Article de revue

Les intendants des généralités septentrionales et le commerce des grains à la fin du règne de Louis XV

Pages 335 à 349

Citer cet article


  • Grevet, R.
(2013). Les intendants des généralités septentrionales et le commerce des grains à la fin du règne de Louis XV. Revue du Nord, 400-401(2), 335-349. https://doi.org/10.3917/rdn.400.0335.

  • Grevet, René.
« Les intendants des généralités septentrionales et le commerce des grains à la fin du règne de Louis XV ». Revue du Nord, 2013/2 n° 400-401, 2013. p.335-349. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-du-nord-2013-2-page-335?lang=fr.

  • GREVET, René,
2013. Les intendants des généralités septentrionales et le commerce des grains à la fin du règne de Louis XV. Revue du Nord, 2013/2 n° 400-401, p.335-349. DOI : 10.3917/rdn.400.0335. URL : https://shs.cairn.info/revue-du-nord-2013-2-page-335?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rdn.400.0335


Notes

  • [*]
    René Grevet, professeur d’histoire moderne, IRHiS-UMR, Université Charles-de-Gaulle – Lille 3, domaine universitaire du « Pont de Bois », BP 60149, 59653 Villeneuve-d’Ascq Cedex.
  • [1]
    On citera en priorité R. Girard, L’abbé Terray et la liberté du commerce des grains, 1769-1774, PUF, 1924 ; S. L. Kaplan, Le pain, le peuple et le Roi. La bataille du libéralisme sous Louis XV, Paris, Perrin, 1986.
  • [2]
    Antoine-Louis-François Lefèvre de Caumartin de Saint-Ange, intendant de Flandres-Artois depuis le 21 mars 1756 ; Louis Gabriel Taboureau des Réaux, intendant du Hainaut depuis le 4 novembre 1764 et futur Contrôleur général (octobre 1176-juillet 1777).
  • [3]
    François-Marie-Bruno d’Agay de Mutigney, « muté » de Rennes (septembre 1771) à Amiens (29 novembre 1771).
  • [4]
    AD Somme, C 83, lettre de l’intendant de Dupleix de Bacquencourt, prédécesseur de D’Agay, accusant réception de cet arrêt, 26 juillet 1770.
  • [5]
    AD Somme, C 84, Arrêt du Conseil d’État du Roi concernant le commerce des grains, 23 décembre 1770, impr. 4 p. in-4°, Imprimerie Royale ; cet arrêt revêtu de lettres patentes, prit la forme d’une déclaration royale datée du 27 décembre pour être soumise à l’enregistrement des Parlements, S. L. Kaplan, op. cit., p. 334-335.
  • [6]
    R. Girard, op. cit., p. 57 ; S. L. Kaplan, op. cit., p. 316-324.
  • [7]
    P. Cerisier, op. cit., p. 961 ; R. Girard, op. cit., p. 56-57 : lettre du 2 octobre 1770 avec réponse attendue avant la fin du mois ; ce fut d’ailleurs à cette occasion que Turgot rédigea ses fameuses lettres sur le commerce des grains.
  • [8]
    Archives nationales, F11 223.
  • [9]
    Voir sur ce point, R. Girard, op. cit., p. 74-84.
  • [10]
    Je remercie Anne-Sophie Condette-Marcant qui a bien voulu me communiquer son article « Les intendants de province et le marché des grains : considérations adressées à l’abbé Terray », à paraître au CHEFF.
  • [11]
    Par un arrêt du conseil du roi en date du 14 juillet 1770 : voir sur cette législation, l’analyse de R. Girard, op. cit., p. 31-57 ; voir aussi S. L. Kaplan, op. cit., p. 316-323.
  • [12]
    Le muid de Paris équivalant à douze setiers, un setier formant entre 2 416 quintaux (poids du setier estimé à 240 livres) et 2,437 quintaux (poids du setier estimé à 234 livres), d’après les estimations en prix fournies dans les réponses des intendants de Soissons et de Tours, AN, F11 223 ; pour les différentes mesures de poids et de contenance en usage dans les provinces septentrionales, voir P. Cerisier, op. cit., vol. 3, p. 1242-1291.
  • [13]
    La réponse tardive de D’Agay en raison de son changement d’affectation, datée du 18 février 1772, se trouve aux archives départementales de la Somme sous la cote 1C 84 ; dans une correspondance en date du 21 janvier 1772, il indique au Contrôleur général : « Il ne m’avoit été rendu aucun compte de cette lettre par mon secrétariat. Je m’occupe très sérieusement de son objet et j’espère que je serai incessamment en état de vous procurer les éclaircissemens que vous désirez pour ma généralité », AN F11 223.
  • [14]
    D’où sans doute l’absence de réponse à la lettre de Terray du 1er octobre 1771 ; la position de Turgot, exposée en octobre-décembre 1770 dans ses lettres à Terray, est évidemment en faveur de la liberté complète du commerce des grains : « il n’est point du tout vrai qu’en général l’effet de la liberté soit, ni doive être, de rendre le grain plus cher… L’idée de voir accourir dans nos ports des étrangers, pour nous enlever nos récoltes à des prix excessifs, est une vraie chimère…, G. Schelle, Œuvres de Turgot et documents le concernant, t. 3, Paris, Félix Alcan, 1922, p. 280-294.
  • [15]
    L’intendant de Paris, Bertier de Sauvigny, estime qu’il ne doit être fixé aucun taux, lequel serait illusoire ; L’intendant d’Alençon, Jullien, et celui de Provence, Auguet de Montyon, ne proposent aucun prix prohibitif, préférant la solution de la taxation à l’exportation, d’après A. Condette-Marcant, op. cit. ; R. Girard, op. cit., p. 83 ; l’intendant de Montauban, de Gourgues, admet que le seuil de huit livres pourrait « procurer quelque bien », mais qu’il vaudrait mieux abroger la législation de 1764, AN F11 223, pièce 17.
  • [16]
    AN F11 223, pièces 5, 8 ; pour la généralité de Lille, sur treize subdélégués qui ont indiqué un seuil prohibitif précis, sept l’ont fixé à huit livres, cinq à entre six et 7 l. et 1 à 6 l., le prix moyen étant de 7,48 l., d’après P. Cerisier, op. cit., p. 983.
  • [17]
    AN, F11 223, pièce 5, lettre du 21 janvier 1772.
  • [18]
    AN, F11 223, pièce 8, lettre du 11 octobre 1771.
  • [19]
    Contrairement à l’intendant de Paris, Bertier de Sauvigny, hostile à toute communication d’informations relatives à l’exportation, A.-S. Condette-Marcant, op. cit., n. 2.
  • [20]
    Dans les provinces septentrionales, les très mauvaises années intervinrent lors des années-récoltes 1767-1768, 1768-1769 et, à un degré moindre, en 1771-1772, d’après P. Cerisier, op. cit., p. 940-957, 991-999 ; inversement les récoltes de 1769 et 1770 furent meilleures en Artois et Picardie mais insuffisantes dans les provinces du centre et de l’est du royaume, d’après R. Girard, op. cit., p. 34.
  • [21]
    Comme en 1769 par exemple.
  • [22]
    P. Cerisier, op. cit., p. 941.
  • [23]
    P. Cerisier, op. cit., p. 982.
  • [24]
    AN, H1 34, pièce 30, lettre de Caumartin au Contrôleur général (1er août 1771) : « le peu de succès des récoltes dans la plus grande partie de la province depuis l’année 1767 […] trois années consécutives d’une mauvaise récolte ont épuisé les ressources du peuple et des artisans… » ; à la fin de l’été 1769, Taboureau évoque les malheurs des gens de la campagne « occasionnés par les deux mauvaises récoltes consécutives » (celles de 1767 et de 1768) et en novembre 1771, il constate « combien peu la récolte de cette année a répondu à ce qu’on en attendait », d’après P. Cerisier, op. cit., p. 956, 974.
  • [25]
    Voir à ce sujet l’analyse des opinions d’intendants qui n’attribuent pas systématiquement la hausse des prix à l’exportation dans l’article d’A.-S. Condette-Marcant, op. cit.
  • [26]
    AN, H1 683, pièce 198 : en mai 1772, dans ses observations sur le cahier des états de Lille, Douai et Orchies, Caumartin signale en particulier « la langueur du commerce » résultant de l’émigration des fabricants et d’ouvriers sans travail vers les Pays-Bas autrichiens.
  • [27]
    P. Cerisier, op. cit., p. 975-976, 996-997.
  • [28]
    Avis du subdélégué de Montdidier en 1772, cité par P. Ardascheff, Les intendants de province sous Louis XVI, Paris, 1909, p. 364.
  • [29]
    Depuis 1723 et lors de la crise de 1740, ce principe était acquis dans les provinces septentrionales en raison de la nécessaire complémentarité frumentaire, P. Cerisier, op. cit., p. 810-827, 965 ; on consultera aussi avec profit le développement consacré à l’administration de Moreau de Séchelles, intendant du Hainaut (1727-1733) et de Flandre (1743-1754), dans l’ouvrage de C. Glineur, Genèse d’un droit administratif sous le règne de Louis XV. Les pratiques de l’intendant dans les provinces du Nord (1726-1754), Orléans, 2005, p. 321-330.
  • [30]
    Dans la limite de vingt-cinq tonneaux et sous le contrôle de l’intendant, d’après P. Cerisier, op. cit., p. 1001.
  • [31]
    J.-P. Jessenne, Pouvoir au village et Révolution. Artois 1760-1848, Lille, Presses universitaires de Lille, 1987.
  • [32]
    AN, H1 33, pièce 42.
  • [33]
    P. Cerisier, op. cit., p. 966-968, 975-976, 1002-1003.
  • [34]
    S. L. Kaplan, op. cit., p. 342.
  • [35]
    P. Ardascheff, op. cit., p. 359 : cet historien voit dans la plupart des intendants « de vrais disciples des physiocrates ».
  • [36]
    Aucun développement n’est consacré à cet aspect par H. Fréville, L’intendance de Bretagne (1689-1790). Essai sur l’histoire d’une intendance en Pays d’États au xviiie siècle, Rennes, 1953, t. 2, p. 275-342.
  • [37]
    P. Cerisier, op. cit., p. 962.
  • [38]
    P. Cerisier, op. cit., p. 965-970.
  • [39]
    L’intendant de Montauban, de Gourgues, avait lui aussi manifesté, mais plus tardivement, le 16 décembre, son opposition à l’édit de 1764, « titre de tous les monopoleurs » dont il souhaitait le retrait pur et simple, AN, F11 223, pièce 17.
  • [40]
    AN, F11 223, pièce 23.
  • [41]
    AN, F11 223, pièce 24 : « Votre lettre du 9 8bre ne m’a pas étonné et si j’avois pu penser que tous les administrateurs fussent aussi opposés que vous l’êtes de l’exportation, je me serois bien éloigné de les consulter sur un objet aussi intéressant. J’aurois même, s’ils en eussent eu besoin, chercher à le confirmer dans cette façon de penser ; mais ma position est bien différente […] ; comme malheureusement on ne peut faire revenir sur le champ les hommes de leurs erreurs, j’ai préféré pour les accoutumer à d’autres principes, de les consulter sur la fixation du prix auquel l’exportation dans le lointain pourroit être permise, celui fixé par l’édit de 1764 pouvant être regardé comme excessif. Ma lettre a donc eu pour but d’éloigner plutôt les vues de l’exportation que de les rapprocher. D’après cela, Monsieur, vous jugerez aisément combien j’applaudis aux principes dont vous me faites part ainsi que de la sévérité avec laquelle je m’opposerai à toute exportation ».
  • [42]
    AN, F11 223, pièce 25.
  • [43]
    Mémoire lu le 17 décembre 1771 à MM. de La Galaizière, de La Michodière, de Sartines et Fourqueux, AN, F11 265.
  • [44]
    Cité par S. L. Kaplan, op. cit., p. 317.
  • [45]
    Comme le suggère l’abbé Terray dans sa réponse à Bertier de Sauvigny, voir n. 41, ou encore l’intendant de Montauban, opposé à l’édit de 1764, qui indique au Contrôleur général, « Je n’ignore pas qu’il est peu d’intendans de mon avis », AN, F11 223, pièce 17.
  • [46]
    AN, F11 223, lettre du 15 octobre 1771.
  • [47]
    P. Guignet, Le pouvoir dans la ville…, op. cit., p. 246-247, 468.
  • [48]
    P. Cerisier, op. cit., p. 1089.
  • [49]
    AD Nord, L 10344/1 ; voir aussi mon article « La fin des intendances et la transition administrative dans les provinces septentrionales (1789-1790), in Intendants et préfets dans le Nord-Pas-de-Calais (xviie-xxe siècle), p.p. A. Lottin, A. Crépin, J.-M. Guislin, p. 77-106.

1La question du commerce des grains dans la seconde moitié du xviiie siècle a fait l’objet de nombreuses études approfondies [1]. Notre propos n’est pas tant de revenir sur ces travaux que d’analyser plus précisément les avis des intendants des provinces septentrionales sur la police des grains à l’époque de Terray, dernier Contrôleur général de Louis XV. Ce sera également l’occasion de nous référer à l’impressionnante thèse de Patrick Cerisier, dirigée par Philippe Guignet, soutenue en 2005, mais malheureusement non publiée. Cette étude nous paraît d’autant plus incontournable pour notre propos qu’elle décrit et analyse les flux céréaliers de part et d’autre des frontières septentrionales du royaume depuis les intendances de Lille et de Valenciennes. Celles-ci étaient administrées au début des années 1770 par les intendants Caumartin et Taboureau [2]. Nous ajouterons au dossier l’exemple de l’intendance de Picardie, autre province septentrionale pourvoyeuse de grains, où venait d’être nommé D’Agay, précédemment intendant de Bretagne [3].

2Au début de la décennie 1760, sous l’impulsion physiocratique et dans un contexte frumentaire favorable, le choix libéral s’impose et la législation royale autorise la liberté du commerce des grains ainsi que les exportations jusqu’à un taux limite de douze livres dix sols le quintal. Moins de dix ans plus tard, l’abbé Terray, Contrôleur général des finances, décide de mettre fin à cette politique en raison d’une hausse prolongée des prix des grains depuis 1768 et des difficultés de l’approvisionnement intérieur, celui de la capitale en particulier. Un arrêt du Conseil en date du 14 juillet 1770 interdit la sortie des grains pour tout le royaume [4] et, le 23 décembre de la même année, un autre arrêt décide le retour au régime précédent de la police des grains fondée sur le monopole du marché mandataire [5].

Document 1

Arrêt du Conseil du 14 juillet 1770 suspendant l’exportation des grains

Description de l'image par IA : Document ancien avec titre "ARREST DU CONSEIL D'ETAT DU ROI" et date "14 Juillet 1770". Texte en français avec décorations en haut.

Arrêt du Conseil du 14 juillet 1770 suspendant l’exportation des grains

Archives nationales, F11265.

3Comme l’ont souligné R. Girard et S. Kaplan, l’inflexion réglementaire voulue par l’abbé Terray n’avait pas supprimé complètement l’édit de 1764, en particulier la possibilité de reprendre l’exportation des grains au-dessous d’un seuil prohibitif [6]. La « délibéralisation » pour reprendre le terme de S.L. Kaplan pouvait donc être suspendue par un simple arrêt du Conseil. Aussi, lorsqu’en octobre 1771, le Contrôleur général consulte les commissaires départis sur l’éventualité d’un nouveau seuil d’interdiction de l’exportation des grains, les avis de ces derniers méritent une attention particulière dans un environnement politique et frumentaire difficile. On peut également s’interroger sur la politique économique de Terray qui les avait déjà consultés un an auparavant sur un projet de règlement de la police des grains qui fut d’ailleurs officialisé par la déclaration royale du 23 décembre 1770 [7]. À quelques exceptions près, les réponses conservées aux Archives nationales [8] ont déjà fait l’objet d’analyses historiographiques divergentes [9]. Plus récemment, elles ont été reprises par Anne-Sophie Condette-Marcant dans une solide étude d’ensemble qui situe bien les positions des intendants au cœur du débat lancé par le libéralisme physiocratique [10]. Notre analyse développera donc davantage celles des trois intendants évoqués ci-dessus.

À quel seuil permettre l’exportation ?

4Pour tenter de comprendre les intentions du Contrôleur général, intéressons-nous d’abord au contenu précis de cette lettre que l’abbé Terray adresse le 1er octobre 1771 aux trente-deux intendants des généralités du royaume pour solliciter leur avis sur l’exportation des grains. Il rappelle d’abord qu’en raison de la cherté des grains depuis 1768, leur exportation a été interdite jusqu’à ce que de meilleures récoltes fournissent une subsistance assurée durant deux années [11]. Mais, ajoute-t-il, il convient d’« encourager l’agriculture » en procurant aux producteurs un salaire et des profits assurés. C’est pourquoi le roi l’a chargé de réfléchir aux moyens « de fixer invariablement pour l’avenir » un prix à partir duquel la sortie des grains hors des frontières serait interdite. Le seuil de douze livres dix sols le quintal fixé par l’édit de libéralisation du commerce des grains de 1764 [12] paraît « trop fort » au Contrôleur général. En effet, explique-t-il, le grain parvenu à ce prix sur les frontières ou dans les ports, doit refluer dans l’intérieur du royaume, ce qui porte son prix entre quinze et seize livres le quintal en raison des frais de transport. Voulant « établir une balance exacte entre le prix avantageux au consommateur et au cultivateur », l’abbé Terray propose d’abaisser le prix prohibitif d’exportation des grains à huit livres ou huit livres dix sols le quintal. Avant d’entériner cette décision d’une grande importance, il sollicite donc l’avis des intendants ainsi que ceux des chambres de commerce pour obtenir « les connoissances locales » nécessaires. Il suggère enfin de rendre public ce projet de modification du seuil de prohibition

5

« afin que l’honnête négociant porte ses vues du côté de l’importation et que les spéculateurs avides soient persuadés qu’en faisant des magazins dans l’espérance de pouvoir exporter, ils s’exposeroient à perdre leur denrée, ce qui doit les déterminer à ouvrir leurs greniers et à contribuer d’autant à l’abondance générale ».

Des intendants plutôt favorables à la proposition ministérielle

6Aux Archives nationales, sont conservées vingt-cinq réponses d’intendants auxquelles on peut adjoindre celle de l’intendant d’Amiens qui a répondu tardivement en raison de son changement d’affectation [13]. Même si elles répondent à une enquête précédente et anticipant celle d’octobre 1771, on peut ajouter les célèbres lettres de Turgot datées d’octobre-novembre 1770, exposant son opposition à toute réglementation nouvelle restreignant la liberté du commerce des grains [14].

7Le tableau suivant récapitule les différents avis des intendants sur le prix à partir duquel l’exportation devrait être interdite.

Tableau des prix prohibitifs pour l'exportation du quintal de grains en France, listant les régions et villes selon le nombre de livres.

8On constate que les commissaires départis ne se rallient pas unanimement au prix prohibitif proposé par le Contrôleur général [15], même si plus du tiers d’entre eux, dont les trois intendants septentrionaux, adhèrent à la suggestion de l’abbé Terray. Les analyses de ces derniers ne sont pas à négliger dans la mesure où ils administrent des provinces frontalières et maritimes directement concernées par l’exportation des grains. Caumartin et Taboureau admettent qu’à huit livres le quintal, les cultivateurs récolteront le bénéfice de leur travail et que les consommateurs trouveront une denrée à leur portée [16]. La réponse de D’Agay, largement inspirée par ses subdélégués, est plus nuancée. Tout en approuvant la proposition ministérielle, le nouvel intendant d’Amiens estime que, dans l’état actuel des choses, le quintal de blé porté à huit livres sera plus avantageux pour les cultivateurs. En effet, en Picardie, dans les deux décennies ayant précédé la libéralisation du commerce des grains, le prix du quintal n’a jamais excédé sept livres, sauf en 1752, 1753, 1757 et 1762, et l’on considérait alors le quintal à six livres comme avantageux. Dès lors, même si un prix entre six et sept livres peut sembler désormais insuffisant, celui de huit livres resterait avantageux dans un contexte de récolte normale ou abondante. En revanche, les facultés des consommateurs se sont considérablement restreintes en raison de l’augmentation de la cherté des grains qui a entraîné la diminution du nombre et du prix des journées de travail. Seules plusieurs années d’abondance permettront de proportionner le prix des subsistances aux facultés des consommateurs et de réduire l’indigence d’une grande partie de la population.

9À la question de savoir s’il convient de répandre dans le public les intentions du ministère concernant la baisse du prix prohibitif à l’exportation, l’intendant d’Amiens ne livre pas de réponse. En revanche, celui de Lille, comme la plupart des autres administrateurs des généralités, s’y déclare favorable, à la fois pour calmer les inquiétudes des consommateurs et « déconcerter les projets des spéculateurs » [17]. L’intendant de Valenciennes, quant à lui, préconise la rétention de telles informations pour un large public. Tout en admettant qu’une telle publicité pourrait « engager l’honnête négociant à se livrer à l’importation » et empêcher la spéculation en vue de l’exportation, il estime qu’il pourrait être dangereux de ranimer l’inquiétude d’une population tranquillisée par l’interdiction totale de l’exportation, même si, ajoute-t-il, « ce n’est pas cette façon de penser populaire qui doit décider sur l’utilité de l’exportation lorsque les circonstances le demanderont » [18]. L’intendant valenciennois fait allusion aux craintes liées certes à la sortie des grains vers l’étranger mais aussi à celle d’une province vers une autre, fréquemment comprise aussi comme une exportation. Taboureau précise néanmoins qu’il laissera entendre « en particulier » que l’exportation ne sera jamais permise à un taux aussi élevé que celui fixé en 1764 [19].

Les interprétations des intendants

10La consultation lancée par Terray doit être replacée dans un contexte prolongé de crise frumentaire depuis l’année-récolte 1767-1768 [20], crise qui a affecté l’ensemble des provinces à des degrés divers selon les années [21]. Les analyses des intendants septentrionaux méritent une attention toute particulière dans la mesure où ils administraient des provinces interdépendantes sur le plan des subsistances puisque l’Artois et le Cambrésis, excédentaires en grains, comblaient régulièrement le déficit frumentaire de la Flandre et du Hainaut [22]. Dans ces provinces frontalières et maritimes, l’exportation pouvait représenter une menace pour l’approvisionnement des marchés car elle mettait en mouvement d’énormes volumes par Dunkerque et Saint-Valery en baie de Somme mais aussi par la Meuse [23]. Pour les trois intendants septentrionaux, elle n’est pas pour autant la cause première de l’augmentation des prix des grains. Selon eux, « le peu de succès des récoltes » est évidemment à l’origine de la cherté. Certes, Caumartin et Taboureau l’évoquent de façon allusive dans leurs réponses, mais en font état explicitement dans d’autres correspondances [24]. En revanche, ils pointent sans ambiguïté la permission d’exporter le quintal de blé jusqu’au seuil de douze livres dix sols comme facteur multiplicateur de l’excessive cherté des grains en raison de la spéculation qu’elle a encouragée [25]. Selon Taboureau, la fixation décidée en 1764 a contribué « à faire monter à l’excès le prix de cette denrée ». L’intendant de Lille indique qu’il n’a « jamais douté » que ce seuil trop élevé « n’ait occasionné les maux qu’on éprouve et qui sont la suite d’une exportation trop longtemps prolongée », d’autant que cette hausse a entraîné celle de la valeur des biens fonds et des fermages, hausse qui s’est répercutée sur le prix des autres denrées et qui laisse d’ailleurs présager une cherté durable du prix des grains avec des répercussions désastreuses sur l’activité économique [26]. À l’inverse de son confrère lillois qui évoque brièvement les spéculateurs, Taboureau, parlant du « local de cette province », le Hainaut, précise que ceux qui se livraient à l’exportation n’étaient pas de gros négociants et ne faisaient pas de grandes spéculations : « ils profitaient seulement du moment » et de la « facilité de la sortie », créant ainsi une rareté impossible à compenser par l’importation d’autres denrées. Cette exportation a donc fait « grand tort dans cette province […], se trouvant un cul de sac tout est sorti ». Dans sa réponse, le même intendant pourtant informé n’évoque pas la persistance de circuits d’exportation qui, au printemps et à l’automne 1771 et en dépit de la législation de juillet 1770, dirigent des grains depuis ou via le Hainaut vers les Pays-bas autrichiens et la Lorraine et de là en Hollande à partir de Charleville et Givet [27].

11Sans nier l’influence de « la révolution » libérale opérée depuis 1764 sur le prix des grains et autres denrées, D’Agay évoque principalement l’insuffisance des récoltes, mais passe sous silence la spéculation liée à la possibilité d’exporter et contribuant à aggraver la cherté. D’ailleurs, de manière explicite il ne repousse pas l’éventualité prochaine d’une nouvelle possibilité d’exporter sans inconvénient après quelques années d’abondance, ce que prudemment ses confrères lillois et valenciennois se refusent à envisager. Il est vrai que plusieurs de ses subdélégués se déclaraient favorables à « la permission d’exporter… moyen le plus sûr et peut-être le seul moyen d’animer efficacement l’industrie des cultivateurs, de mettre en valeur les moindres terres » [28].

12Aucun de ces trois intendants ne fait état d’obstacles ou de contraintes liées à la libre circulation intérieure et pour cause, puisque la législation de décembre 1770 avait maintenu cette liberté [29], y compris vers les provinces réputées étrangères et d’un port à l’autre du royaume [30].

13La responsabilité d’une « fermocratie » spéculatrice est un autre aspect lié à la cherté des grains qui n’apparaît pas explicitement dans les réponses à la consultation d’octobre 1771, mais dans d’autres correspondances entre les intendants et le Contrôle général ou dans des avis de subdélégués. Le pouvoir économique de cette fermocratie qu’a bien analysé J.-P. Jessenne était évidemment renforcé dans un temps de crise qui accroissait la dépendance des petits producteurs [31]. La déclaration du 27 décembre 1770 avait, dans son article 5, interdit le commerce des grains aux fermiers, laboureurs et meuniers qui pouvaient aisément racheter les grains des cultivateurs moins aisés, se rendre maîtres de la production et, en situation de quasi monopole, agir à leur guise sur le prix des ventes. L’intendant de Lille aborde le sujet en se plaçant plus en amont, à partir de la production et de l’exploitation. Dans une lettre adressée au Contrôleur général le 1er septembre 1769, Caumartin fait état des conséquences de la cherté qui a entraîné « la chute et la ruine des petits fermiers », à la suite des deux mauvaises récoltes précédentes [32]. Sans parler explicitement de spéculation et sans employer cette expression, il dénonce un capitalisme agraire qui accapare et opprime « pour écarter toute concurrence ». Il propose donc de fixer par une loi « la quantité de terre qu’un fermier pourra exploiter à l’avenir à titre de bail », ce qui permettrait de diviser les grandes exploitations, d’augmenter le nombre des petits cultivateurs et d’accroître ainsi la production céréalière d’un quart à un tiers, une seule personne ne pouvant faire valoir efficacement une grande exploitation allant parfois jusqu’à 1 500 arpents. Dans le Hainaut, Taboureau et ses subdélégués pointent également la responsabilité des grands fermiers. Soupçonnant leur responsabilité dans la persistance de la cherté, l’intendant valenciennois s’efforce de renforcer leur surveillance en application de la législation réglementaire de décembre 1770 [33], alors que son subdélégué d’Avesnes, Faussabry, réclame une division des grandes fermes, pour diminuer le montant des baux et mettre fin à l’accaparement des exploitations qui décourage les petits cultivateurs [34].

14Ce qui précède nous permet-il de cerner la pensée économique des intendants septentrionaux et en particulier, peut-on affirmer qu’ils aient été des adeptes inconditionnels du libéralisme économique comme la plupart de leurs collègues, vus comme de « vrais disciples des physiocrates » [35] ? Pour s’en faire une idée, il est intéressant de relier les deux consultations lancées par l’abbé Terray, celle d’octobre 1771 qui a été évoquée ci-dessus et celle du 2 octobre 1770 préparatoire au projet de règlement sur le commerce des grains du 23 décembre de cette même année.

15Pour ce qui concerne d’Agay, nous avons pu constater qu’il n’était pas franchement hostile à une législation libérale en matière d’exportation mais, en poste à Rennes en 1770, et en raison de son installation à Amiens en novembre 1771, il est difficile d’être plus affirmatif [36]. L’intendant de Lille, Caumartin, quant à lui, adopte la proposition de Terray au sujet du prix prohibitif à l’exportation et se montre favorable à une liberté de circulation intérieure des grains : « le commerce des grains, rendu parfaitement libre dans les achats comme dans la circulation de province à province ne peut être que très utile en lui-même » [37]. Caumartin recommande cependant des garanties pour encadrer ce commerce afin de parer aux accaparements des spéculateurs. Pour cela, il convient de constituer dans chaque province des approvisionnements de réserve suffisants dans des magasins d’abondance gérés par « une compagnie de gens riches », soutenue et contrôlée par l’administration royale. Il recommande de prévoir cet établissement à grande échelle, celle des quatre provinces septentrionales, à savoir l’Artois, la Flandre, le Hainaut et la Picardie.

16En matière de commerce des grains, Taboureau apparaît plutôt conservateur. Il se montre méfiant à l’égard de l’exportation. Cette attitude, dictée évidemment par le « local » de sa province, reflète sans doute aussi une opinion personnelle fondée sur une conviction dirigiste de l’économie. Lors de la consultation d’octobre 1770, P. Cerisier note que l’intendant de Valenciennes s’est appuyé sur un historique de la législation des grains depuis celle du 31 août 1699 jusqu’à celle du 25 mars 1763 [38]. Taboureau en conclut que le commerce des grains a fait l’objet d’« un amas de lois » qui se sont contrariées successivement et qu’il est difficile d’établir une « police générale » en cette matière. Néanmoins, il recommande un encadrement strict du commerce des grains, excluant de celui-ci les fermiers, laboureurs et meuniers, soupçonnés de favoriser la cherté. Il se montre certes favorable à la libre circulation des grains, mais à la condition qu’ils soient obligatoirement vendus ou achetés dans les marchés les plus proches des lieux de production. Enfin il prévoit l’activité d’un magasin d’abondance à Valenciennes pour éviter les hausses brutales des grains lors des périodes de soudure.

Des intendants, relais d’opinion d’une politique interventionniste

17En retour des réponses à la consultation d’octobre 1771 en provenance des différentes généralités, l’abbé Terray a pris la peine de répondre seulement à deux d’entre elles, celles des intendants de Paris et de Valenciennes. Il est vrai que ceux-ci, qui avaient répondu très rapidement, les 9 et 11 octobre, s’étaient déclarés très réticents à propos de l’exportation et de la législation de 1764 [39]. On peut comprendre que le Contrôleur général ait voulu ménager Bertier de Sauvigny, personnage influent et en charge d’une généralité sensible, qui s’était refusé à proposer un prix quelconque pour permettre l’exportation et demandait au ministre de défendre absolument et indéfiniment l’exportation [40]. La réponse rassurante de celui-ci était particulièrement révélatrice de la démarche ministérielle à propos de cette consultation [41], comme d’ailleurs celle adressée le même jour à Taboureau [42]. Affirmant qu’il n’avait pas voulu se décider sur la fixation du prix prohibitif avant de connaître son avis, le ministre approuvait les vues exprimées par l’intendant valenciennois « d’après la position de [sa] province » et le laissait maître de prendre toutes les précautions nécessaires. Comme pour Bertier, Terray précisait :

18

« Vous aures vu sans doute que dans ma proposition, j’avois pour but de rassurer ceux qui craignent l’exportation, et que la fixation à indiquer à 8 livres le quintal pour prix commun dans le royaume tendoit plutôt à refuser l’exportation formã negandi qu’à l’annoncer ».

Document 2

Début d’un mémoire de l’abbé Terray, Contrôleur général, exposant ses principes concernant l’administration des grains à quatre conseillers d’État, lors d’une réunion tenue chez lui le 17 décembre 1771

Description de l'image par IA : Document ancien écrit à la main, titre "Principes pour l'Administration des Grains" en haut, date "17 Déc. 1771" en haut à gauche.

Début d’un mémoire de l’abbé Terray, Contrôleur général, exposant ses principes concernant l’administration des grains à quatre conseillers d’État, lors d’une réunion tenue chez lui le 17 décembre 1771

Archives nationales, F11265.

19La consultation lancée par le Contrôleur général au sujet de l’exportation des grains n’aboutit d’ailleurs à aucune législation nouvelle. En décembre 1771, alors qu’il avait reçu presque toutes les réponses des intendants, il livrait ses principes sur l’administration des grains devant quelques conseillers d’État [43]. Selon lui, celle-ci devait reposer sur la liberté de négoce « dans l’intérieur et le transport des grains d’une province à l’autre », la liberté d’importation pour les principaux ports du royaume, la mise en régie des blés « tirés de l’étranger » et l’interdiction de l’exportation durant plusieurs années « en annonçant que si elle devenait permise », le prix de sortie serait « fixé à neuf ou dix livres le quintal tout au plus ». Remarquons qu’à cette occasion, il envisageait un relèvement du seuil prohibitif par rapport à celui qu’il avait soumis en octobre à l’avis des intendants, sans doute pour rassurer les provinces méridionales favorables à l’exportation. Cet exposé des principes ainsi que ses réponses à Bertier de Sauvigny et à Taboureau sont très révélatrices de la conception que l’abbé Terray se faisait de la gouvernance économique, mais aussi de l’importance qu’il accordait à la gestion politique de la communication dans ce domaine ultra sensible qu’était celui du commerce des grains. Une autre preuve nous en est donnée par sa lettre adressée le 5 août 1770 à Turgot, à propos de l’interdiction de l’exportation décidée le mois précédent : l’abbé Terray indiquait bien que l’enjeu n’était pas idéologique mais politique : il s’agissait de « gagner la bataille de l’opinion » (Steven L. Kaplan) pour rassurer le peuple tout en lui démontrant que la cherté n’était pas « due aux exportations auxquelles il l’attribue » [44]. Dans ce jeu subtil de la gouvernance de l’opinion, mais également dans la mise en œuvre d’une « délibéralisation » présentée comme circonstancielle et plus ou moins durable, les intendants représentaient une pièce maîtresse pour le Contrôleur général. Ils étaient les principaux agents de la police des grains dans le ressort de leur généralité et il leur revenait, tout en respectant la législation en vigueur, de prendre en cas de nécessité les mesures appropriées aux circonstances, notamment en période de crise frumentaire prolongée. En effet le Contrôle général intervenait de manière centralisatrice, sans pouvoir toujours établir des règles dérogatoires selon les intérêts divergents des diverses provinces. On peut donc penser que les consultations de Terray auprès des intendants répondaient à un triple objectif : d’abord celui d’obtenir effectivement des informations spécifiques à chaque généralité pour moduler les décisions particulières ; celui ensuite de se ménager la collaboration pleine et entière des commissaires départis en les persuadant qu’ils participaient effectivement au processus décisionnel en matière de police des grains ; enfin la volonté d’associer les intendants à la défense et à la réussite d’une politique pragmatique, cherchant un point d’équilibre pour garantir la subsistance du peuple et le rassurer sans décourager les partisans d’une liberté complète du commerce des grains.

Document 3

Arrêt du Conseil du 29 octobre 1773, confirmant l’attribution aux intendants de la juridiction des délits relatifs au commerce des grains

Description de l'image par IA : Document ancien avec titre "ARREST DU CONSEIL D'ÉTAT DU ROI" et texte en français. Date et contenu historique visibles.

Arrêt du Conseil du 29 octobre 1773, confirmant l’attribution aux intendants de la juridiction des délits relatifs au commerce des grains

Archives nationales F11 265.

20*

21Le libéralisme des intendants doit être nuancé. Sans doute, au début des années 1760, une majorité d’entre eux ne cachaient pas leurs préférences pour une libéralisation complète du commerce des grains [45] et ont vu dans le libéralisme économique le moyen de « perfectionner » l’agriculture, d’activer le commerce et d’enrichir l’État. Peut-être aussi, quelques-uns d’entre eux voulurent-ils soigner leur réputation et apparaître comme progressistes ou éclairés pour reprendre un terme entré dans le vocabulaire historiographique. Si l’on excepte le cas de D’Agay, les intendants septentrionaux en responsabilité dans des provinces frontières en temps de crise frumentaire se sont montrés prudents en la matière, par conviction pour Taboureau des Réaux, davantage par nécessité et pragmatisme pour Caumartin. Un exemple postérieur peut servir de référence, celui d’Esmangart qui, alors intendant de Bordeaux, indiqua à Terray qu’il demeurait attaché au seuil élevé de douze livres dix sols fixé par la législation de 1764 [46]. Pourtant, confronté à la crise de 1788-1789 et aux troubles frumentaires dans la généralité de Lille [47], cet intendant réputé libéral critiqua « la liberté illimitée » de l’exportation, permise par la déclaration du 17 juin 1787 ayant entraîné l’épuisement de réserves suffisantes. Son administration fut alors très interventionniste pour approvisionner les marchés, y compris en permettant des ventes plus ou moins forcées à des prix inférieurs au cours du jour [48]. En 1790, Esmangart rappellera d’ailleurs cette politique pour justifier son administration d’une police des grains [49] que l’on voit bien s’inscrire, à la lecture de la thèse de P. Cerisier, dans le droit fil de celle de ses prédécesseurs en responsabilité dans les provinces septentrionales. À l’épreuve des faits et des conjonctures, il n’est guère de politiques économiques qui ne doivent parfois s’infléchir…


Mots-clés éditeurs : commerce, grains, intendants, libéralisme, Terray

Date de mise en ligne : 22/04/2014

https://doi.org/10.3917/rdn.400.0335