Les fondations anglaise et galloise de l'abbaye de Vaucelles
Pages 795 à 814
Citer cet article
- TOCK, Benoît-Michel,
- Tock, Benoît-Michel.
- Tock, B.-M.
https://doi.org/10.3917/rdn.391.0795
Citer cet article
- Tock, B.-M.
- Tock, Benoît-Michel.
- TOCK, Benoît-Michel,
https://doi.org/10.3917/rdn.391.0795
Notes
-
[*]
Benoît-Michel Tock, professeur d’histoire du Moyen Âge, Université de Strasbourg, Centre de recherches Sciences historiques (EA 3400), 24, rue de la Course, 67000 Strasbourg.
-
[1]
Je remercie vivement Julia Barrow, professeure à l’université de Nottingham, et Janet Burton, professeure à l’université de Lampeter, qui ont bien voulu lire cet article, m’aider à transcrire l’acte de l’abbé Raoul et me donner de très précieuses indications sur l’histoire anglaise et galloise du xiie siècle.
-
[2]
Voir B.-M. Tock, Les chartes de l’abbaye cistercienne de Vaucelles au xiie siècle, Turnhout, 2010 (ARTEM); le reste du fonds d’archives, pour les xiiie-xviiie siècles, est encore pour l’essentiel inédit : voir M. Bruchet, Archives départementales du Nord. Répertoire numérique [de la] série H, t. 1, Lille, 1928, p. 300-319.
-
[3]
A. Bruyelle, « Notice sur l’ancienne ville de Crèvecœur et l’abbaye de Vaucelles », Mémoires de la société d’émulation de Cambrai, t. 20, 1847, p. 311-374 ; M. J. Bulteau, « Étude historique et archéologique sur les abbayes d’Honnecourt et de Vaucelles », Bulletin de la Commission historique du Nord, t. 16, 1883, p. 1-110.
-
[4]
S. Lebecq, « Les cisterciens de Vaucelles en Flandre maritime au xiiie siècle », Revue du Nord, t. 54, 1972, p. 371-384 ; id., « Vignes et vins de Vaucelles : une esquisse », dans L’économie cistercienne : géographie, mutations du Moyen Âge aux Temps Modernes, Auch, 1983 (Flaran, 1981), p. 197-206 ; id., « Vaucelles et la terre aux xiie-xiiie siècles. Contribution à l’histoire foncière des Cisterciens en Picardie du Nord », dans Campagnes médiévales : l’homme et son espace. Études offertes à Robert Fossier, É. Mornet éd., Paris, 1995, p. 563-572.
-
[5]
Voir par exemple S. Lebecq (dir.), Histoire des Îles Britanniques, Paris, 2007.
-
[6]
Le texte est connu par une copie du xviiie siècle : Cambrai BM 975, fol. 267r°-295r°. Je prépare une édition, accompagnée d’une traduction française, de cette Fundatio.
-
[7]
Une autre version en a été utilisée par M.J. Bulteau, « Étude historique… », op. cit. (n. 3). On en trouve aussi plusieurs traces dans l’historiographie des xviie-xviiie siècles.
-
[8]
En attendant mon édition de la Fundatio, je cite directement d’après le manuscrit. La numérotation des paragraphes est de mon fait.
-
[9]
Raoul est décédé le 30 décembre 1151 : Fundatio, § 87.
-
[10]
Fundatio, § 18: undecim vero transmare ad construenda duo abbatiarum loca ab eo missi fuerant.
-
[11]
Ainsi, Amédée, moine de Bonnevaux, fut-il envoyé (à sa demande, d’ailleurs) pour préparer l’installation de l’abbaye de Mazan (inculta coepit excolere, succidere silvas, dumeta extirpare, atque estruere hortos arboresque generis diversi plantare : Vita Amedei, éd. M.-A. Dimier, « Vita venerabilis Amedei Altae Ripae († c. 1150), auctore monacho quodam Bonaevallensi synchrono et oculato », Studia Monastica, t. 5, 1963, p. 265-304, à la p. 300, l. 39-41). L’article de T. Merton, « Father and Son Cistercians of the Twelfth Century : Blessed Amadeus of Hauterive, ‘The Elder’, and Saint Amadeus, Bishop of Lausanne », Cistercian Studies Quarterly, t. 43, 2008, p. 379-390, n’apporte pas grand-chose à la lecture des sources. Voir aussi la fondation de Beaumont (qui devint ensuite Mortemer) par l’abbaye du Pin (pas encore cistercienne à l’époque) : Eodem tempore, anno scilicet ab incarnatione Domini M°C°XXX°, praedictus vir venerabilis Robertus de Candos, pro salute animae suae et antecessorum et successorum suorum, in honore Dei et beatae Mariae semper Virginis volens construere coenobium, in loco ubi fratres saepius visitare posset, locum qui dicitur Belmont inter Strepenneium et Besu super aquam ex obliquo decurrentem acquisivit. Et advocatis quibusdam fratribus de Pinu, officinas ad recipiendum conventum congruas de proprio aedificavit, et ex altera viae adjacentis parte, versus forestam, terram ad tres carrucas in loco qui dicitur Marchebo comparavit et ibi carrucas fratribus instauravit (Relatio quomodo domus Mortuimaris sit fundata, éd. J. Bouvet, « Le récit de la fondation de Mortemer », Collectanea ordinis Cisterciensium reformatorum, t. 22, 1960, p. 149-168, à la p. 152).
-
[12]
La Fundatio précise simplement à son sujet (§ 17, n° 65) qu’il était prêtre et avait succédé à Foulques de Cambrai (futur auteur de la Fundatio ?) dans la charge de chantre.
-
[13]
Des campagnes d’Henri II contre les Gallois sont attestées à plusieurs reprises. Il peut s’agir de celle de l’été 1157, au cours de laquelle l’armée anglaise tomba dans une embuscade (R. W. Eyton, Court, Household and itinerary of King Henry II, Londres et Dorchester, 1878, p. 28-29) ; mais aussi de l’été 1158 (encore qu’il s’agisse peut-être de la même campagne : ibid., p. 39). Une autre campagne, au printemps 1163, voit Henri II ravager le Carmarthenshire, c’est-à-dire la région où se trouve Whitland (ibid., p. 62). Les expéditions ultérieures sont hors de cause, puisque la disgrâce de Gautier est antérieure à l’accession à l’abbatiat de Conon, attestée dès 1164.
-
[14]
Conon mourut à Albalanda, précise la Fundatio, § 17, n° 66.
-
[15]
Enoc est repris dans la liste des moines de la Fundatio, § 17, n° 67, mais sans indication supplémentaire.
-
[16]
Galles, Carmarthenshire, paroisse de Llan-Glan : P. Janauschek, Originum Cisterciensium tomus I (solus editus), Vienne, 1877, p. 61-62 ; L. H. Cottineau, Répertoire topo-bibliographique des abbayes et prieurés, 2 vol., Mâcon, 1939, au t. 2, col. 3452.
-
[17]
Treffgarn, Pembrokeshire, 6 miles au nord de Haverfordwest.
-
[18]
H. Pryce, « Patrons and patronage among the Cistercians in Wales », dans Archaeologia Cambrensis. Cylchgrawn Cymdeithas Hynafiaethau Cymru. Journal of the Cambrian Archaeological Association, t. 154, 2005, p. 81-95, à la p. 83 ; D. Knowles et R. Neville Hadcock, Medieval Religious Houses. England and Wales, Londres, 1971, p. 128 ; D. M. Robinson, The Cistercians in Wales. Architecture and Archaeology, 1130-1540, Londres, 2006, p. 294-297.
-
[19]
D’après P. Janauschek, Originum…, op. cit. (n. 16), p. 62 ; la plupart des chronologies, cependant, reprennent les dates de 1140 ou 1143.
-
[20]
D. Knowles, C. N. L. Brooke et V. London, The Heads of Religious Houses in England and Wales, I : 940-1216, 2e éd., Cambridge, 2001, p. 147. La mort de Cynan en 1176 est signalée par le Brut, des annales d’histoire galloise rédigées au début du xiiie siècle à l’abbaye de Strata Florida. Sur Cynan voir aussi ci-dessous ce que l’on pourra dire à propos de l’abbé Enoc.
-
[21]
Galles, Ceredigion : P. Janauschek, Originum…, op. cit. (n. 16), p. 151 ; L. H. Cottineau, Répertoire…, op. cit. (n. 16), t. 2, col. 3095-3096. D. M. Robinson, The Cistercians…, op. cit. (n. 18), p. 267-274.
-
[22]
D. Knowles et R. Neville Hadcock, Medieval Religious Houses…, op. cit. (n. 18), p. 126.
-
[23]
D. Knowles, C. N. L. Brooke et V. London, The Heads…, op. cit. (n. 20), p. 143.
-
[24]
D. Knowles et R. Neville Hadcock, Medieval Religious Houses…, op. cit. (n. 18), p. 126 ; D. M. Robinson, The Cistercians…, op. cit. (n. 18), p. 274-277.
-
[25]
Giraldus Cambrensis, Gemma Ecclesiastica, II, 17, éd. J. S. Brewer, Giraldi Cambrensis opera, t. 2, Londres, 1862 (Rerum britannicarum medii aevi scriptores), p. 248 : Item exemplum de abbate Enato, qui nostris similiter diebus in Wallia virgines in Christi obsequium congregavit et demum temptationibus succumbens, plures illic pregnantes effecit. Demumque cum una habitu rejecto joculariter discurrens, aufugit. Et cum annis pluribus se diaboli obsequiis in hunc modum mancipasset, reversus domum ad ordinem et matrem domum de qua exierat, quae Albalanda vocatur, juxta regulae Cisterciensis rigorem, non absque plurima compunctione receptus, poenitentiam digna devotione complevit.
-
[26]
Giraldus Cambrensis, Speculum Ecclesiae, III, 8, éd. J. S. Brewer, Giraldi Cambrensis opera, t. 4, Londres, 1873 (Rerum britannicarum medii aevi scriptores), p. 168-169.
-
[27]
Giraldus Cambrensis, Itinerarium Kambriae, I, 5, éd. J. S. Brewer, Giraldi Cambrensis opera, t. 6, Londres, 1868 (Rerum britannicarum medii aevi scriptores), p. 59-60 ; Enoch est identifié comme abbé de Strata Marcella, et sans doute le premier abbé de ce monastère, par D. Knowles, C. N. L. Brooke et V. London, The Heads…, op. cit. (n. 20), p. 144.
-
[28]
Sur ces fondations voir D. H. Williams, The Welsh Cistercians, Leominster, 2001, p. 5 ; sur Ithellus, voir G. C. Thomas, The Charters of the abbey of Ystrad Marchell, Aberystwyth, 1997, n° 4, p. 146-148.
-
[29]
Worcestershire, district de Wyre Forest : voir B. C. Crow, Herefordshire Place-Names, Oxford, 1989.
-
[30]
On ne connaît d’ailleurs, dans le diocèse de Hereford, que deux abbayes cisterciennes, Dore et Flaxley, hors de cause ici puisque l’une est de la lignée de Morimond, l’autre de celle de Cîteaux (Vaucelles étant de la filiation de Clairvaux).
-
[31]
Fundatio, § 17, n° 38: Willelmus Peronensis, subdiaconus. Hic in coenobio Russoc subcellerarius fuit et in hoc monasterio multis annis pergameni parator.
-
[32]
Fundatio, § 17, n° 55 : Godardus, sacerdos. Hic in coenobio Russoc cantor fuit. Tempore autem Alelmi abbatis 7° idus martii defunctus est.
-
[33]
Oxford, Balliol College, ms. 271 : il s’agit d’un cartulaire du début du xive siècle ; voir R. A. B. Mynors, Catalogue of the manuscripts of Balliol College, Oxford, Oxford, 1963, p. 286-288 et G. R. C. Davis, Medieval Cartularies of Great Britain. A Short Catalogue, Londres, 1958, n° 484, p. 55.
-
[34]
Copie du début du xive s., cartulaire du prieuré Saint Guthlac de Hereford, Oxford, Balliol College, ms. 271, n° 361, fol. LXVIr° (= 83r°).
-
[35]
Ce n’est pas le lieu ici de tenter un portrait de Roger de Port. On relèvera simplement qu’en 1143 il restitue à l’abbaye Saint-Pierre de Gloucester l’église Saint Guthlac d’Hereford, qu’il tenait injustement (W. R. Hatt, Historia et cartularium monasterii Sancti Petri Gloucestriae, 3 vol., Londres, 1863-1867, au t. 1, p. 86 et t. 3, p. 257-258). Sur ce personnage, apparemment actif de 1130/1143 à 1150/1154, voir la brève notice biographique dans Z. N. Brooke, A. Morey et C. N. L. Brooke éd., The Letters and Charters of Gilbert Foliot, Abbot of Gloucester (1139-1148), Bishop of Hereford (1148-1163), Bishop of London (1163-1187), Londres, 1967, p. 538.
-
[36]
J. Barrow éd., English Episcopal Acta, VII : Hereford 1079-1234, Oxford, 1993, p. XXXVIII-XL; Ead., Fasti ecclesiae anglicanae 1066-1300, VIII : Hereford, Londres, 2002, p. 3.
-
[37]
Robert d’Aubigni est cité dans deux actes de l’évêque Robert de Béthune pour le prieuré de Llantony, datables du 24 septembre 1143 au 17 décembre 1146 : J. Barrow, English Episcopal Acta…, op. cit. (n. 36), nos 41 et 42 p. 39-41.
-
[38]
Ibid., n° 27, p. 26-27 : Thomas et Gautier de Freine sont attestés dans un acte de l’évêque Robert de Béthune pour Saint Guthlac le 9 avril 1145; Gautier est aussi témoin d’un acte de Gilbert Foliot (ibid., n° 73, p. 58-59) pour l’abbaye de Gloucester (5 septembre 1148-1155) et entre 1148 et 1155 d’un autre acte du même pour Monmouth (ibid., n° 106, p. 72). Plusieurs membres de la famille de Freine furent chanoines de la cathédrale d’Hereford, notamment Walter, attesté en 1145 et chanoine en 1160/1180 : J. Barrow, Fasti…, op. cit. (n. 36), p. 92.
-
[39]
F. peut-être pour de Fraxino.
-
[40]
Copie du début du xive s., cartulaire du prieuré Saint Guthlac de Hereford, Oxford, Balliol College, ms. 271, fol. LXVIr° (= 83r°), acte non numéroté. Le parchemin est un peu déchiré sur la droite, de sorte que la fin des lignes manque.
-
[41]
D. Knowles, C. N. L. Brooke et V. London, The Heads…, op. cit. (n. 20), p. 143, p. 53.
-
[42]
Patrick est mentionné comme cellérier de Saint Guthlac dans un acte datable de 1143-1148 (J. Barrow, English Episcopal Acta…, op. cit. (n. 36), n° 26, p. 26) et est sans doute le sacristain de l’abbaye de Gloucester mentionné dans un acte datable de 1158-1163 (ibid., n° 79, p. 60-61). Il semble ici être en charge de l’église Saint-Pierre sur la place du marché d’Hereford.
-
[43]
Huic donationi assensum prebuit abbas Valcellensis monasterii et totum eiusdem loci conventum: Z. N. Brooke, A. Morey et C. N. L. Brooke éd., The Letters…, op. cit. (n. 35), n° 324, p. 380. Indiqué par J. Barrow, English Episcopal Acta…, op. cit. (n. 36), n° 90, p. 65. Traditionnellement daté de l’épiscopat de Gilbert Foliot à Hereford (1148-1163), cet acte est en réalité datable de 1153-1163 puisque, on l’a vu dans le document n° 3, en 1153 encore, Vaucelles a des liens avec Rushock.
-
[44]
Témoin d’un acte de Henri II pour l’abbaye de Gloucester (W.R. Hatt, Historia…, op. cit. (n. 35), t. 2, p. 76) ; Richard, archidiacre de Poitiers (avant 1163), puis évêque de Winchester (1173-1188) : cf. L. Delisle, Recueil des actes de Henri II, roi d’Angleterre et duc de Normandie, concernant les provinces françaises et les affaires de France. Introduction, Paris, 1909, p. 431-434.
-
[45]
Ibid., p. 418-419 : Raoul de Tamworth, clerc actif au service de Henri II de 1162 à 1174 environ.
-
[46]
A reçu un acte par lequel Henri II concédait plusieurs essarts à l’abbaye de Gloucester (W. R. Hatt, Historia…, op. cit. (n. 35), t. 2, p. 148). Mentionné de 1156 à 1167 dans les Pipe Rolls (L. Delisle, Recueil…, op. cit. (n. 44), p. 474).
-
[47]
Sur d’autres exemples d’échecs d’abbayes cisterciennes voir J. Bond, « The location and siting of Cistercian houses in Wales and the West », dans Archaeologia Cambrensis…, op. cit. (n. 18), p. 51-79, aux p. 72-73.
-
[48]
Oxford, Balliol College, ms. 271, fol. 125r°-129v°.
-
[49]
Fundatio, § 4: Domnus Radulfus 1us abbas coenobii hujus, natione fuit Anglicus, ortus in villa quae vocatur Merstona, in episcopatu Lincolniensi, juxta Bedefordiam sita.
-
[50]
Fundatio, § 17, n° 28 : Albericus, Anglicus, sacerdos, ductor laboris monachorum, et conversorum confessiones suscipiens, tempore David abbatis 7° idus januarii defunctus est.
-
[51]
Fundatio, § 17, n° 43 : Odo, Anglicus, sacerdos. Hic sacrista fuit et abbate David kalendis decembris obiit.
-
[52]
Fundatio, § 17, n° 47 : Radulfus de Merstona, diaconus. Succentor fuit, multa scripsit e quibus sunt ista : Historia Anglorum, Origenes super Cantica canticorum pars 2a, Origenes super Mattheum, Augustinus de genesi ad litteram et caetera ejusdem codicis, Isidorus Ethimologiarum, duo codices magistri Hugonis de sacramentis, sermones Bernardi abbatis et vita ejus cum vita sancti Malachiae, epistolae sancti Bernardi, passionale cujus initium est Passio sancti Bartholomaei, Vita sancti Martini, Genesis glosata, glosa in Marcum et Lucam, Augustinus de baptismo parvulorum, Gregorius Nazianzenus, antiphonarium unum integrum, item aliud antiphonarium parvulum in choro catenatum, psalterium in quodam breviario, missalia quatuor et dimidium, codex chartarum, regula sancti Basilii, tractatus Richardi super versum psalmi « quid est tibi mare », sermones et epistolae Leonis papae, Honorius super cantica canticorum. Quo scilicet opere inchoato, ipse perficiendus a Christo 7° idus januarii transivit ex hoc mundo.
-
[53]
Fundatio, § 17, n° 75: Robertus Cantuariensis.
-
[54]
Fundatio, § 17, n° 63 à 73 : 63us Nicolaus Walensis, subdiaconus, ambo sub abbate praefato obierunt. 64us Guntardus, levita, infirmarius et subcellerarius fuit et sub abbate Alelmo 12° kalendas martii obiit. 65usWalterus, sacerdos. Hic post Fulconem cantor fuit. Caetera de illo supra dicta sunt. 66us Chono piae memoriae post praefatum Walterum Blancelandae abbas, in quo videlicet monasterio defunctus requiescit. 67us Enoc primus abbas Vallis Floridae. 68us Morinus, sacerdos. 69us Joannes et 70us Joannes sacerdotes. 71us Jacob. 72us Madoc. 73us Rogerus. Hi omnes decem Walenses fuerunt.
-
[55]
Fundatio, § 17: Quidam vero novitius, nomine Bledul, Walensis natione, gradu sacerdos, sub abbate Radulfo defunctus est.
-
[56]
Fundatio, § 155.
-
[57]
D’après la Relatio quomodo domus Mortuimaris sit fundata, éd. J. Bouvet, « Le récit… », op. cit. (n. 11), à la p. 157, l. 265 ; voir P. Gallagher, « The Cistercian Church at Mortemer : a Reassessment of its chronology and possible sources », dans Studies in Cistercian Art and Architecture, M. P. Lillich éd., Kalamazoo, 1982, p. 53-70.
-
[58]
Fundatio, § 21, nos 75 et 79.
-
[59]
J. Burton, « Homines sanctitatis eximiae, religionis consummatae : the Cistercians in England and Wales », dans Archaeologia Cambrensis…, op. cit. (n. 18), p. 27-49, à la p. 37.
-
[60]
Fundatio, § 12. Voir supra p. 798-799.
-
[61]
Tout ceci a été découvert par P. G. Schmidt, « Die Vision von Vaucelles (1195/1196) », Mittellateinisches Jahrbuch, t. 20, 1985, p. 155-163.
-
[62]
D. Knowles et R. Neville Hadcock, Medieval Religious Houses…, op. cit. (n. 18), p. 115.
-
[63]
J. Bond, « The location… », op. cit., (n. 47), p. 56 ; D. Knowles et R. Neville Hadcock, Medieval Religious Houses…, op. cit. (n. 18), p. 121.
-
[64]
J. Burton, « The Foundation of the British Cistercian Houses », dans Cistercian Art and Architecture in the British Isles, C. Norton et D. Park éd., Cambridge, 1986, p. 24-39, à la p. 37 ; et J. Burton, « Homines… », op. cit. (n. 59), p. 27-32.
1L’abbaye de Vaucelles [1], fondée en 1132 par Bernard de Clairvaux et située dans la vallée de l’Escaut, un peu au sud de Cambrai, est rapidement devenue une abbaye de grande importance, comme l’attestent les quelques bâtiments qui en restent [2]. Elle a suscité deux études au xixe siècle [3] et surtout quelques articles de Stéphane Lebecq, à la suite de son mémoire de diplôme d’études supérieures [4]. Les chartes du xiie siècle, enfin, en ont été récemment publiées. Stéphane Lebecq est aussi, on le sait, un spécialiste de l’histoire des îles Britanniques [5]. Or Vaucelles, la chose est totalement inconnue, a eu des liens éphémères mais intenses avec l’Angleterre et le Pays de Galles au xiie siècle. C’est ce que montrent quelques documents inédits, que j’ai eu la bonne fortune de retrouver et que j’essaierai ici de présenter et de mettre en perspective, réunissant ainsi deux des centres d’intérêt du dédicataire de ce volume.
La Fundatio abbatiae de Valcellis
2Le premier de ces textes inédits est une Fundatio abbatiae de Valcellis, un récit de la fondation de l’abbaye de Vaucelles, qui décrit non seulement les débuts de l’abbaye, mais surtout ce qu’on pourrait appeler la vie et l’œuvre de son premier abbé, Raoul de Marston (1132-1151) [6]. Ce texte, écrit sans doute au début des années 1180 par un moine entré à Vaucelles en 1135, peut-être un certain Foulques de Cambrai, est très riche et souvent étonnant [7]. Il n’est pas possible ici d’en exposer toute l’importance pour l’histoire cistercienne. On relèvera surtout que cette Fundatio explique que l’abbaye de Vaucelles fonda deux abbayes outre-mer, c’est-à-dire en Grande-Bretagne. Il s’agit là d’une indication totalement inconnue jusqu’à présent. Commençons par étudier ce texte :
3Texte 1 : La Fundatio abbatiae de Valcellis [8] La Fundatio parle à plusieurs reprises des fondations britanniques de Vaucelles. On trouvera ces différents passages réunis ici :
4Reprenons d’abord les informations transmises par ce texte. Selon celui-ci, l’abbaye de Vaucelles aurait fondé en Grande-Bretagne deux abbayes, celles de Russoc (huit mois après la mort de Raoul, c’est-à-dire vers la fin août 1152) [9] et de Travagar (cette même année 1152), cette dernière ayant elle-même fondé Stratum Floridum. Ces fondations avaient été préparées, puisqu’à la mort de Raoul déjà onze des moines de Vaucelles étaient outremer pour préparer l’installation des deux abbayes [10]. Il était habituel d’envoyer une sorte d’avant-garde chargée de préparer le terrain, avant l’arrivée du couvent proprement dit [11].
5Russoc fut placée sous la direction de Jean, prieur de Vaucelles, mais un raid de Gallois détruisit l’abbaye et découragea l’abbé, qui revint à Vaucelles au plus tard sous l’abbatiat de Nicolas (1160-1163). La fondation de Travagar fut en fait assumée par Bernard de Clairvaux, qui y mit un de ses moines, Yves. Ce dernier démissionna assez rapidement, et fut remplacé par le chantre de Vaucelles, Gautier [12], qui dut cependant quitter sa charge après avoir suscité l’hostilité du roi Henri II au cours d’une campagne contre les Gallois [13], et fut remplacé par le prieur de Travagar (l’abbaye, entre-temps, avait changé de lieu), Conon, moine de Vaucelles [14]. Conon à son tour fonda l’abbaye de Vallis florida ou Stratum floridum, qu’il confia à un autre moine de Vaucelles, Enoc [15]. Enoc connut un important succès, puisqu’après quatre ans de gouvernement il avait réuni autour de lui 30 moines et 40 convers. À son tour, il fonda une abbaye-fille, non nommée. L’auteur de la Fundatio termine ce passage en insistant sur le fait que tous ces moines d’outre-mer savent pertinemment qu’ils sont des enfants de Vaucelles. Il cite notamment une expression de l’abbé Conon, lorsqu’il fonda Vallis florida : « Vaucelles est devenue grand-mère ! ».
6Des trois abbayes ainsi citées, deux se laissent facilement reconnaître : Travagar et Vallis Florida. On commencera par présenter celles-ci, avant d’étudier le cas, plus difficile, de Russoc, et de terminer par quelques considérations sur le « tropisme britannique » de Vaucelles.
Whitland et Strata Florida
7Travagar, ou Blancalanda ou encore Recevet dans le pays de Galles, diocèse de Saint David, correspond sans aucun doute à Treffgarn, plus connue sous le nom de Whitland [16]. Whitland a été fondée le 16 septembre 1140 à Treffgarn [17] par Bernard, évêque de Saint David [18]. Il faut noter cependant que si la plupart des chronologies cisterciennes placent la fondation en 1140 ou 1143, il en est trois qui donnent comme date de fondation de Whitland le 21 septembre 1151 [19]. Cela correspond assez bien aux indications de la Fundatio (qui parle cependant plutôt de 1152). C’est à cette date en tout cas que la communauté quitte Treffgarn pour gagner Whitland. Il n’est d’ailleurs pas totalement assuré qu’elle ait été cistercienne avant 1151/1152. La liste des abbés qu’on connaît comprend un Morfran qui exerce l’abbatiat jusqu’en 1147, puis un Conan cité en 1166 et abbé jusqu’à sa mort en 1176 [20] et qu’on peut identifier à Conon de Vaucelles. Dans la mesure où c’est Conon, selon la Fundatio, qui a fondé Strata Florida [en 1164], l’abbatiat de Conon a donc commencé au plus tard à cette date, et même sans doute un peu plus tôt. Les informations de la Fundatio confirment donc ce qu’on savait par ailleurs, en ajoutant que Clairvaux, traditionnellement considérée comme abbaye-mère de Whitland, reprit en fait la fondation que Vaucelles avait commencée.
8Vallis florida ou Stratum Floridum, c’est l’abbaye de Strata Florida (Ystrad Fflur) [21], également dans le diocèse de Saint David, à un jour de marche de Whitland. Strata Florida est connue comme fondation de Whitland, dans la lignée de Clairvaux. La fondation daterait de 1164, à l’initiative de Robert Fitz Stephen, mais dès 1165 Rhys ap Gruffyd, prince des Galles du sud en avait pris le contrôle [22]. Le premier abbé traditionnellement connu est David, cité en 1185 [23].
9Le cas d’Enoc pose problème. Car Giraud le Cambrien mentionne à deux reprises un abbé Enoc, qu’il rattache cependant à Strata Marcella (Estratmarchel, autre fille de Whitland, fondée en 1170 [24]), et non à Strata Florida, fondée en 1164. Dans son Gemma Ecclesiastica, Giraud explique qu’un abbé Enatus rassembla en Galles de nombreuses jeunes filles pour les attacher au service de Dieu, mais que, séduit par le diable, il céda aux tentations, en mit plusieurs enceintes et s’enfuit avec l’une d’elles. Il se repentit cependant (après plusieurs années), revint à l’ordre de Cîteaux et à la maisonmère d’où il était sorti, c’est-à-dire Whitland, et y fit une digne pénitence [25]. Dans son Speculum Ecclesiae, Giraud reprend le même récit, mais en plus détaillé et plus littéraire. Il ajoute que c’est à Lansanfret qu’Enoc avait rassemblé ses moniales, mais il restreint le pouvoir de séduction d’Enoc à une seule d’entre elles ; il ne mentionne d’autre part pas de retour à la vie religieuse [26]. Enfin, dans son Itinerarium Kambriae, Giraud attribue à l’abbé Cynan de Whitland, donc notre Conon originaire de Vaucelles, le mérite d’avoir remis sur le droit chemin Enoc, ici clairement identifié comme abbé de Strata Marcella [27].
10Comme il est peu probable que les abbés de Strata Florida et Strata Marcella se soient tous deux, par hasard, appelés Enoc, il faut admettre soit qu’Enoc fut abbé de l’un, puis de l’autre monastère ; soit que l’un des deux auteurs en cause, Giraud le Cambrien ou l’auteur de la Fundatio abbatiae de Valcellis, a commis une erreur en confondant Strata Florida et Strata Marcella. On pourrait penser a priori que notre Cambrésien est moins bien informé que le Cambrien Giraud. Mais l’auteur de la Fundatio mentionne une fondation faite par Enoc : il n’en donne pas le nom, mais il s’agit sans doute de Llantanarm, fondée par Strata Florida en 1179. La première, et d’ailleurs seule, fondation due à Strata Marcella, est celle de Valle Crucis en 1200, donc trop tard pour nous. On ajoutera qu’en 1176 l’abbé de Strata Marcella s’appelait Ithellus, tandis qu’aucun document de cette abbaye ne parle d’un abbé Enoc [28]. Sans permettre aucune certitude, cela permet cependant de penser plutôt à rattacher Enoc à Strata Florida.
Rushock [29]
11L’abbaye de Rushock est totalement inconnue : aucun répertoire de monastères cisterciens, aucune étude sur l’ordre de Cîteaux en Angleterre, ne la recense [30]. Ce silence cependant n’est pas étonnant, puisque la Fundatio explique que Rushock fut abandonnée après avoir été détruite par les Gallois. Si l’existence de l’abbaye semble avoir été éphémère, la Fundatio ajoute cependant d’autres éléments à son sujet. On sait, grâce à la liste des moines de l’abbaye, que c’est un Guillaume de Péronne, sous-diacre, qui y a été souscellérier et qui y était également chargé de la préparation du parchemin [31]. Le chantre était le prêtre Godard, qui mourut entre 1166 et 1180 [32]. Aucun autre texte, à ma connaissance, ne mentionne l’abbaye de Rushock. Mais d’autres documents font état d’un lien entre Rushock et Vaucelles, ou permettent de retracer en partie la genèse de ce lien. Quatre chartes en particulier, tirées du cartulaire du prieuré Saint-Guthlac d’Hereford [33], permettent de reconstituer, malheureusement encore très partiellement, la brève histoire de l’abbaye de Rushock.
12Texte 2 : charte de Roger de Port [34]
13Le plus ancien document émane de Roger de Port [35], et peut être daté de l’épiscopat, à Hereford, de Robert de Béthune, c’est-à-dire qu’il est postérieur au 28 juin 1131 et antérieur au 16 avril 1148 [36].
| Rogerus de Port, omnibus sancte matris Ecclesie filiis, salutem. Notum sit omnibus vobis tam modernis quam posteris me in perpetuum dedisse Deo et sancte Marie de Archivalle, omnibus sanctis et monachis de Cisterciensi ordine ibidem Deo servientibus totam terram meam de Russoc per divisas suas in bosco et plano et aquis, ac [ms. : et] abbatiam construendam, libere et quiete, ab omni humana exactione et terreno servicio ; preterea, communitatem ceterarum terrarum mearum in forestis, silvis, aquis, pascuis, ad omnes usus suos cum omni quietudine et libera consuetudine pro salute anime mee, patris et matris et uxoris mee, liberorum et omnium amicorum meorum tam predecessorum quam successorum. Hoc vero totum actum est benigno consensu Sibille sponse mee et filiorum meorum Ade et Henrici. Hujus donacionis et concessionis sunt testes Robertus Betuniensis Herefordensis episcopus, Robertus de Albiniaco [37], Willelmus de Beiense, Henricus frater meus, Galterus de Fraxino, Thomas de Fraxino [38], Radulfus de Fraxino, Iuvonis de Fraxino, Lucas F. [39], Thomas juvenis de Fraxino et alii multi. | Roger de Port, à tous les fils de la sainte mère l’Église, salut. Qu’il soit connu de vous tous, tant ceux d’aujourd’hui que ceux de demain, que j’ai donné en perpétuité à Dieu et sainte Marie d’Archivallis, à tous les saints et moines de l’ordre de Cîteaux qui y servent Dieu, toute ma terre de Russoc en toutes ses divisions, en bois, en plaine, en eaux, pour construire une abbaye librement et tranquillement, sans aucune redevance humaine ou service terrestre ; en outre, la communauté de mes autres terres en forêts, bois, eaux, prés pour tous leurs usages, en toute quiétude et en coutume libre, pour le salut de mon âme, de celle de mon père, de ma mère, de mon épouse, de mes enfants, de mes amis, de mes prédécesseurs comme de mes successeurs. Tout ceci a été fait avec le consentement généreux de mon épouse Sybille, de mes fils Adam et Henri. Les témoins de cette donation et concession sont Robert de Béthune, évêque de Hereford, Robert d’Aubigni, Guillaume de Beiense, Henri mon frère, Gautier de Freine, Thomas de Freine, Raoul de Freine, Yves de Freine, Lucas F., Thomas de Freine le Jeune et beaucoup d’autres. |
14La terre de Rushock est donc donnée, avant 1148, à l’abbaye cistercienne d’Archivallis. Cette dernière est totalement inconnue : était-elle située en Angleterre, au pays de Galles ou sur le continent ? À quelle filiation cistercienne se rattachait-elle ? Aucune réponse ne peut, actuellement, être apportée à ces questions.
15Texte 3 :
16Un deuxième document du cartulaire de Saint Guthlac de Hereford nous intéresse grandement, puisqu’il émane de l’abbé de Vaucelles Richard et porte une date précise ; il a été donné à Hereford en 1153 [40] et est destiné à Hamelin, abbé de Saint-Pierre de Gloucester (1148-1179) [41], dont dépendait le prieuré Saint Guthlac de Hereford.
| Amalino venerando Glovecestri abbati, Richoardus, Dei miseracione ecclesie Valcellensis vocatus abbas, salutem [… dona]ciones quas fratres nostri dompno [ms. : drompno] Patricio [42] ecclesie Sancti Petri Herefordensis fecerunt t[….] que [ms. : quoniam] Russoc dicitur [ms. : dicunt] sub presentia et testimonio Herefordensis episcopi benivole et gratan[ter] cum ad nos spectare videtur impertimur assensum. Val[ete]. Actum est Hereford[ie in] capitulo Herefordiensi, anno incarnati Verbi M°C°LIII°, indictione prima, domino G[isleberto] episcopo concedente et omni capitulo inde testimonium perhibente. | À Amelin, vénérable abbé de Gloucester, Richard, par la grâce divine appelé abbé de l’église de Vaucelles.… les donations que nos frères ont faites à Patrick, de l’église de Hereford,… qui est dite Russoc… nous donnons volontiers et sans réserve notre accord, pour autant que cela nous concerne, en présence et par le témoignage de l’évêque de Hereford. Fait à Hereford, au chapitre de Hereford, en l’an du Verbe incarné 1153, indiction 1, le seigneur évêque Gilbert le concédant et tout le chapitre apportant son témoignage. |
17Il est malheureusement très difficile de comprendre le sens exact de ce document. Du moins confirme-t-il le lien qui existait entre Vaucelles et Rushock. Il signifie aussi que Roger de Port a repris Rushock, sans doute parce qu’Archivallis avait disparu, et l’avait donnée à Vaucelles dans l’espoir d’en faire une abbaye.
18Texte 4 :
19Le troisième document émane d’une des grandes figures de l’épiscopat anglais du xiie siècle, Gilbert Foliot. Il date de l’épiscopat de celui-ci à Hereford (1148-1163), après son abbatiat à Gloucester et avant son épiscopat londonien qui le vit s’opposer fortement à Thomas Becket. Dans un acte non daté, mais que l’on peut placer entre 1153 et 1163, Gilbert Foliot notifie qu’Adam de Port a donné au prieuré Saint Guthlac de Hereford sa terre située à Rushock, et précise que cette donation a recueilli le consentement de l’abbé et du couvent de Vaucelles [43]. Indication précieuse, puisqu’elle confirme qu’il y eut un lien entre Rushock et Vaucelles, mais information un peu maigre quand même. Elle suggère tout de même que la fondation de l’abbaye de Rushock fut un échec. Adam de Port reprit donc une deuxième fois sa terre et en fit don, cette fois, à Saint Guthlac d’Hereford.
20Texte 5 :
21Enfin, par un acte daté de 1164, Adam de Port, fils et successeur de Roger, donne tous ses biens situés à Rushock au prieuré Saint Guthlac. C’est cet acte qui est confirmé par l’évêque Gilbert Foliot dans le document cité ci-dessus ; il est également confirmé dans un acte non daté du roi Henri II. Il en existe deux copies du début du xive siècle dans le cartulaire du prieuré Saint Guthlac de Hereford, au fol. 65v°, n° 359 (B) et 65v°-66r°, n° 360 (C).
| Sciant presentes et posteri quod ego Adam de Port dedi et concessi Deo et ecclesie apostolorum Petri et Pauli [et Pauli om. B] et Sancti Guthlaci Herefordie et monachis ibidem Deo servientibus in liberam, puram et perpetuam elemosinam totam terram de Russoc [Rossoc C], quam pater meus prius [prius om. C] dederat religioni per divisas suas in bosco et plano, in aquis et molendinis, in pratis et pascuis, in viis et semitis et in omnibus aliis locis [locis aliis C] ad me pertinentibus cum omnibus libertatibus et liberis consuetudinibus quas ego et antecessores mei in prefata terra habuimus bene et in pace libere et quiete, plenarie… integre et honorifice [plenarie… honorifice om. B] et absque omni terreno servicio et consuetudine et humana exactione et omnibus assisis, ita quod nemini respondeat inde de aliquo. Ego vero [etiam C] et successores mei pro eis omnibus respondebimus et erga eos omnes [omnes eos C] adquietabimus. Concedo etiam eis et hominibus suis de prefata terra communitatem ceterarum terrarum mearum in forestis, silvis, et pascuis ad omnes usus suos et hominum suorum cum omni quietudine et libera consuetudine pro salute anime mee et [et om. B] patris et matris et [et om. C] uxoris mee et liberorum [et liberorum om. B] et omnium amicorum meorum tam predecessorum quam successorum, et si quis prenominatam terram calumpniatus fuerit, ego et successores mei eam illis warantizabimus et si warantisare [warantizacione B] non poterimus, dabimus eis excambium ad estimacionem et valorem predicte terre. Hec autem facta sunt anno incarnatione Domini M°C°LX°IIII°, in presencia domini Henrici regis secundi apud Wygorniam et quoniam donationem istam in perpetuum ratam et firmam esse volo, eam presentis scripti auctoritate et sigilli mei impressione communio. Hujus rei testes sunt Ricardus archidiaconus Pictaviensis [44], Galfridus archidiaconus Cantuariensisl), magister Radulfus de Bellomonte, magister Radulfus de Tampworth [45] clericus regis, Radulfus de Ledeburia, Nicholaus filius Mauricii, Willelmo de Bellocampo [46], Brien de Bromptonia, [R]ogero de Sanfort, Hugone forestario, Waltero de Agneburia, Thomas Delfancer, Radulfus de Fraxino juvenis, Radulfus de Baskervilla et alii [en C, à partir d’ici, la liste de témoins est remplacée par et multis aliis in scripto contentis]. | Que sachent les présents et les futurs que moi, Adam de Port, j’ai donné et concédé à Dieu et à l’église des apôtres Pierre et Paul et de saint Guthlac d’Hereford et aux moines qui y servent Dieu, en aumône libre, pure et perpétuelle, toute la terre de Rushock que mon père avait d’abord donnée à la religion à travers toutes ses divisions, en bois et en plaine, en eaux et en moulins, en prés et en pâturages, en routes et en chemins et en tous autres lieux qui m’appartiennent, avec toutes les libertés et les libres coutumes que moi et mes ancêtres nous avions sur cette terre, bien et en paix, librement, tranquillement, pleinement, intégralement et avec honneur et sans aucun service terrestre ni coutume ou redevance humaine ou assise, de sorte qu’elle ne réponde à personne de quoi que ce soit. Moi et mes successeurs nous répondrons à tous pour tout cela, et nous désintéresserons tout le monde à leur égard. Pour le salut de mon âme et de celles de mon père, ma mère, ma femme, mes enfants et tous mes amis tant anciens qu’à venir, je leur concède aussi, et à leurs hommes de cette terre, la communauté de toutes mes autres terres en forêts, bois, pâturages pour tous leurs usages et ceux de leurs hommes, en toute tranquillité et en libre coutume. Et si quelqu’un revendiquait cette terre, moi et mes successeurs je la leur garantirai et si je ne peux la garantir je leur donnerai un bien en échange selon l’estimation et la valeur de cette terre. Ceci a été fait en l’an de l’incarnation du Seigneur 1164, à Winchester, en présence du seigneur roi Henri II. Et parce que je veux que cette donation soit confirmée et ratifiée à perpétuité, je la renforce par l’autorité du présent écrit et par l’impression de mon sceau. Témoins de cette chose : Richard archidiacre de Poitiers, Geoffroi archidiacre de Canterbury, maître Raoul de Beaumont, maître Raoul de Tampworth clerc du roi, Raoul de Ledeburia, Nicolas fils de Maurice, Guillaume de Beauchamp, Brian de Brompton, Roger de Sanfort, Hugues forestier, Gautier d’Agneburia, Thomas Delfancer, Raoul de Freine le Jeune, Raoul de Baskerville et d’autres. |
22Cet ensemble de documents permet de reconstituer l’histoire suivante : entre 1131 et 1148, Roger de Port souhaite faire une donation pieuse et utilise à cet effet sa terre de Rushock, dans le Worcestershire. Il décide de donner cette terre à l’abbaye cistercienne d’Archivallis. Cette abbaye est totalement inconnue, ou plus exactement la seule mention qu’on en ait se trouve dans l’acte de donation de la terre de Rushock par Roger de Port. C’est donc sans doute une abbaye cistercienne qui a rapidement périclité, rendant à Roger la terre qu’il avait donnée [47]. Roger se tourna alors vers l’abbaye de Vaucelles, et dans le courant de l’année 1152 les moines de Vaucelles, conduits par leur abbé Richard, arrivèrent dans le diocèse d’Hereford, où Richard lui-même resta quelques mois. Après quelques mois ou quelques années d’un fonctionnement qu’on peut supposer difficile (peut-être la dotation était-elle trop faible, ce qui expliquerait qu’en fin de compte ne s’établit à Rushock ni abbaye, ni même prieuré), un raid gallois aboutit à la destruction de l’abbaye et acheva de décourager les moines, qui préférèrent rentrer à Vaucelles. Adam de Port, à qui revient donc la terre, en fit don au prieuré Saint Guthlac de Hereford, en prenant soin de faire accepter ce don par l’abbé et le couvent de Vaucelles.
23Un dernier indice, il est vrai assez anecdotique, du lien entre Rushock et Vaucelles réside dans le fait que, dans la liste des tenanciers de Saint Guthlac, écrite et organisée par paroisses dans le cartulaire de ce prieuré, les paroissiens de Rushock, et eux seuls, ont à payer des redevances à la Saint-Pierreaux-Liens (1er août) [48] : ce jour est celui de la fondation de Vaucelles, ou pour être plus précis de l’arrivée à Vaucelles des moines envoyés de Clairvaux.
Le tropisme britannique de Vaucelles
24Tout cela n’explique pas pourquoi l’abbaye de Vaucelles a été mêlée à ces histoires britanniques, alors qu’elle était située en Empire, a priori sans lien évident avec l’Angleterre ou avec le pays de Galles. En fait, l’abbé Raoul avait d’excellentes raisons de s’intéresser à l’Angleterre : il était lui-même anglais, né à Marston, dans le diocèse de Lincoln, non loin de Bedford [49]. Plusieurs autres moines de Vaucelles étaient eux aussi originaire d’outre-mer. Un des passages les plus intéressants de la Fundatio est celui qui donne une liste des moines entrés à Vaucelles sous l’abbatiat de Raoul. Parmi eux, et outre l’abbé Raoul, on relève quatre Anglais : le prêtre Albéric, responsable du travail des moines, confesseur des convers, mort un 7 janvier entre 1163 et 1166 [50] ; Odon, prêtre et sacristain, qui mourut entre 1163 et 1166 [51] ; Raoul de Marston, diacre, sous-chantre, scribe prolifique qui écrivit près de 30 manuscrits et qui sans doute était un neveu de l’abbé Raoul, dont il partageait le nom et l’origine [52] ; et un certain Robert de Canterbury [53].
25Il y avait surtout un important contingent de Gallois. Onze d’entre eux sont repris dans la liste des moines entrés à Vaucelles durant l’abbatiat de Raoul : le sous-diacre Nicolas ; le diacre, infirmier, puis sous-cellérier Gontard, mort entre 1166 et 1181 ; Gautier, qui devait devenir abbé de Whitland ; Conon, successeur de Gautier comme abbé de Whitland ; Enoc, premier abbé de Strata Florida ; Morin, prêtre ; Jean, prêtre ; Jean, prêtre ; Jacob; Madoc; Roger [54]. Il faut y ajouter un certain Bledul, mort comme novice sous l’abbatiat de Raoul, mais qui était déjà prêtre [55]. Dernier ajout : Adam, moine de Clairvaux, envoyé en renfort provisoire à Vaucelles, et qui devint ensuite abbé de Mortemer [56], était d’origine anglaise [57]. Parmi les convers la présence de Gallois ou d’Anglais était beaucoup plus rare. Il est vrai que la Fundatio indique beaucoup moins souvent l’origine géographique des convers que celle des moines profès. On ne relève en tout cas qu’un Gallois, Simon, et l’Anglais Robert de Bedford [58].
26Cette question de l’origine géographique des moines n’est évidemment pas anecdotique. On a par exemple déjà pu mettre en évidence des liens semblables dans le cas de Rievaulx : plusieurs moines originaires du Yorkshire étaient entrés à Clairvaux, dont Guillaume qui devint en 1132 le premier abbé de Rievaulx [59]. Il est d’ailleurs assez logique qu’au moment d’essaimer dans une région lointaine Bernard de Clairvaux ait cherché à s’appuyer sur des moines familiers de ces régions.
La permanence des liens entre Vaucelles et sa descendance
27Les liens entre Vaucelles et sa descendance persistèrent-ils, alors même que l’une de ses filles, Rushock avait disparu, et que l’autre, Whitland, avait été récupérée par Cîteaux ? Deux indices permettent de penser que oui. D’une part, on l’a vu, l’auteur déclare avoir souvent entendu l’abbé Conon de Whitland dire que ses moines aimaient beaucoup Vaucelles, dont ils se reconnaissaient comme les fils, poussant même des soupirs « Ah, Vaucelles ! » [60]. L’auteur lui-même ne semblant pas avoir été à Whitland, c’est donc que Conon revenait régulièrement à Vaucelles. C’est d’ailleurs parfaitement logique, puisque Conon passait certainement par Vaucelles quand il allait au chapitre général de Cîteaux.
28On peut même avancer un autre – et peut-être dernier – lien entre Vaucelles et sa petite-fille Strata Florida. Un manuscrit du début du xiiie siècle, provenant de l’abbaye cistercienne de Salem (Bade-Wurtemberg), contient un ensemble de textes anglais (Historia regum Britanniae de Geoffroi de Monmouth, Purgatorium Patricii, «Vision d’Eynsham » et quelques récits de mirabilia et miracula transmis à Salem par un Anglais, Regnaldus, qui y devint moine). Parmi ces récits figure celui des visions qu’aurait eues en 1195 et 1196 un moine de Vaucelles. L’éditeur de ce texte suppose qu’il est arrivé à Salem depuis Coggeshall, grâce à Ralph de Coggeshall, auteur dans les années 1220 d’un Chronicon Anglicanum. Or le même Ralph de Coggeshall connaît aussi une vision qu’aurait eue en 1202 un moine de Strata Florida, et les deux visions, celle de Vaucelles et celle de Strata Florida, sont citées dans la Visio Thurkilli [61]. On est donc amené à se demander si les récits des visions de Vaucelles et de Strata Florida n’ont pas circulé ensemble, et si ce destin commun n’est pas lié au maintien, encore au début du xiiie siècle, de liens entre les deux abbayes. Ainsi, Vaucelles est peut-être restée plus proche de Strata Florida que de Whitland. En tout cas, on est intrigué de noter que l’auteur de la Fundatio ne mentionne pas la fondation par Whitland de l’abbaye de Cwmhir en 1176 [62], mais bien celle de Llantanarm par Strata Florida en 1175/1179 [63].
Conclusion
29Cette étude permet d’aboutir à deux conclusions. D’une part, d’un point de vue largement événementiel, elle attire l’attention sur des liens inconnus entre Vaucelles et la Grande-Bretagne. Surtout, elle permet de réfléchir à l’organisation de l’expansion cistercienne. On savait déjà que c’est Whitland qui a réellement lancé la colonisation cistercienne, ou du moins claravallienne, du pays de Galles et des régions anglaises limitrophes [64]. En effet, quand, au début des années 1150, Bernard a décidé de lancer la « colonisation claravallienne » de l’Angleterre occidentale et du pays de Galles, il y avait déjà en Angleterre des fondations de l’Aumône à Waverley en 1128 (mère de Garendon en 1133 et de Forde en 1136) et Tintern en 1131. Clairvaux était arrivée en 1132 avec la fondation de Rievaulx (elle-même mère de Warden et Melrose en 1136) et la reprise de Fountains en 1133 (mère de Haverholme, ensuite Louth Park, en 1137). Mais tout cela concernait le nord et l’est de l’Angleterre. À l’ouest et au pays de Galles, les Claravalliens sont rares jusqu’à la fondation, mal connue et sans doute difficile, de Whitland sur son premier site de Trefgarn en 1140, puis celle de Margam en 1147.
30Or nous savons désormais qu’il y avait, avant 1148, une abbaye cistercienne dénommée Archivallis. Certes, rien ne prouve qu’elle était située en Angleterre occidentale : mais où qu’elle fût, elle possédait la terre de Rushock, dans le diocèse d’Hereford. Cette abbaye cependant, comme celle de Rushock proprement dite, fondée (au même endroit ?) par Vaucelles en 1152, échoua : cela rappelle qu’à côté des centaines d’abbayes cisterciennes fondées au XIIe siècle et que l’on connaît, il faut en ajouter d’autres, mal placées et insuffisamment dotées.
31Enfin, Vaucelles a visiblement été une base de départ, ou un relais, pour cette « colonisation claravallienne ». Avait-elle été dès 1132 conçue comme telle ? C’est peu probable. À l’époque, Clairvaux n’avait pas encore beaucoup de filles, et sans doute Bernard ne pouvait-il imaginer le succès de son abbaye. Il est plus probable que lorsqu’une expansion anglo-galloise fut possible, Bernard songea à Vaucelles : cette abbaye comptait plusieurs dizaines de moines, était dirigée par un Anglais et était sur la route entre les Îles Britanniques et Cîteaux.
Chronologie des événements
32Il est apparu intéressant, pour essayer de clarifier la lecture de cet exposé, de donner ici sous forme récapitulative une chronologie des fondations britanniques de Vaucelles.
Mots-clés éditeurs : abbaye, Angleterre, Cisterciens, monachisme, Vaucelles
Date de mise en ligne : 27/03/2013
https://doi.org/10.3917/rdn.391.0795