Compte rendu

Michel Leymarie, La preuve par deux, Jérôme et Jean Tharaud, Paris, CNRS Éditions, 2014, 400 p.

Page XII

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  • Hilaire, Y.-M.
(2014). Michel Leymarie, La preuve par deux, Jérôme et Jean Tharaud, Paris, CNRS Éditions, 2014, 400 p. Revue du Nord, 407(4), XII-XII. https://doi.org/10.3917/rdn.407.0937l.

  • Hilaire, Yves-Marie.
« Michel Leymarie, La preuve par deux, Jérôme et Jean Tharaud, Paris, CNRS Éditions, 2014, 400 p. ». Revue du Nord, 2014/4 n° 407, 2014. p.XII-XII. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-du-nord-2014-4-page-XII?lang=fr.

  • HILAIRE, Yves-Marie,
2014. Michel Leymarie, La preuve par deux, Jérôme et Jean Tharaud, Paris, CNRS Éditions, 2014, 400 p. Revue du Nord, 2014/4 n° 407, p.XII-XII. DOI : 10.3917/rdn.407.0937l. URL : https://shs.cairn.info/revue-du-nord-2014-4-page-XII?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rdn.407.0937l


1 Les frères Jérôme (1874-1953) et Jean Tharaud (1877-1952) ont cosigné de très nombreux articles et une cinquantaine de livres. « Nous n’avons jamais écrit une ligne l’un sans l’autre », a déclaré Jérôme. Oubliés aujourd’hui, ils ont été très lus par leurs contemporains, certains de leurs ouvrages s’étant vendus à 200 000 exemplaires. Ils demeurent pour les historiens d’importants témoins de leur temps.

2 Originaires du Limousin, les deux frères terminent leurs études à Paris : Jérôme entre à l’École normale supérieure en 1895, Jean est diplômé de l’École libre des Sciences Politiques en 1901. Amis de Péguy au temps de l’Affaire Dreyfus et des débuts des Cahiers de la Quinzaine, grands voyageurs, ils connaissent la notoriété dès 1906 avec le prix Goncourt décerné à leur roman Dingley, du nom d’un héros qui ressemble à Kipling. Secrétaires de Barrès à partir de 1904, ils trouvent en lui un maître dont ils partagent le nationalisme.

3 Mobilisés en 1914 dans la 94e division d’infanterie territoriale, les Tharaud, qui évoqueront leurs souvenirs de guerre dans Une Relève (Plon, 1924), sont sur le front de l’Yser dans la boue pendant l’hiver 1914-1915, puis dans l’Aisne au printemps 1915 et en Champagne en 1916. En avril 1917, ils sont à nouveau sur l’Yser et « autour d’eux, la bataille est formidable ». Peu après, ils sont mutés au Maroc à la demande du général Lyautey. Les voilà devenus chantres de Lyautey et de « la plus grande France » dont ils font la propagande. Tandis que Barrès en 1917 cesse d’être antisémite en rendant hommage au patriotisme des juifs, les Tharaud colportent dans l’Entre-deux-guerres un antisémitisme obsessionnel qui, joint à leur nationalisme, les rapproche de l’Action française. En 1921, leur livre Quand Israël est roi dénonce le rôle néfaste des juifs dans la révolution hongroise du printemps 1919 et se vend à plus de 100 000 exemplaires. Reporters à travers l’Europe, ils traquent les juifs, et en 1933 minimisent les persécutions commises par les nazis en publiant Quand Israël n’est plus roi, ouvrage qui suscite des protestations.

4 Admirateur de Mussolini, Jérôme Tharaud suit en 1935 pour Paris-Soir la guerre d’Éthiopie à Addis-Abbeba. Il méprise les Abyssins et à son retour en janvier 1936, il est reçu à Rome par le Duce et par le pape Pie XI. S’il fait l’éloge de Mussolini qui « a rendu Dieu à l’Italie et l’Italie à Dieu », il rencontre un pape réservé sur la guerre : « Prière et pénitence. Nous n’avons pas à faire autre chose », lui dit-il. Jérôme observe ensuite « cette immonde tuerie qu’est la guerre civile d’Espagne » en Catalogne républicaine d’abord au mois d’août 1936, puis en septembre en Estrémadure et à Tolède conquis par les nationalistes. Très hostile aux « marxistes », il approuve la croisade de Franco, mais évoque les massacres commis des deux côtés dans cette « cruelle Espagne ».

5 En 1937 Jérôme enquête pour le journal L’Époque en Syrie où il s’inquiète de la fin du mandat français. Voyageant ensuite en Roumanie, il y découvre un profond courant antisémite. Après les accords de Munich du 30 septembre 1938, enquêtant en Italie pour Paris-Soir, Jérôme évoque le nouvel antisémitisme d’État de Mussolini qui est critiqué par Pie XI ; il en minimise la portée et constate que les Italiens ne sont pas antisémites et que les 40 000 juifs présents dans ce pays ressemblent beaucoup aux Italiens non juifs. Notre reporter en partance pour Djibouti est arrêté par la police italienne à Gênes pour avoir critiqué le régime fasciste. Libéré, il voyage ensuite en Europe centrale où l’influence de la France décline fortement. Une consolation pour Jérôme : après s’être effacé devant la candidature de Maurras à l’Académie française élu en juin 1938, il est lui-même élu le 1er décembre de la même année par une majorité politiquement marquée à droite.

6 Correspondant de guerre pendant la drôle de guerre, Jérôme parcourt la ligne Maginot « formidable rempart à l’Est », mais « parent pauvre qu’on aurait sacrifié sur la vieille frontière du Nord ». Se souvenant de la boue des Flandres, il se rassure en notant que « le vaste pays plat n’est qu’un immense piège » pour les chars qui « ne pourraient pas évoluer à leur aise dans un terrain aussi mouvant »… En juin 1940, il observe la belle résistance française aux Italiens dans les Alpes et en juillet il découvre « la fin d’un monde » à Vichy (pour l’hebdomadaire Candide du 17 juillet 1940).

7 Patriote et germanophobe, Jérôme se plaint de l’occupation, refuse la collaboration, rejette le discours doloriste et culpabilisateur à la mode, et évite les propos antisémites, Israël étant écrasé. À l’Académie, il rejoint les esprits indépendants Mauriac, Duhamel, Valéry qui entraînent une majorité contre les collaborationnistes, et il fait l’éloge du coq gaulois des clochers, symbole national. Désirant la victoire des Alliés, les deux frères adhèrent en 1944 au Comité national des écrivains.

8 Après la Libération, Jérôme et Jean Tharaud militent en faveur de Maurras et de Pétain, condamnés à de lourdes peines. Leurs publications se vendent mal et les éditeurs deviennent réticents. Les deux frères écrivent surtout des préfaces et vendent leurs manuscrits. L’auteur, Michel Leymarie, historien des gens de Lettres qui ont marqué ou décrit leur temps, conclut sur l’oubli des Tharaud, dont l’œuvre est devenue en grande partie inactuelle et désuète : ces « hommes furent non pas des prophètes, mais l’écho sonore de leur milieu », ce qui, en revanche, rend leur œuvre intéressante pour les historiens travaillant sur la première moitié du vingtième siècle.

9 L’ampleur et la variété de la documentation, la richesse des 106 pages de notes, l’index font de ce livre un précieux instrument de travail pour les chercheurs et les curieux d’une époque révolue.

10 Yves-Marie Hilaire (1927-2014)


Date de mise en ligne : 07/07/2015

https://doi.org/10.3917/rdn.407.0937l