Le « Borromée » des anciens Pays-Bas ? Maximilien de Berghes, archevêque de Cambrai et l’application du Concile de Trente (1564-1567)
- Par Violet Soen
- et Laura Hollevoet
Pages 41 à 65
Citer cet article
- SOEN, Violet
- et HOLLEVOET, Laura,
- Soen, Violet.
- et al.
- Soen, V.
- et Hollevoet, L.
https://doi.org/10.3917/rdn.419.0041
Citer cet article
- Soen, V.
- et Hollevoet, L.
- Soen, Violet.
- et al.
- SOEN, Violet
- et HOLLEVOET, Laura,
https://doi.org/10.3917/rdn.419.0041
Notes
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[*]
Prof. Dr. Violet Soen, professeur d’histoire moderne et religieuse, KU Leuven (University of Leuven), Blijde Inkomststraat 21/5 boîte 3307, 3000 Leuven, Belgique ; Laura Hollevoet, professeur d’histoire au collège Sint-Gummarus à Lier, Bosstraat 69, 2500 Lier.
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[1]
Abréviations : CGr, t. I = Correspondance du cardinal de Granvelle (1565-1586), E. Poullet éd., t. I, 1877-1881 ; CMag, t. I, II et III = Correspondance française de Marguerite d’Autriche, duchesse de Parme, avec Philippe II, J. S. Theissen, J. N. Bakhuizen Van den Brink, H. Enno Van Gelder éd., Utrecht, 1925-1942, t. I et II ; H. Enno Van Gelder, AD Nord = Lille, Archives Départementales du Nord ; AGR = Bruxelles, Archives Générales du Royaume ; BMB = Bibliothèque Municipale de Besançon (consultée via www.memoirevive.besancon.fr).
-
[2]
Comme le dépeint brillamment H. Enno Van Gelder, « Bailleul, Bronkhorst, Brederode », De Gids, t. 100, 1936, p. 204-220 et 348-375, aux p. 216 et 348-350.
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[3]
G. Deregnaucourt, « Diocèses et évêques dans les Pays-Bas méridionaux : les difficultés d’une frontière religieuse et politique (xvie-xviiie siècles) », dans Storia della Chiesa in Europa tra ordinamento politico-amministrativo e strutture ecclesiastiche, L. Vaccaro éd., Brescia, Morcelliana, 2005, p. 236-240, à la p. 237 ; V. Soen et P. Knevel, « Slingerbewegingen. Controverse en geschiedschrijving over religie in de zestiende-eeuwse Nederlanden », dans Religie, hervorming en controverse in de zestiende-eeuwse Nederlanden, V. Soen et P. Knevel éd., Herregenrath, Shaker Publishing (Publicaties van de Vlaams-Nederlandse Vereniging voor Nieuwe Geschiedenis, 12), 2013, p. 3-19.
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[4]
Les diocèses de Cambrai et de Lille, P. Pierrard éd., Paris, Beauchesne, 1978, p. 99 et 103-104 ; A. Lottin, Lille. Citadelle de la Contre-Réforme (1598-1668) ?, Villeneuve-d’Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, 2013 (19841), p. 62-63 ; F. Willocx, L’introduction des décrets du Concile de Trente dans les Pays-Bas et dans la principauté de Liège, Leuven, Librairie Universitaire, 1929, p. 155.
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[5]
G. Cardon, De Maximiliano a Bergis Cameracensi archiepiscopo, Paris, F. Alcan, 1892 ; E. Berteaux, Étude historique sur l’ancienne cathédrale, les évêques et les archevêques, les églises de la ville de Cambrai de l’an 500 à l’an 1798, t. I, Cambrai, 1908 ; M. Le Glay, Cameracum christianum ou Histoire ecclésiastique du diocèse de Cambrai, Lille, L. Lefort, 1849 ; A. Spicer, « Consecration and violation. Preserving the sacred landscape in the (arch)diocese of Cambrai, c. 1550-1570 », dans Foundation, Dedication and Consecration in Early Modern Europe, M. Delbeke et M. Schraven éd., Leyde, Brill, 2012, p. 266-267.
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[6]
J. Bergin, « The Counter-Reformation Church and Its Bishops », Past and Present, t. 165, 1999, p. 30-73 ; J. M. Desilva, « Introduction. A Living Example », dans Episcopal Reform and Politics in Early Modern Europe, J. M. Desilva éd., Kirksville, 2012, p. 2 et 12, et, dans le même ouvrage, H. Cools, « Bishops in the Habsburg Netherlands on the Eve of the Catholic Renewal, 1515-1559 », p. 46-62.
-
[7]
A. van der Lem, « Maximilien de Berghes », biographie sur le site internet De Tachtigjarige Oorlog, 2012 (http://www.dutchrevolt.leiden.edu/dutch/personen/B/Pages/Berghesmaximiliaan.aspx) ; A. Le Roy, « Maximilien de Berghes », Biographie nationale de Belgique, t. II, Bruxelles, 1868, p. 217-218 ; W. A. Van Ham, Macht en gezag in het Markiezaat. Een politiek-institutionele studie over stad en land van Bergen Op Zoom (1477-1583), Hilversum, Verloren, 2000, p. 94.
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[8]
El arçobispo de Cambray, que es M. de Berghes, no es theologo ni jurista graduado, aunque es tenido por jurista : liste des évêques des Pays-Bas avec leur grade universitaire, s.l.n.d. (fin 1567 ?), publié par M. Dierickx, Documents inédits sur l’érection des nouveaux diocèses aux Pays-Bas, 1521-1570, Bruxelles, Palais des Académies, 1960-1962, t. III, p. 331.
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[9]
Comme lorsqu’il ne fut pas invité lors des festivités données à Bruxelles à l’occasion du mariage d’Alexandre Farnèse avec Marie de Portugal : Josse Bave à Granvelle, 4 décembre 1565, Bruxelles : CGr, t. I, p. 33 ; Morillon à Granvelle, 9 décembre 1565, Bruxelles : CGr, t. I, p. 44.
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[10]
H. Cools, Mannen met macht. Edellieden en de Moderne Staat in de Bourgondische-Habsburgse landen (1475-1530), Zutphen, Walburg Pers, 2001, p. 313.
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[11]
W. A. Van Ham, Macht en gezag in het Markiezaat, op. cit. (n. 7), p. 17.
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[12]
V. Soen, Vredehandel. Adellijke en Habsburgse verzoeningspogingen tijdens de Nederlandse Opstand (1564-1581), Amsterdam, Amsterdam University Press, 2012.
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[13]
Berghes a été délégué par le Magistrat de Cambrai pour se rendre à la Diète d’Empire d’Augsbourg. Le prévôt de Saint-Géry, Gabriel Caille, et le conseiller Cœbel l’accompagneraient à cette occasion : le prévôt, le doyen et le chapitre de l’église de Cambrai à Chantonnay, 21 mars 1565 [1566 n.s.] : BMB, ms. Granvelle, 52, fol. 11 et le protonotaire Castillo à Granvelle, 24 mars 1566, Bruxelles : CMag, t. I, p. 174.
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[14]
L. Trenard (dir.), Histoire de Cambrai, Lille, Presses Universitaires de Lille, 1982, p. 105-107 ; J. J. Ruiz Ibáñez et S. Rab, « Théories et pratiques de la souveraineté dans la Monarchie hispanique : un conflit de juridictions à Cambrai », Annales. Histoire, Sciences Sociales, t. 55, 2000, p. 623-644, aux p. 626.
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[15]
G. Deregnaucourt, « Diocèses et évêques », op. cit. (n. 3), p. 229.
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[16]
E. Berteaux, Étude historique, op. cit. (n. 5), p. 237 ; G. Deregnaucourt, « La Joyeuse Entrée à Cambrai de Mgr Maximilien de Berghes (21 octobre 1559) », Revue du Nord, t. 400-401, 2013, p. 699-711. L’installation date du 22 octobre 1559, l’affirmation papale du 23 décembre 1559 ; Bergen reçoit le pallium le 22 novembre 1563.
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[17]
J. Bergin, « The Counter-Reformation Church and Its Bishops », op. cit. (n. 6), p. 44.
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[18]
J.-F. Labourdette, Charles IX et la puissance espagnole. Diplomatie et guerres civiles (1563-1574), Paris, 2013.
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[19]
V. Soen, « The Loyal Opposition of Jean Vendeville (1527-1592) », dans The Quintessence of Lives. Intellectual Biographies in the Low Countries, presented to Jan Roegiers, D. Vanysacker, P. Delsaerdt, J.-P. Delville et H. Schwall éd., Turnhout/Leuven/Louvain-la-Neuve, Brepols, 2010, p. 43-62, à la p. 47 ; Maximilien de Berghes à son secrétaire Hubert de Cluse, 24 janvier 1561, Cambrai : AD Nord 3G 373, pièce 7981.
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[20]
A. Spicer, « Iconoclasm on the frontier : Le Cateau-Cambrésis, 1566 », dans Iconoclasm from Antiquity to Modernity, K. Kolrud et M. Prusac éd., Ashgate, Farnham, 2014, p. 119-137, à la p. 122 ; A. Lottin, « La folle aventure des ‘Frères de l’Évangile’ du Cateau-Cambrésis », Mélanges de science religieuse, t. 61, 2004, p. 21-32.
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[21]
Y. Junot, Les bourgeois de Valenciennes : anatomie d’une élite dans la ville (1500-1630), Villeneuve-d’Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, 2009, p. 82.
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[22]
Maximilien de Berghes à Hubert de Cluse, 7 janvier 1561 : AD Nord 3G 373, pièce 7972.
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[23]
Marguerite de Parme à Philippe II, 5 mai 1561 : CMag, t. I, p. 478.
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[24]
Marguerite de Parme à Philippe II, 18 octobre 1561 : CMag, t. I, p. 536.
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[25]
Maximilien de Berghes à Marguerite de Parme, 27 janvier 1561, Le Cateau-Cambrésis : AGR Papiers de l’État et de l’Audience (PEA), n° 1714/2 : « Etant obtenues lesdicts mandements soubs ombre et couleur destre de la confession Augustana, veuillans par la jouyr de l’ordonnance du reces faicte sur icelle à la diette d’Auguste en l’an cincquantecincq ».
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[26]
A. Spicer, « Iconoclasm on the frontier », op. cit. (n. 20), p. 121.
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[27]
Maximilien de Berghes à Hubert de Cluse, 19 mars 1561, Cambrai : AD Nord 3G 373, pièce 7986.
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[28]
A. Spicer, « Iconoclasm on the frontier », op. cit. (n. 20), p. 130.
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[29]
Maximilien de Berghes à Hubert de Cluse, 24 janvier 1561, Cambrai : AD Nord 3G 373, pièce 7981 ; A. Spicer, « Iconoclasm on the frontier », op. cit. (n. 20), p. 122.
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[30]
Extrait de la lettre (à partir de la transcription de l’original) dans A. Le Glay, Cameracum christianum ; op. cit. (n. 5), p. 50 ; Les diocèses de Cambrai et de Lille, op. cit. (n. 4), p. 104.
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[31]
W. François et V. Soen, « Het Concilie van Trente (1545-1563). Een tussentijdse balans van 450 jaar onderzoek », Perspectief, t. 23, 2014, p. 5-41, à la p. 36 (publication en ligne) ; V. Soen, « Noblesse oblige ? Adellijke bisschoppen en hervorming in de zestiende-eeuwse Nederlanden », dans Quadraginta margaritae. Veertig jaar Maurits Sabbebibliotheek, Faculteit Theologie en Religiewetenschappen, KU Leuven, L. Kenis, V. Verspeurt, Y. Van Loon et H. Storme éd., Leuven, 2014, p. 33-34.
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[32]
Ce projet de lettre a été écrit après le 8 juin 1564 (demande de conseil de Marguerite) et avant le 23 juillet 1564 (lettre d’avis de Maximilien). Sur la copie de la lettre, on peut retrouver la mention incorrecte de l’année 1552 qui semble être un ajout postérieur : F. Willocx, L’introduction des décrets, op. cit. (n. 4), p. 99-100, n. 1.
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[33]
W. François et V. Soen, « Het Concilie van Trente (1545-1563) », op. cit. (n. 31), p. 36 ; G. Gielis, « Een pleidooi voor klerikale herbronning : Ruard Tapper (1487-1559) en zijn ideeën over kerkhervorming », dans Religie, hervorming en controverse, op. cit. (n. 3), p. 21.
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[34]
Pour en savoir plus sur cette mission : V. Soen, Vredehandel, op. cit. (n. 12), p. 45-48 ; L. Geevers, Gevallen vazallen. De integratie van Oranje, Egmont en Horn in de Spaans-Habsburgse monarchie (1559-1567), Amsterdam, Amsterdam University Press, 2008, p. 128-131.
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[35]
Il était l’un des plus grands propriétaires des Pays-Bas : outre sa seigneurie de Vianen, il possédait la maison de Cleef près de Haarlem ainsi que d’autres possessions dans le Nord de la Hollande. Ses biens dépassaient de loin ceux de Hornes, d’Egmond ou d’Orange ; A. Duke, Reformation and Revolt in the Low Countries, Londres, The Hambledon Press, 2003, p. 126 ; E. Van Gelder, « Bailleul », op. cit. (n. 2), p. 216 et p. 348-350.
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[36]
Warluzel à Marguerite de Parme, 3 février 1564 [1565], citadelle de Cambrai : CMag, II, p. 28-29 ; L. de Warluzel, stadhouder du marquis de Berghes (Jean IV de Glymes) à la citadelle de Cambrai (mort en 1572) » ; M. Erbe, « Een document over het verblijf van François Baudoin in de Zuidelijke Nederlanden in 1563 », Nederlands Archief voor Kerkgeschiedenis, t. 58, 1977, p. 44 (n. 38).
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[37]
V. Soen, « Collaborators and Parvenus ? Berlaymont and Noircarmes, Loyal Noblemen in the Dutch Revolt », Dutch Crossing : Journal for Low Countries Studies, t. 35, 2011, p. 20-38.
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[38]
Marguerite de Parme à Philippe II, 29 février 1564 [n.s. 1565], Bruxelles : CMag, I, p. 3.
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[39]
H. Enno Van Gelder, « Bailleul », op. cit. (n. 2), p. 367 ; Marguerite de Parme à Philippe II, 29 février 1564 [n.s. 1565], Bruxelles : CMag, t. I, p. 3. En effet, Bréderode était connu pour sa propension à l’alcool, ou comme le disait Enno Van Gelder : Zij allen konden goed drinken, die Seigneurs en nobles van die dagen, maar Brederode deed het toch zo, dat ook vele van zijn standgenoten er zich aan ergerden (« Ils savaient tous bien boire, ces seigneurs et nobles de ces temps-là, mais Bréderode le faisait à un point que même beaucoup de ses semblables s’en offusquaient »).
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[40]
V. Soen, Vredehandel, op. cit. (n. 12), p. 59-60 ; Philippe II à Marguerite de Parme, 13 mai 1565, Valladolid : CMag, t. I, p. 48.
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[41]
A. Lottin, « La mise en œuvre de la réforme catholique, à travers les conciles provinciaux de Cambrai (1565, 1586, 1631) », dans Conciles provinciaux et synodes diocésains du Concile de Trente à la Révolution française. Défis ecclésiaux et enjeux politiques ? Actes du colloque tenu à Strasbourg les 4 et 5 mai 2009, organisé par l’Institut de droit canonique de l’Université de Strasbourg, M. Aoun et J.-M. Tuffery-Andrieu éd., Strasbourg, 2010, p. 167-186.
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[42]
F. Willocx, L’introduction des décrets, op. cit. (n. 4), p. 155.
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[43]
Ibid., p. 99-100, n. 1 et p. 155, n. 1.
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[44]
Maximilien de Berghes à Hopperus, 2 juillet 1565, Cambrai : AGR, PEA 238, fol. 29 : « J’avois escript devant Pasques a monsieur le marcquis de Berghes que s’y d’aventure l’on n’eust envoyé quelque personnaiges pour assister à c’est assemblée, que entre autre, monsieur le conseiller Bruxelles, en fusse du nombre pour ce que je l’avoys trouvé fort enclin à l’execution du Concile Général de Trente et qu’il a fort bien leu et releu les décrets d’icelluy ». F. Willocx, L’introduction des décrets du Concile de Trente, op. cit. (n. 4), p. 157.
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[45]
Maximilien de Berghes au marquis de Berghes, 10 novembre 1564, Le Cateau-Cambrésis : AGR, PEA 477, fol. 81.
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[46]
V. Soen, Vredehandel, op. cit. (n. 12), p. 48-50 : les « neufs sages » sont Martinus Rythovius, évêque d’Ypres, Antonius Havetius, évêque de Namur, et Gérard d’Haméricourt, évêque de Saint-Omer, les théologiens Cornelius Jansenius, Judocus Tiletanus et le canoniste Wilmar Beernaerts, et les magistrats Hippolytus Persijn (Hof de Holland), Jacques Martens (Conseil de Flandres) et Antoine de Meulenaere (maître des requêtes au Grand Conseil de Malines).
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[47]
V. Soen, « The Council of Trent and the Preconditions of the Dutch Revolt (1564-1566) », dans The Council of Trent. Reform and Controversy in Europe and beyond (1545-1700), W. François et V. Soen éd., Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 3 vol., 2017, vol. 2, p. 255-276.
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[48]
Ce cérémonial fut repris en appendice dans Les actes de la province ecclésiastique de Reims, T. Gousset éd., 4 vol., Reims, 1842-1844, réimp. Bruxelles, 2002, p. 170, n. 3.
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[49]
Ibid., p. 171, n. 1.
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[50]
Ibid., p. 171, n. 2.
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[51]
Les chapitres métropolitains, le premier chapitre de Saint-Géry de Cambrai et les chapitres secondaires refusèrent de signer les décrets du concile parce qu’ils considéraient que ceux-ci allaient à l’encontre de leurs privilèges. Tant que l’évêque d’Anvers n’était pas installé, Berghes avait encore la juridiction sur une partie du Brabant. Les chapitres confédérés de Bruxelles, Alost, Termonde, Lierre, Anderlecht et Turnhout y étaient liés.
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[52]
Les actes de la province ecclésiastique de Reims, op. cit. (n. 48), p. 170-172 ; F. Willocx, L’introduction des décrets, op. cit. (n. 4), p. 160.
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[53]
A. van der Lem, « Frederik Schenck van Toutenburg », sur le site internet De Tachtigjarige Oorlog, 2012 (http://www.dutchrevolt.leiden.edu/dutch/personen/S/Pages/schenckfrederik.aspx).
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[54]
G. Deregnaucourt, « Diocèses et évêques », op. cit. (n. 3), p. 229.
-
[55]
M. Dierickx, De oprichting der nieuwe bisdommen in de Nederlanden onder Philippe II (1559-1570), Anvers, Standaard, 1950, p. 112 ; Morillon à Granvelle, 9 juin 1566, Bruxelles : CGr, t. I, p. 294.
-
[56]
Maximilien de Berghes à Marguerite de Parme, 27 janvier 1564, Cambrai : AGR, PEA, n° 238 : lettre du fol. 10. Philippe II à Marguerite de Parme, 3 février 1564, Madrid : CMag, t. III, p. 558.
-
[57]
V. Soen et A. Van de Meulebroucke, « Vanguard Tridentine Reform in the Habsburg Netherlands : the episcopacy of Robert de Croÿ, bishop of Cambrai (1519-1556) », dans Church, Censorship and Reform in the early modern Habsburg Netherlands, V. Soen, D. Vanysacker et W. François éd., Turnhout, Brepols (Bibliothèque de la Revue d’histoire ecclésiastique, 101), 121-140 ; V. Soen, « Noblesse oblige ? », op. cit. (n. 31) et également G. Hendrix, « Het Decretum Gratiani van bisschop Robert de Croÿ », dans Quadraginta margaritae, op. cit. (n. 31), p. 37-38.
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[58]
Les diocèses de Cambrai et de Lille, op. cit. (n. 4), p. 104.
-
[59]
Marguerite de Parme au chapitre de Cambrai, 10 février 1563, Bruxelles : AGR, PEA 1714/2, fol. 861. Philippe II au cardinal Pacheco, 1er avril 1565, Madrid : CMag, t. II, p. 115, n. 3 ; Maximilien de Berghes à Marguerite de Parme, 27 septembre 1563, Le Cateau-Cambrésis : AGR, PEA 1714/2, fol. 650.
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[60]
Granvelle à Maximilien de Berghes, 12 mars 1566, Rome : BMB, ms. Granvelle 22, fol. 91.
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[61]
Maximilien de Berghes à Granvelle, 20 septembre 1567, Cambrai : BMB, ms. Granvelle 25, fol. 154. D’autres lettres sont datées des 20 juillet 1566, 25 janvier 1567, 31 mai 1567, 7 juin 1567 et 20 septembre 1567. A. Lottin, La révolte des gueux en Flandre, Artois et Hainaut : politique, religion et société au xvie siècle, Lillers, Les Échos du Pas-de-Calais, 2007.
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[62]
Table des matières contenant un court résumé de la lettre du 24 novembre 1563 de Maximilien de Berghes à Marguerite de Parme : AGR, PEA 601, fol. 3. Philippe II à Pacheco, 25 septembre 1565, Bosque de Segovia : M. Dierickx, Documents inédits sur l’érection des nouveaux diocèses aux Pays-Bas, 1521-1570, op. cit. (n. 8), t. III, p. 193 ; Philippe II au Cardinal Pacheco, 1er avril 1565, Madrid : CMag, t. II, p. 115, n. 3.
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[63]
Pacheco à Philippe II, 16 octobre 1565, s.l. : CMag, t. II, p. 115, n. 3.
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[64]
F. Willocx, L’introduction des décrets, op. cit. (n. 4), p. 174-175.
-
[65]
S. Deyon et A. Lottin, Les casseurs de l’été 1566. L’iconoclasme dans le nord de la France, Paris, 1981, p. 68 (réimp. Villeneuve-d’Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, 2013).
-
[66]
Maximilien de Berghes à Marguerite de Parme, 12 août 1566 (postdatée), Cambrai : CMag, t. II, p. 409.
-
[67]
Maximilien de Berghes à Marguerite de Parme, 27 août 1566, Cambrai : CMag, t. II, p. 409-410 ; S. Deyon et A. Lottin, Les casseurs de l’été 1566, op. cit. (n. 65), p. 68. Il s’agit de Jean Lesur, l’un des principaux prédicateurs calvinistes de l’époque.
-
[68]
Maximilien de Berghes à Marguerite de Parme, 27 août 1566, Cambrai : CMag, t. II, p. 409-410. J. Pollmann, « Countering the Reformation in France and the Netherlands : Clerical Leadership and Catholic Violence, 1560-1585 », Past and Present, t. 190, 2006, p. 83-120, à la p. 95.
-
[69]
Y. Junot, Les bourgeois de Valenciennes, op. cit. (n. 21).
-
[70]
S. Deyon et A. Lottin, Les casseurs de l’été 1566, op. cit. (n. 65), p. 68.
-
[71]
Maximilien de Berghes à Françes de Alava, 15 mars 1567, Cambrai : AGS, Estado Francia [K.], leg. n° 1507, B21 ; V. Soen, Vredehandel, op. cit. (n. 12), p. 72-73.
-
[72]
Morillon à Granvelle, 3 août 1567, Bruxelles : CGr, t. II, p. 557.
-
[73]
Morillon à Granvelle, 22 mars 1567, Bruxelles : CGr, t. II, p. 303 ; R. Marks, « Two Early 16th Century Boxwood Carvings Associated with the Glymes Family of Berghen op Zoom », Oud Holland, t. 91, 1977, p. 132-143, à la p. 136.
-
[74]
Morillon à Granvelle, 30 juin 1567, s.l. : CGr, t. II, p. 516.
-
[75]
Mémoires de Pasquier de le Barre, 1565-1567, A. Pinchart éd., Bruxelles, 1859-1865, p. 70, n. 2.
-
[76]
Berghes à Marguerite de Parme, AGR, PEA 244/2, fol. 123, également citée par F. Willocx, L’introduction des décrets, op. cit. (n. 4), p. 167 : elle concernait donc les évêques d’Arras (François Richardot), Saint-Omer (Gérard d’Haméricourt), Tournai (Guibert d’Oignies) et Namur (Antoine Havet).
-
[77]
Marguerite de Parme à Philippe II, 18 novembre 1566, Bruxelles : CMag, t. I, p. 124 : « L’archevesque de Cambray m’ha escript pour faire une synode des évesques de son diocèse et aultres circonvoisins pour adviser sur quelque remède ecclésiasticque, et luy ay à ce fin assigné pour lieu la ville et université de Douay ».
-
[78]
Berghes à Marguerite de Parme, 19 octobre 1566 : AGR, PEA 244, fol. 123 ; F. Willocx, L’introduction des décrets, op. cit. (n. 4), p. 168.
-
[79]
F.Willocx, L’introduction des décrets, op. cit. (n. 4), p. 166 ; Morillon à Granvelle, 10 février 1567, Arras : CGr, t. II, p. 246. Il y écrivit aussi que Berghes présentait bel et bien une autre raison : « Ce qu’il prétend en cecy est pour empescher les exemptions, par communs faitz des évesques ». Morillon était assez sceptique à ce propos car Berghes avait lui-même de grands problèmes avec son chapitre : « qui n’y veullent entendre, car chacung de ceux ne prend si grand plaisir de vivre en procès contre le chappitre, comme luy faict ».
-
[80]
F. Willocx, L’introduction des décrets, op. cit. (n. 4), p. 169.
-
[81]
Y. Junot, Les bourgeois de Valenciennes, op. cit. (n. 21).
-
[82]
F. Willocx, L’introduction des décrets, op. cit. (n. 4), p. 169.
-
[83]
Ibid., p. 170. Un paragraphe fut en effet inséré dans les décrets du synode provincial après la réunion des évêques au sujet de cette portio canonica. T. Gousset, Les actes de la province ecclésiastique de Reims, op. cit. (n. 48), p. 222-223.
-
[84]
F. Willocx, L’introduction des décrets, op. cit. (n. 4), p. 170-171.
-
[85]
V. Soen, « De reconciliatie van ‘ketters’ in de zestiende-eeuwse Nederlanden (1520-1590) », Trajecta. Tijdschrift voor de geschiedenis van het katholiek leven in de Nederlanden, t. 14, 2005, p. 337-362.
-
[86]
A. Spicer, « Consecration and violation », op. cit. (n. 5), p. 266-267.
-
[87]
A. Spicer, « After Iconoclasm : Reconciliation and Resacralization in the Southern Netherlands, ca. 1566-85 », Sixteenth Century Journal, t. 44, 2013, p. 411-433 ; O. Christin, Une révolution symbolique. L’iconoclasme huguenot et la reconstruction catholique, Paris, 1991.
-
[88]
A. Spicer, « Consecration and violation », op. cit. (n. 5), p. 258 ; G. Marnef, Antwerpen in de tijd van de Reformatie, Amsterdam, 1996, p. 256-258.
-
[89]
A. Lottin, « La mise en œuvre de la réforme catholique », op. cit. (n. 41), p. 174.
-
[90]
Morillon à Granvelle, 13 octobre 1567, Bruxelles : CGr, t. III, p. 55-56.
-
[91]
G. Gielis et V. Soen, « The Inquisitorial Office in the Sixteenth-Century Habsburg Low Countries : A Dynamic Perspective », Journal of Ecclesiastical History, t. 66, 2015, p. 47-66 ; A. C. Duke, « Salvation by Coercion : The Controversy surrounding the ‘Inquisition’ in the Low Countries on the Eve of the Revolt » dans Reformation and Revolt, op. cit. (n. 35), p. 152 ; F. F. Beemon, « The Myth of the Spanish Inquisition and the Preconditions for the Dutch Revolt », Archiv für Reformationsgeschichte, t. 85, 1994, p. 246-264, à la p. 247 ; V. Soen, « The Council of Trent and the Preconditions of the Dutch Revolt (1563-1566) », op. cit. (n. 47).
-
[92]
G. Marnef, Antwerpen, op. cit. (n. 88), p. 168 ; Maximilien de Berghes à Granvelle, 7 juin 1567, Antwerpen : BMB, ms. Granvelle 25, fol. 6 ; Morillon à Granvelle, 30 mai 1567, Bruxelles : CGr, t. II, p. 478.
-
[93]
Maximilien de Berghes à Albe, 10 mars 1568, Cambrai : AGR, PEA 238, fol. 38.
-
[94]
Morillon à Granvelle, 23 mai 1568, Bruxelles : CGr, t. III, p. 232.
-
[95]
F. Willocx, L’introduction des décrets, op. cit. (n. 4), p. 174-175 ; Morillon à Granvelle, 21 juin 1568, Bruxelles : CGr, t. III, p. 284.
-
[96]
F. Willocx, L’introduction des décrets, op. cit. (n. 4), p. 175.
-
[97]
V. Soen, Geen pardon zonder Paus ! Studie over de complementariteit van het koninklijk en pauselijk generaal pardon (1570-1574) en over inquisiteur-generaal Michael Baius (1560-1576), Bruxelles, Académie royale de Belgique (KVAB) Koninklijke Vlaamse Academie van België, 2007, p. 170-171.
-
[98]
Celui-ci était parti en Espagne le 30 mai 1566 en compagnie du susnommé Warluzel, qui rentra par la suite pour guider également le marquis de Berghes de l’autre côté de la frontière. Morillon savait cependant que Berghes cachait des informations, vu ce qu’il lui avait confié à ce sujet : V. Soen, Vredehandel, op. cit. (n. 12), p. 66 ; Morillon à Granvelle, 14 août 1568, Bruxelles : CGr, t. III, p. 333.
-
[99]
Morillon à Granvelle, 10 janvier 1569, Bruxelles : CGr, t. III, p. 445 ; V. Soen, Geen pardon, op. cit. (n. 97), p. 174.
-
[100]
V. Soen, Geen pardon, op. cit. (n. 97), p. 199-200.
-
[101]
Morillon à Granvelle, 13 février 1569, Bruxelles : CGr, t. III, p. 470 ; V. Soen, Geen pardon, op. cit. (n. 97), p. 175.
-
[102]
V. Soen, Geen pardon, op. cit. (n. 97), p. 179-181 ; Morillon à Granvelle, 10 janvier 1567, Bruxelles : CGr, t. III, p. 445.
-
[103]
Philippe II à Charles de Berlaymont, 3 avril 1569, Escorial : BMB, ms. Granvelle 27, fol. 17 ;
V. Soen, « Collaborators and Parvenus ? », op. cit. (n. 37), p. 20-38. -
[104]
Les biographies donnent des dates différentes comme le 27 août (couramment) et 28 août. La confusion naît d’une mauvaise lecture de l’inscription de son cénotaphe (cf. infra) mentionnant IV Kalendis Septembris, ce qui correspond en fait au 29 août comme l’a bien relevé Le Glay, suivi par Strubbe et Voet. En tout cas, sa mort est attestée avant le 3 septembre 1570 (Albe à Philippe II, 3 septembre 1570 : CGr, t. III, p. 120) ; il fut enterré le 4 septembre.
-
[105]
V. Soen, Geen pardon, op. cit. (n. 97), p. 213.
-
[106]
Maximilien de Berghes à Chantonnay, 20 mai 1570, Cambrai : BMB, ms. Granvelle 58, fol. 30.
-
[107]
Le mausolée aurait encore existé en 1806, selon un rapport d’Alexandre Renoir, administrateur des monuments de France, mais a disparu depuis : R. Faille, « Iconographie des évêques et archevêques de Cambrai », Mémoires de la Société d’émulation de Cambrai, t. 94, 1974, p. 5-344, à la p. 112.
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[108]
R. Faille, « Iconographie », op. cit. (n. 107), p. 102. Les restes de Berghes furent retrouvés et déterrés le 9 octobre 1822. Ceux-ci se trouvaient à la gauche du chœur, en face de la sacristie, dans un trou creusé dans la pierre. Un calvaire et différents attributs religieux étaient dessinés sur les murs. Les ossements de Berghes se trouvaient dans un vase en chêne. Il y avait en outre trois autres boîtes : la plus grande contenait un petit pot en étain, enveloppé dans un solide tissu, sans doute avec des caillots de sang, un second pot contenait un restant de son cœur et un troisième le pallium du prélat : A. J. G. Le Glay, Recherches sur l’église métropolitaine de Cambrai, ouvrage enrichi de planches lithographiées, Cambrai, 1825, p. 65-66.
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[109]
D. O. M. S. Maximiliano a Bergis, primo archiepiscopo, duci Cameracensi, comiti Cameracesii, sacri imperii principi, qui anno M. DLXV synodo provinciali habita Concilii Tridentini decreta primus in Belgio promulgavit, deinde a comitiis imperii Augusta Vindelicorum reversus, ateram synodum dioecesanum habuit, fidem catholicam adversus nascentes haereses non minus feliciter quam strenue tutatus est. Seditiosorum hominum motibus, summa prudentia in ipso limine compressis, tamdem cum ex celebri comitatu Annae Austriacae Philippi II futurae conjugis in Hispaniam proficiscentis, ipse Bergas ad Zooman secessisset apoplexia correptus IV Kalendis Septembris anno M. DLXX, archiepiscopatus sui XIV subito occubuit, relato huc defuncti corpore Ludovicus de Berlaymont ejus successor F. C. : cf. E. Berteaux, Étude historique, op. cit. (n. 5), t. I, p. 168-169.
-
[110]
W. V. Hudon, « Foreword. The Local Nature of Episcopal Reform in the Age of the Council of Trent », dans Episcopal Reform and Politics in Early Modern Europe, op. cit. (n. 6), p. ix.
1Maximilien de Berghes (1518-1570), évêque (1556-1559), et par la suite, archevêque de Cambrai (1559-1570) a une place non négligeable dans la littérature historique sur l’Église des anciens Pays-Bas du xvie siècle [1]. Dans la tradition la plus courante de l’historiographie libérale de la révolte néerlandaise, il est présenté comme un évêque de la vieille époque, un gentilhomme bénéficiant de nombreux liens familiaux et d’un réseau influent parmi les nobles mécontents du gouvernement de Philippe II. L’(arch)évêque apparaît ainsi comme un seigneur opportuniste qui mangeait à la table de protestants et plaçait l’intérêt de son sang et de son rang au-dessus de celui de l’Église et de l’assemblée des fidèles [2]. Maximilien de Berghes partage d’ailleurs cette réputation avec d’autres évêques nobles de la première moitié du xvie siècle. En raison de leur origine, ils auraient négligé leur tâche pastorale et mal appliqué les réformes nécessaires pour mettre un coup d’arrêt au protestantisme. Les nouvelles prescriptions adressées aux évêques par le Concile de Trente (1545-1563) ont fortement contribué à dessiner ce stéréotype, donnant l’impression que tous les évêques pré-tridentins vivaient dans la corruption [3].
2Dans la littérature historique catholique au contraire, le premier archevêque de Cambrai apparaît précisément – de manière plutôt paradoxale – comme le « Charles Borromée » des Pays-Bas [4]. Le cardinal Borromée, déclaré saint, avait en tant qu’archevêque de Milan appliqué les mesures du Concile de manière rigoureuse par la convocation de conciles provinciaux et en entreprenant de nombreuses visites épiscopales. Maximilien de Berghes fut en effet le premier dans les anciens Pays-Bas des Habsbourg à mettre en vigueur les décrets tridentins, au moyen d’un concile provincial à Cambrai en 1565, et les concrétisa ensuite avec un synode diocésain dans la même ville en 1567. Il convoqua entre-temps aussi une réunion plus générale des évêques « néerlandais » en vue de chercher des « remèdes » face au protestantisme menaçant et de faire passer la réforme tridentine. Il accomplit en outre plusieurs tournées, comme le prescrivait le Concile, et assura les consacrations des églises endommagées par la crise iconoclaste [5]. Pourtant, l’historiographie libérale reproche à Maximilien de Berghes de n’avoir appliqué les décrets tridentins que pour renforcer son propre prestige. Cet article tentera de réconcilier les deux points de vue : les traditions historiographiques reflètent en effet les liens étroits entre politique et religion au xvie siècle. Il est grand temps de réinterpréter les nombreuses nuances du catholicisme tridentin dans les Pays-Bas et plus particulièrement de réévaluer le rôle des évêques appartenant à la noblesse. Les contributions les plus récentes soulignent de plus en plus clairement que le rôle de ces élites traditionnelles a justement été crucial pour la réforme catholique au cours du xvie siècle, tout autant que le clergé formé par la suite dans les séminaires tridentins et les universités [6].
D’évêque à archevêque
3Maximilien de Berghes descend de l’illustre famille brabançonne de Glymes, par ailleurs seigneurs de Bergen-op-Zoom [7]. Il est le petit-fils du célèbre Jean II met den Lippen dont le fils aîné, Henri, fut déjà évêque de Cambrai entre 1470 et 1502. Le père de Maximilien, un des nombreux bâtards de Jean met den Lippen, avait étudié à Louvain et Orléans. Maximilien lui-même semble avoir joui d’une formation en droit sans avoir toutefois obtenu le diplôme [8]. Il fut par la suite doyen du prestigieux chapitre Saint Gommaire à Lierre. En tant que membre de la lignée Glymes-Berghes, Maximilien appartenait sans aucun doute aux grands de son époque, bien que son origine bâtarde le lésât parfois dans les cérémonies [9]. Lors de son élection épiscopale par le chapitre de Cambrai en 1556, il fut expressément soutenu par Granvelle, alors évêque d’Arras et conseiller de Philippe II. Il y avait d’ailleurs beaucoup en jeu : l’élection d’un Glymes-Berghes signifiait la rupture partielle de l’influence de la très puissante famille de Croÿ dans cette région. Depuis la mort d’Henri de Glymes-Berghes, le siège épiscopal de Cambrai se trouvait monopolisé par les membres de la famille de Croÿ et la lignée fournissait d’ailleurs également des évêques aux sièges voisins de Thérouanne et d’Arras [10]. Avec l’arrivée de Philippe II sur le trône, le rôle du linéage Croÿ semble avoir été temporairement affaibli tandis que la famille de Glymes-Berghes figurait à nouveau parmi les puissants dans cette région voisine de la France. Cette impression fut encore renforcée lorsque Jean IV de Glymes, marquis de Berghes, arrière-cousin de Maximilien et chef de famille, devint en 1559 grand-bailli de la province frontalière du Hainaut [11]. Avec l’obtention de son siège, Maximilien de Berghes hérita donc immédiatement d’ennemis et d’amis dans la guerre que se livraient les factions nobiliaires des anciens Pays-Bas [12].
4En tant qu’évêque-désigné et administrateur de Cambrai, Maximilien gouvernait un long territoire s’étendant du Brabant jusqu’en Hainaut. Son entrée dans la ville épiscopale de Cambrai fut néanmoins encore retardée de quatre ans en raison des guerres franco-habsbourgeoises et des retards dans l’administration de la curie romaine. Il devint également duc de Cambrai et comte du Cateau-Cambrésis, dont l’investiture dépendait de l’empereur du Saint-Empire Germanique. Le duc-évêque usa d’ailleurs de son droit pour siéger à la Diète d’Empire de 1566 comme le mentionne son cénotaphe [13]. L’empereur Charles Quint avait déjà en partie mis fin à la semi-indépendance de Cambrai en y faisant construire une citadelle en 1543 [14]. En 1559, Cambrai formait la pièce maîtresse dans la réforme des diocèses, réforme que les Habsbourg souhaitaient mettre en place depuis longtemps, afin de faire concorder le plus possible les frontières politiques et ecclésiastiques. L’ancien évêché de Cambrai fut considérablement amputé à cette occasion tout en étant promu au rang d’archevêché et de métropole d’une province ecclésiastique [15]. Maximilien devint ainsi le premier archevêque de Cambrai et, dans ces circonstances, put faire son entrée dans la ville le 21 octobre 1559 et s’installer au palais épiscopal de Thun-L’évêque, au cours d’une cérémonie que Gilles Deregnaucourt a étudiée avec minutie [16]. La promotion de Cambrai au rang d’archevêché et sa séparation de jure et de facto de la province ecclésiastique de Reims ne se passèrent pas sans mal. Charles de Lorraine en particulier, issu de la maison noble de Guise, archevêque de Reims et, par la suite, cardinal, se sentant lésé, mit sans cesse en cause la juridiction du métropolitain de Cambrai [17]. Berghes se fit ainsi également des ennemis dans le paysage ecclésiastique transfrontalier.
5Du reste, Berghes, comme tout évêque d’Europe occidentale au xvie siècle, fut principalement confronté aux défis de la Réforme, et, en particulier, aux succès grandissants du calvinisme. Le traité du Cateau-Cambrésis entre Philippe II et Henri II fut conclu en 1559 dans son comté et la période de paix permit aux calvinistes de traverser la frontière plus facilement [18]. Dans des lettres adressées à son secrétaire, Berghes mentionne par moment ces fameux « huguenots » – surnom des calvinistes français – qui se rendaient depuis Montdidier, en Picardie française, dans sa province [19]. Ils pénétrèrent même jusque dans ses domaines du Cateau-Cambrésis dès les premiers accords de la paix [20]. Berghes se plaignait également souvent que les calvinistes aient pu s’installer en nombre dans la ville hennuyère de Valenciennes [21]. À la date du 7 janvier 1561, il écrivait déjà que des rumeurs se répandaient de la tenue de « conventicules » nocturnes et de psaumes chantés devant l’hôtel de ville. L’évêque désirait que des intermédiaires se plaignent de ces manifestations protestantes auprès des autorités de la ville afin de ne pas attirer sur lui-même la haine des citoyens [22]. Marguerite de Parme, gouverneur des Pays-Bas, lui signifia néanmoins le 5 mai d’agir en personne avec l’assistance du marquis de Berghes [23]. La visite des deux Glymes-Berghes n’eut qu’en partie le résultat souhaité. L’archevêque et le marquis avaient rétabli la loi mais les prédications continuaient, quoique moins fréquentées qu’auparavant [24].
6Même dans sa propre ville épiscopale, Maximilien de Berghes eut des difficultés à s’opposer fermement, en paroles et en actes, au protestantisme en raison des multiples juridictions dans et autour de la ville de Cambrai. Selon la coutume de Cambrai, les adeptes d’« opinions et sectes estranges » étaient condamnés au ban et à la confiscation des biens car considérés comme rebelles et semeurs de troubles. L’archevêque promulgua de nouveaux édits et ordonnances en 1561 pour interdire la dissidence religieuse. À trois reprises, il mit des dissidents au ban, alors qu’ils prétendaient pouvoir faire appel aux lois du Saint-Empire Romain, et en particulier à la paix d’Augsbourg de 1555. Cette paix avait accordé le jus emigrandi aux luthériens sous la juridiction d’un prince catholique, à savoir le droit de partir (donc sans exil) en vendant au préalable leurs biens meubles et immeubles (donc sans confiscation). Berghes demanda conseil à Marguerite de Parme et insista sur l’importance de la situation de Cambrai pour l’ensemble des Pays-Bas [25]. Dans une lettre à son secrétaire personnel, l’archevêque laisse entendre son malaise par rapport à l’intrusion de l’empereur qui, en raison de la paix d’Augsbourg, voulait empêcher la poursuite d’un luthérien [26]. L’archevêque était convaincu que le Magistrat de Cambrai agissait dans son bon droit en poursuivant les dissidents religieux [27]. Lorsque en février 1562 une image sacrée et une croix furent détruites dans un cimetière, deux des coupables furent exécutés sur le champ, et le troisième un mois plus tard [28]. Berghes faisait de moins en moins la différence entre huguenots et « sectes étrangères » ; de plus en plus apparaissait dans ses lettres la phrase : « ils sont tous sacramentaires » [29].
7Les devoirs de la charge épiscopale furent entre-temps précisés en détail au Concile de Trente qui s’était réuni une première fois entre 1545 et 1547 et une seconde fois entre 1551 et 1552. Maximilien de Berghes fut convoqué pour la troisième et dernière séance mais ne se déplaça pas pour des raisons inconnues. Dans une seconde lettre de convocation datée du 30 mars 1563, Pie IV insiste fortement pour que Berghes vienne quand même. Le pape trouvait que l’archevêque n’avait aucune raison valable de se dérober. Il n’y avait d’ailleurs, à son avis, que peu de danger d’hérésie dans le territoire de Cambrai (raison apparemment avancée par Berghes), certainement par comparaison avec la situation du Saint-Empire Romain. Le pape poursuivait en faisant remarquer que Berghes n’était pas encore si âgé et même en bonne santé, ce qui n’était pas le cas pour son suffragant d’Arras, François Richardot, qui assistait pourtant au Concile [30]. Bien que le prédécesseur de Berghes, Robert de Croÿ, ait, lors de la première session du Concile, conduit la délégation des anciens Pays-Bas, lui-même ne se rendit finalement pas en Italie [31].
8Maximilien de Berghes prit quand même la direction de la réforme de l’épiscopat et du clergé lorsque Marguerite de Parme demanda conseil au sujet de la publication et de l’application du Concile dans les Pays-Bas. Comme l’abbé Willocx l’a montré en 1929, il fut, dans l’ombre, l’auteur d’une lettre d’opinion collective. Cette lettre ne fut probablement jamais envoyée mais inspira quand même les évêques de Bois-le-Duc, de Namur et d’Ypres, les universités de Louvain et de Douai et surtout l’évêque de Bruges dans leur propre conseil adressé à Bruxelles. Le projet de lettre, écrit entre juin et juillet 1564, illustre la grande ambition de Berghes : il préconisait une réunion de tous les nouveaux évêques afin de dessiner une stratégie commune face aux défis contemporains [32]. Les plans de Berghes ne doivent pas étonner. Depuis 1559, une série de nouveaux évêques n’avaient pas encore pu se concerter au sujet du succès grandissant des courants protestants dans les Pays-Bas. Ils auraient pu en avoir l’occasion lors de la troisième session du Concile de Trente, mais seuls étaient présents l’évêque de Namur, Antoine Havet, Cornelius Jansen, l’évêque-désigné de Gand, et, comme on vient de le voir, l’évêque d’Arras, François Richardot. Le cardinal Granvelle, archevêque de Malines, présent à Trente, se manifesta principalement en tant qu’envoyé de Philippe II et ne revint pas aux Pays-Bas pour des raisons politiques. Berghes, en raison de la longue absence du primat de l’Église des Pays-Bas, se sentait donc probablement appelé à agir, bien qu’ayant brillé par son absence au Concile [33].
L’incident du banquet de Cambrai (22 janvier 1565)
9Berghes ne fut pas gêné par son profil d’activiste catholique dans ses relations amicales avec la noblesse sensible aux idées de la Réforme ou mécontente de la répression religieuse du souverain, Philippe II. C’est ce qui transparaît lors du banquet qui fut donné le 22 janvier 1565 dans la citadelle de Cambrai en l’honneur du comte d’Egmond qui se rendait auprès du roi, à Madrid [34]. Les cercles proches du gouvernement des Pays-Bas émettaient des réserves au sujet de cette mission, notamment parce qu’Egmond entretenait des liens étroits avec des nobles comme Henri de Bréderode, connu pour ses propos anticléricaux et sa proximité avec le protestantisme. Bréderode voyagea d’ailleurs avec Egmond jusqu’à la frontière française après avoir participé au banquet de Cambrai [35]. Ce repas est à l’origine de l’image contradictoire laissée par Berghes dans l’historiographie et mérite donc que nous y prêtions plus d’attention. Il est d’ailleurs assez bien documenté car Marguerite de Parme souhaita être amplement informée à son sujet. Elle avait eu des échos d’une explication orageuse entre Berghes et Bréderode et demanda au seigneur de Warluzel de lui donner davantage d’information. Warluzel répondit dans une lettre datée du 3 février 1565 que cette dispute avait été largement exagérée. Le différend avait eu lieu à la fin d’une soirée passée à table. Aux dires de Warluzel, l’amitié entre Berghes et Bréderode n’en fut pas durablement affectée. Dans les jours qui suivirent, Berghes invita même Bréderode et ses compagnons pour un souper dans sa résidence durant lequel ils conversèrent amicalement et de manière assez ostentatoire. L’archevêque fit d’ailleurs savoir qu’il ne voulait plus que l’on parlât de cette affaire [36].
10Marguerite de Parme reçut également des informations par d’autres canaux. Dans une lettre datée du 29 février 1565, elle fit un rapport à Philippe II, bien qu’à son avis celui-ci fût déjà suffisamment mis au courant par Egmond. Ce soir-là – ainsi l’écrivait-elle – la discussion porta sur qui, parmi les nobles présents, serait difficilement remplaçable dans le cas où un événement imprévu se produirait. Le fait que les personnes présentes aient abordé un tel sujet doit être compris dans le contexte des événements récents. Le cardinal Granvelle avait dû récemment quitter Bruxelles et cela fut célébré comme un triomphe par les gentilshommes mécontents. Ils avaient également obtenu qu’il ne pourrait pas exercer personnellement la nouvelle fonction d’archevêque de Malines, et donc de primat de l’Église des Pays-Bas. Après la mise à l’écart des alliés de Granvelle, notamment Viglius et Berlaymont, la noblesse mécontente se trouvait ainsi en bonne position pour étendre son influence à Bruxelles [37]. Les convives se demandèrent en riant qui serait le prochain à disparaître. C’est alors que le comte de Culembourg, un des amis de Bréderode, suggéra par « joyeusete » que si l’archevêque venait à disparaître, il ne serait pas difficile de lui trouver un successeur. Berghes, connu pour sa faconde, répondit en riant également qu’il y aurait plus certainement un nouveau comte d’Egmond qu’un nouvel archevêque de Cambrai. Cette plaisanterie fut prise un peu trop au sérieux par Bréderode, assis entre Egmond et Berghes. Il fit un signe du bras au comte et se tut soudainement. L’archevêque – qui n’avait pas remarqué cette réaction – porta un peu plus tard un toast à Bréderode « luy presentant tout service » [38].
11L’anticlérical Bréderode répondit qu’il ne voulait pas plaisanter avec l’archevêque. Il ne voulut pas non plus répondre au toast de Berghes, à moins qu’Egmond ne le lui ordonnât. Sur ces mots, l’archevêque déclara qu’il savait à présent que Bréderode n’avait aucune reconnaissance envers lui mais bien envers Egmond. Bréderode répliqua qu’il était clair pour tout le monde qu’il n’avait aucun devoir de loyauté à l’égard de l’archevêque. Il traita encore Berghes de « gros gallant », voulant signifier par-là que celui-ci menait une vie dissolue. Berghes répliqua – et le répéta plusieurs fois – qu’il était un « homme de bien » et le resterait. Bréderode, irrité, déplaça le bassin posé sur la table pour se laver les mains. Chacun se leva alors de table. Charles, le fils du comte de Mansfeld et neveu de Bréderode, supplia Berghes de ne pas le prendre mal « veu que c’estoit aprez boire ». Berghes se laissa finalement persuader de mettre fin à la dispute. Le reste de l’affaire est connu grâce à ce que Warluzel fit savoir à Marguerite de Parme [39].
12L’incident est révélateur du caractère de Maximilien de Berghes. L’archevêque de Cambrai était un homme attaché au rang, à la position et à la fonction, et voulait se voir et se sentir reconnu dans ses prétentions d’aristocrate et d’archevêque. Il continua, malgré sa fonction, à fréquenter ceux de son rang enclins au protestantisme et ne voulut pas qu’il y ait davantage de rumeur sur l’affaire du banquet. Berghes voulait continuer à jouer un rôle dans les cercles de la noblesse (en défiant sa bâtardise) et par-dessus tout ne voulait aucunement jeter le discrédit sur la mission d’Egmond à Madrid. Il défendait néanmoins sa fonction d’évêque auprès de ses semblables, anticléricaux ou non, ainsi que l’intérêt et la primauté du clergé. Berghes et Bréderode se rencontrèrent à nouveau après le banquet de Cambrai pendant les fêtes données à l’occasion du mariage d’Alexandre Farnèse en novembre 1565. Qu’ils se soient réellement adressés la parole n’est pas certain. L’affaire de la citadelle de Cambrai eut quand même une suite. Philippe II la prit suffisamment au sérieux pour sommer Marguerite de prendre Bréderode et Culembourg en aparté pour les sermonner et leur faire comprendre que les insultes à l’égard de l’archevêque Berghes avaient été inappropriées et devaient être évitées à l’avenir [40]. Le roi soutenait donc fermement son archevêque et s’opposait aux tendances anticlericales régnant dans le milieu de la noblesse des anciens Pays-Bas, tendances fortes puisque les nominations de 1559 laissaient à l’écart quelques familles traditionnelles prétendant à l’épiscopat.
Le concile provincial de l’été 1565
13Cinq mois après le banquet de Cambrai, Berghes tint un concile provincial pour appliquer les décrets du Concile de Trente dans toute sa province ecclésiastique. C’était le premier concile provincial dans les Pays-Bas après la réforme des évêchés de 1559 et après le Concile œcuménique de décembre 1563 [41]. Marguerite de Parme le fit également savoir au pape : « L’archevêque de Cambrai s’est efforcé d’être le premier à accepter franchement le Concile [de Trente] en deçà des Pyrénées et des Alpes ». Peut-être faut-il le comprendre dans le cadre d’une tentative d’apaisement à l’égard de Rome en raison de l’absence de Berghes pendant le Concile [42]. L’archevêque avait déjà invoqué les conciles provinciaux et les synodes diocésains dans sa lettre d’opinion du 23 juillet 1564 comme une des manières d’appliquer le Concile de Trente dans les Pays-Bas. Il semble, d’après cette lettre, que Berghes souhaitait déjà depuis longtemps organiser un tel concile à Cambrai. Il rappela d’ailleurs à Marguerite une lettre envoyée précédemment, dans laquelle il avait déjà exprimé ses intentions à ce sujet [43].
14Dès le 28 décembre 1564, Berghes envoya une convocation pour une réunion envisagée en avril, adressée entre autre aux évêques de Tournai, d’Arras, de Saint-Omer et de Namur. L’archevêque chercha aussi du soutien en haut lieu. Il s’attendait en effet à une opposition de son chapitre qui, d’après les prescriptions tridentines, devait être soumis à l’obligation de résidence, à l’assistance aux offices et à la visite épiscopale. Il voulut pour cela que le roi donnât force de loi aux décrets et se tourna également vers son cousin, le marquis de Berghes, gouverneur du Hainaut, lui demandant de faire en sorte que deux conseillers, qui représenteraient l’autorité royale, puissent prendre part à ce concile [44]. Berghes avait déjà pu bénéficier de l’aide du marquis lorsqu’il avait rencontré des difficultés avec son chapitre [45].
15Tandis que l’on se rapprochait du 29 avril, la date proposée pour l’ouverture du concile provincial à Cambrai, aucune réaction ne s’était encore fait entendre de la part de Philippe II. Marguerite voulait pour cette raison que Berghes attende le retour d’Egmond qui apporterait une réponse définitive du roi à propos de la proclamation du Concile de Trente. Au retour de celui-ci, un « conseil de neuf sages hommes », composé de trois théologiens, trois évêques et trois magistrats, fut d’abord invité de fin mai à début juin à Bruxelles aux séances du Conseil d’État pour formuler des avis au sujet de la proclamation [46]. Elle fit ensuite publier les décrets tridentins en envoyant d’abord une circulaire à l’archevêque de Cambrai et ensuite aux autres évêques. Les instances séculières ne reçurent qu’après les instructions pour la publication des actes de Trente. Les décrets furent entre-temps imprimés à Anvers avec un simple imprimatur royal. Ce fut une construction juridique assez étrange – les instructions pontificales étaient normalement enregistrées dans les provinces des Pays-Bas avec la législation du placet – mais cela fut nécessaire pour calmer la crainte causée par le contrôle accru imposé par le Concile de Trente et afin de contenir l’opposition politique à la restriction apportée aux privilèges locaux [47].
16Le concile provincial put finalement être solennellement ouvert le 25 juin 1565, un jour après l’envoi de la lettre de Marguerite à Berghes. Le concile eut lieu selon le cérémonial en usage à Reims [48]. En effet, le concile provincial s’étendait plus loin que la nouvelle province ecclésiastique de Cambrai. Comme les évêques de Gand et d’Anvers n’étaient pas encore installés, le clergé de Lierre, Dendermonde, Bruxelles (voire Tongerlo) dépendait toujours de la juridiction de Cambrai. Berghes présida la messe d’ouverture afin d’invoquer l’aide du Saint-Esprit et l’évêque d’Arras, François Richardot, fit le sermon. Deux décrets furent approuvés dans les jours qui suivirent. Le premier décret fut l’acceptation du Concile de Trente [49]. Le second décret portait sur l’institution d’un jour de fête pour les saints Pierre et Paul avec procession du Saint-Sacrement et communion générale. Il est assez frappant que tout se soit déroulé selon ce qui avait été décidé un an auparavant à Reims [50]. Les derniers jours de juin furent consacrés à la lecture des décrets du Concile de Trente. Le 3 juillet, proposition fut faite de signer un formularium de reconnaissance de tous les décrets. Les évêques, abbés et doyens présents signèrent les premiers, mais il y eut encore beaucoup de résistance du côté des chapitres qui ne voulaient pas se soumettre aux visites épiscopales, au devoir de résidence et à l’assistance aux offices [51]. Une commission de théologiens, présidée par l’évêque de Saint-Omer, passa deux jours à convaincre les chapitres récalcitrants qui défendaient leurs droits d’exemption. Cela eut en partie l’effet escompté : la plupart des chapitres secondaires acceptèrent les décrets au complet. Seuls le chapitre métropolitain de Cambrai et les chapitres cathédraux de Tournai, Arras et Namur, le premier chapitre de Saint-Géry et quelques autres chapitres persistèrent dans leur refus d’accepter les décrets. Le premier concile provincial de Cambrai s’acheva solennellement le 25 juillet [52].
17Berghes a été – et est encore – constamment présenté dans l’historiographie comme le premier à avoir fait adopter les décrets dans les Pays-Bas des Habsbourg. Le concile provincial fut aussi utilisé pour décrire l’archevêque de Cambrai comme le prototype de l’évêque de la Contre-Réforme. Berghes fut également encensé de son vivant pour avoir organisé aussi rapidement un concile provincial afin de faire accepter les décrets de Trente. L’archevêque d’Utrecht, Frederik Schenk van Toutenburg – qui avait simplement voulu approuver les décrets en envoyant une circulaire archiépiscopale le 26 juillet aux religieux dans son diocèse – fut critiqué pour cette raison par Marguerite de Parme. Elle loua la manière de procéder de Berghes comme le bon exemple que l’archevêque d’Utrecht se sentit obligé de suivre. Un concile provincial s’ouvrit ainsi également à Utrecht le 10 octobre 1565 [53]. Dans la troisième province ecclésiastique, Malines, le premier concile provincial n’eut finalement lieu qu’en 1570.
18Bien que des auteurs comme Fernand Willocx, Gilles Deregnaucourt et Alain Lottin aient déjà énuméré des motifs autres que religieux pour expliquer la date avancée du concile provincial, il n’est pas inutile de reprendre l’examen des différentes motivations de Berghes. Premièrement, Berghes voulait probablement affirmer son statut et son rang au sein de la « nouvelle » Église des Pays-Bas. La rapidité de la convocation du concile provincial peut certainement être expliquée par le fait que Cambrai était un évêché existant depuis longtemps et dont l’organisation fonctionnait plus aisément que celle des évêchés nouvellement créés où les structures étaient complètement neuves en 1559. Autrement dit, comme l’écrit Gilles Deregnaucourt : « des trois nouvelles provinces ecclésiastiques, seule celle de Cambrai fut rapidement organisée » [54]. Mais, en parallèle, le vicaire-général Maximilien Morillon médisait dans une lettre à Granvelle, son archevêque toujours absent, au sujet de Berghes, encore fâché que Malines eût reçu la primauté sur l’Église des Pays-Bas. Il n’est en effet pas impossible que Berghes ait jugé son siège épiscopal, vieux de dix siècles, mieux placé que le tout nouveau siège de Malines. Berghes et Morillon avaient en outre eu une dispute au sujet de la présence des évêques d’Ypres, de Ruremonde et de Gand, évêques suffragants de Malines, au premier concile provincial de Cambrai. Berghes semblait ainsi vouloir quand même forcer la primauté de manière informelle [55].
19Ensuite, le concile provincial de Cambrai n’était pas seulement l’enjeu d’une compétition avec Malines, mais peut-être aussi – et même surtout – avec Reims. L’archevêque de Reims, ainsi que le roi de France, ne se résignèrent pas à la perte de ces territoires de la province ecclésiastique en faveur de la dynastie des Habsbourg. Le cardinal Charles de Guise, cardinal de Lorraine, invita dès son retour de Trente l’archevêque de Cambrai, l’évêque de Tournai ainsi que celui d’Arras à son premier concile provincial. Maximilien de Berghes écrivit à ce sujet à Marguerite de Parme, dans l’espoir qu’elle prendrait une décision qui lui serait avantageuse. Ce qu’elle fit : elle interdit aux évêques d’accepter l’invitation. L’appel de Maximilien à tenir un concile provincial en 1565, un an après l’invitation de son concurrent, doit pour cette raison être comprise comme une réponse à cette dernière. Le refus de reconnaître l’autorité archiépiscopale de Berghes qui ressortissait de la lettre d’invitation de l’archevêque de Reims fut contrebalancé lors du concile provincial par une confirmation. Berghes s’inspira néanmoins de l’exemple rémois en réglant certaines mesures de discipline d’une manière sembable [56].
20Troisièmement, Berghes ne voulait en rien être inférieur à ces prédécesseurs. Dès 1549, Robert de Croÿ avait ainsi organisé un synode diocésain après sa participation au Concile de Trente (8 juin-26 août 1546) où il invita également le mystique Louis de Blois (par ailleurs abbé de Liessies). C’est au cours de ce synode que fut adoptée la Formula Reformationis, un programme de réforme catholique assez ambitieux que Charles Quint avait proclamé en 1548 pour les territoires catholiques dans le Saint-Empire Romain. Robert de Croÿ espérait endiguer le protestantisme par ce moyen et se montra particulièrement engagé lorsqu’il fallut l’appliquer et le faire respecter dans tout le diocèse (s’étendant alors d’Anvers à Cambrai). Berghes semblait vouloir suivre le même chemin en organisant ce concile provincial en 1565. Il avait d’ailleurs encore autorité sur Anvers et d’autres territoires du Brabant jusqu’en 1570, aussi longtemps que le nouvel évêque d’Anvers n’était pas encore installé [57].
21Il faut aussi regarder le concile provincial de 1565 à la lumière des relations tendues entre Berghes et le pape Pie IV qui lui avait reproché de ne pas être venu personnellement à Trente [58]. Il est possible qu’il ait voulu gagner ses bonnes grâces en appliquant rapidement les décrets du Concile de Trente. Berghes avait d’ailleurs besoin du pape dans le cadre d’un conflit avec son chapitre au sujet de la collation de neuf canonicats prévus dans les bulles de dotation et du refus de toute visite épiscopale. Le chapitre métropolitain avait intenté un procès contre l’archevêque et les chanoines avaient affiché l’assignation aux portes des églises et au palais épiscopal à la grande colère de l’archevêque [59]. La réponse du pape se fit néanmoins attendre, ce qui fit enrager Berghes publiquement sur la lenteur de la bureaucratie pontificale. Granvelle l’avertit que plusieurs cardinaux avaient des plaintes à son sujet parce qu’il les aurait calomniés à table ou en d’autres occasions. Berghes reçut ce conseil paternel : « A votre modestie, de plus tost l’excuser que de le blasmer, puisqu’il ne sert a rien, qu’à irriter les ecclesiastiques et seculiers, contre se Sainct siege (…) n’ayde pas beaulcoup a vos affaires » [60]. Maximilien était conscient qu’un conflit avec le pape ne lui serait pas favorable : qui male narrat, male impetrat (« qui parle mal, obtient mal »). Il demanda pour cette raison à Granvelle de l’excuser auprès du pape et revint sur la chose dans plusieurs de ses lettres [61].
22Marguerite de Parme et Philippe II firent également pression sur Rome pour qu’une solution fût rapidement trouvée au conflit entre l’archevêque et le chapitre qui ne voulait pas contribuer à la dotation du siège épiscopal. Le 16 octobre 1565, le cardinal Pacheco répondit à deux lettres du roi d’Espagne dans lesquelles il lui demandait de supplier le pape de se prononcer sur le conflit [62]. La réponse fut néanmoins décourageante : le pape ne voulait pas se prononcer dès lors que tous les chapitres du Saint-Empire Romain Germanique avaient déposé des requêtes similaires [63]. Le nouveau pape Pie V apporta davantage de soutien à Berghes. Il loua l’archevêque pour son empressement à appliquer les décrets du Concile dans une lettre de janvier 1567. Il le dota en outre de pouvoirs étendus afin de corriger les « mœurs » de ses clercs sans qu’il ait à prendre en compte les exemptions du chapitre [64].
La crise iconoclaste (1566)
23Dans la province ecclésiastique de Cambrai, érigée en 1559, tout était prêt, en principe, pour la réforme catholique : les cinq évêques étaient installés, les décrets du Concile de Trente avaient été proclamés et un concile provincial avait incité le clergé à l’action. Mais cela ne put empêcher le mouvement iconoclaste et la violence religieuse. En août 1566, peu avant que la crise iconoclaste ne se propage en dehors de la Flandre gallicante, l’archevêque avait à nouveau fait publier un décret ordonnant que les prédicateurs se retirent et que les rassemblements protestants restent interdits [65]. Il laissa son secrétaire, Gérard de la Rue, garder sa châtellenie du Cateau-Cambrésis [66]. Le 26 août 1566, seize jours après le début de la crise, des églises furent pillées au Cateau-Cambrésis, des livres brûlés et des statues fracassées, en partie aussi dans un esprit anticlérical à l’égard de l’archevêque. D’après Berghes, un meneur prêchait « accompagné d’un grand nombre de Français » dans l’église de Notre-Dame et voulait se faire administrateur de l’abbaye Saint-André. La ville fut investie le 12 octobre par des calvinistes, les moines de l’abbaye furent chassés et les révoltés démolirent à nouveau – toujours selon les dires de l’archevêque – les autels et tout ce que les moines avaient reconstruit [67]. Mais, cette fois, les maisons de ceux qui avaient fui la ville furent occupées par les iconoclastes. En un mot, la ville était devenue une « caverne d’hérétiques », comme l’expliquait Maximilien. Il déplorait le manque d’aide reçue de Marguerite de Parme en ces temps difficiles. Il aurait apprécié qu’elle envoyât les gouverneurs du Quesnoy et de Landrecies à la rescousse. Berghes demeura optimiste : « d’aultre part l’on void désià la résistance que font les bons en plusieurs lieux ». Et en effet, contrairement à l’attitude assez passive des catholiques aux Pays-Bas, ceux des terres de Maximilien montrèrent plutôt de la résistance [68]. L’archevêque eut aussi à souffrir des iconoclastes à Valenciennes. Cette ville fut même occupée jusqu’en avril 1567 par un régime calviniste [69].
24À Cambrai même, il n’y eu pas de vrai mouvement iconoclaste durant l’été 1566. On l’a dit, Berghes avait fait exécuter quelques casseurs de statues déjà avant cette date [70]. Il est donc possible que l’archevêque soit resté dans son palais de Cambrai sans s’enfuir comme beaucoup de clercs à cette époque. Mais le danger menaçait toujours. Berghes écrivit le 15 mars 1567 au capitaine espagnol Françes de Alava qu’un complot avait été ourdi contre lui à Cambrai. Une partie des conspirateurs avaient été emprisonnée. Un serment de fidélité, juré devant Dieu et l’archevêque, mais aussi devant le prévôt, le roi et les échevins, fut exigé de tous les habitants de Cambrai. Il leur était demandé de promettre de vivre selon la foi catholique, de ne pas prendre les armes, et de ne pas entreprendre quoi que ce soit qui aille à l’encontre de l’ordre public. Ce serment avait toute sa place dans le climat qui régnait alors dans les Pays-Bas. La gouvernante avait déjà demandé un serment de fidélité le 3 janvier 1567 aux hommes d’État, aux gouverneurs provinciaux et aux chevaliers de la Toison d’or. Quelques protestants présentèrent toutefois une requête lors de la prestation de serment à Cambrai afin de pouvoir confesser le luthéranisme dans la ville. Cela fut très mal pris, car le prévôt les fit aussitôt condamner à mort. Les exécutions furent accomplies dans les quatre à cinq heures qui suivirent [71].
25Si ces exécutions furent des punitions exemplaires pour décourager les hérétiques, Berghes semble avoir suivi une autre stratégie à l’égard de son rang. L’archevêque aurait ainsi, selon Maximilien Morillon, essayé d’obtenir la libération de Pierre de Preys, seigneur de Le Dale. Celui-ci était le beau-père de sa sœur Cécile, mais également un des principaux chefs du Consistoire à Tournai et membre du Compromis des Nobles [72]. Il avait été convoqué en raison de son rôle durant la crise iconoclaste. Il fut emprisonné au château de Bettignies le 5 mars 1566 et transféré ensuite à la citadelle de Tournai. Le frère de Maximilien en particulier, Jean, plaida en faveur de sa libération [73].Mais Morillon écrivit également que Berghes aussi avait fait de son mieux pour faire libérer Pierre de Preys : « L’archevesque de Cambray et son frère font grande instance pour saulver ung des plus coulpables (…) » [74]. Leur intervention retarda de toute évidence le procès car l’homme attendait encore toujours son verdict au 1er septembre 1568 [75].
Le « concile » du printemps 1567
26Dans la foulée de la crise iconoclaste, Berghes organisa une nouvelle réunion des évêques des anciens Pays-Bas « pour le remède et pacification de ces troubles, et singulièrement pour l’exécution du Concile, réformation des abuz et extirpation des hérésies » [76]. La réunion eut lieu le 27 avril 1567, vraisemblablement dans la ville universitaire de Douai [77]. Berghes avait envoyé l’invitation vers la fin de l’année 1566 non seulement à ses propres évêques suffragants, mais aussi aux prélats des diocèses voisins [78]. Le vicaire-général de l’archevêché de Malines, Morillon, vit ainsi se confirmer le pressentiment que Berghes lorgnait le titre de primat. Il écrivit que Richardot avait prévenu que des lettres de non préjudice devraient être envoyées, mais l’archevêque de Cambrai n’avait pas accepté. Morillon en tira ces conclusions : « Je pense bien qu’il vouldroit par la enjamber le primat, s’il povoit » [79]. Berghes avait au contraire proposé à Marguerite de Parme de convoquer elle-même les évêques hors de Cambrai. Finalement, elle invita les évêques Martin van Riethoven d’Ypres et Pierre de Corte de Bruges, soi-disant pour un « synode provincial », mais en réalité en vue de la réunion épiscopale. Marguerite se trompa assez souvent entre les deux réunions qui allaient avoir lieu à Cambrai. Elle n’invita pas d’autres évêques en raison de la trop longue distance qu’ils auraient à faire, au risque de manquer à leur devoir pastoral, et surtout parce qu’elle espérait que l’évêque d’Utrecht organiserait un synode analogue.
27Parce qu’il avait espéré davantage de participants, Berghes proposa de reporter la réunion au 5 janvier 1567 [80]. Pour cette seconde fois, la gouvernante invita à nouveau les évêques d’Ypres et de Bruges, mais aussi celui de Ruremonde (Guillaume Lindanus), l’évêque-désigné de Gand (Cornelius Jansenius) et les théologiens et inquisiteurs généraux de Louvain, Josse Ravesteyn et Michel de Bay. Les mauvaises nouvelles, entre autre la prise du pouvoir des calvinistes à Valenciennes, expliquent pourquoi la réunion fut à nouveau reportée. Elle fut finalement fixée le 27 avril, après la chute de la « nouvelle Genève » qu’était alors Valenciennes [81]. Les invités montrèrent visiblement peu d’enthousiasme en raison des possibles dangers du voyage. Les mauvaises langues faisaient en outre courir le bruit que Berghes organisait cette réunion en vue de chercher des alliés dans son combat contre son chapitre. Les évêques d’Ypres et de Bruges ne furent finalement pas présents. Seul l’évêque de Ruremonde, Lindanus, accepta l’invitation, tout comme l’évêque-designé de Gand, Jansenius, ainsi que les théologiens de Louvain, parmi lesquels Ravesteyn et de Bay. Les évêques d’Arras et de Tournai et l’évêque-désigné Jansenius furent bien présents, tout comme les nombreux abbés de la région [82].
28Un des principaux sujets durant la réunion des évêques fut la formation du clergé. Lindanus en particulier insista sur la formation d’un clergé zélé et érudit et présenta un plan de réforme. Il proposa que chaque province forme à l’université de Louvain ou de Douai un collège où les meilleurs élèves des séminaires pourraient suivre des cours. De simple prêtres, attachés au soin des âmes, pourraient également y passer quelques mois pour une sorte de formation rapide. Lindanus insista également sur « la portion canonique des curés ». Il était convaincu que ces revenus auraient pour conséquences de rendre le travail en paroisse également attrayant pour les prêtres érudits ou universitaires [83]. Lindanus voulait aussi instituer un corps de visiteurs épiscopaux qui visiterait les paroisses. François Richardot lui-même approuvait « l’institution de prédicateurs diocésains pour détourner le peuple des pratiques superstitieuses » [84].
29Il fut aussi discuté durant la réunion du retour et de la réconciliation des « hérétiques » avec la communauté catholique, et en particulier sur le plan des sacrements comme le baptême, le mariage et la communion. C’était une question pressante depuis la crise iconoclaste et de nombreux évêques plaidèrent peu à peu pour un pardon général grâce auquel les hérétiques repentants pourraient se réconcilier simultanément avec l’Église et le roi [85]. Après la nécessité de davantage de réformes catholiques, on aborda également la réconciliation matérielle du paysage sacré, un point important de l’agenda de la réunion de 1567 au lendemain de la crise iconoclaste. Les croyants étaient par exemple appelés à indiquer les endroits ou des lieux saints auraient été profanés, de sorte que les évêques pussent les consacrer à nouveau [86]. Maximilien consacra ainsi l’église Notre-Dame à Anvers le 19 mai 1567 et l’évêque auxiliaire Maarten de Cuyper continua son œuvre dans d’autres églises [87]. Cette plus grande attention à la matérialité du sacré n’était pas neuve. Au cours des deux décennies ayant précédé la crise iconoclaste, l’importance des consécrations et de la sauvegarde des lieux saints contre les violences avait été confirmée à Cambrai dans la Formula reformationis de 1548 et au synode provincial de 1550 [88].
Le synode diocésain de l’automne 1567
30Finalement, Berghes organisa aussi un synode diocésain pour son archevêché qui fut tenu à Cambrai quelque mois plus tard, le 3 octobre 1567 [89]. Le synode décida en outre qu’il y aurait davantage de contrôle avec la mise en place d’une liste de Pâques et de communion, comme le prescrivait le Concile de Trente. Morillon écrivit que ceci n’allait pas de soi : « si cela s’imprime, il rendrat l’estat ecclésiastique fort odieux, et dirat-on que c’est introduire l’inquisition » [90]. La peur de l’inquisition, et surtout de la rumeur que l’inquisition espagnole fût introduite dans les Pays-Bas, semblait être en effet une des causes de l’inquiétude générale [91]. Les visites pastorales de Berghes ne se déroulèrent pas non plus sans contestation. Des représentants de l’archevêque visitèrent le clergé séculier d’Anvers à la demande de Marguerite de Parme en juin 1567, mais sans le nouvel évêque, alors encore sous l’autorité de Berghes. Les dispositions du Concile de Trente furent imposées à cette occasion. Les chanoines de l’église Notre-Dame refusèrent néanmoins de recevoir les envoyés. Le 7 juin 1567, Berghes écrivit que le chapitre avait signé une requête à son encontre. Depuis le redécoupage des diocèses, ils ne se trouvaient d’ailleurs plus officiellement sous la juridiction de Cambrai. Ils se résignèrent finalement sous la pression de la duchesse. Le chapitre fut visité par l’archevêque de Cambrai le 27 juin 1567, assisté par François Richardot et Laurent Mets, les doyens du chapitre Sainte-Gudule de Bruxelles [92].
31Comme il fallait s’y attendre, le chapitre métropolitain de Cambrai s’opposa à une visite épiscopale : « Et combien que je ne fais doubte que ceulx de mon chapittre ne feront des grandes contradictions a ladicte visitation a raison de leur pretendue liberté » [93]. En mai 1568, Berghes n’était toujours pas parvenu à visiter son chapitre. Morillon pensait que Berghes s’était laissé apaiser par certains membres du chapitre sous promesse d’un accord. Le vicaire-général ne voyait pas la chose d’un bon œil et était d’avis que le chapitre cherchait à gagner du temps par ce moyen [94]. L’archévêque demanda et reçut finalement une lettre du duc d’Albe qui donna l’ordre de procéder à la visite et à la réforme de tous les chapitres dans son diocèse. Il visita finalement le chapitre métropolitain en juin 1568, « avec bien bonne grâce » et un résultat positif puisque les chanoines acceptèrent l’obligation de résidence et l’assistance à l’office [95]. Après le chapitre métropolitain, Berghes voulut également visiter les autres chapitres de son archevêché, ce que les chapitres de Maubeuge et Binche acceptèrent, mais que contestèrent les religieuses du chapitre noble de Sainte-Waudru de Mons [96].
32Bien qu’il traitât sévèrement les « hérétiques » obstinés, Berghes joua un rôle important dans l’élaboration et l’application du pardon général de 1570. François Richardot, l’évêque d’Arras, le soutint dans ce projet. Richardot avait déjà plaidé, au cours des premiers mois du gouvernement d’Albe, pour un pardon afin d’épargner et de pardonner aux hérétiques repentants. Les deux évêques écrivirent encore au début du mois d’août 1568 au duc d’Albe mais sans beaucoup de succès [97]. Malgré les nombreuses flatteries adressées au duc d’Albe, les négociations ne se déroulèrent pas facilement. Encore une fois selon Morillon, Albe ne tenait pas Berghes en haute estime parce que celui-ci ne voulait pas accéder à sa demande d’informations au sujet du départ du baron de Montigny pour l’Espagne sous prétexte qu’il était alors dans le Saint-Empire Romain [98]. Les deux évêques ne purent pas non plus s’entendre avec Francisco d’Ybarra, le confesseur du duc. Ils n’étaient pas d’accord sur la personne qui accomplirait le pardon. Tandis qu’Ybarra était d’avis qu’il s’agissait d’une prérogative du pape seul, les évêques considéraient qu’il leur était nécessaire de pouvoir bénéficier de cette compétence [99]. Maximilien de Berghes tint aussi un rôle crucial dans l’application du pardon : il reçut une brève pontificale grâce à laquelle les hérétiques repentis pouvaient se réconcilier avec l’Église dans les trois mois, lui conférant donc la prérogative papale de réconciliation des hérétiques repentants (casus reservati). Berghes dut par la suite déléguer cette procuration pontificale afin que chacun puisse recourir aux clercs plus proches. Berghes présida la messe pontificale du 16 juillet 1570 à Anvers, se présentant ainsi le temps de la cérémonie comme le primat de l’Église des anciens Pays-Bas [100].
33Berghes menaça néanmoins de démissionner au cours de cette difficile course au pardon général : « Et l’archevesque de Cambray dict qu’il est si faché de veoir ez choses susdictes ce que passe, qu’il dict voulloir partir avoir escript au Roy pour avoir son congié » [101]. Morillon remarqua en 1569 avec mépris que le roi n’avait pas peu de raisons d’être content de Berghes, car celui-ci avait agi dans plusieurs affaires de manière trop imprudente sous prétexte de faire du zèle [102]. La réputation du « Borromée » des Pays-Bas parut soudainement un peu moins glorieuse. Le roi sembla d’ailleurs pouvoir accéder à la démission de l’archevêque, comme du moins il l’écrivit à son confident, Charles de Berlaymont, père du successeur de Berghes, Louis de Berlaymont : « Je suys bien content et m’est agreable que ladict resignation se face et mecte a effect » [103].
34La mort soudaine de Berghes le 29 d’août 1570 fit que celui-ci put rester en fonction [104]. Il mourut – de façon assez symbolique – au Markiezenhof, à Bergen-op-Zoom, seigneurie-clé de la dynastie Glymes-Berghes. Il y arriva probablement après la publication du pardon, pour accompagner officiellement la future épouse de Philippe II, Anne d’Autriche, qui embarquerait à Vlissingen pour l’Espagne [105]. La tombe de Berghes mentionne en tout cas qu’il séjourna pour cette raison à Bergen-op-Zoom. Berghes écrivit aussi à ce sujet dans la lettre du 20 mai 1570 mentionnée plus haut, qu’il accompagnerait la future reine en Espagne [106]. Le marquisat avait pourtant été confisqué depuis mars par le Conseil des Troubles, puisque celui-ci avait déclaré le défunt marquis de Berghes coupable de lèse-majesté. La visite de Berghes à Bergen-op-Zoom quelques mois plus tard peut ainsi être interprétée comme une sorte de provocation : l’archevêque avait toujours fermement soutenu l’innocence du marquis. En se présentant après le 4 mars comme proche parent du marquis, Berghes faisait comme si le Markiezenhof était toujours en possession de leur noble lignée. Ainsi, les questions de rang et d’ordre social furent intimement liées à celles de la foi et la réforme jusqu’à la fin de la vie de Berghes.
Conclusion
35Le corps de Berghes fut apporté dans un cercueil de plomb le 4 septembre 1570 en la cathédrale de Cambrai. Il y fut enterré à la gauche du maître-autel, à l’entrée de la nef. En 1600 fut ajouté un mausolée d’albâtre, séparé de la vraie tombe, avec une statue d’un Berghes dormant en paix sur un antique sarcophage, reposant sous ses armoiries. Deux statues placées sur les côtés symbolisaient l’assiduité et le calme [107]. Le couvercle de ce mausolée aujourd’hui disparu soulignait l’inspiration tridentine de Berghes [108] :
« Maximilien de Berghes, premier archevêque, duc de Cambrai, comte du Cambrésis, prince du Saint-Empire Romain, fut le premier à faire appliquer en Belgique les statuts du Concile de Trente, après avoir tenu un concile provincial en 1565. Ensuite, revenu de la Diète d’Augsbourg, il convoqua un synode diocésain, et combattit avec autant de succès que d’efficacité les hérésies naissantes (…) » [109].
37C’est ainsi que ses successeurs voulurent que l’on se souvienne du premier archevêque de Cambrai.
38Maximilien de Berghes agissait cependant selon les obligations dues à sa fonction épiscopale et à son rang, bien que cela soit, pour le milieu du xvie siècle, comme danser sur une corde raide. Sa devise – à laquelle il ne se tenait pas toujours de manière aussi stricte – est significative : nec cito, nec temere (« ni vite, ni témérairement »). Il combattit d’une part le calvinisme et le luthéranisme sur ses terres et prit des mesures pour contenir l’expansion de la Réforme. Il condamna également, après la crise iconoclaste, les principaux responsables et fit prêter un serment de fidélité au roi et à l’Église dans sa ville. Il fut le premier à lancer les décrets de Trente dans les Pays-Bas et à les faire appliquer par la suite au moyen de synodes, de réunions épiscopales, de nombreuses visites et de voyages de réconciliations dans les chapitres et les villes, bien qu’il n’ait jamais atteint l’envergure d’un Charles Borromée. D’un autre côté, il invitait les membres de sa famille ou ses semblables à la citadelle de Cambrai, malgré leurs liens plus ou moins étroits avec la Réforme. Il intercéda publiquement en faveur de ses parents appelés à comparaître devant le Conseil des Troubles, malgré leurs antécédents protestants. Il protesta symboliquement contre la confiscation des terres familiales et du marquisat de Bergen-op-Zoom, et défendit l’honneur du chef de la famille, accusé de lèse-majesté. L’adage « noblesse oblige » est bien ce qui resta important jusqu’à la fin de la vie de Maximilien de Berghes, à un point tel qu’il quitta ce monde au Markiezenhof de Berg-op-Zoom. Il est finalement bien difficile de savoir si Berghes fut un nouvel évêque tridentin, ou s’il appartenait plutôt à la « vieille garde » des prélats politiques, pragmatiques et conscients de leur rang.
39Dans l’introduction du récent ouvrage Episcopal Reform and Politics in Early Modern Europe, William Hudon s’interroge : « Might it be useful to consider all religious reform – and particularly that of the Roman church in the age after the Council of Trent – a local story ? » [110]. Il apparaît, à l’issue de cette contribution, que l’horizon mental de Berghes ne se situait pas uniquement entre Bruxelles et Cambrai, mais aussi – et peut-être surtout – entre Malines et Reims. Cambrai resta ainsi une province ecclésiastique sur la frontière. Berghes se presente comme un archevêque de sang et de rang, d’une part par rapport au cardinal Granvelle, primat de l’Ecclesia Belgica, et d’autre part par rapport au cardinal de Lorraine, l’archevêque de Reims dont il avait en partie repris la juridiction en 1559. En 1564, Berghes prit l’initiative de convoquer un conseil d’évêques au sujet de la publication du Concile de Trente. Il le fit à nouveau en 1565, en étant le premier dans les Pays-Bas à organiser un concile provincial pour l’application des décrets de Trente, imitant ainsi son collègue de Reims. Plutôt qu’un « Borromée » de la Contre-Réforme, Maximilien était simplement un évêque du xvie siècle dont le rayon d’action était avant tout déterminé par le contexte transrégional, à la frontière entre les Pays-Bas des Habsbourg et la France.
Mots-clés éditeurs : Anciens Pays-Bas, Berghes, Cambrai (Arch)évêché de et province ecclésiastique de, Concile de Trente, Contre-Réforme, Maximilien de (1518-1570), révolte aux Pays-Bas
Date de mise en ligne : 15/11/2017
https://doi.org/10.3917/rdn.419.0041