Compte rendu

Walter Burkert, La religion grecque à l’époque archaïque et classique. Traduction et mise à jour bibliographique par Pierre Bonnechere, Paris, éd. Picard, 2011, 477 p., 61 €

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  • Burkhalter, F.
(2012). Walter Burkert, La religion grecque à l’époque archaïque et classique. Traduction et mise à jour bibliographique par Pierre Bonnechere, Paris, éd. Picard, 2011, 477 p., 61 € Revue du Nord, 396(3), IV-IV. https://doi.org/10.3917/rdn.396.0731d.

  • Burkhalter, Fabienne.
« Walter Burkert, La religion grecque à l’époque archaïque et classique. Traduction et mise à jour bibliographique par Pierre Bonnechere, Paris, éd. Picard, 2011, 477 p., 61 € ». Revue du Nord, 2012/3 n° 396, 2012. p.IV-IV. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-du-nord-2012-3-page-IV?lang=fr.

  • BURKHALTER, Fabienne,
2012. Walter Burkert, La religion grecque à l’époque archaïque et classique. Traduction et mise à jour bibliographique par Pierre Bonnechere, Paris, éd. Picard, 2011, 477 p., 61 € Revue du Nord, 2012/3 n° 396, p.IV-IV. DOI : 10.3917/rdn.396.0731d. URL : https://shs.cairn.info/revue-du-nord-2012-3-page-IV?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rdn.396.0731d


1 Les éditions Picard ont publié récemment la traduction française de l’ouvrage de Walter Burkert sur la religion grecque aux époques archaïque et classique. Cette étude parue en allemand en 1977 (2011) était depuis longtemps traduite en italien (1984, 2003), en anglais (1985), en grec (1993), en portugais (1993) et en espagnol (2007) et il est heureux que l’on puisse enfin y accéder en français. Le nom de Walter Burkert n’est certes pas resté inconnu dans l’Hexagone, contrairement à l’affirmation qui figure au revers du livre. Mais cette traduction est très utile parce qu’elle facilite la lecture de cet ouvrage et permet de comprendre la conception de la religion grecque qui se dégage de son plan et de sa composition. L’auteur explique dans l’introduction que son livre n’est pas un manuel exhaustif sur la religion grecque, ni une réflexion sur la spiritualité des Grecs telles les œuvres classiques de Nilsson ou de Walter Otto. Mais ce n’est pas non plus, dit-il, « un de ces livres bien illustrés qui confèrent aux travaux des archéologues leur pouvoir de fascination ». Et l’on peut effectivement déplorer que le livre soit totalement dénué de plans et de figures. Burkert est extrêmement prudent à l’égard des sources archéologiques : « Là où nous sommes privés de documents écrits, (…) la fonction et la signification des bâtiments et des artefacts demeurent souvent obscures ». Les sources qu’il utilise sont principalement littéraires. Pourtant, comme il le souligne lui-même, la religion grecque n’est pas une religion du livre. Elle a même été pendant longtemps imperméable au monde de l’écrit. Il n’y a pas en Grèce de livres sacrés ni de caste de prêtres chargés de transmettre une tradition religieuse immuable. Le culte officiel se perpétue grâce à la parole et chaque année, de nouveaux hymnes et de nouvelles œuvres sont créés pour célébrer les fêtes religieuses. « C’est dans la poésie grecque et presque au grand complet », dit Burkert, « que réside notre principale source d’information sur la religion des Hellènes ».

2 L’ouvrage est divisé en sept chapitres où l’on retrouve les principaux thèmes de réflexion de l’auteur. Le premier chapitre traite de la religion aux époques préhistorique, minoenne et mycénienne et aborde le problème de la continuité du culte de l’époque minoenne à l’époque archaïque à travers l’étude des lieux du culte, des offrandes, des rituels, du polythéisme, des statues de culte et des prêtres. Pour W. Burkert, la religion grecque a ses racines dans la religion de l’âge minoen et mycénien, même si l’on ne peut pas déceler de véritable continuité du culte en Grèce, où la coupure est beaucoup plus nette qu’en Crète, à Chypre et dans les îles. Il souligne cependant que l’approche du monde minoen se fait aujourd’hui par le biais des civilisations hittite et ougaritique plutôt que par la confrontation avec le monde mycénien et le monde grec.

3 Le deuxième chapitre est consacré au rituel et au sanctuaire. Il passe en revue les divers types de sacrifices (sanglants et non sanglants) et traite de la prière, des gestes du culte, des rituels de purification, des sanctuaires, des fonctions du prêtre et de la prêtresse, des fêtes et de la signification de la statue de culte. W. Burkert observe que les sanctuaires sont pour la plupart plus anciens que leurs temples et que l’apparition de ces derniers en tant que résidences des dieux est étroitement liée à l’histoire du développement des statues divines, temple et statue étant plus un décor que la scène centrale de la vie cultuelle.

4 Le troisième chapitre s’occupe des dieux olympiens puis des autres divinités du panthéon grec comme Hécate, Léto, les divinités de la nature ou les dieux étrangers (Adonis, Sabazios ou les divinités égyptiennes). W. Burkert rappelle qu’il n’y eut pas de tradition écrite relative aux dieux jusqu’à Hésiode et Homère et que les noms et les mythes ont voyagé, ce qui explique que des cultes très proches puissent apparaître en des endroits distincts sous le nom de dieux différents. Il relève les parallélismes que les recherches récentes ont révélés entre l’épopée homérique et les récits mythologiques hittites et ougaritiques, ainsi que l’épopée akkadienne. La principale caractéristique qui sépare les dieux et les hommes dans la religion grecque est la mort, car les dieux grecs, contrairement à ce qui se passe chez les Phéniciens ou les Égyptiens, ne meurent pas.

5 Le chapitre suivant est consacré, précisément, aux morts, aux héros et aux dieux chthoniens et traite des coutumes funéraires et des croyances relatives aux défunts. On y trouve à nouveau certains rapprochements entre l’idée homérique des enfers, « terre lugubre et sans retour », et les traditions babyloniennes, ougaritiques et juives. W. Burkert note que les conceptions des Grecs sur la mort et la survie sont moins explicites et moins uniformes que leurs idées sur les dieux, ce qui a favorisé la diffusion des cultes à mystères. Il relève également le rôle de Platon dans la création des mythes sur l’au-delà.

6 Le cinquième chapitre, très important du point de vue méthodologique, aborde la question du polythéisme, c’est-à-dire de l’association des diverses divinités dans le culte de la polis. W. Burkert y critique au nom de l’histoire l’approche structuraliste des années 1960-1970. Il refuse de considérer le panthéon comme un système logique organisé dans lequel les dieux fonctionneraient comme des signes sans existence indépendante. Il étudie les relations qui existent entre les divinités qui sont réunies dans un même sanctuaire et présente un traitement approfondi des fêtes et des fonctions sociales du culte dans la cité.

7 Le chapitre suivant est consacré aux mystères et à l’ascétisme. L’auteur y développe une réflexion sur l’abandon du rituel collectif et la mutation ontologique de l’individu, qui découvre qu’il peut établir les règles de sa vie sous sa propre autorité. Il y discute de l’importance des éléments étrangers qui rendent le secret des mystères encore plus énigmatique et de la naissance des tablettes et livres sacrés.

8 L’ouvrage se termine par un chapitre sur la religion philosophique. Même s’il reconnaît que certaines pages intéressent davantage l’histoire de la philosophie que celle de la religion, W. Burkert soutient que les réflexions critiques des philosophes sont essentielles pour comprendre la religion civique des Grecs. La naissance de la philosophie conduisit à l’apparition progressive d’une attitude éclairée face à la religion. À travers des exemples tirés des Lois, il montre que l’expérience de Platon nous fournit une représentation détaillée de la religion de la cité qui coïncide avec l’organisation des espaces publics des nouvelles fondations du ive siècle (Messène, Mégalopolis). Cette religion de la cité atteindra sa limite avec le développement des mégapoles du monde hellénistique. Les nouveaux moyens mis en œuvre pour organiser le pouvoir et les masses entraîneront un repli dans la sphère privée, où le christianisme trouvera d’emblée un terrain très fertile.

9 L’ouvrage contient une bibliographie mise à jour par P. Bonnechere et un index des noms, lieux et realia. Cet index est malheureusement très confus. Pour la consultation d’un ouvrage aussi dense et aussi important, on regrette qu’il n’y ait pas un index thématique et un index des noms séparés et qu’il manque un index des mots grecs et des sources.

10 Fabienne Burkhalter


Date de mise en ligne : 20/03/2013

https://doi.org/10.3917/rdn.396.0731d