« Cette tendre amie qui ne vivait que pour ses enfants et qui leur a sacrifié toute la tranquilité de sa vie » : les dépenses de la baronne de Noyelles pour ses enfants (1759-1771)
Pages 621 à 640
Citer cet article
- MARCHAND, Philippe,
- Marchand, Philippe.
- Marchand, P.
https://doi.org/10.3917/rdn.400.0621
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Notes
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[1]
AD Nord 5 G 1154, Lettre de François-Marie-Hector Carondelet de Noyelles à son frère l’abbé de Carondelet, 1778. Cette lettre est écrite de Barcelone quand François-Marie-Hector apprend le décès de sa mère survenu le 13 décembre 1778.
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[*]
Philippe Marchand, maître de conférences émérite de l’Université Charles-de-Gaulle-Lille 3, 4, rue Boissy d’Anglas, 59000 Lille.
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[2]
Sur cette question, cf. J.-F. Condette, « On ne badine pas avec l’argent de l’École. Le coût des études nœud gordien de l’éducation » dans J.-F. Condette (sous la dir. de), Le coût des études Modalités, acteurs et implications sociales xvie-xxe siècles, Rennes, PUR, collection « Histoire », 2012, p. 9-42.
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[3]
Cf. les remarques de D. Julia, « L’enfance entre absolutisme et Lumières (1650-1800) » dans E. Becchi, D. Julia (sous la dir. de), Histoire de l’enfance en Occident Tome 2 Du xviiie siècle à nos jours, Paris, Éditions du Seuil, 1998. Voir en particulier les pages 72-85 ; P. Moulis, « Devenir prêtre : le coût des études dans les collèges et les séminaires ecclésiastiques. L’exemple des diocèses d’Arras, de Boulogne-sur-Mer et de Saint-Omer » dans J.-F. Condette, Le coût des études…, op. cit., p. 61-76 ; P. Marchand, « Les familles et le coût de la mise en pension dans les collèges de la France septentrionale (1750-1789) dans J.-F. Condette, Le coût des études, op. cit., p. 157-170.
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[4]
Th. Leuridan, Notes pour servir à l’histoire de Chéreng, Roubaix, Imprimerie A. Reboux, 1896, p. 9-10.
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[5]
Conservateur du patrimoine que je remercie pour ses précieux conseils.
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[6]
Des numéros écrits au crayon de bois sont portés en haut et à droite du recto de chaque feuillet. Par Leuridan ?
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[7]
On retrouve ces recettes à la fin du livre de dépenses sous forme de feuilles volantes écrites par celles ou ceux qui les ont communiquées à la baronne (l’écriture est différente).
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[8]
Sur la famille Carondelet de Noyelles, cf. A.E. Hellin, Supplément généalogique, historique, additions et corrections à l’histoire chronologique des Évêques et du Chapitre Exemt de l’église cathédrale Saint Bavon, Gand, 1772, p. 26-32, Généalogie de la famille Carondelet de Noyelles ; De la Chesnaye et Desbois-Badier, Dictionnaire de la noblesse, Paris, Schlesinger, t. 3, 1776, p. 516-527 ; F.-J. de Saint-Genois, Mémoires généalogiques pour servir à l’histoire des familles des Pays-Bas, Amsterdam, 1780, p. 276-280 ; P. Denis du Péage, « Les derniers Carondelet de Noyelles » dans Bulletin de la Société d’Études de Cambrai, XLI, 1945, p. 85-105.
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[9]
Sur la famille Rasoir ou de Rasoir, cf. De la Chesnaye, op. cit, p. 692-696.
-
[10]
Le pays de Langle se situe à l’extrémité septentrionale de l’actuel département du Pas-de-Calais. Il est borné au nord par la rivière d’Oye, au sud par le canal de Saint-Omer, à l’est par l’Aa, à l’ouest par le canal de Calais.
-
[11]
Après de solides études à l’université de Douai, Michel-Ange de Vuoerden (1629-1699) entre au service de l’Espagne, puis de la France en 1662. Remarqué par ses talents de diplomate, il était en relation avec les personnages les plus importants de la Cour.
-
[12]
Sur les Ursulines dans le Nord de la France, cf. P. Annaert, « Monde clos des cloîtres et sociétés urbaines : les monastères d’Ursulines dans les Pays-Bas méridionaux et la France du Nord », Histoire, économie et société, 2005, vol. 24, n° 24-3, p. 339-341.
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[13]
Trois filles : Marie-Anne, Louise, mariée à Joseph d’Esclaibes, comte de Clairmont-en-Cambrésis, surnommée Dondon, Marie-Louise-Claire, chanoinesse régulière de l’abbaye noble d’Avesnes-lez-Arras, Thérèse-Félicité-Parfaite, abbesse de l’abbaye royale de Bertaucourt (Somme).
-
[14]
AD Nord 5 G 399, Dossier de l’enquête menée par Goulart, prêtre, official du diocèse de Cambrai. Déposition du baron de Noyelles.
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[15]
Deux filles décèdent en bas âge.
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[16]
Les notices biographiques sont renseignées à partir des deux livres de dépenses. On les arrête donc en 1771. Pour le devenir des enfants, on se reportera à l’étude de P. Denis du Péage.
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[17]
Située près de Pont-Sainte-Maxence (Oise), l’abbaye Saint Jean-Baptiste du Moncel est tenue par des Clarisses qui ouvrent au xviie siècle un pensionnat de jeunes filles. Au xviiie siècle, le nombre de pensionnaires varie entre trente-sept et quarante-six élèves (R. Poussard, « Hallatte, deux mille ans d’art et d’histoire autour d’une forêt royale. Le Moncel abbaye royale de Clarisses » dans Bulletin du GF.E.M.O.B., vol. 92-94, octobre 1999, p. 58-65.
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[18]
Fontaine de Resbecq, « La Sainte et Noble Famille de Lille (1686-1793) » dans Bulletin de la Commission Historique du Nord, t. XII, 1873, p. 25-159 ; R. Baury, « Les demoiselles de la Sainte et Noble Famille de Lille 1686-1793 » dans J.-.P. Poussou, R. Baury (études réunies par), Monarchies, noblesses et diplomaties européennes. Mélanges en l’honneur de Jean-François Labourdette, Paris, PUPS, p. 463-510.
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[19]
Située dans le diocèse d’Arras, l’abbaye d’Étrun, fondée au xiie siècle pour des filles nobles (quatre quartiers de noblesse), est placée sous la règle de saint Benoît (H.-G. Duchesne, La France ecclésiastique pour l’année 1788, Paris, 1787, p. 52).
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[20]
V.de Beauvillé, Histoire de Montdidier, Paris, Firmin Didot, 1857, 3 tomes, t. 3, p. 252. Les Ursulines d’Amiens comptent une trentaine de pensionnaires dans les années précédant la Révolution.
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[21]
Ch. van Haver, Ghislenghien, son folklore, son église, son abbaye, Bruges, 1958.
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[22]
La Maison Royale de Saint-Cyr était conçue pour l’accueil gratuit de fillettes issues de la noblesse pauvre. Sur cet établissement, cf. D. Picco, Les demoiselles de Saint-Cyr (1686-1799), thèse sous la direction de D. Roche, Paris, 1999.
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[23]
E. Deladreue, Histoire de l’abbaye royale de Notre-Dame de Saint-Paul-lès-Beauvais de l’Ordre de Saint-Benoît, Beauvais, Victor Pineau éditeur, 1867.
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[24]
Jèze, État ou tableau de la ville de Paris, Paris, Nouvelle édition, 1768, p. 139.
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[25]
M.-M. Compère, « Harcourt » dans M.-M. Compère, Les collèges français xvie-xviiie siècles Répertoire 3 – Paris, Paris, INRP-CNRS, 2002, p. 174-186.
-
[26]
P. Schoener, Histoire du séminaire de Saint-Nicolas du Chardonnet 1612-1908 d’après des documents inédits, Paris, Société de Saint-Augustin, t. 1 Communauté-séminaire, 1909, p. 350-357 ; D. Julia, « L’éducation des ecclésiastiques en France aux xviie et xviiie siècles » dans Publications de l’École française de Rome, 1988, p. 141-205.
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[27]
Jèze, État ou tableau…op. cit., Faculté de théologie, p. 246-248.
-
[28]
M.-M. Compère, « Sorbonne » dans M.-M. Compère, Les collèges… op. cit., p. 339.
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[29]
Il est reçu docteur en janvier 1771 (E.-A. Hellin, Supplément chronologique… op. cit., p. 32).
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[30]
AD Nord C 6446 Dossier de demande d’admission de Louis-François-Hector de Noyelles à l’École royale militaire, août 1756. Sur l’École royale militaire, cf. J. Delmas, Histoire militaire de la France, 2 - De 1715 à 1871, Paris, PUF, 1992, p. 70-72. Savoir lire et écrire est une des conditions mises pour entrer à l’École royale militaire.
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[31]
Sur ce régiment des gardes wallonnes fondé en 1702 dans le cadre de la reconstitution de l’armée espagnole, cf. Colonel Guillaume, Histoire des Gardes Wallonnes au service de l’Espagne, Bruxelles, Parent éditeur, 1858. Le régiment des Gardes Wallonnes dans lequel sert la fine fleur des Pays-Bas part pour l’Espagne en 1703.
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[32]
Sur cette implication des femmes de la noblesse, voir D. Goodman, « Le rôle des mères dans l’éducation des pensionnaires au xviiie siècle » dans I. Brouard-Arens, M.-E. Plagnol-Diéval, Femmes éducatrices au siècle des Lumières, Rennes, 2007, p. 33-44 ; P. Marchand, « La part maternelle dans l’éducation des garçons au xviiie siècle » dans I. Brouard-Arens…, op. cit., p. 45-62.
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[33]
Par exemple, pour payer les dettes de jeu de l’aîné (voir plus loin).
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[34]
AD Nord E 237, 27 octobre 1769, Règlement d’une somme pour l’intérêt qu’ils ont en commun dans les fosses de Mortagne – Le 2 juin 1769, la baronne de Noyelles se rend à Notre-Dame au Bois de Forest pour participer à l’assemblée des actionnaires de la houillère – Le 28 juin 1769, elle règle sa cote part dans l’entreprise des houillères. Sur les intérêts des Carondelet de Noyelles dans l’exploitation du charbon, cf. E. Grar, Histoire de la recherche, de la découverte, et de l’exploitation de la houille dans le Hainaut français, de la Flandre française et de l’Artois 1716-1791, Valenciennes, A. Prignet, 1850, 311 p. Le baron de Noyelles est un neveu d’Alexandrine de Carondelet de Noyelles, épouse de Pierre Desandrouin (E. A Hellin, op. cit., p. 29).
-
[35]
AD Nord E 239, Recettes et dépenses faites par la baronne de Noyelles pour le baron de Noyelles le tout plus détaillé… 7 septembre 1769. Une lettre de la baronne de Noyelles datée du 3 décembre 1772 signale que « l’âge venant le baron de Noyelles n’ayme plus d’ecrire » (AD Nord, E 61).
-
[36]
AD Nord 3 G 1124. Registre de ce qui concerne le procès contre les Jésuites de Tournay, 25 septembre 1765. Ce registre porte en titre la phrase suivante Registre de ce que j’ay debourse, des lettres que jay ecrites et de celles que jay reçues.
-
[37]
Sur l’écriture quotidienne féminine, il existe une littérature abondante. Parmi les études les plus récentes, cf. l’article d’I. Luciani, « De l’espace domestique au récit de soi ? Écrits féminins du for privé (Provence,xvie-xviiie siècles) » dans Revue Clio, Histoire, Femmes et Sociétés, 35/2012, p. 21-44.
-
[38]
Sur cette brouille, cf. P. Denis du Péage, Les derniers des Carondelet…, op. cit., p. 88.
-
[39]
La forte augmentation des dépenses personnelles de la baronne en 1765 et en 1769 est à mettre en relation avec le remboursement de dettes et des emprunts (voir plus loin).
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[40]
Dépenses d’habillement, achat de bagatelles, œuvres charitables et nombreux frais de voyage pour les affaires de famille.
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[41]
C’est ce que paie la baronne de Noyelles à l’ouvrier qui vient au château pour épailler le lin.
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[42]
Décédé le 3 août 1699, le baron de Vuoerden laisse trois enfants dont deux garçons décédés sans postérité. Les biens passent alors entre les mains de leur sœur mariée à Nicolas Rasoir.
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[43]
Sur le devenir des biens immeubles échus par héritage à un des membres d’un couple, cf. Y. Zoltvany, « Esquisse de la Coutume de Paris » dans Revue d’Histoire de l’Amérique française, vol. 25, n° 3, 1971, p. 365-384 et Pinault des Jaunaux, Coutumes générales de la ville et duché de Cambray pays et comté du Cambrésis, Douay, Mairesse, 1691, article Mariage. En cas d’héritage de biens immeubles, ceux-ci restent propriété de celui ou de celle qui en hérite. Ils ne tombent pas dans la communauté.
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[44]
AD Nord C 6446, Dossier de demande… Le baron de Noyelles n’est guère mieux pourvu. La terre de Noyelles lui rapporte 2500 livres, celle de Briastre 1200 livres. Ces 3100 livres sont grevées à hauteur de 1200 livres pour le paiement de pensions à ses frères et sœurs.
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[45]
Pour ne pas multiplier les notes de bas de page, signalons une fois pour toutes que toutes les informations données dans cette partie sont extraites des livres de dépenses E 237 et E 241.
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[46]
Pour situer ces prix de pension, cf. pour les garçons D. Julia, Atlas de la Révolution française 2, L’enseignement 1760-1815, Paris, Éditions de l’EHESS, Paris, 1987, p. 48-49 – pour les filles, M. Sonnet, L’éducation des filles au temps des Lumières, Paris, Le Cerf, 1987, p. 44-45.
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[47]
Rappelons qu’en entrant au couvent, la jeune fille s’acquitte d’une dot qui peut prendre plusieurs formes : une grosse somme versée une fois pour toutes, une constitution de rente dont les arrérages sont perçus périodiquement, une rente viagère. C’est ce dernier parti que choisit la baronne de Noyelles.
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[48]
Le recrutement des soldats est du ressort des officiers qui se font assister par des recruteurs, bas officiers et soldats.
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[49]
En février 1771, Serans se rend au Cateau avec le recruteur « pour faire battre la caisse ». Quelques garçons sont engagés qui sont ensuite reconnus comme étant des déserteurs. La baronne note : Toutes ces courses et engagemens quoyqu’inutil ont couté avec la gratification donné audit grenadier 82 livres.
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[50]
Le petit Serans achète les Mémoires pour servir à l’histoire du Prince Eugène par M. d’Artanville en deux volumes, et de Vauban, De l’art de fortifier les places et De l’attaque et de la deffence des places.
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[51]
Expression empruntée à Y. Knibielher dans Y. Knibielher, C. Fouquet, Histoire des mères, Paris, Éditions Montalba, 1977, p. 178.
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[52]
On peut lire le texte complet de l’inscription dans P. Denis du Péage, p. 92. La tombe de la baronne de Noyelles se trouve dans le chœur de l’église de Briastre.
1Depuis quelques années, l’estimation des dépenses d’éducation est devenue une préoccupation majeure chez les politiques, dans les medias et dans les familles [2]. Tous les spécialistes s’accordent pour dire qu’elle n’est guère aisée pour la période actuelle. La chose s’avère encore plus difficile dès lors qu’on veut mener l’enquête pour des périodes plus anciennes, le xviiie siècle par exemple, qui voit se développer des dispositifs éducatifs onéreux au moins dans une minorité restreinte de la population [3].
2Mais le hasard vient parfois au secours de l’historien pour lui procurer les matériaux nécessaires à ses recherches. C’est en lisant un article ancien de Th. Leuridan traitant de l’histoire de Chéreng qu’on a été mis sur la piste de documents fort précieux [4]. Page 9 de son étude, Th. Leuridan mentionne l’existence aux Archives départementales du Nord « d’un registre de Dépenses de la baronne de Noyelles ». Et il ajoute : « À travers beaucoup de comptes de ménage, on peut y recueillir des renseignements très intéressants sur la famille ». L’historien de l’éducation a immédiatement pensé qu’il y avait peut-être là matière à glaner des informations sur les dépenses d’éducation des enfants de la baronne signalés par une brève allusion de Leuridan. Encore fallait-il retrouver ce registre. Ce fut chose aisée grâce au précieux concours de Michel Vangheluwe [5] qui me conseilla de regarder dans la série E. Et là plusieurs bonnes surprises m’attendaient. Il n’y avait pas un livre de dépenses mais deux, cotés E 237 et E 241 et consacrés pour l’essentiel aux dépenses faites d’octobre 1759 à juin 1771 par la baronne de Noyelles pour elle-même, pour l’éducation de ses enfants mais aussi pour leur entrée dans un état.
Présentation des livres de dépenses
3Le premier livre, 32 x 20 cm, coté E 237, porte sur la couverture de parchemin un titre disposé sur sept lignes qui renseigne sur le contenu
Depence/ de Madame / baronne de Noyelle/ 1759/1760/ 1761 1762 1763 1764/1765/
5Au verso de la couverture, on peut lire écrite de la main de son fils aîné l’inscription suivante :
Hic liber pertinet/ad Dominam Dominam potentissimam/ De rasoir baronne de Noyelle/ fecit filius natu maximus Die 27 Jannuarii/Anno 1759
7Ce premier cahier comprend deux parties. D’abord quatre-vingt-six feuillets qui ne sont pas foliotés [6]. Au recto du premier feuillet figure un titre :
Livre de depence commençant au mois de septembre/ 1759
9suivi d’une table des matières renvoyant à la seconde partie du livre. Au verso du premier feuillet, à nouveau un titre :
Depence faite par Madame la Baronne de Noyelle en février 1759 sans compter ce que M le Baron a paiez par ses mains, ledit compte fait en livres de France,
11titre répété en haut de chaque page. Contrairement à l’indication de date donnée sur la couverture, ce premier livre de dépenses se poursuit jusqu’en février 1771. Les dernières dépenses enregistrées datent du 20 février 1771. Barrées de deux traits qui se croisent, elles sont raturées et totalement illisibles.
12Deux feuillets vierges précèdent la deuxième partie que la baronne de Noyelles a, cette fois, foliotée. Curieusement le premier folio porte le numéro 11. Cette seconde partie reprend les envois d’argent à Madame de Fabry, correspondante des garçons quand ils sont à Paris, les dépenses faites pour chaque garçon, pour les filles qui sont à l’abbaye du Moncel et chez les Ursulines à Amiens. La baronne de Noyelles note en marge de chaque folio :
Note que cecy n’est que pour mémoire le tout étant repris dans le mémoire de depence generale
14Enfin, sur les deux dernières pages, la baronne a recopié trois recettes, Méthode pour saller des cornichons, Methode pour maiencer quatre jambons, Methode pour faire de la bonne ancre [7].
15L’objet du registre coté E 241 figure sur la quatrième de couverture, elle aussi en parchemin :
Registre de depence pour mon fils ainé/mon second fils l’abbé de Carondelet/ma 5eme fille 1761-1764.
17Dans ce registre comprenant quatre-vingt-six feuillets tous numérotés, les feuillets 6 à 36 et 47 à 79 sont restés vierges. Y figurent aussi sous forme de feuilles volantes des mémoires de dépenses concernant le fils aîné.
18Invariablement, chaque page des deux registres est divisée en trois colonnes d’inégale largeur. La première (environ 2 à 3 cm) est le plus souvent laissée en blanc. Dans la seconde colonne, la plus large (13 cm environ), sont reportés la date (le quantième, le mois), la nature de la dépense, la (les) personne (s) concernée (s), enfin le montant de la dépense exprimé en lettres. La troisième colonne (un peu moins de 5 cm) est subdivisée en trois sous-colonnes pour le report du montant de la dépense exprimé en chiffres : livre, sol, denier.
19Pour nommer ses enfants, la baronne de Noyelles distingue les garçons et les filles à qui elle attribue un numéro correspondant à leur ordre de naissance : mon 2eme fils, ma 5eme fille, mon 3eme fils… Pour la première des filles et le premier des garçons, elle précise toujours : l’aînée, l’aîné. Les numéros peuvent être suivis de l’indication de l’état : ma 5eme fille religieuse, mon 2eme fils l’abbé, mon 3e fils officier aux gardes wallonnes, ma 5eme fille novice……Pour les filles, la baronne de Noyelles indique souvent le lieu de résidence : ma 5eme fille religieuse à Saint-François de Sales à Lille, ma fille d’Étrun. Une seule fois, on a trouvé un enfant désigné par son prénom : mon fils Hector. Chez les garçons, le changement d’état peut être indiqué : mon 2eme fils à présent l’abbé de Carondelet, mon 4eme fils le chevalier de Langle qui se nomme à présent le chevalier de Carondelet. Dès son départ pour Madrid, François-Marie-Hector est appelé Lespagnol.
20Pour ses dépenses personnelles, la baronne de Noyelles note pour moy. Si elle en mentionne aussi la destination, elle se contente d’écrire pour raison a moy connue. En décembre 1768, parlant d’une somme donnée à son troisième fils, elle note je luÿ ay donné ce que j’aÿ voulu.
21Ancienne élève des Ursulines, la baronne de Noyelles a une écriture régulière ne posant pas de problèmes particuliers de déchiffrage. Que dire de son orthographe sévèrement critiquée par Leuridan et de sa ponctuation ? Elles ne sont ni plus ni moins fantaisistes que celles de certain(e)s de ses contemporains rencontré(s) au cours de nos recherches et qui ont fait de longues études. Manifestement, la baronne de Noyelles a un problème avec les doubles lettres et avec le verbe acheter qu’elle écrit toujours hacheter. Elle sait aussi compter. Nous n’avons guère repéré que quelques petites erreurs dont une qu’elle prend soin de corriger dans la récapitulation mensuelle et dans la récapitulation annuelle. Au terme de chaque récapitulation annuelle, elle prend souvent soin d’ajouter « sauf erreur de calcul ». Le 14 décembre 1767, elle note : J’aÿ omis la depence de décembre dernier cest pourquoy je la marqueray icÿ.
22Ce travail de comptabilité, souvent quotidien, auquel s’astreint la baronne de Noyelles, est d’une remarquable précision. En voici quelques exemples.
Le 16 decembre 1762, j’ay paîé à Mr Queva quatre vingt neuf livres de France pour avoir eté prendre mon fils a paris et l’avoir ramené icy le 7 de xbre 1762
24Mais quel fils ? Elle ajoute : Noter que cest mon troisieme fils.
25Quand elle solde une dépense importante, en particulier pour l’habillement de ses enfants, elle en donne toujours le détail allant jusqu’à mentionner le nom de l’artisan, son lieu de résidence, les différents articles fournis :
Le 25 mars 1770 paiez a michel tailleur d’habit a cambray pour mon quatrième fils un habit uniforme complet et petite fourniture dix livres, deux culotte blanche facon et petite fourniture trois livres, deux canson une livre, facon d’une petite redingote et fourniture trois livres dix sols, cinq aunes de drap blanc a dix-sept livres l’aune, huit aunes de doublure pour l’habit veste et redingotte a quarante sous l’aune, pour la toile des cansons et culote six livres dix sols, une demie aune de drap bleu a vingt deux livres l’aune le tout porte cent trente six livres de France.
27Mais qui est cette baronne de Noyelles ? Qui sont ses proches ?
Portrait de famille [8]
Les parents
28Née le 2 octobre 1716 dans une vieille famille noble [9], Marie-Angélique-Bernard Rasoir, baronne de Noyelles, dame et vicomtesse héréditaire du Pays de Langle [10], dame de Chéreng, Briastre,… est la fille de Louis-François-Joseph Rasoir, chevalier, seigneur de Campagne, d’Audomez, d’Oisy … et de Marie-Louise, née baronne de Vuoerden-d’Heemstede, vicomtesse du Pays de Langle, dame de Chéreng… petite-fille du baron Michel-Ange de Vuoerden [11]. On ne sait rien de son existence jusqu’en 1732, année de son mariage, le 10 juin, avec son beau-frère Jean-Louis de Carondelet de Noyelles. Elle a alors quinze ans et demi et est pensionnaire chez les Ursulines de Lille [12]. Le marié en a quarante-et-un.
29Jean-Louis de Carondelet, baron de Noyelles, vicomte de La Hastre, seigneur d’Haine-Saint-Pierre, Briastre… est né à Valenciennes le 22 novembre 1696. Après des études dans un collège de Paris, il embrasse la carrière militaire et participe avec son régiment, le régiment d’Isenghien, à la bataille de Malplaquet (1709). Peu de temps après, il quitte l’armée et se retire dans le château familial de Noyelles pour y mener une existence de gentilhomme campagnard. Il ne fait que de rares déplacements à Valenciennes et à Cambrai pour y remplir ses fonctions de député de la noblesse, noblesse qui avait été accordée à sa famille au xvie siècle par les rois d’Espagne et qui lui est confirmée par le Bureau des Finances de Lille en 1755. Par contrat du 3 novembre 1722, il épouse Marie-Marie-Marguerite Rasoir, sœur aînée de Marie-Angélique. Resté veuf avec trois enfants [13] à la suite du décès de son épouse le 15 octobre 1731, il cherche immédiatement à se remarier et jette son dévolu sur sa jeune belle-sœur. Ce mariage se fait dans des conditions romanesques qu’il décrit dans une déposition faite le 7 juin 1732 devant l’official du diocèse de Cambrai :
Emporté par un excès d’attachement et d’amitié, il aurait formé le dessein de l’enlever du couvent où elle était pensionnaire dans la ville de Lille chez les religieuses ursulines a quel effet il s’ÿ serait transporté ou sans avoir le consentement de la Dame sa mere, il aurait employé sa qualité de beau-frere et sous ce pretexte obtenu des Superieures dudit couvent la permission pour la dite Delle Rasoir qu’elle put avec le parlant aller en la communauté des Filles de Saint François de Salles en ladite ville de Lille ou il avait une fille pensionnaire et nièce de la dite Delle Rasoir [14].
Marie-Angélique-Bernard Rasoir, baronne de Noyelles (Th. Leuridan, Notes pour servir à l’histoire de Chéreng)
Marie-Angélique-Bernard Rasoir, baronne de Noyelles (Th. Leuridan, Notes pour servir à l’histoire de Chéreng)
31Au terme de la visite à la communauté de Saint François de Sales, au lieu de reconduire sa jeune belle-sœur chez les Ursulines, il la conduit dans son château de Noyelles où « il n’a pris aucune liberté criminelle encore moins de commerce charnel avec ladite Delle ». La jeune fille est placée sous la garde de sa mère qui faisait de fréquents séjours au château de Noyelles. L’affaire est alors rondement menée. Le 10 juin 1732, après publication d’un ban de mariage et dispense obtenue de l’archevêque de Cambrai, le mariage est célébré sans que soit dressé un contrat. Cette union s’avèrera particulièrement féconde. Selon ses dires, la baronne de Noyelles aurait eu vingt-trois fois des espérances de famille. Onze enfants, sept filles et quatre garçons survivent [15].
Les filles [16]
32- Louise-Angélique-Isis, la première fille et l’aînée des enfants, naît le 2 août 1735. En 1760, elle est pensionnaire à l’abbaye royale du Moncel [17]. Elle en sort en mai 1770, une fois son éducation terminée, et se marie le 19 janvier 1773.
33- Marie-Françoise-Parfaite est baptisée le 15 août 1737. Elle est admise à la Sainte et Noble Famille de Lille le 31 octobre 1743, institution réservée aux filles de la noblesse désargentée [18]. En application du règlement, elle en sort à l’âge de dix-huit ans en 1755 pour devenir religieuse à l’abbaye noble d’Étrun [19].
34- Marie-Thérèse-Joseph, née en 1738, est la grande absente des livres de dépenses de la baronne de Noyelles. Elle n’y apparaît jamais, même à l’occasion de son mariage avec Pierre-Auguste-Marie de Waziers, comte de Roncq, en 1770.
35- Jeanne-Louise, baptisée à Noyelles-sur-Selles le 4 juillet 1740, est pensionnaire chez les Ursulines à Amiens. Elle les quitte en 1761 [20]. De retour dans sa famille, elle prend l’habit de religieuse à Saint-François de Sales à Lille sous le nom de Sœur Joséphine. Elle fait sa profession de foi le 7 février 1762.
36- Marie-Louise-Bernard, baptisée à Noyelles le 2 février 1746, entre en 1755 à la Sainte et Noble Famille de Lille. Elle en sort le 1er janvier 1764 pour être présentée, le 2 avril 1764, à l’abbaye bénédictine des nobles dames de Ghislenghien qui limitait son recrutement à la noblesse [21]. Cette démarche se heurte à une fin de non-recevoir en dépit d’une intervention à la Cour de Bruxelles. Le 13 octobre 1764, Marie-Louise-Bernard prend l’habit de religieuse à l’abbaye bénédictine Notre-Dame de la Paix à Menin.
37- Louise-Barthélemie, baptisée le 11 août 1750, est admise en octobre 1760 à la maison Royale de Saint-Louis à Saint-Cyr [22]. En application du règlement, elle en sort dix ans plus tard en octobre 1770. En mars 1771, elle est admise comme novice à l’Hôpital Notre-Dame d’Audenarde où des religieuses bénédictines d’origine noble se consacrent aux malades.
38- Catherine-Védastine, née le 28 août 1754, entre, le 2 juin 1766, à l’abbaye royale bénédictine de Saint-Paul les Beauvais [23].
Les garçons
39- Jean-Louis-Ghislain, né le 16 décembre 1741, a 18 ans quand sa mère ouvre son cahier de dépenses. On ne sait rien de ses études. Mais on peut penser que comme ses frères cadets, il les a faites à Paris. En 1755, il entre dans le régiment de Poitou. Les cahiers de dépenses de la baronne de Noyelles nous le montrent dans ses différentes garnisons : Montpellier de 1763 à 1765, Besançon de 1765 à 1767, puis Metz où il se trouve toujours en 1771.
40- Alexandre-Louis-Benoît, « le fils préféré de sa mère », est né le 15 octobre 1744. En 1758-1759, il est pensionnaire chez Lalande, maître de pension rue du Faubourg Saint-Antoine à Paris [24]. La pension Langlade met ses élèves « en état d’entrer dans la classe de 3e des collèges ». Le 1er octobre 1759, il est inscrit au collège d’Harcourt où, en tant que pensionnaire, il occupe un appartement [25]. Destiné à l’état ecclésiastique, il reçoit la tonsure le 13 du même mois. Désormais, sa mère l’appelle l’abbé de Carondelet ou mon fils l’abbé. En août l762, sans doute après y avoir fait sa classe de rhétorique, il quitte le collège d’Harcourt. À la rentrée d’octobre 1762, il rejoint la communauté-séminaire de Saint-Nicolas du Chardonnet, pension ouverte à des clercs étudiants en philosophie et en théologie suivant leurs cours soit au collège de Navarre soit à la Sorbonne [26]. En mars 1767, il reçoit le diaconat et les ordres mineurs en novembre. En décembre 1767, il soutient sa thèse de bachelier en théologie dite Tentative [27]. Cette thèse est présentée à l’archevêque de Cambrai. Attentive à l’avenir de son fils, la baronne de Noyelles acquitte en novembre 1767 les frais exigés pour un canonicat dans le chapitre de l’église collégiale de Seclin. Il y fait son stage du 25 novembre au 5 décembre 1768. Il séjourne quelques mois dans la demeure familiale et, le 21 novembre, il dit sa première messe dans l’église de Noyelles. En décembre 1768, il retourne à Paris pour y achever son cursus de théologie. Il est admis dans la communauté des gradués de la Sorbonne où il occupe un appartement [28]. En août 1770, il soutient sa thèse « que l’on dit Sorbonique » qui lui donne le grade de licencié en théologie [29]. Il est reçu « docteur en la Maison et Société de Sorbonne » en janvier 1771.
41- François-Marie-Hector est né le 29 juillet 1747. En 1756, ses parents sollicitent, sans succès, son admission à l’École royale militaire de Paris. Le dossier constitué pour sa demande d’admission nous apprend qu’il est bien conformé et d’une figure avenante, qu’il sait lire et écrire [30]. En décembre 1759, il est en pension chez M. de Fabry à Paris où il ne trouve que le logement. Il prend des leçons de mathématiques, de latin et dispose d’un répétiteur. En juin 1763, il est admis dans le régiment des Gardes wallonnes au service de l’Espagne où un de ses ancêtres avait servi [31]. Il part immédiatement pour Madrid. Le 22 juillet, il rejoint son régiment avec le grade d’enseigne. Sous-lieutenant en 1767, sous-aide-major en 1768, il est reçu chevalier de l’Ordre de Malte du Prieuré de France en 1770.
42- Jean-Amélie-César que sa mère appelle le petit Serans est né le 22 juillet 1751. Il est pensionnaire chez Lecointe, chapelain de la métropole de Cambrai et maître de pension à compter de janvier 1759. Il quitte Cambrai en octobre 1761 et entre en pension à Paris chez M. de Fabry. Il revient à Lille en août 1770 et entre dans le régiment de Royal Bourbon dont un de ses oncles est lieutenant-colonel.
Un partage des rôles
43Le titre Depense faite par Madame la Baronne de Noyelle en février 1759 sans compter ce que M. le Baron a paiez par ses mains… répété en haut de chaque page du livre de dépenses, celui porté en tête des mémoires récapitulatifs, indiquent qu’il y a un partage des rôles au sein du couple. La baronne de Noyelles fait le choix de s’occuper de l’éducation de ses enfants, de leur procurer un état et d’en assumer elle-même le coût [32]. Au baron de Noyelles, celui de payer les dépenses de ménage. Le partage des rôles entre les deux époux est possible car la baronne de Noyelles dispose d’un patrimoine comme elle le signale en tête du compte du mois de mars 1770 :
45Cette situation n’empêche pas les époux de faire bourse commune quand les conditions l’exigent [33]. Ils ont aussi des intérêts communs dans l’exploitation de la houille de la région [34]. À partir de 1769, ce partage des rôles cesse, la baronne devenant le fondé de pouvoir de son époux. Fatigué, le baron donne « commission à Mme la baronne de recevoir tous les produits de ses biens, de payer ses dettes volantes et toutes les dépences de son menage » [35]. C’est elle qui s’occupe du procès que la famille Carondelet de Noyelles poursuit contre les jésuites de Tournai [36].
46Enfin, pour quelles raisons la baronne de Noyelles s’astreint-elle à reporter toutes ses dépenses avec un grand luxe de détails [37] ? Il nous semble tout d’abord qu’elle se comporte en bonne administratrice de ses biens. En second lieu, ce travail ne semble commencer qu’en 1759. Or, dans les années 1760, Marie-Anne-Louise, fille du premier lit, se brouille avec son père et sa belle-mère pour des questions d’intérêts [38]. Pour la baronne de Noyelles, tenir ses comptes n’était-il pas un moyen de se prémunir d’éventuelles revendications au moment du décès de son époux ?
Les dépenses
Une pesée globale
Répartition des dépenses de la baronne de Noyelles (1761-1771) [39]
Répartition des dépenses de la baronne de Noyelles (1761-1771) [39]
47Le montant total des dépenses de la baronne de Noyelles s’élève de 1761 à 1771 à 63 128 livres : 6 804 livres pour ses dépenses personnelles [40], soit 10,7 % du total, et 56 324 livres, soit 89,3 % pour ses enfants. En moyenne annuelle, les dépenses engagées pour les enfants s’élèvent à 6312 livres. En ne considérant que les dépenses faites pour les enfants, on constate un net déséquilibre en faveur des garçons : 47 321 soit 84 % du total contre 9 003 soit 16 % du total pour les filles. En moyenne mensuelle, la baronne de Noyelles dépense pour ses fils 394 livres, soixante-quinze pour ses filles. Pour un homme de peine dont le salaire moyen s’élève à une livre par jour [41], il ne gagnerait pas suffisamment en une année, et encore à condition de travailler tous les jours, pour assurer la dépense des garçons.
48Cette inégalité de traitement entre garçons et filles renvoie à une différence de destin. Deux filles sont confiées pour leurs études à des pensionnats qui les accueillent gratuitement : la Noble Famille et la Maison Royale de Saint-Louis à Saint-Cyr. Une fois sorties de leurs pensions, cinq des sept filles sont placées dans des couvents peu exigeants sur les pensions viagères. Les garçons fréquentent des pensions à Paris et embrassent des carrières qui exigent de lourds investissements.
49Au-delà du constat de ces dépenses, se pose la question de leur financement. Comme on l’a noté plus haut, la baronne de Noyelles possède un patrimoine constitué des biens hérités de son grand-père, le baron de Vuoerden [42], comprenant la seigneurie de Chéreng, le pays de Langle et diverses autres seigneuries dont elle dispose librement [43]. On aimerait en connaître les revenus. Mais le livre de recettes auquel elle fait allusion à plusieurs reprises n’a pas été retrouvé. On dispose cependant de quelques indices. Lors de l’enquête menée pour l’admission de François-Marie-Hector à l’École royale militaire, à la question portant sur la fortune des parents, il est répondu :
Celle de la mère ne peut se détailler parce qu’elle est en procès pour son partage qui n’est pas fait mais par un aperçu on voit qu’il ne montera pas à 3 000 livres de rente [44].
51Le procès entre les héritiers du baron de Vuoerden est semble-t-il réglé à la date de l’ouverture des livres de dépenses. En octobre 1759, la baronne de Noyelles acquitte une facture de 590 livres avec le produit d’une rente sur les assennes du Pays de Langle. En 1762, elle note : « Envoyez à M. de Fabry 600 livres provenant de mon Pays de Langle ». Mais tout cela reste bien insuffisant, ce qui explique les démarches pour faire entrer le troisième garçon et deux des filles dans des établissements où les études sont gratuites, les retards dans le paiement des pensions, retards pouvant aller de six mois à un an, dans le règlement des différentes factures et les emprunts.
Les types de dépenses [45]
L’éducation
52La baronne de Noyelles doit d’abord s’acquitter du paiement des pensions dont le montant annuel est pour les filles de :
54À ces prix de base, il faut ajouter une foule de suppléments qui alourdissent considérablement la facture. Les deux livres de dépenses en donnent une liste très précise au moins pour les garçons. En voici deux exemples. Quand le petit Serans est chez Lecointe, il lui est réclamé trente-six livres par an pour le vin servi « tous les jours à table », douze livres pour la fourniture de livres, de papier, d’encre et de plumes, trois livres pour « l’abonnement pour les chaises » à l’église. Certains livres, un rudiment, une grammaire, un dictionnaire, ne figurent pas dans l’abonnement et sont comptés sur une note spéciale. Comme la baronne veut rendre son fils capable de paraître dans le monde, elle lui fait donner des leçons de danse, soit trois livres par mois. Et il ne faut pas oublier les sommes allouées pour « les menus plaisirs », pour la Saint Nicolas, pour les étrennes (douze livres). À tous ces suppléments, il faut ajouter les dépenses générées par les soins du corps. Le petit Serans semble avoir une santé fragile. Du 23 avril au 14 août 1761, « il essuie trois maladies ». La baronne de Noyelles doit payer pour le bois, pour le charbon, pour la viande servant à la préparation du bouillon, pour le chirurgien, pour les drogues, au total 156 livres. Mlle Lecointe qui assiste son frère reçoit une gratification de trente-deux livres pour les soins qu’elle lui a prodigués. Pendant sa convalescence, la maman lui achète « un jeu de quilles pour l’amuser ».
55Chez Langlade, l’abbé de Carondelet prend des leçons de mathématiques (trente livres par mois), des leçons de latin (douze livres par mois), des leçons de luth (huit livres par mois), des leçons de dessin (douze livres par mois), des leçons de danse (trente-six livres pour une année). Son répétiteur coûte neuf livres par mois, le papier, l’encre et les plumes : neuf livres. Il doit acheter des livres de mathématiques (dix livres), des cartes de géographie (vingt-et-une livres), un livre de latin et un livre de géographie (neuf livres). Les étrennes des domestiques se montent à trente-deux livres. Au collège d’Harcourt où sa mère fait conduire ses meubles, il faut payer un droit d’entrée de 175 livres, acheter la robe du collège (neuf livres), verser trente livres pour les étrennes, payer pour l’éclairage (vingt-et-une livres) et le bois de chauffage. Quand il réside à la Communauté de Saint-Nicolas du Chardonnet, la baronne de Noyelles lui envoie, en janvier 1763, une première fois du beurre, du fromage, une deuxième fois de l’argent « pour hacheter de quoy suppleer au peu de nourriture que le seminaire luy donne ».
56Tous ces frais annexes doublent aisément le prix de base de la pension. En janvier 1762, la baronne de Noyelles signale avoir dépensé tant pour la pension que pour une partie des entretiens courants de deux de ses fils du 1er janvier 1761 au 1er janvier 1762, 1 741 livres, soit défalcation faite des pensions, 941 livres de frais annexes. Il est probable qu’elle inclue dans ce total les dépenses pour l’habillement qui représentent un poste important. La baronne de Noyelles y est très attentive et ses enfants ne manquent de rien. Un seul exemple le montre. En 1762, elle fait faire par une couturière qui vient au château ou achète à l’intention de Louis-François-Hector : douze mouchoirs, une robe de chambre de calmande doublée de flanelle, trois douzaines de cols, quatre paires de bas de coton, des chaussons, des coiffes, neuf paires de manchettes en mousseline, une culotte de velours noir et sa doublure, une culotte d’étamine, une veste de camelot rouge doublée de toile de coton, deux chapeaux de castor, deux paires de souliers….
57Pour les filles, les livres de dépenses ne précisent pas le détail des frais annexes. Ils n’en donnent que le montant global, sous l’intitulé « pour entretien pendant l’année, bien inférieur à ce qui est donné aux garçons : 150 livres à Louise-Angélique-Isis, quatre-vingts livres à Catherine-Védastine…
L’entrée dans un état
58Comme le montrent les notices biographiques, trois fils de la baronne de Noyelles embrassent la carrière militaire, tandis qu’Alexandre et cinq de ses filles entrent au service de Dieu. Ce passage dans un état n’est pas l’occasion pour la baronne de Noyelles de se désintéresser du sort de ses enfants. Bien au contraire ! Elle continue de leur verser régulièrement ce qu’elle appelle dans son cahier une pension annuelle de 600 livres pour Jean-Louis-Nicolas et François-Marie-Hector, de soixante-douze livres par mois pour Jean-Amélie-César. Quant à l’abbé de Carondelet, tout en entrant en jouissance des fruits de son canonicat, 437 livres par an, il continue de bénéficier des largesses de sa mère.
59Les rentes viagères payées pour les filles se montent à 100 livres par an pour Marie-Françoise Parfaite, Jeanne-Louise et Marie-Louise Bernard [47].
60Mais ici encore, la baronne de Noyelles doit acquitter des frais annexes. Pour son fils aîné, la baronne de Noyelles débourse :
- en 1760 : 715 livres dont 210 pour un cheval de selle, 300 livres pour des dépenses diverses, dix-huit livres pour une paire de bottes, trente-six livres pour le domestique au service de son fils, soixante-quatre livres pour le recruteur…
- en 1761 : 484 livres dont 240 pour un cheval de bat, quarante-et-une livres pour le recruteur [48]…
- en 1762 : 627 livres dont quatre-vingt-seize pour un uniforme, quatre-vingt-dix-huit pour une montre en or, 224 pour un séjour à Ostende…
- en 1763 : 615 livres pour le départ à Montpellier, 230 livres pour son installation (draps, essuie-mains…)
62L’entrée de François-Hector dans le régiment des gardes wallonnes lui coûte en 1765 et 1766 2428 livres : 1 716 livres pour son voyage et son installation à Madrid, 372 livres pour la garniture de deux uniformes, deux chapeaux de castor, jarretières d’argent, boutons d’argent, quarante livres pour l’échange d’un fusil simple contre un fusil double, enfin 300 livres pour la confection de son grand uniforme de parade.
63Pour son petit Serans « parti pour aller joindre et rester au Rnt de Bourbon en garnison à Douay », elle achète un fusil, deux uniformes complets, une redingote, un uniforme raccommodé… Elle lui fait passer de l’argent pour payer les recruteurs à son service (soixante-huit livres en avril et août 1770, quatre-vingt-deux livres en février 1771 [49]), pour ses leçons de danse, pour le maître d’armes, pour les frais de réception au régiment, pour l’achat d’ouvrages spécialisés (trente livres [50]).
64Aux dépenses que réclame l’entrée dans l’état militaire, viennent s’ajouter celles résultant de l’admission dans l’Ordre de Malte de François-Hector et du petit Serans. Les frais d’établissement et de vérification de leurs généalogies se montent à plus de 1 300 livres. Ensuite, il y a les frais de réception dans l’Ordre. Pour François-Hector, la cérémonie se déroule à Paris, siège du Prieuré de France. Elle revient à 2561 livres dont 2455 livres pour le droit de passage dans l’Ordre. S’il n’est pas question de réception pour Jean-Amélie dans les cahiers de dépenses, on apprend cependant qu’il doit partir pour Malte, ce qui coûte 910 livres.
65Le choix de la carrière ecclésiastique génère aussi beaucoup de dépenses. Pour le canonicat de Seclin, la baronne de Noyelles débourse 310 livres : 165 livres pour l’entrée en possession du canonicat, 144 livres pendant le stage pour les frais de voiture et d’auberge, pour le chapitre, pour les gratifications selon l’usage, pour les présents faits à cette occasion aux deux sœurs religieuses à Saint-François de Sales et à Menin. La thèse dite Tentative revient à 402 livres : 169 pour l’inscription et la soutenance, et surtout 236 pour dorure, ornements et rubans pour l’exemplaire présenté à l’archevêque de Cambrai. Mais c’est surtout le retour à Paris pour achever son cursus en théologie qui va se révéler coûteux : cinquante-sept livres pour les frais de voyage y compris le transport des « ballots », 142 livres pour la réception en Sorbonne, 733 livres pour l’aménagement de l’appartement, quarante-deux livres pour l’achat d’une robbe de voile pour assister aux exercices en Sorbonne, 415 livres pour les frais de la thèse Sorbonique.
66À toutes ces dépenses, il faut ajouter l’achat des vêtements propres à l’état ecclésiastique : soutanes (120 livres pour deux en 1767), surplis, rabats, achat de livres.
67Si les frais annexes s’avèrent fort élevés pour les garçons, il n’en va pas de même pour les filles placées au couvent. Les dépenses d’habillement sont très réduites. Quand Jeanne-Louise quitte les Ursulines pour entrer à Saint-François de Sales, la maman lui achète « quelques ajustements » pour un montant de vingt-quatre livres. De-ci, de-là, on trouve mention de gratifications en numéraire : douze livres à Marie-Parfaite en décembre 1765, sept livres à Jeanne-Louise en avril de la même année… On trouve aussi des mentions de cadeaux. Marie-Françoise-Parfaite reçoit une bonbonnière en argent d’une valeur de quatorze livres (1760), Jeanne-Louise un dessin représentant Saint-François de Sales (1762), Marie-Louise-Bernard « une grotte avec une vierge dedans » à l’occasion de la fête de son couvent et un cachet en argent gravé à ses armes en août 1769. En 1762, la baronne verse vingt-cinq livres à sa fille Jeanne-Louise « pour une récréation » qu’elle offre aux autres novices. En novembre, Catherine-Védastine reçoit douze sols pour la Sainte-Catherine. Tout cela est bien peu comparé aux dépenses faites pour les garçons.
« Les folies de notre fils aîné »
68Parmi les dépenses de la baronne de Noyelles pour ses enfants, il y a les dettes de jeu de Jean-Louis-Ghislain, « les folies de notre fils aîné ». Elles apparaissent dans les livres de dépenses à partir de 1763. Cette année-là, de passage à Paris, Jean-Louis emprunte 144 livres pour rembourser une dette que la baronne acquitte. La somme est encore peu importante. Le 29 novembre 1765, elle doit verser 600 livres pour tirer son fils de l’embarras où il s’est mis en jouant. Et la baronne note dans son livre : Je n’ay pu fournir a cette somme qu’en vendant de la vaisselle. Les dettes de jeu se succèdent :
Jean-Louis-Ghislain semble se calmer si en croit les livres de dépenses.
- en août 1766, 1 496 livres dont le remboursement nécessite un nouveau prêt ;
- deux mois plus tard en novembre, la baronne de Noyelles doit solder une lettre de change tirée par son aîné. L’argent est emprunté au curé de Noyelles ;
- 928 livres en avril 1767 et la baronne doit encore lever de l’argent en rente. Mais ce n’est pas suffisant. Au terme du compte de l’année 1767, on peut lire Notre vaisselle a été vendue pour fournir à nos besoins ;
- fin décembre 1768, la baronne et son époux soldent ensemble une nouvelle dette de jeu qui s’élève à 6 000 livres. La baronne écrit : M. le baron et moy avons donné six mille francs que M. Doffinge avocat a Valenciennes a levé en lettre de change […] parceque sans cela notre susdit fils était dans le cas dessuier des catastrophes honteuses a son régiment.
- Cette somme est à nouveau levée en rente. Quelques mois plus tard, en avril 1769, ce sont 1 400 livres qu’il faut à nouveau emprunter pour les donné a notre fils qui disait quon le mettait dans de grandes extremités s’il n’avait pas cette somme pour payer son regiment.
- Un mois plus tard la baronne doit rembourser une lettre de change de 126 livres tirée à son insu.
Pour conclure
69Au-delà de la multitude d’informations sur les dépenses d’éducation, sur celles liées à une entrée dans un état, sur les difficultés qu’une famille noble de province rencontre pour les assurer, sur les différences de traitement entre filles et garçons au sein d’une famille, on retiendra surtout l’investissement d’une mère pour ses enfants. Madame de Noyelles a fait de ses multiples maternités une « sorte de magistrature éducative » [51] assumée avec constance et énergie. Ses enfants en ont été conscients et reconnaissants. La lettre de François-Marie-Hector est significative de la piété filiale qui entoure la baronne de Noyelles digne sur la terre par ses vertus, son amour et ses travaux pour ses enfans. En atteste aussi cet extrait de l’inscription centrale gravée sur sa tombe à l’initiative de l’abbé de Carondelet [52] :
Mots-clés éditeurs : Éducation (dépenses d'), état (entrée dans un), livres de dépenses, pension, pensionnat
Date de mise en ligne : 22/04/2014
https://doi.org/10.3917/rdn.400.0621