Compte rendu

Monique Vleeschouwers-van Melkebeek, Le tribunal de l’officialité de Tournai et les comptes du scelleur (1483-1531), Tournai, 2016, 2 vol., 806 p.

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  • Beaulande-Barraud, V.
(2017). Monique Vleeschouwers-van Melkebeek, Le tribunal de l’officialité de Tournai et les comptes du scelleur (1483-1531), Tournai, 2016, 2 vol., 806 p. Revue du Nord, 421(3), IV-IV. https://doi.org/10.3917/rdn.421.0625d.

  • Beaulande-Barraud, Véronique.
« Monique Vleeschouwers-van Melkebeek, Le tribunal de l’officialité de Tournai et les comptes du scelleur (1483-1531), Tournai, 2016, 2 vol., 806 p. ». Revue du Nord, 2017/3 n° 421, 2017. p.IV-IV. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-du-nord-2017-3-page-IV?lang=fr.

  • BEAULANDE-BARRAUD, Véronique,
2017. Monique Vleeschouwers-van Melkebeek, Le tribunal de l’officialité de Tournai et les comptes du scelleur (1483-1531), Tournai, 2016, 2 vol., 806 p. Revue du Nord, 2017/3 n° 421, p.IV-IV. DOI : 10.3917/rdn.421.0625d. URL : https://shs.cairn.info/revue-du-nord-2017-3-page-IV?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rdn.421.0625d


1 Un peu plus de dix ans après l’édition des comptes du scelleur de l’officialité de Tournai au xve siècle, Monique Vleeschouwers-van Melkebeek poursuit son œuvre en offrant aux historiens celle des comptes de la même institution dans le premier tiers du xvie siècle. L’ouvrage est organisé en deux volumes, le second comprenant l’édition et la traduction, le premier une introduction et des indices.

2 Le travail d’édition est pensé comme la suite immédiate des volumes précédents ; chaque entrée des comptes est numérotée dans la continuité de ceux-ci, à partir du numéro 16700. À la suite des comptes de 1511 à 1531, Monique Vleeschouwers-van Melkebeek édite également un compte retrouvé dans le fonds des Archives cathédrales de Tournai (les autres étant conservés aux Archives départementales du Nord), daté de 1483-1484, en période de vacance épiscopale. Cette spécificité contextuelle ne suffit pas en elle-même à justifier le placement en fin de volume et non en début, d’autant que les entrées sont numérotées dans la continuité du compte de 1530-1531.

3 La qualité de l’édition est remarquable ; elle est accompagnée d’une traduction (qui n’avait pas été réalisée pour les comptes précédents), travail immense et très utile. La présentation manque peut-être de lisibilité, d’autant que l’éditrice insère au fil du texte édité quelques renvois à son introduction, qui auraient gagné à être placés en notes de bas de page. Sur la traduction, on peut parfois regretter d’avoir choisi l’interprétation plutôt que la lettre du texte, à l’entrée 17842 par exemple, lorsque Sequuntur emende et parva registra Brugensis devient « Suit la recette des amendes encourues lors des sentences et celle des absolutions de l’excommunication ou de l’interdit dans l’archidiaconé de Bruges ». Si la description est exacte, la formulation du titre dans le cahier de comptes est occultée – mais l’historien se fiera au texte latin, bien entendu.

4 L’introduction, plus qu’une présentation des cahiers de comptes – aucune analyse codicologique n’est proposée, pas plus qu’une mise en perspective de la comptabilité elle-même, sujet sur lequel les travaux se sont multipliés ces dernières années –, est une évocation de leur contenu, et même encore plus spécifiquement des délits qui y sont évoqués. Elle dresse un tableau de ce qu’est l’officialité, en insistant sur les spécificités du diocèse de Tournai (avec l’existence de deux officialités de même statut, à Tournai et Bruges), présente en quelques mots les éléments de procédure. L’essentiel de l’introduction est consacré aux atteintes aux règles canoniques donnant lieu à une amende pécuniaire, ou à une peine d’un autre type rachetée par une somme d’argent. L’éditrice souligne les limites de cette documentation qui laisse nécessairement de côté une partie des délits jugés par l’officialité. Quoiqu’il en soit, elle énumère de nombreux exemples afin de dresser un tableau des pratiques délictuelles et sociales révélées par ces cahiers de compte.

5 On ne peut que souligner l’importance de ce travail, qui rend accessible des sources dont l’utilité a été largement démontrée depuis une vingtaine d’années, Monique Vleeschouwers-van Melkebeek estimant à juste titre que, pour ce diocèse (et pour d’autres, surtout en ce qui concerne des registres de comptes de ce type), l’exploitation en est encore à faire. En revanche, certains défauts de l’introduction doivent être soulignés. Si son aspect descriptif plus qu’analytique s’explique par le fait que le travail est bien d’édition et non d’étude de ces sources, certaines expressions demandent à être explicitées et/ou nuancées. Par exemple, p. 21-22, Monique Vleeschouwers-van Melkebeek, à propos des femmes ayant eu des relations sexuelles avec un ecclésiastique, distingue les femmes célibataires des bonnes du curé, ce qui semble à tout le moins maladroit, statut matrimonial et situation sociale n’étant pas incompatibles ; p. 30, elle semble considérer toutes les violences contre un clerc comme le signe des résistances ou réticences envers la juridiction ecclésiastique, même lorsque rien n’indique dans l’amende relevée que le conflit en relève. L’idéal chrétien, notamment presbytéral, post-tridentin semble parfois très présent sous la plume de l’éditrice, qui termine son introduction en considérant que ces comptes d’officialité révèlent « l’ombre » du « paysage religieux d’antan », par opposition à la mystique et aux traités de piété qui en seraient « le soleil » (p. 64), ce qui peut sans doute se discuter. Quoiqu’il en soit, elle soulève également toute une série de questions, en lien avec l’historiographie récente, sur les grâces pontificales (p. 36, p. 48), sur l’information et la dénonciation (p. 25), sur l’inhumation des criminels (p. 36)… Le lecteur peut rester frustré devant cette introduction évocatrice plus qu’analytique et dont certains passages demanderaient à être précisés – pour prendre un dernier exemple, pourquoi, p. 32, prendre la peine d’expliquer la notion canonique de suspense, mais pas celle d’irrégularité, sans doute encore plus complexe pour un non-spécialiste ? –, mais elle donne un aperçu vivant et large de la documentation éditée et traduite et surtout elle invite au travail à mener sur le diocèse de Tournai tardo-médiéval.

6 L’ouvrage est donc un formidable outil pour l’historien des pratiques religieuses et sociales et du gouvernement de l’Église en ces temps de « pré-Réforme » comme on les appelle encore. Une approche de ces comptes en eux-mêmes mérite aussi d’être menée – Monique Vleeschouwers-van Melkebeek ne soulignant peut-être pas assez le caractère exceptionnel d’un des comptes, dont un brouillon est conservé, ce qui permet de comprendre la tenue même de ces cahiers. Au final, elle met à disposition des historiens des sources dont l’exploitation reste encore à mener, ce qui ne laisse pas d’étonner quand on considère leur richesse et la variété de leurs apports. Comme l’éditrice l’indique elle-même, le travail pionnier mais critiquable de Jacques Toussaert sur la vie religieuse en Flandres (Le sentiment religieux en Flandre à la fin du Moyen Âge, Paris, Plon, 1963) n’a finalement jamais été repris, amendé, complété, alors même que les sources pour ce faire existent, en replaçant notamment la réflexion dans une approche du gouvernement de l’Église médiévale et de la construction, y compris par la contrainte judiciaire, mais aussi par la législation synodale dont l’étude reste encore à mener également, de normes de comportements du « chrétien conforme » que l’Église s’efforce de modeler.

7 Véronique Beaulande-Barraud


Date de mise en ligne : 05/06/2018

https://doi.org/10.3917/rdn.421.0625d