, Zürich/Dietikon, Urs-Graf Verlag, 1982, p. 12-14, n° 576 ; et celle de 694 par T. Kölzer, MGH, Diplomata regum Francorum e stirpe Merovingica, Hanovre, Hahn, 2001, n° 141, p. 355-357. Ce Clovis (III ou IV, suivant que les systèmes de numérotation incluent ou non le petit Clovis, fils de Clotaire III, qui ne régna qu’un an sur la seule Austrasie en 675-676) a été désigné en 691 par Pépin II pour succéder à son père Thierry III sur l’ensemble des tria regna mérovingiens.
  • [28]
    La charte de 660 et sa confirmation de 695 ne sont connues que par une copie du xviie siècle : P. Deschamps, « Critique du privilège épiscopal accordé par Emmon de Sens à l’abbaye de Sainte-Colombe (660, 26 août) », Le Moyen Âge, t. 25, 1912, p. 144-166, en particulier p. 153 et p. 165.
  • [29]
    Voir supra (n. 19) et infra (n. 31).
  • [30]
    Sur les tiraillements au sein de l’aristocratie neustrienne devant la montée en puissance de Pépin II, voir P. Fouracre, « Observations on the Outgrowth of the Pippinid Influence in the ‘Regnum Francorum’ after the Battle of Tertry (687-715) », Medieval Prosopography, t. 5, 1984, p. 1-31 ; R. Gerberding, The Rise of the Carolingians and the Liber Historiæ Francorum, Oxford, Clarendon Press, 1987, en particulier p. 92-94 et 102-106 ; P. Fouracre et R. Gerberding, Late Merovingian France. History and Hagiography (640-720), Manchester/New York, Manchester University Press, 1996, en particulier p. 24-25 et 84, sans oublier la source essentielle, La Geste des rois des Francs. Liber Historiæ Francorum, S. Lebecq (éd. et trad.), Paris, Les Belles Lettres, 2015, introduction, p. XXXVII-XL, et ch. 46-48, p. 158-165.
  • [31]
    C’est après la mort d’Ansbert à Hautmont que son corps fut rapatrié à Fontenelle : Vita Ansberti, W. Levison (éd.), op. cit. (n. 19), en particulier ch. 21, p. 634. Si les Gesta ne consacrent pas de chapitre spécial à l’abbatiat d’Ansbert, elles font deux fois allusion à son exil forcé (II, 1 et XIII, 7, P. Pradié (éd.), op. cit. (n. 7), p. 28-29 et 182-183), et une fois mention de la translation de ses reliques, désormais associées à celles de Wandrille et Vulfran. (Ibid., II, 4, p. 34-37.)
  • [32]
    Ibid., III, 1 et VIII, 1, p. 40-41 et 98-99. Sur les dessous et les implications religieuses de l’exil de Wandon à Maastricht : A. Dierkens, « Réflexions sur l’histoire religieuse de Maastricht à l’époque mérovingienne », L’évangélisation des régions entre Meuse et Moselle, op. cit. (n. 2), p. 541-574, en particulier p. 561-562.
  • [33]
    Les sources annalistiques et narratives convergent : voir, pour faire vite, D. P. Blok, De Franken in Nederland, 2e éd., Bussum, Fibula-Van Dishoeck, 1974, p. 41 ; ou H. A. Heidinga, Frisia in the first Millenium, Utrecht, Matrijs, 1997, p. 22.
  • [34]
    Sur Willibrord et la mission de Frise, voir, dans une très abondante bibliographie, S. Lebecq, « Les Frisons entre paganisme et christianisme », Christianisation et déchristianisation, Angers, Presses de l’Université d’Angers, 1986, p. 19-45 (rééd. dans id., Hommes, mers et terres du Nord au début du Moyen Âge, t. I, op. cit. (n. 2), p. 53-73) ; id., Vulfran, Willibrord et la mission de Frise, op. cit. (n. 2), ainsi que les autres communications faites au colloque sur L’évangélisation des régions entre Meuse et Moselle et la fondation de l’abbaye d’Echternach, op. cit. (n. 2) ; M. van Vlierden, Willibrord en het begin van Nederland, catalogue d’exposition, Utrecht, Museum Catharijneconvent, 1995 ; et I. Wood, The Missionary Life, op. cit. (n. 3), en particulier p. 79-99.
  • [35]
    C’est Dom Jean Laporte qui fait cette remarque de bon sens, dans la petite monographie, par ailleurs un peu trop édifiante, qu’il a écrite sur la « Vie de saint Vulfran », dans L’Abbaye de Saint-Wandrille, 1954, p. 8-13 ; S. Lebecq, Vulfran, Willibrord et la mission de Frise, op. cit. (n. 2), p. 449.
  • [36]
    D’après l’édition de la Vita Vulframni par Wilhelm Levison citée supra (n. 1). Une partie de cette traduction est déjà parue dans deux des articles cités (n. 2) : S. Lebecq, « Mission de Frise et tradition orale : retour à la Vie de Vulfran », op. cit. (n. 2) et id., Vulfran clerc palatin, moine de Fontenelle et évêque métropolitain de Sens, op. cit. (n. 2).
  • [37]
    Cette præfatio a fait l’objet d’une fine analyse de F. Dolbeau, « Transformations des prologues hagiographiques dues aux réécritures », dans L’hagiographie mérovingienne à travers ses réécritures, M. Goullet, M. Heinzelmann et C. Veyrard-Cosme (éd.), Ostfildern, Thorbecke, 2010, p. 103-124, en particulier p. 112-113.
  • [38]
    Bainus, abbé de Fontenelle (701-710) et évêque de Thérouanne, fait l’objet du chapitre II des Gesta des abbés de Fontenelle, P. Pradié (éd.), op. cit. (n. 7), p. 26-37.
  • [39]
    Sur Ansbert, voir supra (n. 19 et 31).
  • [40]
    Sur Ovo, maillon essentiel dans la tradition de la mission frisonne de Vulfran, voir supra, introduction (et n. 13), et infra, ch. 6 et 10 de la traduction. Sur l’authenticité de cette tradition : S. Lebecq, Vulfran, Willibrord et la mission de Frise, op. cit. (n. 2.)
  • [41]
    Aujourd’hui Milly-la-Forêt (dép. Essonne, arr. Étampes). Bien qu’elle ait été contestée par F. Lot dans ses Études critiques sur l’abbaye de Saint-Wandrille, Paris, Honoré-Champion, 1913, p. XXIV, je reprends volontiers à mon compte cette identification, qui avait été proposée par Jean Mabillon dès 1672, et qui a été reprise par Wilhelm Levison dans son édition de 1910.
  • [42]
    Il semble qu’on ne connaisse ce Vultbertus que par la Vita Vulframni : R. Le Jan, « Prosopographica neustrica : les agents du roi en Neustrie de 639 à 840 », dans La Neustrie. Les pays au nord de la Loire de 650 à 850, t. I, op. cit. (n. 19), p. 231-269 (n° 312 du catalogue prosopographique, p. 268).
  • [43]
    Les rois de Neustrie Dagobert Ier (629-639) et son fils Clovis II (638-657).
  • [44]
    Il s’agit des fils de Clovis II devenus rois de Neustrie, Clotaire III (657-672) puis Thierry III (673-691). Ecclesiastici ordinis cura peut aussi bien signifier la responsabilité liturgique de la chapelle royale qu’une activité de conseil auprès du roi en matière ecclésiale, par exemple à propos des nominations à des charges pastorales.
  • [45]
    Sur l’évêque Lantbert, voir supra, n. 25.
  • [46]
    À partir de ce moment, le chapitre est jusqu’à son point final un démarquage d’un passage de l’Historia ecclesiastica gentis Anglorum de Bède le Vénérable consacré à Cuthbert de Lindisfarne (IV, 26).
  • [47]
    Jeu de mots autour du concept de métropole. Rouen avait été la capitale de la province romaine de Lyonnaise Seconde, et est restée, comme il se doit, le siège « métropolitain » de sa province ecclésiastique.
  • [48]
    En l’an XV du règne de Thierry III (673-691), ce qui signifierait en 687 ou au tout début de 688.
  • [49]
    La remarque est importante car elle laisse entendre que l’auteur avait la charte sous les yeux. On ne sait que peu de choses de cet Érembert, qui, selon une Vita brève et tardive, W. Levison (éd.), dans MGH, SRM, t. V, Hanovre/Leipzig, 1910, p. 652-658), est né à Poissy, puis est devenu moine à Fontenelle, et a enfin été nommé évêque de Toulouse par Clotaire III vers 656. Suivant les Gesta de Fontenelle, II, 4, P. Pradié (éd.), op. cit. (n. 7), p. 34-37, son corps a fait l’objet en 704, un mois après la translation des corps de Wandrille, Ansbert et Vulfran (voir infra, ch. 14), d’une élévation dans l’église Saint-Paul du monastère, depuis la place qui lui avait d’abord été accordée sous le porche jusqu’à celle qu’y avait occupée Wandrille près du chœur.
  • [50]
    À l’identification proposée par F. Lot (Études critiques, op. cit. (n. 41), p. XXIV), qui rapproche Maniaco de Magny-le-Hongre, au demeurant situé dans le pagus de Meaux et non dans celui de Melun, on préférera l’identification des deux toponymes avec Mauny et Villaroche, deux écarts voisins l’un de l’autre situés dans la commune de Réau (département Seine-et-Marne), à 10 km au nord de Melun.
  • [51]
    L’existence d’un port à Fontenelle, connecté à l’axe de navigation de la basse Seine, et, par elle, au système des communications des mers du Nord, contribue à expliquer la motivation de Vulfran à partir pour la Frise : on sait en effet qu’au viiie siècle des marchands frisons remontaient régulièrement le cours de la Seine pour se rendre à la foire de Saint-Denis ! S. Lebecq, Marchands et navigateurs frisons du haut Moyen Âge, Lille, Presses universitaires de Lille, 1983, 2 vol., passim.
  • [52]
    Le passage qui suit est emprunté à l’Historia ecclesiastica gentis Anglorum de Bède le Vénérable, plus précisément au discours adressé par le roi Oswy de Northumbria à Sigebert roi des Est-Saxons (III, 22).
  • [53]
    On notera avec intérêt que, là où Bède, qui est ici suivi à la lettre (voir note précédente), disait de Dieu qu’il avait créé cælum et terram et humanum genus, notre auteur ajoute maria (« les mers ») – un ajout qu’on retrouve dans une formule voisine au ch. 82 de l’Admonitio generalis (…qui creavit cælum et terram, mare et omnia quæ in eis sunt…). Que la primeur de cette inflexion du Credo revienne au grand capitulaire programmatique de 789 ou à la Vie de Vulfran, il n’y a aucun doute qu’elle résulte de l’adaptation de la prédication missionnaire à la singularité du milieu frison, qu’on sait marquée par l’omniprésence de la mer. S. Lebecq, Paganisme et rites sacrificiels chez les Frisons, op. cit. (n. 15), en particulier p. 118.
  • [54]
    S’agit-il du nom du père de Vulfran (Vultbert) ou du nom du père de l’enfant (Radbod) ? J’opte plutôt pour la seconde solution, car l’existence d’un évêque Radbod d’Utrecht au début du xe siècle (vers 900-917) plaide pour une christianisation précoce du nom.
  • [55]
    Wandon a été abbé de Fontenelle de 716 à 719, puis vers 747-750. Son premier abbatiat et sa destitution (suite à son opposition à Charles Martel) sont brièvement évoqués au début du chapitre III des Gesta de Fontenelle, et son deuxième abbatiat y fait l’objet du chapitre IX (P. Pradié (éd.), op. cit. (n. 7), p. 38-41 et 102-113).
  • [56]
    C’est-à-dire au large du Pas-de-Calais.
  • [57]
    Psaume 106, 22.
  • [58]
    Il s’agit, d’une part, du miracle de la hache récupérée dans le Jourdain grâce à la prière d’Élisée (2 Rois, 6 6) ; d’autre part, du miracle de la faucille récupérée dans un lac par la médiation de saint Benoît (Grégoire le Grand, Dialogues, II, 6).
  • [59]
    Consecratum in quattuor angulorum locis : intéressante remarque sur les rituels de consécration d’autels.
  • [60]
    La forme de clipeus (bouclier) est difficile à expliquer, sauf à imaginer un coffre rectangulaire au couvercle légèrement bombé comme l’était le scutum de l’armée romaine. Pour se faire une idée de cet autel portatif, on peut invoquer l’autel-reliquaire dit de saint Liudger – le premier saint Frison de l’histoire du christianisme, qui a terminé sa vie comme évêque de Münster – conservé en l’église Saint-Ludgerus d’Essen-Werden : daté du milieu du viiie siècle, taillé dans du bois de chêne, et orné de scènes pieuses sculptées dans de l’os, il mesurait 21,2 x 22 x 40 centimètres : M. van Vlierden, Willibrord en het begin van Nederland, op. cit. (n. 32), n° 61, p. 87-88.
  • [61]
    Isaïe 26, 11. Zèle est à entendre ici dans le sens de « jalousie ».
  • [62]
    Allusion à Daniel 6, 17-24.
  • [63]
    Cette dernière phrase est empruntée à l’Historia ecclesiastica gentis Anglorum de Bède le Vénérable (II, 14, 1), qui lui-même reprend les Actes des Apôtres 13, 48 (quotquot prædestinati erant ad vitam æternam).
  • [64]
    [Au début du viiie siècle] « après l’intermède de Grippo et de Rainlandus qui n’ont laissé aucun souvenir, l’évêché de Rouen est attribué par Charles Martel à son parent Hugues (…723-730) » : N. Gauthier, Rouen pendant le haut Moyen Âge (650-850), op. cit. (n. 19), p. 1-20, en particulier p. 17.
  • [65]
    Austrulf, prieur pendant le deuxième mandat de Wandon (voir supra, et n. 12), lui succéda à l’abbatiat, sans doute un peu après 750 : voir les Gesta de Fontenelle, X : P. Pradié (éd.), op. cit. (n. 7), p. 114-115.
  • [66]
    Sur l’abbé Hiltbert (ou Hildebert), qui succéda à Ansbert vers 689-690 quand celui-ci fut contraint à l’exil par Pépin II (voir supra, n. 19 et 31), et qui précéda Bainus promu en 701 : la Vita Ansberti, op. cit. (n. 19), p. 618-619 (et n. 5), et les Gesta de Fontenelle, qui ne font que deux brèves allusions à son abbatiat (VI, 1 et IX, 2) : P. Pradié (éd.), op. cit. (n. 7), p. 76-77 et 106-107.
  • [67]
    Comment ne pas voir dans ce sacrifice un rituel d’exorcisme contre la menace omniprésente des eaux dans le milieu frison ? S. Lebecq, Paganisme et rites sacrificiels chez les Frisons des viie-viiie, op. cit. (n. 15).
  • [68]
    Matthieu 14, 29.
  • [69]
    Même emprunt à Bède le Vénérable et, par lui, aux Actes des Apôtres, que celui évoqué supra, n. 63.
  • [70]
    L’épisode suivant, relatif au baptême manqué du roi Radbod, est le plus célèbre passage de la Vita Vulframni, qu’on ne retrouve évoqué que dans un supplementum ajouté au xiie siècle aux Annales Xantenses (a° 718) par un moine d’Egmond, en Hollande, c’est-à-dire dans l’ancienne « Frise occidentale » (le manuscrit est contenu dans le Codex Cottonianus Tiberius CXI de la British Library). Il est quasiment certain que le souvenir n’en a pas été conservé en Frise même, où le nom de Vulfran a été complètement éclipsé par celui de Willibrord, et que ce sont les moines de Fontenelle, réfugiés à Gand à la fin du ixe siècle après les attaques vikings, qui ont transmis cette tradition aux moines de Saint-Bavon de Gand qui sont partis au xe siècle fonder le monastère d’Egmond. S. Lebecq, Vulfran, Willibrord et la mission de Frise, op. cit. (n. 2), p. 448 (et n. 53). Sur l’abondante littérature qu’a suscitée l’histoire du baptême manqué du roi Radbod, voir supra, n. 5.
  • [71]
    Le mot pauper n’a pas au très haut Moyen Âge le sens économique de « pauvre ». S’opposant à potens, il désigne l’ensemble des gens qui n’ont pas de pouvoir.
  • [72]
    Seule allusion, dans toute la Vita Vulframni, au Northumbrien Willibrord qui passe, dans l’ensemble des traditions conservées, pour avoir été le principal évangélisateur des Frisons à partir des environs de 690, et qui est devenu, en 695, leur premier évêque. Que Radbod ait, suivant la Vita Vulframni, cherché à le mettre en contradiction avec Vulfran est peut-être l’expression discrète des possibles rivalités qui opposèrent sur le terrain les missionnaires francs et les missionnaires anglo-saxons, en attendant que Pépin II fît, avec le soutien décisif de la papauté, le choix de soutenir les seconds aux dépens des premiers. S. Lebecq, Vulfran, Willibrord et la mission de Frise, op. cit. (n. 2), p. 448.
  • [73]
    Sagesse 1, 4.
  • [74]
    Angelum lucis, ainsi qu’il est dit dans la deuxième Épître de Paul aux Corinthiens : 2 Corinthiens 11, 14.
  • [75]
    Apocalypse 12, 9.
  • [76]
    Sagesse 2, 24.
  • [77]
    Dans la mythologie gréco-romaine, le Tartare (déjà évoqué ici même, au début du ch. 9) est la région la plus reculée des Enfers où l’on expie ses fautes, et le Cocyte un des fleuves qui entourent le Tartare.
  • [78]
    Il est intéressant de noter que, pour désigner des roseaux, l’auteur emploie le mot vernaculaire d’origine germanique rausea (singulier rauseum, qui a donné roseau en français), quand, pour ne citer qu’un exemple contemporain, l’hagiographe anglo-saxon Félix utilise encore, dans la Vita de saint Guthlac écrite au viiie siècle, le mot harundines, tout droit venu du latin classique (Vita Guthlaci, ch. 37). Cela plaide pour l’authenticité d’une tradition venue de Frise – pourquoi pas, comme il est dit au début de ce chapitre, par l’intermédiaire du Frison Ovo ? – S. Lebecq, Vulfran, Willibrord et la mission de Frise, op. cit. (n. 2), en particulier p. 444.
  • [79]
    C’est en effet en 714 qu’est mort Pépin II, auquel succéda, non sans difficultés, son fils Charles Martel.
  • [80]
    Il y a ici un blanc dans la tradition manuscrite, ce qui paraît trahir l’ignorance, ou la perplexité, de l’auteur ou de ses premiers transcripteurs sur le nombre d’années passées par Vulfran sur le siège de Sens.
  • [81]
    Childebert III, fils de Thierry III et roi de Neustrie de 695 à 711. Pour Pépin, voir note suivante.
  • [82]
    Si l’on considère que la prise de pouvoir de Pépin II sur la Neustrie correspond à la bataille de Tertry de 687, on est donc bien en l’an 700 dans la treizième année de son principat neustrien… Mais la chronologie de l’auteur n’est pas recevable, dans la mesure où on a la quasi-certitude que Vulfran est mort aux environs de 695 (supra, introduction et n. 22 ; et infra, ch. 14 et n. 90-91). De toutes façons, on a les meilleures raisons de penser que Vulfran est parti en Frise, non pendant le règne de Childebert III (cf. note précédente), mais dans les années 688-690, c’est-à-dire dans la période qui suivit la mainmise de Pépin II sur la Neustrie et qui vit les premiers succès de celui-ci dans sa tentative de conquête de la Frise cisrhénane (voir supra, introduction).
  • [83]
    Sur Gericus, voir supra, introduction et n. 23.
  • [84]
    Dans le livre IV de ses Dialogues, Grégoire le Grand écrit que la religieuse romaine Romula a été frappée de cette forme de molestia corporalis que « les médecins appellent græco vocabulo paralysin » : G. le Grand, Dialogues, IV, 15, A. de Voguë et P. Antin (éd.), Paris, Cerf, 1980, t. III (Sources chrétiennes, 265).
  • [85]
    La locution, comme l’ensemble de la phrase, a été empruntée à l’Historia ecclesiastica gentis Anglorum de Bède le Vénérable (III, 15, tout début du chapitre), qui lui-même s’est inspiré de Grégoire le Grand, qui parle, dans la Regula pastoralis et dans les Moralia in Job, de l’internus iudex. Qu’il soit juxtaposé au mot judex ou au mot arbiter, l’adjectif internus renvoie à l’idée de l’intimité de l’âme.
  • [86]
    Cette phrase et les deux qui suivent sont inspirées de l’éloge d’Aidan dans l’Historia ecclesiastica gentis Anglorum de Bède le Vénérable (III, 5, début du chapitre).
  • [87]
    La phrase qui suit est empruntée mot pour mot à l’éloge de Cuthbert dans l’Historia ecclesiastica gentis Anglorum de Bède le Vénérable (IV, 26, extrême fin du chapitre).
  • [88]
    Passage inspiré de l’Historia ecclesiastica gentis Anglorum de Bède le Vénérable (IV, 27).
  • [89]
    Passage de nouveau inspiré de l’Historia ecclesiastica gentis Anglorum de Bède le Vénérable (IV, 21).
  • [90]
    Le 21 mars d’une année qui ne peut être 720, car Vulfran est sans doute mort vers 695. Voir supra, introduction, et infra, n. 91.
  • [91]
    En fait, si l’on se réfère aux Gesta des abbés de Fontenelle, dont la chronologie est mieux assurée que celle de la Vita, l’abbé Bainus procéda à la translation des restes des saints Wandrille, Ansbert et Vulfran de l’église Saint-Paul à l’église Saint-Pierre de Fontenelle le 31 mars 704 (Gesta, II, 4), P. Pradié (éd.), op. cit. (n. 7), p. 34-35. Mais l’auteur des Gesta se trompe quand, inversant le nombre des années relatif à Ansbert et à Vulfran, il dit que le corps de Vulfran avait séjourné onze ans dans la première église, et celui d’Ansbert neuf ans (voir supra, introduction et n. 22) – c’est en effet vers 695 que Vulfran dut mourir.
  • [92]
    On relèvera cette très belle évocation des effluves de l’odeur de sainteté dégagée par les corps saints !

Avec la présente publication et la traduction exhaustive de la Vita Vulframni, je voudrais boucler un cycle de recherches qui m’a retenu depuis de nombreuses années, et, ce faisant, plaider pour la valeur et l’intérêt historiographiques d’une œuvre qui lui ont été souvent contestés, en grande partie du fait de ses incohérences chronologiques. Vulfran est un saint originaire de Neustrie dont on sait qu’il a été, dans la deuxième moitié du viie siècle, d’abord clerc palatin, puis (mais dans quel ordre ?) moine de Fontenelle et évêque métropolitain de Sens. Il est surtout connu, du moins si on se fie à la seule hagiographie, pour avoir participé à la mission de Frise et pour avoir été sur le point de convertir au christianisme le roi frison Radbod, qui aurait, par fidélité à ses ancêtres, retiré au dernier moment son pied de la fontaine baptismale. Cette anecdote, qui est d’un grand intérêt théologique et a fait couler beaucoup d’encre, est le point d’orgue de la Vita Vulframni, qui, suivant sa préface, a été écrite par un certain Jonas, « dernier serviteur des serviteurs du Christ », à n’en pas douter moine de Fontenelle.
Parmi la douzaine de manuscrits des xie-xiiie siècles conservés, le plus ancien, en tout cas le plus proche de la source, est contenu dans un codex du xie siècle d’environ 150 folios (soit 300 pages) conservé au Havre, le Maius Chronicon Fontanellense, dont la Vita Vulframni occupe les folios 62 à 71. Or, cette Vita y fait immédiatement suite aux Vitæ, l’une et l’autre accompagnées de textes liturgiques, de Wandrille, le fondateur et premier abbé du monastère de Fontenelle auquel il allait laisser son nom, et d’Ansbert, son deuxième successeur devenu archevêque de Rouen…


Mots-clés éditeurs : Ansbert (saint), évangélisation, Fontenelle-Saint-Wandrille (abbaye), Frise et Frisons, hagiographie, Neustrie (palais royal de), Sens (siège métropolitain), Vulfran (saint)

Date de mise en ligne : 20/10/2021

https://doi.org/10.3917/rdn.440.0351

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