Compte rendu

Jean-François Condette (dir.), Les chefs d’établissement. Diriger une institution scolaire ou universitaire xviie-xxe siècle, Presses universitaires de Rennes, 2015, 362 p.

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  • Roger, P.
(2015). Jean-François Condette (dir.), Les chefs d’établissement. Diriger une institution scolaire ou universitaire xviie-xxe siècle, Presses universitaires de Rennes, 2015, 362 p. Revue du Nord, 412(4), XI-XI. https://doi.org/10.3917/rdn.412.0919k.

  • Roger, Philippe.
« Jean-François Condette (dir.), Les chefs d’établissement. Diriger une institution scolaire ou universitaire xviie-xxe siècle, Presses universitaires de Rennes, 2015, 362 p. ». Revue du Nord, 2015/4 n° 412, 2015. p.XI-XI. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-du-nord-2015-4-page-XI?lang=fr.

  • ROGER, Philippe,
2015. Jean-François Condette (dir.), Les chefs d’établissement. Diriger une institution scolaire ou universitaire xviie-xxe siècle, Presses universitaires de Rennes, 2015, 362 p. Revue du Nord, 2015/4 n° 412, p.XI-XI. DOI : 10.3917/rdn.412.0919k. URL : https://shs.cairn.info/revue-du-nord-2015-4-page-XI?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rdn.412.0919k


1 Alors même que l’histoire des chefs d’établissement est pluriséculaire, les travaux qui lui sont consacrés souffrent souvent d’une absence de mise en perspective sur la longue durée. Il est vrai que l’image des chefs d’établissement n’a pas toujours été positive : au xixe siècle, le corps enseignant les perçoit volontiers comme des « fruits secs », animés par la volonté de quitter des classes qu’ils ne maîtrisent plus, le goût du pouvoir ou l’attrait d’un traitement plus élevé. Prêts aux plus basses mesquineries, ils sont parfois maladivement autoritaires : leurs plus grands plaisirs sont de traquer les élèves et de surveiller les professeurs. Existe cependant aussi un discours plus positif qui décrit le chef d’établissement idéal, toujours présent, veillant à tout et exerçant un véritable sacerdoce éducatif. Ce recueil de 16 contributions permet de mieux cerner, sur la longue durée, l’évolution du recrutement et des fonctions du personnel de direction.

2 Si celui-ci reste longtemps un groupe peu nombreux (46 proviseurs et 312 principaux de collèges en 1842), il connaît, en particulier après 1945, une spectaculaire expansion : en 2010, l’enseignement secondaire public compte 7 882 établissements et autant de chefs. Et il convient de ne pas oublier l’enseignement privé : on aboutit alors à un total de 11 375 chefs d’établissement. Dans l’enseignement primaire, si les directeurs ou les directrices ne sont pas légalement des chefs d’établissement, il est d’autant moins possible de les ignorer qu’ils sont évidemment très nombreux : outre les écoles maternelles et élémentaires, il faut prendre en compte les écoles primaires supérieures, les cours complémentaires et les écoles normales. Dans l’enseignement supérieur, le nombre de présidents d’université évolue en fonction des changements structurels, nombreux à partir de la loi Faure de novembre 1968.

3 La présence de femmes dans ce personnel de direction est ancienne (on trouve depuis des siècles des femmes à la tête d’ordres religieux et donc des institutions éducatives qu’ils contrôlent) et se renforce nettement à partir du xixe siècle. Ce processus n’est pas nécessairement rapide : Alice Saunier-Séité (1925-2003) est la première doyenne de faculté (1967-1968) puis la première femme qui occupe la fonction de recteur (1973-1976). L’évolution n’est pas non plus nécessairement linéaire : les directrices représentent 37,5 % des chefs d’établissement dans les lycées en 1947 mais 23 % en 1983-1984. Les femmes sont en fait les premières victimes de la disparition du double réseau, masculin et féminin, d’établissements scolaires.

4 L’accès à la fonction de chef d’établissement est naturellement un enjeu très important. Avant 1789, l’importance des tutelles (supérieurs généraux des ordres religieux ou évêques) est déterminante. Après la Révolution, le principe du choix ministériel prévaut : inspecteurs, recteurs, chefs d’établissement déjà en place recommandent des candidats qui doivent correspondre aux attentes idéologiques du moment mais aussi, afin d’éviter les gestions calamiteuses, donner des gages de compétence professionnelle. Depuis 1988, le recrutement des chefs d’établissement s’effectue par concours et le nombre de postes est relativement élevé étant donné les importants besoins du ministère. L’enseignement supérieur a quant à lui pratiqué le système de l’élection des responsables par leurs pairs : doyens et recteurs des universités sont élus sous l’Ancien Régime. Il faut attendre la loi Faure pour que cette tradition soit rétablie. Les nouveaux présidents (les exemples de René Rémond, président de l’université de Nanterre entre 1971 et 1976 et d’Alain Lottin, président de l’université Charles-de-Gaulle-Lille 3 de 1986 à 1991 puis président-fondateur de l’université d’Artois de 1992 à 2000 sont longuement analysés) disposent d’une forte légitimité mais l’efficacité de leur action dépend de leur capacité de négociation.

5 Si les autorités administratives prennent garde à ne nommer que des personnes pédagogiquement et administrativement aptes à la fonction, la priorité a très longtemps été de vérifier leur normalité morale et idéologique. Avant comme après 1880, l’accession au poste de chef d’établissement ne peut se faire sans donner des gages au pouvoir en place. À partir de 1879-1882, la défense de la laïcité et des fondements de la République devient ainsi le socle idéologique sans lequel il ne peut y avoir de nomination : ceux qui s’en éloignent sont progressivement écartés.

6 Le chef d’établissement, quelle que soit l’époque, apparaît un peu comme un « homme-orchestre ». Garant de l’ordre et de la discipline dans son institution, il veille aux conditions matérielles de vie et de travail. Il est responsable du budget dont l’équilibre est parfois délicat. Chaque année, il note l’ensemble de son personnel (et sa plume n’est pas toujours indulgente). Ses missions de représentation le conduisent à tisser des liens avec les notables de la ville et de son espace régional. Son rôle pédagogique, enfin, ne doit pas être oublié. Depuis les années 1980, proviseurs et principaux revêtent une importance toute particulière pour le ministère de l’Éducation nationale : dans une époque de massification des effectifs et de montée des tensions scolaires, ils sont chargés d’assurer la réussite des réformes et des établissements.

7 Assumant des charges multiples, le chef d’établissement dispose de certains avantages matériels : logé sur place, il touche des indemnités ou des primes qui ne sont cependant pas nécessairement considérables et, dans le primaire, son avancement est quelquefois accéléré. S’y ajoute le prestige d’une fonction qui permet d’accéder à la notabilité.

8 Philippe Roger


Date de mise en ligne : 26/05/2016

https://doi.org/10.3917/rdn.412.0919k