L'occupation du nord de la France (1914-1918) vue par les Britanniques
Pages 133 à 156
Citer cet article
- CONNOLLY, James E.,
- Connolly, James E..
- Connolly, J.-E.
https://doi.org/10.3917/rdn.404.0133
Citer cet article
- Connolly, J.-E.
- Connolly, James E..
- CONNOLLY, James E.,
https://doi.org/10.3917/rdn.404.0133
Notes
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[1]
Toutes les traductions sont les nôtres. Nous remercions Emmanuel Debruyne, Bernard Wilkin et Marjorie Burghart pour leurs commentaires et relecture.
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[*]
Dr James E. Connolly, docteur en histoire contemporaine, maître de conférences à l’Université de Manchester, coordinateur scientifique au LabEx EHNE, IRICE (CNRS, Universités de Paris Panthéon-Sorbonne et Paris-Sorbonne.
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[2]
A. Becker, Oubliés de la Grande Guerre. Humanitaire et Culture de Guerre, Paris, Pluriel, 1999.
-
[3]
Par exemple, ibid. ; A. Becker, Les Cicatrices rouges 14-18. France et Belgique occupées, Paris, Fayard, 2010 ; P. Nivet, La France occupée, 1914-1918, Paris, Armand Colin, 2001 ; P. Nivet, Les réfugiés français de la Grande Guerre (1914-1920), Les « Boches du Nord », Paris, Economica, 2004 ; J.-Y. Le Naour, « Femmes tondues et répression des “femmes à boches” en 1918 », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 47, 1 (janvier-mars 2000), p. 148-158 ; J.-Y. Le Naour, « Les désillusions de la libération d’après le contrôle postal civil de Lille (octobre 1918-mars 1919) », Revue du Nord, 80, 325 (avril-juin 1998), p. 393-404.
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[4]
Voir, par exemple, J. Horne et A. Kramer, German Atrocities, 1914. A History of Denial, Londres, Yale University Press, 2001. Peu d’études se sont intéressées à la question de l’occupation vue à travers la presse britannique, et plus largement, européenne.
-
[5]
R. Gildea, Barricades and Borders, Europe 1800-1914, Oxford, Oxford University Press, 1987, p. 375.
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[6]
La base de données de la British Newspaper Archive confirme ce fait. Une recherche de seulement deux mots pertinents, « occupied France », de 1914 à 1918 donne 26?730 résultats dans les 40?journaux régionaux britanniques classés au moment de la rédaction de cet article. Même s’ils ne sont pas tous de vrais résultats, on voit qu’une étude de ces articles serait difficile.
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[7]
M. Parsons, « The Times and the Liberals During the Great War », Cercles, 21 (2011), p. 55-56.
-
[8]
D. Hopkin, « Domestic Censorship in the First World War », Journal of Contemporary History, 5, 151 (1970), p. 151-69.
-
[9]
Ibid., p. 156-157.
-
[10]
M. Parsons, « The Times… », op. cit., p. 62.
-
[11]
Ibid., p. 63.
-
[12]
A. Goldfarb Marquis, « Words as Weapons : Propaganda in Britain and Germany during the First World War », Journal of Contemporary History, 13, 3, juillet 1978, p. 473.
-
[13]
Ibid., p. 493.
-
[14]
Surtout concernant les déportations de 1916 – voir section 3.
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[15]
Par exemple, The Times, 29 juillet 1916, p. 9 et Newcastle Journal, 29 juillet 1916, p. 12.
-
[16]
D. Hopkin, « Domestic… », op. cit., p. 153.
-
[17]
C. Delporte, « Journalistes et correspondants de guerre » dans Encyclopédie de la Grande Guerre 1914-1918, S. Audoin-Rouzeau et J.-J. Becker (dir.), Paris, Bayard, 2004, p. 717.
-
[18]
J. Horne et A. Kramer, Atrocities, op. cit., p. 177-178.
-
[19]
Viscount Bryce éd., Report of the Committee on Alleged German Outrages, Londres, His Majesty’s Stationery Office, 1915.
-
[20]
The Times, 2 avril 1917, p. 7-8.
-
[21]
Ibid., 5 août 1914, p. 6.
-
[22]
A. Kramer, Dynamic of Destruction. Culture and Mass Killing in the First World War, Oxford, Oxford University Press, 2007, p. 18-19.
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[23]
Ibid., p. 183.
-
[24]
AD Nord, 9 R 792, affiche expliquant les règles concernant l’envoi des lettres en France et en Belgique occupées, 3 avril 1917.
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[25]
Nous comptons 75 articles de ce type en 1914-1918, et 32 en 1919-1938 (l’article le plus tardif fut publié en 1927). Toutefois, les critères de recherches de toute étude peuvent toujours être améliorés. Une étude plus profonde que la nôtre pourrait chercher chaque référence à chaque commune occupée, mais cela nécessiterait énormément de temps et une connaissance presque impossible de la géographie de la zone occupée.
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[26]
The Times, 22 décembre 1914, p. 7.
-
[27]
Ibid., 23 janvier 1917, p. 7.
-
[28]
Pour plus d’informations, voir NA FO 383/40, Foreign Office, Prisoners of War and Aliens Department, Germany, Prisoners (1915) [dorénavant « POW, pays (année) »], rapport n° 35720, 27 mars 1915, sur l’arrestation et le traitement de M. Walker.
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[29]
Voir aussi The Times, 28 septembre 1925, p. 10.
-
[30]
Ibid., 22 décembre 1914, p. 7.
-
[31]
Ibid., 23 janvier 1917, p. 7.
-
[32]
AD Haute-Savoie 4 M 513, rapport n° 744, 15 février 1917 ; AD Nord 74 J 241, Papiers personnels de Pierre Dumont, représentant de commerce employé comme interprète à la mairie de Lille de 1914 à 1919, 4 mars 1915 ; Georges Gromaire, L’Occupation allemande en France, 1914-1918, Paris, Payot, 1925, p. 80, 162, 394-422.
-
[33]
Voir P. Nivet, Réfugiés…, op. cit., p. 56.
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[34]
Voir, par exemple, The Times, 28 septembre 1919, p. 7 ; 23 mars 1917, p. 6 ; 19 octobre 1918, p. 7 ; 21 mars 1918, p. 5.
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[35]
Ibid., 17 juin 1916, p. 5.
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[36]
Par exemple, Derby Daily Telegraph, 14 août 1917, p. 2 ; Western Daily Press, 3 sept. 1915, p. 5 ; Liverpool Echo, 1er juillet 1916, p. 3 ; Manchester Evening News, 13 février 1917, p. 3.
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[37]
Voir, par exemple, The Times, 5 mai 1916, p. 7 ; 23 mars 1917, p. 6 ; 5 septembre 1918, p. 7 ; 19 octobre 1918, p. 7.
-
[38]
Voir National Archives of the United Kingdom (NA), CAB 39/62, importation de denrées en France et Belgique occupées, 22 décembre 1915-16 février 1916.
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[39]
The Times, 5 mai 1916, p. 7 ; 8 février 1917, p. 7 ; 14 février 1917, p. 12.
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[40]
Ibid., 8 novembre 1914, p. 2.
-
[41]
Ibid.
-
[42]
Voir, par exemple, Exeter and Plymouth Gazette, 2 août 1915, p. 6 ; Coventry Evening Telegraph, 2 août 1915, p. 3 ; Manchester Courier and Lancashire General Advertiser, 2 août 1915, p. 1.
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[43]
The Times, 2 août 1915, p. 3.
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[44]
Ibid., 7 décembre 1918, p. 7.
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[45]
Voir Aberdeen Evening Express, 11 mars 1915, p. 6 ; Nottingham Evening Post, 8 janvier 1916, p. 5 ; Western Daily Press, 29 juin 1915, p. 10 ; Newcastle Journal, 29 novembre 1915, p. 5.
-
[46]
The Times, 20 mars 1917, p. 6 ; 22 mars 1917, p. 8 ; 23 mars 1917, p. 6 ; 26 mars 1917, p. 8 ; 2 avril 1917, p. 7.
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[47]
Ibid., 23 mars 1917, p. 6.
-
[48]
Ibid.
-
[49]
L. V. Smith, S. Audoin-Rouzeau, A. Becker, France and the Great War, 1914-1918, Cambridge, Cambridge University Press, 2003, p. 48.
-
[50]
The Times, 12 juillet 1916, p. 8. Les déportations figuraient dans au moins un autre journal britannique en mi-juillet 1916 : Aberdeen Evening Express, 14 juillet 1916, p. 3.
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[51]
Voir, par exemple, Le Temps, Le Figaro et Le Matin du 29 juillet 1916.
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[52]
The Times, 28 juillet 1916, p. 7 ; 29 juillet 1916, p. 9 ; 31 juillet 1916, p. 5 ; 3 août 1916, p. 5 ; 23 août 1916, p. 6.
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[53]
Ibid., 28 juillet 1916, p. 7.
-
[54]
Voir, par exemple, Aberdeen Journal, 7 août 1916, p. 5 ; Aberdeen Evening Express, 7 août 1916, p. 4 ; Taunton Courier and Western Adviser, 9 août 1916, p. 2.
-
[55]
Voir Le Figaro, Le Matin, Le Temps, 29 juillet 1916.
-
[56]
H. Welschinger, Deuxième Livre jaune français : Lille 1916 (titre complet dans la bibliographie), Paris, Berger-Levrault, 1916. Cette publication fut suivie de J. Basdevant, Les Déportations du Nord de la France et de la Belgique en vue du Travail forcé et du Droit International, Paris, Recueil Sirey, 1917.
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[57]
The Times, 3 août 1916, p. 7.
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[58]
Ibid., 24 janvier 1917, p. 7.
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[59]
Le Figaro, 18 octobre 1918.
-
[60]
The Times, 19 octobre 1918, p. 7.
-
[61]
A. Becker, Les cicatrices…, op. cit., p. 228 ; P. Nivet, La France occupée, op. cit., p. 144.
-
[62]
The Deportation of Women and Girls from Lille (titre complet dans la bibliographie), Londres, Darling & Son Ltd., 1917. Pour le texte original, voir H. Welschinger, op. cit.
-
[63]
M. H. Darrow, French Women and the First World War. War Stories of the Home Front, Oxford, Berg, 2000, p. 118.
-
[64]
AM Tourcoing H 4 A 39, divers documents montrent ici qu’entre avril 1916 et janvier 1917, un total de 15?477 hommes étaient déportés contre 2?307 femmes.
-
[65]
M. H. Darrow, French Women, op. cit 54, p. 118-119.
-
[66]
Ibid., p. 119-120 ; A. Becker, Les cicatrices…, op. cit., ch. 8 « Être femme ».
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[67]
The Times, 23 mars 1917, p. 6.
-
[68]
Ibid., 23 janvier 1917, p. 7.
-
[69]
Ibid., 14 février 1916, p. 7 ; Histoire de Lille, tome 4, Du xixe siècle au seuil du xxie siècle, L. Trénard et Y.-M. Hilaire (dir.), Paris, Perrin, 1999, p. 67. En France aussi, on s’intéresse à cette affaire.
-
[70]
NA AIR 1/21/15/1/108, détails sur Mapplebeck à Lille, demandés 1927-1959.
-
[71]
Le Matin, 13 février 1916, p. 1.
-
[72]
Ibid.
-
[73]
The Times, 14 février 1916, p. 7.
-
[74]
Ibid., 18 février 1916, p. 5.
-
[75]
La lettre originale est toujours conservée - AD Nord, Musée 352.
-
[76]
The Times, 29 juillet 1916, p. 9. Cette citation apparaît également dans Le Matin le même jour, ce qui suggère que les informations proviennent de la même source officielle.
-
[77]
Ibid., 3 août 1916, p. 5.
-
[78]
Ibid., 17 octobre 1917, p. 7.
-
[79]
Voir, par exemple, AD Nord 9 R 693-4.
-
[80]
AD Nord, 9 R 822, Comparution de M. le Maire devant le Juge pour la publication, en France, de lettres de protestation contre l’évacuation forcée par l’Autorité allemande, 7 août 1916.
-
[81]
AD Nord, 74 J 225, Journal de M. Blin, instituteur en retraite à Auchy-les-Orchies (1914-1918), entrée du 1er février 1915.
-
[82]
The Times, 5 mai 1916, p. 7.
-
[83]
Par exemple, ibid., 11 juin 1915, p. 7 ; 21 février 1916, p. 7 ; 28 mai 1917, p. 5 ; 8 juin 1918, p. 5 ; 22 juin 1918, p. 4 ; 6 décembre 1919, p. 15 ; 6 et 8 décembre 1919, p. 15 et 19.
-
[84]
Ibid., 4 novembre 1918, p. 8.
-
[85]
Ibid., 19 août 1915, p. 5.
-
[86]
Par exemple, ibid., 18 avril 1918, p. 5 ; 8 décembre 1916, p. 7 ; 27 février 1917, p. 5 ; 27 décembre 1918, p. 4.
-
[87]
Ibid., 21 octobre 1918, p. 9.
-
[88]
J. E. Connolly, « Mauvaise Conduite : Complicity and Respectability in the Occupied Nord, 1914-1918 », First World War Studies, 4, 1, 2013, p. 7-21.
-
[89]
The Times, 19 avril 1916, p. 8 ; 18 octobre 1916, p. 6 ; 20 février 1918, p. 5.
-
[90]
Ibid., 19 décembre 1918, p. 7.
-
[91]
Ibid., 11 août 1919, p. 9 ; 30 septembre 1919, p. 5 ; 22 juillet 1919, p. 11 ; 23 juillet 1919, p. 12 ; 25 juillet 1919, p. 11 ; 29 juillet 1919, p. 12 ; 25-30 août 1919 ; 1er-6 septembre 1919 ; 31 janvier 1920, p. 11 ; 8 mars 1920, p. 19 ; 23 février 1920, p. 14.
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[92]
Par exemple, Nottingham Evening Post, 23 octobre 1918, p. 1 ; Evening Telegraph, 2 avril 1917, p. 1 ; Coventry Evening Telegraph, 2 avril 1917, p. 3 ; Western Daily Press, 4 juin 1917, p. 4 ; Newcastle Journal, 1er juillet 1916, p. 7 ; Newcastle Journal, 29 juillet 1916, p. 12 ; Western Daily Press, 14 février 1917, p. 5 ; Manchester Evening News, 12 février 1916.
-
[93]
Cornishman, 24 février 1916, p. 2.
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[94]
Lichfield Mercury, 25 février 1916, p. 3.
-
[95]
Voir, par exemple, Western Gazette, 1er novembre 1918, p. 2 ; Western Daily Press, 29 octobre 1918, p. 4 ; Derby Daily Telegraph, 29 octobre 1918, p. 3 ; Hull Daily Mail, 19 octobre 1918, p. 1 ; Coventry Evening Telegraph, 18 octobre 1918, p. 3.
-
[96]
Voir, par exemple, Daily Mail, 24 octobre 1918, p. 1.
-
[97]
The Times, 18 octobre 1918, p. 7.
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[98]
Ibid., 25 octobre 1918, p. 2.
-
[99]
Dundee Courier, 29 octobre 1918, p. 2.
-
[100]
The Times, 19 octobre 1918, p. 7 ; 4 novembre 1918, p. 8.
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[101]
Ibid., 2 novembre 1918, p. 5.
-
[102]
Ibid., 19 octobre 1918, p. 7.
-
[103]
Ibid., 11 mars 1919, p. 10 ; 24 février 1920, p. 10.
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[104]
Ibid., 23 octobre 1919, p. 12 ; 30 décembre 1918, p. 10.
-
[105]
Voir, par exemple, Aberdeen Journal et Dundee Courier, 26 juillet 1919, p. 5 ; Derby Daily Telegraph, 22 juillet 1919, p. 3 ; Western Daily Press, 9 décembre 1918, p. 5.
-
[106]
Service Historique de la Défense (SHD), 17 N 394, Rapport sur l’aide apportée par les troupes britanniques à la population libérée pendant l’avance du 1er octobre au 25 novembre 1918 : « les Anglais ont sauvé de la famine au moins 400?000 Français […] Pour cette belle œuvre, chefs et soldats ont droit à la plus profonde reconnaissance de la France ».
-
[107]
Par exemple, The Times, 25-26 janvier 1921, p. 9 et 12.
-
[108]
Pour de tels articles pour la seule année de 1919, voir ibid., 6 mai, p. 15 ; 29 mai, p. 15 ; 27 octobre, p. 7 ; 7 février, p. 11 ; 7 novembre, p. 11.
-
[109]
Ibid., 11 mars 1920, p. 13.
-
[110]
Ibid., 16 novembre 1927, p. 15. Voir aussi, ibid., 14 novembre 1927, p. 15. Louise de Bettignies dirigeait une petite équipe d’agents de renseignements qui dépendaient des services britanniques : L. Trénard et Y.-M. Hilaire (dir.), Histoire de Lille, op. cit., p. 195.
-
[111]
Ibid., 14 janvier 1935, p. 11.
-
[112]
Voir, par exemple, Western Daily Press, 14 janvier 1935, p. 8 ; Western Morning News, 14 janvier 1935, p. 7 ; Derby Daily Telegraph, 24 février 1920, p. 4, et 19 mars 1930, p. 6 ; Aberdeen Journal, 1er décembre 1927, p. 6, et 18 septembre 1935, p. 3.
-
[113]
L’occupation alliée de la Rhénanie dès 1919 rend ces recherches plus difficiles, car les faux résultats sont très nombreux, après 1920. Recherches faites via les British Parliamentary Archives en ligne : http://www.parliament.uk/business/publications/parliamentary-archives/
-
[114]
Par exemple, NA FO 383/132, POW, Belgium (1916). Voir aussi le reste de la série FO 383.
-
[115]
Par exemple, NA AIR 1/1212/204/5/2629, Air Ministry, Air Historical Branch, Papers (Series I), Reports and photographs on bomb raid in invaded France and Belgium by R.A.F. during the War, MR 10884 (1919) ; toute la série NA WO 106/45 ; NA KV 2/844, dossier d’intelligence sur Georges Gaston Quien.
-
[116]
Voir les notes du sous-lieutenant britannique Fuller attaché au Service anglais de Renseignements à Évian : AD Haute-Savoie, 4 M 513. Il y a 12 exemplaires de telles notes, par exemple : rapport 953, 12 mars 1917.
-
[117]
NA WO106/45 : Defence and operational plans, History of Secret Service and Intelligence Organisations – « R » (Lieutenant-Colonel R.J. Drake, I(b) GHQ), History of I(b), January 1917-April 1919, 5 mai 1919. Voir aussi J. Morgan, The Secrets of Rue St Roch : Intelligence Operations Behind Enemy Lines in the First World War, Londres, Allen Lane, 2004.
-
[118]
Par exemple, NA WO 158/896, Report on the Country in the Rear of the Enemy’s Lines in the area Armentières-Lille-Thielt-Dixmude, compiled by General Staff, Second Army, 4 février 1916.
-
[119]
Par exemple, SHD 17 N 439-40, ministère de la Guerre, État-Major de l’Armée, Archives Historiques, Campagne contre l’Allemagne (1914-1918), Mission militaire française près les Britanniques [sic], Villages, 1.1-2 notes diverses.
-
[120]
Hansard (the Official Report of the UK Parliament), HC Deb 11 July 1917 vol. 95 cc1891-2, German Levies (Belgium), declaration de M. W. Thorne.
-
[121]
Hansard, HC Deb 27 April 1915 vol. 71 cc 623-92, Prisoners of War, déclaration de M. Chamberlain, ministre de l’Inde.
-
[122]
The Times, 2 décembre 1916, p. 11.
-
[123]
Voir, par exemple, Hansard, HC Deb 10 August 1916 vol. 85 cc1201-2, Relief in Belgium.
-
[124]
Hansard, HL Deb 19 November 1918 vol. 32 cc199-204, His Majesty’s Reply.
-
[125]
NA FO 383/372, POW, Belgium (1918), liste écrite par A. Faulkner, membre de la Croix-Rouge britannique, 1er octobre 1918.
-
[126]
Voir toute la série NA FO 383, surtout FO 383/255, Belgium (1917).
-
[127]
NA FO 383/278, POW, Germany (1917), rapport n° 768, 1er janvier 1917, sur les civils britanniques au-dessus de 45 ans en territoire occupé.
-
[128]
Nous comptons six rapatriements pendant la guerre : Mme R. MacLachlan, Mlle K. Hebbert, Mme J. A. Faulkner, Mme Macdonald, Mlle J. Prior et son enfant. Voir NA FO 383/13, POW, Belgium, (1915), M. Faulkner à l’Under Secretary of State for Foreign Affairs, 24 décembre 1915 ; NA FO 383/133, POW, Belgium (1916), M. J. Cambon à Lord Bertie de Thame, 17 décembre 1916 ; NA FO 383/255, M. Prior au chef du Prisoner of War Department, 4 juillet 1917.
-
[129]
NA FO 383/261, POW, France (1917), Prisoner of War Department à Mme Kelly, 31 août 1917.
-
[130]
The Times, 27 mars 1917, p. 9 ; 2 avril 1917, p. 7.
-
[131]
J. P. Whitaker, Under the Heel of the Hun. (An Englishman’s two-and-a-half years in Roubaix and Lille), Londres, Hodder & Stoughton, 1917.
-
[132]
NA FO 383/261, POW, France (1917), J. Sampson à l’Under Secretary of State for Foreign Affairs, 15 octobre 1917.
-
[133]
Voir toute la série NA FO 383.
-
[134]
NA FO 383/380, POW, France (1918), l’Under Secretary of State for the Prisoners of War Department à M. Cooksey, 9 février 1918.
-
[135]
Bulletin de Lille, 147, 9 avril 1916.
-
[136]
NA FO 383/133, Lees and Macdonald families in Northern France, 29 décembre 1916 ; NA FO 383/138, POW, France (1916), communiqué du ministère des Affaires étrangères (français), 8 mai 1916.
-
[137]
NA FO 383/261, carte de correspondance, octobre 1917.
-
[138]
Ibid., secrétaire du Prisoners of War Department au Parliamentary Counsel, 27 mai 1917, expliquant que Mme Walker reçut 80 £ de son mari.
-
[139]
Ibid., M. Macdonald à M. Monk, 2 août 1917.
-
[140]
NA FO 383/13, M. Macdonald à l’Under Secretary of State for Foreign Affairs, 22 novembre 1915.
-
[141]
Ibid., 20 décembre 1915.
-
[142]
A. Becker ed., Journaux de combattants et de civils de la France du Nord dans la Grande Guerre, Lille, Presses Universitaires du Septentrion, 1998, p. 189, journal de Maria Degrutère, 20 novembre 1915.
-
[143]
NA FO 383/13, M. Faulkner à M. Macdonald, 21 décembre 1915.
-
[144]
Ibid., M. Macdonald à l’Under Secretary of State for Foreign Affairs, 22 décembre 1915.
-
[145]
NA FO 383/132, POW, Belgium (1916), compte rendu d’une réunion, sans date.
-
[146]
NA FO 383/12, POW, Belgium (1915), liste montrant des dizaines de Britanniques qui avaient quitté Bruxelles le 5 mai 1915, datée 13 mai 1915.
-
[147]
NA FO 383/62, POW, Germany (1915), rapport n° 57551, 10 mai 1915, sur les sujets britanniques en territoire occupé.
-
[148]
Hansard, HC Deb 07 August 1916 vol. 85 c 693W,?German Authorities in French Territory ; HC Deb 17 October 1916 vol. 86 c 347, French Yellow Book.
-
[149]
Voir les documents dans NA FO 383/138.
-
[150]
Ibid., M. de Bunsen à Lord Bertie de Thame, 5 octobre 1916.
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[151]
Hansard, HC Deb 31 July 1916 vol. 84 cc 2080-1, Statement of Prime Minister.
-
[152]
Hansard, HC Deb 20 February 1917 vol. 90 cc 1177-289, War Policy.
-
[153]
Commons Sitting of Thursday, 26th July, 1917, Consolidated Fund (No. 4) Bill, accessible en ligne : http://gateway.proquest.com/openurl?url_ver=Z39.88-2004&res_dat=xri:hcpp&rft_dat=xri:hcpp:rec:CDS5CV0096P0-0009
-
[154]
NA T 172/1115, réparations, compensation des Britanniques à Lille, 1920 ; NA BT 13/98, restauration de la propriété aux propriétaires britanniques en France et Belgique occupée, 1920.
-
[155]
Hansard, HC Deb 12 February 1920 vol. 125 cc 265-377, Peace Settlement.
-
[156]
J. Horne et A. Kramer, German Atrocities…, op. cit., p. 446-455.
-
[157]
Voir, par exemple, United States National Archives, Record Group 120, entry 198 et Record Group 165, listes des suspectes en France et Belgique occupées faite par l’Intelligence Service I(b).
-
[158]
Voir SHD, 17 N 442, suspects évacués des territoires libérés, 1917-1918.
-
[159]
Voir, par exemple, NA FO 383/138, E. Vicors à Sir Edward Grey, 10 février 1916, précisant que 50 soldats britanniques étaient cachés chez les habitants de Saint-Quentin.
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[160]
Voir, par exemple, NA FO 383/380, l’ambassadeur de France à Londres au Prisoners of War Department, 4 mars 1918, concernant l’abbé Deschodt qui reçut 1?500 francs du gouvernement britannique pour avoir hébergé des soldats britanniques ; NA FO 363/513, Germany, Prisoners, Recommendations for awards of recognition for special services rendered to British, 1919. Le gouvernement reçoit à Londres les femmes et les hommes, notamment du Cambrésis, qui ont aidé les Britanniques.
-
[161]
A. Redier, The Story of Louise de Bettignies, Londres, Hutchinson, 1926 (Paris, 1924), traduit par Olive Hall.
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[162]
A. Tierce, Between Two Fires. Being a true account of how the author sheltered four escaped British prisoners of war in her house in Lille during the German occupation of that city, Tonbridge, John Lane, 1931, traduit par J. Lewis May. Voir aussi : NA FO 363/513, surtout la déclaration de C. Thomas, 26 février 1919 ; NA WO 161/100, entretien avec G. Tyte, 6 novembre 1918.
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[163]
M. van der Meersch, Invasion’14, Londres, Constable & Co Ltd, 1937 (Paris, 1935), traduit par Gerard Hopkins.
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[164]
The Spectator, 19 février 1937, vol. 330, p. 34 ; Saturday Review, 23 janvier 1937, p. 5. Nous remercions Brian Newsome pour ces références.
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[165]
Les seuls livres britanniques qui traitent de ce sujet sont : H. McPhail, The Long Silence. Civilian Life under the German Occupation of Northern France, 1914-1918, Londres, I.B. Tauris, 1999 ; R. Cobb, French and Germans, Germans and French. A Personal Interpretation of France under Two Occupations, 1914-1918/1940-1944, Hanover, New Hampshire, University Press of New England, 1983 ; B. Macintyre, A Foreign Field. A True Story of Love and Betrayal During the Great War, Londres, Harper Press, 2001.
1Pendant la Grande Guerre, les événements qui se déroulaient en France, que ce soit sur le front ou le home front, sont devenus d’importants sujets d’actualité pour les Britanniques. Mais que savaient ces derniers de la partie de la France qui se trouvait de l’autre côté des tranchées allemandes, en zone occupée ? Quelle était leur perception de cette expérience ? L’occupation n’est pas facile à aborder même à partir de sources françaises – Annette Becker n’a-t-elle pas désigné les occupés comme les « oubliés de la Grande Guerre » [2], en pensant toutefois surtout à l’après-guerre ? Les documents britanniques qui traitent de ce sujet sont plus rares encore. Ceux qui existent sont souvent limités dans leur contenu et leur taille. Malgré les difficultés, il y a cependant suffisamment d’informations pour que nous puissions proposer des conclusions, grâce à trois sources importantes : la presse britannique, les documents du gouvernement britannique ainsi que les discours et déclarations parlementaires. Les historiens, majoritairement francophones, s’intéressent à cette occupation de plus en plus depuis les années 1990 [3], mais il n’existe aucune étude sur la perception ou sur les connaissances que les Britanniques en avaient pendant ou après la guerre – contrairement aux travaux sur l’invasion [4]. Peut-être est-ce à cause d’un problème de sources, ou parce que l’on considère que cette expérience n’implique que des Français ou des Allemands. Quoi qu’il en soit, cette contribution souhaite montrer que, du moins pendant la guerre, l’occupation du nord de la France n’a pas été « oubliée » par les Britanniques et a même joué un rôle important dans la perception de leurs alliés, de leurs ennemis et de la guerre elle-même.
La presse
La presse dans son contexte : The Times et l’invasion
2Que ce soit par ses journaux de qualité ou à sensation, la presse britannique était florissante à la veille de la Grande Guerre [5]. Il faudrait plus d’un article pour étudier l’importance de l’occupation au travers de l’ensemble de ses titres [6]. Notre attention se portera essentiellement sur un seul quotidien national : The Times. Acheté en 1908 par le magnat de la presse Lord Northcliffe, il était « sans doute le journal le plus influent parmi les élites en 1914-1918 » et considéré par les États étrangers « comme le porte-parole du gouvernement » [7]. Comme dans les autres pays belligérants, le gouvernement a essayé durant la guerre de censurer la presse [8]. Northcliffe s’est opposé à cette politique et ses journaux critiquèrent la façon dont le gouvernement menait la guerre [9] ; The Times joua même « un rôle important » dans la chute du Premier ministre Herbert Asquith en décembre 1916 [10]. Le journal fut plus réservé envers le nouveau gouvernement et son Premier ministre, Lloyd George, probablement parce que Northcliffe était à ce moment entré au service de l’Exécutif. Il fut en effet envoyé aux États-Unis pour présider la British War Mission to the United States [11] et, en février 1918, il fut nommé directeur de la propagande à destination des pays ennemis [12]. Northcliffe et ses journaux étaient fortement antiallemands, souvent plus que d’autres journaux, si bien qu’Hitler qualifia plus tard cette campagne antiallemande d’« œuvre de génie inspiré » [13].
3Le contenu du Times doit donc être étudié dans cette optique. Il représente ce que nous pouvons appeler un « point de vue quasi-officiel » de la Grande-Bretagne, voire de la France, au travers d’articles s’inspirant directement de la presse française [14]. De même, on trouve dans plusieurs journaux britanniques des articles identiques, mot pour mot [15], ce qui suggère des sources officielles partagées, probablement issues du Press Bureau, établi en août 1914 par le gouvernement britannique [16] et de son homologue français au ministère de la Guerre [17].
4Il convient de différencier la période d’invasion (août-septembre 1914) de celle d’occupation (octobre 1914-octobre 1918 pour la plupart de la France occupée). La première période ne sera pas étudiée en profondeur à cause des contraintes rédactionnelles. À cette époque, la presse britannique était inondée d’histoires d’atrocités allemandes, plus ou moins vraies [18], sur lesquelles le gouvernement s’efforça d’enquêter, ce qui aboutit notamment au célèbre Bryce Report [19]. On y voit déjà le début d’un phénomène central de la représentation et de la conception britannique de l’occupation : l’amalgame entre la Belgique et le nord de la France, qui rendait légitime la participation britannique au conflit et qui peut-être minimisait les différences entre la République et les monarchies voisines. Les civils français devenaient ce que nous pouvons appeler des « Belges honoraires », victimes innocentes menacées par la « barbarie allemande », plutôt que la population d’un pays en guerre [20]. La violation de la neutralité belge fut en effet la raison officielle de l’entrée en guerre de la Grande-Bretagne [21]. L’invasion de la France et les destructions allemandes (telles que celle de la cathédrale de Reims [22]) apportèrent donc des preuves supplémentaires que cette Kultur perverse contrastait avec la « civilisation » des Alliés, un discours qui se renforça pendant le conflit [23].
La souffrance et la faim
5Après le début de la guerre des tranchées, et donc de l’occupation, en octobre 1914, la presse britannique s’intéressa moins à l’expérience des civils du nord et davantage au front et au sort des troupes alliées. Cela n’est pas étonnant : au-delà de l’intérêt prédominant pour leurs compatriotes, les journaux souffraient de la difficulté d’accès aux informations concernant la France occupée, parce que cette zone était coupée du monde extérieur et que la communication était difficile même entre les occupés [24]. Les dizaines d’articles du Times abordant malgré tout l’occupation entre 1914 et 1918 n’en sont donc que plus surprenants [25]. Peut-être la difficulté d’accéder aux informations concernant ce sujet explique-t-elle que, quand il y en avait, elles représentaient de véritables scoops partagés dans le monde entier, renforçant la nécessité morale qu’il y avait à continuer la guerre ? The Times fournissait beaucoup de détails sur l’occupation, plus qu’on ne le soupçonnerait de prime abord. Il offrait également une certaine vision de l’occupation, assez similaire à celle développée par les Français (probablement parce que beaucoup d’articles étaient fondés sur ce que disait la presse française), mais avec quelques spécificités néanmoins.
6L’occupation était présentée avant tout comme une expérience de la souffrance. Déjà en décembre 1914, The Times remarquait que Lille « a été pressée de son argent comme une orange est vidée de son jus ; la faim et la misère marchent dans ses rues carbonisées et ruinées ; elle a vécu tous les bienfaits de la culture allemande » [26]. Cet article reposait sur le témoignage d’un individu ayant regagné l’Angleterre via la Belgique et la Hollande, déguisé en paysan. Il parlait en détail des « réquisitions sans pitié » [27]. L’auteur précisait également que « d’une certaine façon Lille a de la chance que ses maîtres soient des Bavarois catholiques, car ils auditionnent courtoisement, et même favorablement, l’évêque de Lille », mais cette remarque fournissait l’occasion d’insister sur le rôle salvateur de l’évêque face à « la tyrannie de l’ennemi ». L’auteur soulignait enfin que le consul britannique, M. Walker, avait été maltraité par les Allemands, arrêté et déporté en Allemagne [28]. Cet intérêt pour les sujets britanniques en territoire occupé fut rarement exprimé dans ce journal [29], ce qui n’empêchait pas le gouvernement britannique de s’en inquiéter. L’article concluait : « Les Lillois viennent d’une bonne, forte lignée, et ni la honte ni la souffrance qu’ils ont subies ces derniers mois n’ont affaibli leur confiance en la victoire finale » [30]. On assistait ici à une quasi-héroïsation des victimes, des occupés décrits comme dotés de qualités éminemment positives et qui, aux yeux du lecteur du Times, pouvaient presque apparaître comme britanniques. Les réquisitions étaient évoquées souvent dans les articles sur l’occupation et les détails donnés pouvaient impressionner. Un article de janvier 1917 intitulé « Les Français en esclavage » qualifiait les réquisitions de vol et de pillage ; il tenait le Kaiser pour responsable de toute la « misère dans les territoires occupés » [31]. En cela, il faisait écho à la mentalité des occupés eux-mêmes [32], probablement parce que l’article avait été écrit d’après les témoignages de certains rapatriés via la Suisse (au nombre d’environ 500?000 pendant la guerre [33]).
7La faim et la misère des occupés furent souvent rapportées [34]. En 1916, le journal reconnut la situation difficile dans laquelle les autorités françaises à Lille se trouvaient à cause de la disette : « […] certains sont morts de faim […] La tâche des autorités municipales est très difficile car, d’un côté, elles doivent répondre aux demandes incessantes des autorités militaires allemandes, et de l’autre, elles doivent faire face à des milliers d’habitants qui ont faim » [35]. Comme d’autres journaux britanniques [36], The Times décrivait fréquemment les immenses efforts humanitaires déployés pour combattre la pénurie alimentaire en Belgique et en France occupée [37], notamment ceux de la Commission for Relief in Belgium, initialement menée par les Américains. Le rôle britannique dans ces efforts [38], que ce soit l’aide financière ou la levée du blocus pour laisser passer des bateaux de ravitaillement était également signalé [39], créant l’image d’une Grande-Bretagne juste, opposée à celle de la cruelle Allemagne. Cependant, de tels articles portaient normalement un titre qui parlait de la Belgique, et non pas du nord de la France. Cette dernière n’était généralement mentionnée que brièvement par rapport aux dizaines de références à la Belgique.
8Le journal était au courant de nombreuses pratiques allemandes dans les régions occupées, comme d’autres journaux étrangers – français, suisses, néerlandais et américains entre autres. Ainsi, en novembre 1914, The Times publia un article racontant la prise d’otages à Lille, d’après un Lillois qui avait pu quitter la ville. Le journal expliquait que, le 13 octobre 1914, le maire (Charles Delesalle), l’évêque (Mgr Charost), le préfet (Félix Trépont) et des conseillers municipaux avaient été obligés d’aller à la citadelle comme otages, surveillés par des gardiens armés [40]. Mais cet article n’était guère antiallemand – il racontait également que les Allemands avaient sauvé la ville de la destruction en demandant l’aide des pompiers français pour éteindre les feux et il concluait : « Leurs réquisitions contre la ville étaient modérées et aucune violence n’a été infligée aux habitants » [41]. En août 1915, le ton avait changé. The Times, comme une poignée de journaux régionaux [42], publia un article intitulé « Outrage allemand contre les civils français », une traduction directe de la note du gouvernement français publiée via l’Ambassade de France et le Bureau de Presse. La note signalait l’arrestation à Roubaix, le 1er juillet 1915, de 164 civils, ainsi que leur déportation au camp d’internement de Kustow. Les « prétextes » de l’occupant étaient également soulignés : le refus de la ville de payer une amende en réponse au bombardement du consulat allemand d’Alexandrette (dans l’empire ottoman) par la flotte française et le refus des industriels d’ouvrir leurs usines et de les faire fonctionner pour l’armée [43]. Outre le titre, le manque de commentaires du Times suggère un accord avec le contenu de cette note. En effet, immédiatement après la fin de la guerre, The Times était explicitement hostile à « la nature bestiale des Allemands » qu’il voyait « exposée » dans les mémoires d’une femme déportée en réponse à l’internement des civils allemands d’Alsace et de Lorraine [44]. La politique de la prise d’otages en France occupée était donc présentée dans The Times (et dans d’autres journaux [45]) comme un signe de plus de la barbarie allemande, en vue de la mobilisation des esprits.
Déplacement de fronts, déplacement de population
9Le repli allemand vers la « ligne Hindenburg » et la libération de territoires français en mars 1917 permirent la réalisation de nombreux reportages. The Times s’intéressa d’abord aux destructions allemandes pendant le repli, qu’il voyait comme une répétition des atrocités de 1914, un point de vue partagé par le gouvernement français, qui s’efforçait de le répandre auprès des neutres [46]. Des articles similaires parurent à la suite du repli des troupes allemandes à la fin de la guerre. Déjà dans un article du 23 mars 1917, un envoyé spécial parlait de « la ruine étonnante de la vie humaine qu’on peut maintenant voir dans la région […] aussi éprouvant[e] que tout ce qu’on peut voir sur le champ de bataille, que de regarder des enfants qui souffrent de la faim depuis un an, errant parmi les ruines de leur maison » [47]. Après avoir donné plus de détails, l’auteur concluait : « Ces abrutis dépravés ont désolé la région et l’ont laissée habitée par des femmes et des enfants moribonds de misère et de faim » [48]. Le message, plein d’outrage et de pitié, était suffisamment clair.
10Ces sentiments étaient plus manifestes encore à propos de « l’épisode le mieux connu des mauvais traitements des civils » du nord de la France : les déportations qui avaient commencé à Lille-Roubaix-Tourcoing à Pâques 1916 [49]. The Times publia sept articles sur ce sujet en 1916. Le premier, datant du 12 juillet (en pleine bataille de la Somme, mais avant que les déportations n’aient été évoquées dans les grands titres de la presse française), se fondait sur deux lettres parvenues en Angleterre et écrites par des Lilloises. Une des lettres notait que 8?000 Français et Françaises avaient été déportés de « Lille, Roubaix et Tournai [sic] » vers les Ardennes, pour travailler aux champs [50]. Les autres articles du Times sur les déportations parurent, comme dans la presse française [51], à la fin de juillet et en août [52]. Ces articles contenaient plus de commentaires que le premier. L’un d’eux, intitulé « Terrorisme à Lille », donnait les détails des rafles et signalait : « Il paraît que dans la sélection des victimes, les autorités ont l’objectif spécial de disloquer les familles, de bouleverser les maisons, et généralement de propager la consternation au sein de la population » [53]. Les déportations figuraient aussi dans d’autres journaux britanniques [54]. La rhétorique et les informations présentes dans ces articles reflétaient celles de la presse française, tant par la répétition des mots « esclave/esclavage » et « crime » [55], que par la référence au Livre jaune du gouvernement français, une publication de l’été 1916 détaillant les évacuations forcées [56]. Ces révélations ne faisaient pas la une à la manière de la presse française mais étaient tout de même perçues comme importantes. En effet, The Times publia un éditorial sur ce sujet, le 3 août, dans lequel un lien était établi entre les déportations et d’autres « exemples de la cruauté sans pitié et délibérée qui caractérisent distinctivement la manière allemande de mener la guerre » – tels que les atrocités de 1914, les bombardements des villes britanniques par les zeppelins, l’exécution d’Edith Cavell (agent des services de renseignements britanniques, Secret Intelligence Service, qui avait permis l’évasion de soldats alliés et avait été fusillée par les Allemands) et?les « brutalités en Afrique » [57]. Selon cette logique, ce qui se passait en France occupée était représentatif des souffrances partagées dans la guerre mondiale en cours. Et quand les déportations reprirent fin 1916, cette politique fut à nouveau fustigée [58].
11Immédiatement après la libération de Lille, The Times publia une brève histoire de son occupation (très similaire à celle parue, la veille, dans Le Figaro [59]) qui notait que « de toutes les choses qui ont marqué les esprits des Lillois, la cicatrice la plus profonde était celle de l’évacuation des femmes en 1916 » [60]. Même si le mot « déportation » n’y figure pas, on y observe un phénomène intéressant que l’on retrouve chez les Français, tant chez les anciens occupés que parmi les historiens d’aujourd’hui : les déportations de 1916 sont dorénavant comprises comme des déportations de femmes [61]. En effet, la traduction parue en 1917 de la note du gouvernement français concernant les déportations s’intitulait The Deportation of Women and Girls from Lille [62]. Pourtant, Judith Wishnia a conclu que moins d’un tiers des déportés était des femmes [63] et nous avons pu déterminer que ce chiffre était même d’environ un sixième concernant Tourcoing [64]. Toutefois ce n’est pas le nombre mais le choix et le procédé qui font problème. Margaret Darrow remarque que « la définition des victimes comme jeunes femmes […] a changé une histoire banale de l’oppression en temps de guerre en une atrocité globale qui représentait le martyr de toute l’occupation » [65]. Selon ce point de vue, les Allemands ne respectaient rien de la société occupée, ni les classes, ni la famille, et pas davantage la féminité [66].
Les occupés : patriotes, résistants, victimes
12Si les Allemands étaient peints comme des « barbares », les occupés étaient presque exclusivement vus comme patriotes et victimes à la fois. Un article décrivit ainsi les occupés français : « La guerre et la faim avaient détruit toute distinction et fierté sociale. Mais elles n’avaient point affecté la bonne humeur joyeuse et patiente que leurs difficultés ne semblaient qu’augmenter » [67]. En janvier 1917, The Times expliqua : « Peu importe d’où en France envahie viennent les rapatriés : leur condition est la même – brisés mentalement et physiquement, mais indomptables d’esprit » [68]. La subtile différence entre rupture mentale et spirituelle n’est pas claire, mais elle sert à rappeler la position quasi héroïque des occupés dans la presse britannique. Celle-ci était renforcée par des articles sur la résistance plus ou moins active d’une minorité d’occupés, comme l’aide aux soldats alliés cachés pour quitter la zone occupée. L’un des plus célèbres exemples fut celui du Comité Jacquet, dont les quatre membres furent exécutés le 22 septembre 1915 à Lille. Ces résistants, qui tentaient d’évacuer des soldats français ou britanniques vivant dans la clandestinité à Lille, furent le sujet d’un premier article en février 1916, fondé sur des sources françaises (les ordres du jour de Joffre et Le Matin), mais l’intérêt porté était tout britannique : l’article se concentrait sur « l’affaire Mapplebeck » [69], sur le fait que le Comité Jacquet avait sauvé cet aviateur anglais abattu en mars 1915 [70]. Cette focalisation sur Mapplebeck était déjà tangible dans l’article original du Matin [71], mais The Times passait plus rapidement sur les membres du Comité. Selon The Times (et Le Matin) [72], Mapplebeck « buvait du thé chez Jacquet » la nuit de son crash, en bon Britannique. Après avoir regagné l’Angleterre avec l’aide du Comité, il était revenu en avion au-dessus de Lille et c’était son message de remerciement, jeté depuis les airs, qui avait provoqué l’arrestation puis l’exécution des membres du Comité. Même si ces faits étaient rapportés dans l’article et même si Jacquet était qualifié de « héros », c’est Mapplebeck qui en était la star : l’article concluait que l’aviateur, tué depuis en action, « vivra longtemps dans les souvenirs des Lillois » [73]. Il n’était pas écrit si la mémoire serait positive ou négative. Toutefois, quatre jours plus tard, un article plus court se concentra exclusivement sur l’héroïsme d’Eugène Jacquet et cita sa dernière lettre à sa femme, y compris les mots « l’Angleterre aura donc à faire son devoir envers vous » et « tu pourras dire que ton mari est mort comme un bon soldat face à l’ennemi, sans avoir jamais tremblé » [74]. Comme pour la plupart des informations relatives à l’occupation publiées dans The Times, cette citation était remarquablement exacte [75] et provenait de la presse française.
13La résistance des occupés est visible dans d’autres articles. Il apparaît notamment que pendant les déportations, les occupés chantaient la Marseillaise et criaient « Vive la France ! » [76] Cela faisait partie de « l’esprit rebelle des victimes » [77]. En octobre 1917, un extrait d’une lettre du maire de Lille au gouverneur allemand, protestant contre les amendes, fut publié, trois?mois après la date de sa rédaction [78]. Celle-ci semble authentique, ou du moins son ton et son contenu reflètent bien les missives de protestation effectivement envoyées par le maire de Lille [79]. Elle n’aurait en tout cas pas été le seul exemple d’une lettre de ce maire publiée dans la presse alliée : en août 1916, celui-ci avait en effet comparu devant un juge allemand pour la publication, en France, de ses lettres de protestation contre l’évacuation forcée. Le maire expliqua à cette occasion qu’il avait donné ces lettres à des collègues pour les informer des événements, mais qu’il ne savait pas comment la lettre avait été publiée à Paris [80]. De telles brèches – dues, entre autres, aux révélations des Nordistes revenus en France non occupée – dans le mur de silence qui isolait les régions occupées pourraient expliquer les détails parus dans la presse alliée. Elles ouvraient le passage aux informations dans les deux sens : parfois les occupés avaient accès aux journaux du côté allié, y compris The Times. En février 1915 un diariste occupé notait à propos d’un article du Times reproduit dans Le Matin : « On voit bien que le journaliste qui l’a écrit n’est pas de ce côté du front… » [81].
14Quoique les occupés aient pensé des journalistes britanniques, ces derniers soulignaient le patriotisme et l’esprit de résistance des occupés français, comme ils le faisaient des Belges, au sujet desquels le Premier ministre Herbert Asquith disait en 1916 : « Ils maintiennent une résistance loyale, mais passive par nécessité, et ils repoussent avec un esprit indomptable les reproches faux et insidieux de l’ennemi » [82]. Comme nous l’avons remarqué, la plupart des articles qui faisaient allusion à la France occupée se concentraient en fait sur la Belgique plus que sur la France. Selon la presse, la France et la Belgique occupées vivaient des expériences très similaires, même si, parfois, l’occupation de la Belgique était traitée de manière séparée [83]. Un article de novembre 1918 relatif à l’occupation de Valenciennes illustre ce phénomène : « Ce ne serait que répéter les histoires de Lille, Ostende, Bruges et d’autres villes de rappeler encore une fois les détails sordides de l’abus des bons de réquisition, l’avidité et l’arrogance des officiers allemands, et ainsi de suite » [84]. En 1915, le journal parlait déjà des « déprédations qui ont lieu aux mines et usines de Lille, Roubaix, Bruxelles, Anvers, Longwy et ailleurs » [85]. De nombreux articles donnaient aussi l’impression que le nord de la France était une sorte d’extension de la Belgique [86], y compris un reportage intitulé « En Belgique libérée » qui, en fait, évoquait surtout l’occupation de Lille-Roubaix-Tourcoing, qu’il comparait à celle d’Ostende [87]. The Times donne donc l’image d’un seul peuple franco-belge, composé d’occupés dignes et héroïques, qui auraient subi les mêmes exactions et les mêmes souffrances. Le casus belli britannique qui reposait sur l’invasion et la souffrance de la Belgique inclut ainsi l’invasion et l’occupation du nord de la France. Toutefois, il convient de préciser que le nord est situé dans la zone des étapes, ce qui impose des contraintes bien différentes à celles de la Belgique, dont seulement un tiers du territoire s’y trouvait.
15Les détails donnés sur les comportements non-patriotiques, ce que nous avons appelé ailleurs la « mauvaise conduite », n’ont pas été nombreux dans les articles du Times pendant la guerre [88]. Il était connu qu’il existait un journal français pro-allemand, La Gazette des Ardennes [89], mais ce fut seulement après l’Armistice que The Times écrivit sur les Français qui avaient travaillé pour cette publication et sur l’homme qui aurait trahi le Comité Jacquet [90]. Ce journal suivit leurs procès, ainsi que celui de Georges Quien, le Français qui aurait trahi Edith Cavell, et celui de ceux qu’il appelait « les traîtres de Lille » [91]. Le dernier de ces articles fut publié au printemps 1920. Il y eut, en fait, peu d’articles sur cet aspect négatif de l’occupation et ceux qui parurent mirent l’accent sur la nature individuelle de ces actes.
16Il convient de souligner que beaucoup d’autres journaux britanniques abordèrent les mêmes thèmes que The Times tout au long de la guerre, et même parfois après. On y trouve des articles sur la brutalité et la « culpabilité » des Allemands, les problèmes de ravitaillement, les souffrances de la population occupée, les déportations, et le patriotisme des occupés [92]. Souvent ces articles parurent au même moment et prirent des formes très similaires, ce qui suggère, encore une fois, que ces informations s’inspiraient des mêmes sources, notamment de la presse et du gouvernement français. Parfois cela est explicite, comme pour les articles sur le Comité Jacquet : le Cornishman en publia un fondé sur celui du Times [93], tandis que celui du Lichfield Mercury le lendemain citait Le Matin [94].
Fin de l’occupation, fin des préoccupations ?
17La libération de la France occupée tint une place importante dans la presse britannique. Elle représentait la fin de la guerre des tranchées, mais, en outre, elle permettait de souligner que l’armée britannique avait libéré beaucoup de villes (telles que Lille-Roubaix-Tourcoing et Cambrai [95]). Cet événement fit même la une du Daily Mail [96]. Dans The Times, un correspondant détailla : « Les foules énormes, dans lesquelles j’ai reçu, je crois, une bise d’au moins cent mille personnes, presque folles de joie, riant et pleurant tour à tour, étaient un spectacle que personne ne pourrait jamais oublier » [97]. Cette libération fut filmée et The Times annonça la distribution du film par le ministère de l’Information fin octobre 1918 [98]. Il fut bien accueilli par la presse : le Dundee Courier écrivait que ces images « de la libération de Lille et d’Ostende sont pratiquement les choses les plus puissantes que le cinématographe a faites pendant la guerre » [99].?Comme il a été déjà dit, la libération fut l’occasion de réflexions plus profondes sur l’occupation, y compris dans le surplus de détails sur la souffrance des occupés [100]. C’est ainsi que The Times nota que des Lilloises avaient pris soin, pendant toute l’occupation, des tombes des soldats alliés enterrés dans la ville, dont 202 Britanniques, en y mettant régulièrement des fleurs [101]. Mais il y avait parfois des subtilités parmi ces observations, à l’instar de cette déclaration : « En général, la masse des militaires allemands ne paraît pas s’être mal comportée, hormis les vols incessants et des brutalités mineures. Les pires crimes de violence ont été peu nombreux. Les officiers, en règle générale, ont été autoritaires, arrogants, brutaux et ont beaucoup bu » [102].
18La libération ne représenta pas la fin de l’intérêt du Times pour l’occupation. Il continua à publier des articles sur la résistance, sujet mieux connu grâce aux enquêtes réalisées après la libération [103], ainsi qu’à livrer de nouveaux détails sur les souffrances causées par les Allemands [104]. Les autres journaux britanniques publièrent des articles sur ces mêmes sujets [105]. Toutefois, il est vrai que l’occupation de 1914-1918 apparut de plus en plus rarement dès le début de 1919, en dépit de la présence de l’armée britannique dans des villes anciennement sous le joug allemand et de son rôle important dans le ravitaillement de la population [106]. Elle était cependant en partie évoquée dans les nombreux articles sur le traité de Versailles [107] et sur la reconstruction de « la France dévastée » [108]. Quelques clichés restaient pourtant présents : en 1920, parlant de la reconstruction, The Times soulignait « l’esprit glorieusement positif du peuple du nord de la France » [109]. Cette qualité fut implicitement rappelée dans un éditorial de novembre 1927 au sujet de l’érection à Lille du monument à la résistante Louise de Bettignies – espionne au service des Britanniques [110] – ainsi que dans les articles consacrés à ses complices [111] que l’on retrouve aussi dans d’autres journaux britanniques [112]. Mais, en général, l’occupation fut plus ou moins oubliée dans la presse britannique d’après-guerre.
Les parlementaires?et le gouvernement
L’étendue de l’intérêt
19La façon dont les parlementaires et le gouvernement britanniques parlaient de l’occupation ressemblait beaucoup à ce l’on pouvait lire dans la presse. Il semble donc qu’il existât un récit quasi officiel partagé. La France occupée fut mentionnée au moins 27 fois entre 1914 et 1920 à la Chambre des Communes [113] (dans diverses circonstances – lors des débats sur la propagande, le ravitaillement étranger, l’économie de guerre, la paix, l’effort de guerre allemand…). Elle apparaissait également dans d’autres documents comme dans la correspondance entre le gouvernement et les ambassadeurs étrangers, liée aux enquêtes sur des civils britanniques en France occupée [114] ainsi que dans divers documents militaires [115]. Les journaux français, des publications et communiqués du gouvernement français représentaient une source importante pour le gouvernement britannique, mais ce dernier récoltait davantage d’informations sur la France occupée via le service de renseignement « I(b) ». Dirigé par le major Cameron, il envoyait des espions, des pigeons voyageurs et des questionnaires de l’autre côté du front ; le personnel d’I(b) interrogeait des rapatriés avec leurs homologues français [116], mais il s’intéressait plus à la situation militaire qu’aux conditions imposées à la région occupée [117]. Cette concentration sur les informations stratégiques fut partagée par d’autres services militaires [118], y compris chez les Français [119], et il n’est pas surprenant que les armées aient voulu de telles informations sur un éventuel champ de bataille et une région importante pour la machine de guerre allemande. Pourtant, il n’y avait pas de priorité affirmée du gouvernement britannique pour les renseignements sur le front plutôt que sur l’occupation en général, même si les sources laissent penser que cela fut le cas. Le plus souvent, ces canaux d’informations – plus nombreux que ceux des journaux – ne menaient pas à une vision très différente de l’occupation chez les parlementaires et au gouvernement, peut-être parce que la plupart de ces informations étaient top secret, ou parce que les renseignements militaires, qui en théorie abordaient l’occupation, en fait parlaient plus de la géographie et de la position des Allemands que de l’occupation elle-même. Ceux qui abordaient bien l’occupation ne faisaient que renforcer la vision « officielle » de cette expérience, partagée entre la presse, les parlementaires et le gouvernement.
20En général l’amalgame qui était fait entre l’occupation de la France et celle de la Belgique était également présent chez les élus et les responsables politiques. En juillet 1917, quand les parlementaires discutèrent des éventuelles propositions de paix, le député travailliste William Thorne demanda si une telle proposition tiendrait compte de « l’argent qui a été prélevé par les autorités allemandes auprès de divers villes et villages envahis en Belgique et dans le nord de la France » [120]. La réponse fut positive. Dans un autre cas, un ministre déclara :
« Personne ne peut lire le récit de ce qui s’est passé en Belgique et dans la partie occupée de la France […] sans être frappé par le fait que les cruautés infligées aux habitants de la France et la Belgique, ou à nos prisonniers, ne résultent pas d’une explosion accidentelle provoquée par des éléments incontrôlables. Il s’agit de cruautés ordonnées » [121].
22Un autre député, le conservateur Ian Malcolm, se sentit obligé en décembre 1916 d’organiser une exposition consacrée aux affiches allemandes venant de France et de Belgique occupées, en vue de montrer les difficultés de l’occupation et la « terreur » que les Allemands semaient [122], sans que l’on sache d’ailleurs comment il avait pu se procurer ces affiches. La Chambre des Communes discuta bien évidemment de la question du ravitaillement et de la Commission for Relief in Belgium, exprimant sa crainte que les denrées soient données aux civils qui travaillaient pour les Allemands ou prises par les Allemands eux-mêmes [123]. Mais avant tout on soulignait l’aide apportée par les Britanniques. Ainsi, le roi, dans son discours de la victoire au Parlement, remarqua : « La Belgique et la France ont été envahies, mais la nation [la Grande-Bretagne] s’est montrée à la hauteur » [124].
Les Britanniques en zone occupée
23Une large partie des documents du gouvernement traitant de l’occupation concerne le sort des civils britanniques dans la zone occupée. Des centaines de lettres furent écrites et reçues à ce sujet, entre le gouvernement, les parents des Britanniques en zone occupée, la Légation des Pays-Bas, la Croix-Rouge, ou l’ambassadeur des États-Unis. Selon les sources, il y avait 97 Britanniques à Lille et au moins 43 dans le reste de la France occupée [125]. Avec l’aide des pays neutres, le gouvernement britannique fit le maximum pour que ses sujets puissent être rapatriés [126], y compris en envisageant des échanges de civils allemands contre des civils britanniques [127], mais sans beaucoup de succès [128]. En général, les Allemands refusaient ces rapatriements pour des « raisons militaires » [129]. Au moins un civil anglais réussit à s’échapper clandestinement de la zone occupée : J. P. Whitaker, qui se trouvait à Roubaix quand éclata la guerre. Échappé en 1917, ses souvenirs furent publiés dans The Times [130] avant de paraître sous la forme d’un livre, la même année, dans lequel étaient développés les mêmes thèmes, tels que le patriotisme, la résistance et la souffrance des occupés [131], conformément à la littérature de l’époque.
24Le gouvernement et les proches des Britanniques retenus en zone occupée essayèrent également sans cesse d’obtenir plus d’informations sur ces derniers. Les parents étaient au courant et parfois indignés des difficultés de communication avec la France occupée. Un Britannique écrivit?au ministre des Affaires étrangères en octobre 1917 :
« Je serais reconnaissant si vous pouviez me donner des informations supplémentaires sur ma fille Kathleen Sampson et son amie Florence Buckingham qui étaient à Roubaix en octobre 1914 [sic] […] Je considère scandaleux, étant donné la façon dont les étrangers ennemis sont traités ici, qu’aucune information ne puisse être obtenue sur les dames mentionnées ci-dessus et sur des vingtaines d’autres dans les mêmes villes de Lille & de Roubaix » [132].
26Ce type de correspondance était fréquent [133]. Jusqu’en février 1918, des civils britanniques demandèrent encore au gouvernement s’il était possible d’envoyer des lettres aux Britanniques en France occupée ; la réponse était négative, mais ils pouvaient envoyer de courts messages via la Légation des Pays-Bas à Berlin [134]. Comme la correspondance entre les Français occupés et non occupés [135], ces messages prirent la forme de petites cartes, envoyées une fois tous les trois mois et contenant un maximum de 20 mots de nature personnelle et privée [136]. Une Anglaise écrivit ainsi à sa sœur : « Ma chère Cecilia, nous sommes tous heureux de voir que tu vas bien Espère [sic] qu’on se reverra bientôt. Père tous chez nous allons bien nous [sic] n’avons reçu aucune nouvelle de toi depuis plus de 3 Ans Été anxieux [sic] Écris à ta Sœur affectueuse [sic] » [137]. Les Britanniques sous occupation allemande pouvaient même recevoir de l’argent de leur famille [138]. Malgré ces possibilités de communication, leurs proches au Royaume-Uni restaient frustrés et scandalisés par la difficulté de maintenir le contact avec les leurs.
27Toutefois, ces derniers, peut-être grâce à la presse et au témoignage des rapatriés, semblaient en savoir beaucoup sur l’occupation. Un certain M. Macdonald écrivit une lettre en août 1917 dans laquelle il notait que les conditions de vie avaient beaucoup empiré à Lille où sa femme et ses deux jeunes enfants vivaient [139]. En novembre 1917, il exprima la conviction que sa famille était détenue à la citadelle [140]. Le mois suivant, il écrivit : « Nos gens ne sont pas internés à la Citadelle mais je comprends qu’il y a une épidémie de scarlatine » [141]. Il avait donc quelques connaissances plus ou moins exactes – il y avait bien eu une épidémie de scarlatine à Lille, mais elle datait de 1915 [142] –, mais aussi un manque d’informations claires et récentes sur ce qui se passait en France occupée. Sans doute Macdonald avait-il une perception de l’occupation, vue comme cruelle et injuste, l’amenant à penser que de telles conditions étaient possibles.
28L’un des pires événements, selon ces Britanniques, fut le rapatriement des Français occupés, rapatriement dont ne bénéficièrent pas leurs compatriotes. En décembre 1915, M. Macdonald apprit, grâce à un télégramme d’un ami qui avait, lui aussi, des parents en zone occupée, que ces rapatriements avaient commencé à Lille [143] ; en outre, il voulait « tenter d’obtenir les mêmes avantages pour eux [les Britanniques] que pour les habitants français » [144]. En 1916, le gouvernement confirma qu’à Lille, les civils britanniques (pour la plupart des résidents en France) ne recevaient pas les mêmes facilités pour quitter la zone occupée que les Français [145]. En Belgique, les civils britanniques furent rapatriés plus facilement qu’en France [146], peut-être parce que (selon le gouvernement britannique) les Allemands voyaient la Belgique comme un territoire allemand et que les accords sur l’échange de civils en Allemagne étaient favorisés [147]. En outre, ces opérations en France occupée concernèrent surtout les populations pauvres que l’ennemi ne voulait plus avoir à sa charge. Toute cette correspondance donne en tout cas l’impression que ces quelques Britanniques, plus ou moins affectés par l’occupation, l’estimaient plus injuste pour leurs concitoyens que pour les Français.
Les déportations et la guerre juste
29Outre le sort des civils britanniques, les déportations – symboles par excellence des souffrances de l’occupation – éveillèrent beaucoup l’attention de la classe politique. La traduction du Livre Jaune français fut demandée par des parlementaires et approuvée par le gouvernement [148]. Le Prisoners of War and Aliens Departement contenait des informations sur les déportations, concernant notamment certaines réactions de l’opinion internationale, comme les déclarations du Vatican et de l’Espagne, ainsi que des articles de la presse française [149]. L’ambassadeur de Grande-Bretagne en France, Lord Bertie de Thame, possédait même les preuves qu’une Britannique, Mlle Gertrude Williams, figurait parmi les déportés de Lille [150].
30Les parlementaires évoquèrent explicitement les déportations pour justifier la guerre. Le 31 juillet 1916, le Premier ministre Asquith parla des « cruautés hors-la-loi faites à la population de Lille et dans les autres territoires occupés de France », qui démontraient que « le Haut Commandement Allemand a […] renouvelé sa politique de terrorisme […] Le Gouvernement de Sa Majesté répète avec insistance qu’il est résolu à ce que de tels crimes ne restent pas impunis. Quand l’heure arrivera, il sera déterminé à traduire en justice les criminels, quel que soit leur poste » [151]. En février 1917, un député conservateur (Henry Croft) s’opposa aux déclarations anti-guerre d’un collègue, en disant :
« J’ai eu l’expérience déplorable de rencontrer de nombreux réfugiés de Lille […] Je peux assurer l’honorable député de Blackburn [Philip Snowdon du parti travailliste] que, s’il avait été là, il aurait désiré entrer en guerre, [sic] je n’aurais certes pas pu espérer que ce soit au nom de son pays, mais bien au nom des femmes violées avec leur vie détruite ; il aurait désiré, pour la première fois de sa vie, combattre pour une noble cause » [152].
32Plus tard dans l’année, un autre parlementaire répondit ainsi au même député attaqué ci-dessus :
« Si quelqu’un parle de Lille en particulier devant des Français, vous leur verrez le sang qui monte aux yeux. L’honorable député de Blackburn ne connaît absolument rien des horreurs de Lille. Les horreurs de la Belgique sont déjà suffisamment affreuses, mais si vous parlez au travailleur ou au soldat français de ce qui a été fait aux femmes de Lille, vous n’entendrez aucune référence à la paix jusqu’à ce qu’on y soit arrivé par la force des armes » [153].
34À cette légitimation de la guerre pour une cause respectable s’ajoutait un désir de justice qui ne disparut pas après l’armistice. Encore en 1920, le gouvernement britannique soutenait les demandes de remboursement des Britanniques résidents ou propriétaires en France anciennement occupée [154]. Un parlementaire qui avait visité la France libérée en 1918 rappelait les souffrances de l’occupation (y compris les déportations) à ses collègues, soutenant que chaque Allemand responsable de crimes devrait être puni, d’où la longue liste de criminels de guerre dressée par les autorités françaises [155]. On ne trouve cependant plus aucune référence à l’occupation ou aux déportations après cette année. Peut-être ces parlementaires ont-ils été satisfaits, comme l’opinion publique britannique en général, des procès pour crimes de guerres tenus à Leipzig en 1921, bien que Français et Belges aient trouvé ces procès à la fois inefficaces et trop limités [156].
35Le gouvernement et les services secrets britanniques recensèrent également certaines personnes suspectes [157], souvent évacuées des territoires libérés [158], et relevèrent des actes de résistance en France occupée [159]. En effet, le gouvernement récompensa, pendant et après la guerre, les Français qui avaient aidé les soldats britanniques en territoire occupé [160]. Toutefois, ni l’existence des Français résistants ni celle des « mauvais comportements » ne furent discutées au Parlement ; seule la souffrance avait une place centrale dans les débats. Chez les parlementaires et au sein du gouvernement britanniques, la vision de l’occupation fut donc très similaire à celle présentée par la presse : une expérience brutale, injuste et difficile, qui montrait la « barbarie » des Allemands et justifiait la continuation de la guerre jusqu’au bout. Le sort des Britanniques occupés ne faisait que renforcer cette perspective, y compris auprès de leurs proches.
Conclusion
36Contrairement au grand nombre de textes français sur l’occupation publiés après la Grande Guerre, seuls trois livres importants furent traduits ou publiés en anglais. Le premier fut celui d’Antoine Redier sur la résistante Louise de Bettignies, traduit en anglais en 1926 [161]. Antoinette Tierce, qui avait aidé des soldats britanniques cachés à Lille, mit en valeur l’héroïsme des Nordistes dans ses mémoires publiés en 1931, même si elle signalait également qu’il y eut des « traîtres » en zone occupée [162]. Et Invasion’14 de Maxence Van Der Meersch, le roman par excellence sur l’occupation, fut traduit en 1937 [163]. Bien reçu par les critiques anglo-saxons pour sa vision nuancée de l’occupation [164], il abordait à la fois la résistance, la « mauvaise conduite », la souffrance, le patriotisme et la survie des populations septentrionales. Quelles que fussent les subtilités présentes dans ces deux derniers textes, ils venaient trop tard.
37Il semble que les Britanniques aient porté beaucoup d’intérêt entre 1914 et 1918 à cette occupation, si l’on en croit les débats parlementaires et les articles de presse, dont les points de vue convergeaient alors sur la question. Toutefois, cet intérêt s’estompa rapidement après le conflit. L’occupation reste chez eux plus ou moins oubliée, au point que la « renaissance » récente de ce sujet dans la mémoire française n’a qu’un équivalent très limité en Grande-Bretagne [165] où l’on est normalement plus sensible aux problématiques liées à la condition des combattants et au front en général. Mais, à plus d’un titre, cette occupation a aussi touché les Britanniques en 1914-1918, et elle est centrale pour la compréhension britannique de la guerre même, ce qu’il est important de rappeler en cette année de Centenaire.
Bibliographie
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Mots-clés éditeurs : britannique, gouvernement, occupation, presse, souffrance
Date de mise en ligne : 18/12/2014
https://doi.org/10.3917/rdn.404.0133