Vingt ans de prospection dans les Weppes, entre Deûle et Lys
Pages 63 à 74
Citer cet article
- HERBIN, Patrice,
- LORIDANT, Frédéric
- et LOUVION, Christine,
- Herbin, Patrice.,
- et al.
- Herbin, P.,
- Loridant, F.
- et Louvion, C.
https://doi.org/10.3917/rdn.383.0063
Citer cet article
- Herbin, P.,
- Loridant, F.
- et Louvion, C.
- Herbin, Patrice.,
- et al.
- HERBIN, Patrice,
- LORIDANT, Frédéric
- et LOUVION, Christine,
https://doi.org/10.3917/rdn.383.0063
Notes
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[*]
Patrice Herbin, Frédéric Loridant et Christine Louvion, Conseil général du Nord, Service archéologique, HALMA – IPEL UMR 8164 (CNRS, Lille 3, MCC).
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[1]
Il convient de remercier et d’associer à cet article les membres de l’association et notamment MM. Y. Hoogardie et R. Hémeryck qui n’ont pas hésité à nous accorder de leur temps en assistant à chaque séance de travail et bien évidemment de rendre hommage à la qualité de leur travail. Nous tenons également à remercier G. Leman-Delerive (HALMA-IPEL UMR 8164 (CNRS, Lille 3, MCC) qui est à l’origine de ce projet, K. Bouche et M.-C. Michel (Centre archéologique de Seclin) pour leur disponibilité, D. Mathiot (Conseil général de la Moselle) et R. Ménard (Conseil général du Nord) pour leur collaboration.
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[2]
Loridant 1999, 2000.
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[3]
Leman-Delerive 2003.
-
[4]
Revillion, Wozny 1994
-
[5]
Delmaire 1996, p. 283 ; Révillion, Hannois 2003, p. 17.
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[6]
Revillion, Wozny 1994
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[7]
Martial 2001.
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[8]
Bourgeois et al. 2003.
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[9]
Herbin 2003a.
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[10]
Herbin 2001 ; Herbin, Loridant 2003.
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[11]
Revillion, Bouche 2003.
-
[12]
Herbin 2002 ; Herbin, Loridant 2003.
-
[13]
Blondiau et al. 2005.
-
[14]
Blondiau et al. 2005.
-
[15]
Corsiez, Willot 2007.
-
[16]
Blondiau et al. 2001. La majorité des indications typologiques concernant la céramique commune sombre font référence à cet article.
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[17]
Deru 2005.
-
[18]
Blondiau et al. 2005, fig. 22, n° 3.
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[19]
Praud et al. 2004.
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[20]
Herbin 2001.
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[21]
Calonne, Loridant 2003
-
[22]
Herbin 2003b.
-
[23]
Franchomme et al. 2003.
-
[24]
Cette affirmation est à nuancer, du matériel lithique se retrouve couramment à l’époque proto-historique comme dans la fosse d’Escobecques (Loridant 1999).
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[25]
Bourgeois et al. 2003.
-
[26]
Herbin, Loridant 2003.
-
[27]
Loridant et al. 2009.
-
[28]
Loridant 2004.
-
[29]
Dessaux et al. 1998.
1Depuis une vingtaine d’années, des passionnés d’histoire et d’archéologie, Y. Hoogardie, R. Hémerick et les membres de l’association Hachdewep [1] (Histoire archéologique des communes de la Haute-Deûle et des Weppes) ont entrepris des prospections pédestres entre la Deûle et la Lys, à l’ouest de Lille. La zone prospectée couvre le territoire de trente-huit communes (fig. 1). L’action des prospecteurs aurait pu se limiter à ne conserver que les pièces les plus intéressantes pour alimenter un cabinet de curiosités privé. Au contraire, ces derniers ont travaillé très rapidement en collaboration avec des chercheurs, Germaine et Pierre Leman ainsi que Stéphane Révillion, devenu entre temps le responsable du Service municipal de Seclin. Et en lieu et place d’un cabinet de curiosités, l’intégralité du matériel a été déposé au Centre archéologique de Seclin, permettant ainsi aux archéologues de l’étudier. C’est ainsi que nous avons pu examiner le mobilier découvert dans une fosse gauloise à Escobecques ou celui d’une fosse gallo-romaine à Beaucamps-Ligny [2]. Ces deux exemples restent quelque peu exceptionnels puisqu’il s’agit d’ensembles clos fouillés lors du curage d’un fossé et de l’aménagement d’une mare aux canards, et sont donc assez faciles à exploiter. Généralement, ce type de découverte a fait l’objet de courtes notices ou d’articles. En parallèle à ces prospections, la politique de développement de cette « banlieue verte » de Lille comme la création de voies nouvelles (le doublement de la RN41 par exemple), la multiplication des lotissements et de zones économiques ont fait l’objet d’un suivi archéologique, sous forme de diagnostics ou de fouilles. L’ensemble de ces découvertes permet d’affiner la carte de l’occupation historique des Weppes mettant ainsi en exergue l’importance de l’occupation humaine entre Deûle et Lys, rivières nonchalantes au cours très mouvant.
Localisation des prospections et des interventions archéologiques (données SRA et CAG 59)
Localisation des prospections et des interventions archéologiques (données SRA et CAG 59)
2Dans le cadre des travaux menés au sein de l’équipe de recherches HALMA-IPEL UMR 8164 (CNRS, Lille 3, MCC) et plus particulièrement de l’atelier « Étude du terroir, la vallée de la Deûle » initié en 2002 par Germaine Leman-Delerive [3], il a été proposé d’inventorier le mobilier issu des prospections menées par l’association Hachdewep. Les premiers résultats ont été publiés dans la Revue du Nord en 2003 dans un dossier « Paléoenvironnement et occupation humaine dans la vallée de la Deûle ». L’approche géographique avait été développée et l’archéologie avait été abordée sous la forme d’un bilan historique et des perspectives à venir induites par le développement du territoire. Depuis, les travaux de l’atelier « vallée de la Deûle » ont porté sur l’identification du matériel ramassé lors des prospections de l’association Hachdewep soit 459 caisses. Nous nous sommes attachés à l’inventaire du matériel céramique, le matériel lithique ayant déjà fait l’objet d’une étude en 1994 par S. Révillion et L. Wozny [4], complétée dans le présent volume par l’étude de E. Lecher. Nous y avons aussi inclus le résultat des opérations archéologiques récentes afin de dresser un panorama le plus complet possible de l’occupation historique de ce terroir que nous appellerons par facilité les « Weppes » bien que géographiquement les Weppes correspondent au léger relief limitant les bassins versants séparant la Deûle et la Lys. Conscient que l’interprétation de données provenant de matériel de surface reste limitée, le but était avant tout d’établir une fourchette chronologique des lots les plus caractéristiques à l’image de ceux de Bauvin, et bien évidemment de cartographier de manière précise ces indices de sites.
1 – Les limites des prospections (fig. 1)
3L’association Hachdewep a, dans la mesure du possible, appliqué le plus sérieusement possible les méthodes utilisées dans les prospections pédestres : prospection en respectant un maillage, retour sur les zones prospectées, ramassage systématique de tout le matériel, localisation précise. Toutefois, l’ensemble du territoire des trente-quatre communes n’a pas été intégralement prospecté, champs inaccessibles, non labourés, prairies, petits bois... Néanmoins, les résultats semblent donner une image assez fiable de l’occupation des Weppes d’autant plus que les diagnostics archéologiques, notamment ceux fait lors de l’aménagement de la RN41 ont confirmé largement les observations faites en prospection. Parallèlement, Y. Hoogardie et R. Hémerick se sont aussi attachés à suivre les curages de fossés ou les travaux non soumis à une prescription archéologique, faisant ainsi quelques belles découvertes d’ensemble clos.
4Leurs recherches ont également été orientées par l’intérêt porté par les archéologues à certaines communes. L’exemple d’Houplin-Ancoisne est significatif à cet égard. La richesse du sous-sol de la commune mise en évidence dès la fin du xixe s. lors du creusement d’une tranchée d’adduction d’eau pour la ville de Lille [5], des fouilles ont mis au jour d’importantes occupations néolithiques et gauloises mais le grand nombre d’indices de sites découverts lors des prospections entreprises par l’association Hachdewep doit sans doute être discuté (cf. infra). De même, la vallée de la Deûle proprement dite n’a pas livré un nombre important d’indices (hors la zone d’Houplin-Ancoisne) de sites comparativement au plateau (Weppes). Or les diagnostics archéologiques y sont souvent positifs. L’accumulation de sédiments et les fluctuations de la rivière rendent certainement difficile la perception des sites en surface. Enfin, la carte des sites souligne une forte dichotomie entre la vallée de Lys et la vallée de la Deûle. Doit-on imputer ce constat sur le fait que ces zones ont été moins prospectées ? Peut-être, mais les diagnostics dans cette zone n’ont pas mis au jour beaucoup de sites. En tenant compte de ces limites, les résultats des prospections pédestres et ceux des diagnostics ou des fouilles archéologiques donnent un bon aperçu de l’occupation humaine dans une zone où coulent deux rivières paresseuses séparées par une légère éminence aux potentialités agricoles importantes.
2 – Méthodologie (fig. 1, tableau)
5En s’appuyant sur un inventaire général dressé par le Centre archéologique de Seclin, c’est au total 459 lots de matériel qui ont ainsi été examinés en présence des inventeurs afin de pouvoir, à l’aide de cartes IGN au 1/25000e, localiser de la manière la plus précise possible les zones de prospection et les sites potentiels. Chaque lot de matériel a été enregistré dans une base de données à références spatiales regroupant les champs suivants :
- le lieu de découverte (nom de la commune, lieu-dit, coordonnées Lambert 1) ;
- le numéro de caisse attribué par le Centre archéologique de Seclin ;
- un complément d’information sur la nature du site.
- la présence de mobilier lithique ;
- pour la céramique, trois champs chronologiques volontairement larges ont été déterminés : la Protohistoire, l’époque gallo-romaine et les périodes médiévale et moderne. Chacune de ces périodes a été doublée par un champ complémentaire permettant le cas échéant d’indiquer les séquences chronologiques identifiées ;
- le dernier champ rend compte de la nécessité d’une étude du matériel lorsque celui-ci est suffisamment caractéristique.
2.1 – Le matériel : aperçu général
6Pour la céramique, il n’est pas question dans cette note d’établir un catalogue exhaustif de tous les tessons, seul le site de Bauvin, particulièrement riche, a fait l’objet d’une étude plus complète ; d’autres lots sont numériquement importants et pourraient venir compléter des études ponctuelles occasionnées par exemple par des opérations de diagnostics ou de fouilles.
7Le matériel protohistorique (fig. 2) est assez rare puisque au total seuls onze indices de sites ont été identifiés. Par prudence, deux d’entre eux n’ont pas été datés car trop peu représentatifs (Hallennes-lez-Haubourdin « le Moulin Joyeux », Wicres « Les Quatre Chemins »). Le matériel le plus ancien (Hallstatt) provient de la commune d’Avelin « hameau du Marquet ». Les autres sites sont tous datés du deuxième Âge du Fer avec une prépondérance de sites datables de La Tène Ancienne (Beaucamps-Ligny, « Le Brûle » ; Herlies, « centre village » ; Illies « route d’Aubers » ; Wavrin, « Chemin du Buff »). À Houplin-Ancoisne, « Le Guillem », le matériel mis au jour peut appartenir aux répertoires de La Tène moyenne ou de La Tène finale. Les opérations archéologiques menées dans ce secteur ont démontré l’existence d’implantations humaines du Néolithique final [7], de La Tène ancienne [8] et de l’époque augustéenne [9]. Enfin, la commune de Wicres a livré du matériel datable de La Tène finale.
Préhistoire et protohistoire (sites avérés et prospections)
Préhistoire et protohistoire (sites avérés et prospections)
8Si un certain nombre de lots peut être attribué à l’époque gallo-romaine (fig. 3) sans plus de précision, l’homogénéité de certains ensembles a permis de mettre en évidence des occupations s’échelonnant du ier au iiie s. avec une prépondérance de sites datés de la fin du iie et du iiie s. Les sites précoces sont finalement assez rares, peut-être parce que l’essentiel du matériel céramique non tourné et/ou achevé au tour lent présente des caractères proches des périodes antérieures. En dehors du lot de Bauvin « Derrière les Haies », cette catégorie est par contre peu représentée dans les lots du iie et du début du iiie s., alors que sa persistance jusqu’au iiie s. au sein de la vallée de la Deûle et plus au nord, en territoire ménapien, n’est plus à démontrer [10]. Si des occupations du Bas-Empire ont été fouillées à Seclin [11], aucun indice de site tardif n’a été décelé lors de ces prospections. Ce constat est à considérer avec prudence dans la mesure où certains types de céramiques tels la céramique commune sombre ou encore la sigillée argonnaise peuvent s’insérer dans des répertoires de la fin du ive s.
Gallo-romain (site avérés et prospections)
Gallo-romain (site avérés et prospections)
9Pour caractériser les occupations du ier et de la première moitié du iie s., la céramique gallo-belge s’avère un marqueur assez fiable. Dans les différents lots observés, il s’agit principalement de terra nigra souvent d’origine septentrionale. À Fromelles « L’Abbiette », elle est associée à de la céramique non tournée et/ou achevée au tour lent. On note la permanence de la terra nigra dans des lots datés du iie s. sans que l’on puisse déterminer s’il s’agit de matériel résiduel ou des témoins d’une occupation couvrant plusieurs siècles (Santes « Terre de Ligny » par exemple).
10L’essentiel du matériel ramassé lors de ces prospections peut être daté du milieu du iie au début du iiie s. À Wavrin « La Crête », le lot comporte de la céramique sigillée du Centre de la Gaule, de la céramique engobée de Cologne et quelques fragments de céramique à enduit rouge pompéien vraisemblablement produits aux Rues-des-Vignes. On notera également la présence de dolia, de mortiers et d’un fragment de vase à préhension. Ce dernier peut paraître anecdotique bien que ce type soit récurrent sur les sites gallo-romains de la vallée de la Deûle [12]. La catégorie la mieux représentée est la céramique commune sombre et notamment le pot à col tronconique et lèvre en crochet. Ce type de bord semble faire son apparition au cours de la deuxième moitié du iie s. [13]. On retrouve ce type de vase à Santes « Terres de Ligny » avec un décor de bandes lissées mais également à Herlies « Trou au sable » associé à une assiette à lèvre droite. À Illies « la ferme de Marly », le pot à lèvre en crochet est associé à une assiette à bord rentrant en céramique commune sombre reconnue sur un grand nombre de site daté du iiie s. (Noyelles-les-Seclin, Templemars [14], Brebières [15], ou encore en territoire nervien (type A10 [16]) et à quelques fragments de sigillée du Centre de la Gaule. Ces vases à lèvre en crochet se retrouvent également à Aubers associés à un Drag. 37 du Centre de la Gaule et à quelques fragments de sigillée argonnaise. La céramique commune claire semble moins bien représentée dans laquelle on trouve des productions en pâte « savonneuse » à Aubers « Les Becques » et une pâte qui rappelle les productions de Dourges à Wicres.
2.2 – L’exemple de Bauvin (fig. 4)
Bauvin, « Derrière les Haies », céramique gallo-romaine
Bauvin, « Derrière les Haies », céramique gallo-romaine
11Le lot de matériel de Bauvin « Derrière les Haies » est sans doute l’un des plus riches. Toute catégorie confondue, le lot est composé de 2 737 tessons. 257 bords ont été repérés mais seuls 57 individus ont pu être identifiés. En effet, une grande partie des lèvres, essentiellement en céramique commune sombre tournée, est trop fragmentaire pour être déterminés avec précision.
12La céramique sigillée regroupe des productions du Sud dont un Drag. 18/31 (n° 1) et un Drag. 35/36, du Centre dont un Drag. 33 (n° 2), un Drag 35/36 et une coupelle Bet 42 (n° 3) et de l’Est de la Gaule dont un Drag. 33 (n° 4) et un Drag. 45.
13La céramique gallo-belge est uniquement représentée par de la terra nigra. Hormis quelques fragments d’origine champenoise, dont une assiette à paroi simple type A1 (n° 6), le reste du matériel de cette catégorie appartient au groupe de pâte septentrional. Il s’agit d’assiettes à parois simples type A1 (n° 7), à paroi interne concave à lèvre épaissie type A35 (n° 8), à paroi droite évasée et pincement interne type A36/A40 (n° 9) ainsi qu’un pot à col concave et lèvre effilée type P46 (n° 10). La céramique fine engobée et métallescente se limite à un seul fragment de céramique engobée sans doute d’origine argonnaise et à quatre fragments de céramique métallescente dont un gobelet Niederbieber 33 caractéristique des productions trévires (n° 5). La céramique à enduit rouge pompéien est représentée par trois bords de plats de type Blicquy 5/6 issus de l’officine des Rues-des-Vignes (groupe de pâte RDVA [17]).
14La céramique commune sombre est la catégorie la mieux représentée. Les formes basses regroupent des assiettes et des bols. Pour les assiettes, on note la présence d’individus à paroi concave (n° 12) ou oblique (n° 13), d’assiettes à lèvre en bourrelet rentrant (n° 13 et 14) ou débordant (n° 15). Un individu, à lèvre arrondie et paroi moulurée pourrait correspondre à un poêlon (n° 17). Trois bols ou jattes ont été identifiés. Il s’agit d’un bol à profil en « esse » (n° 18), d’un bol hémisphérique à lèvre en bandeau (n° 19) et d’un bol caréné à panse aplatie et lèvre horizontale (n° 20) à rapprocher d’un exemplaire découvert à Noyelles-les-Seclin [18]. Les autres formes sont des gobelets et/ou marmites à col tronconique possédant soit des lèvres rondes (n° 21 à 23) soit des lèvres en crochet plus ou moins prononcés (n° 24 à 26). De nombreux fragments de panse en céramique commune claire ont été ramassés mais les deux seules formes identifiées sont des cruches en pâte « savonneuse » de type Gose 377 (n° 28) et d’une cruche à lèvre en bandeau cylindrique (n° 29).
15Le répertoire de la céramique non tournée et/ou achevée au tour est marqué par la présence d’une assiette ou écuelle carénée à bord vertical (n° 30), d’un bol à bord rentrant (n° 31) et par les habituels vases à lèvre éversée (n° 32 à 35) avec tout de même une particularité pour le vase n° 33 qui possède une gorge sous la lèvre. Les dernières formes identifiées sont des dolia à lèvre en bourrelet épais rentrant (n° 36 et 37) et pouvant être souligné par des moulures (n° 36 et 37) ou à bord horizontal (n° 40). Malgré l’absence de bord, d’autres catégories de céramique ont également été reconnues. On peut ainsi noter la présence de fragments de céramique fine régionale B, de mortier, de deux types d’amphores dont de la Dressel 20 et un fragment d’anse de Gauloise 13 et de quatre fragments de godet à sel.
16Malgré la présence de céramique sigillée sud gauloise et de terra nigra assez fréquentes jusque dans le premier tiers du iie s. de notre ère, la majorité du matériel semble appartenir au répertoire des sites datés de la deuxième moitié du iie s. au milieu du iiie s. La présence de céramique sigillée du Centre de la Gaule et notamment d’une coupelle Bet 42 fréquente au iie s., de céramique sigillée argonnaise ainsi que de céramique engobée et métallescente plaident en faveur de cette datation. L’association de la céramique d’importation avec le répertoire de la céramique commune sombre (assiette à lèvre en bourrelet rentrant ou débordant, bol à panse aplatie et pot à lèvre en crochet) est cohérente puisque ces formes sont courantes sur les sites de la fin du iie-début iiie s. de la vallée de la Deûle (Noyelles-les-Seclin, Templemars ou encore Santes [19]). La céramique de Bauvin semble s’inscrire dans le schéma général des sites de la vallée de la Deûle pour cette époque. Cette hypothèse est renforcée entre autres par la présence d’un fragment décoré de casiers sur céramique commune sombre (n° 27), ornementation connue à Wattrelos, Ronchin ou encore à Villeneuve-d’Ascq dans des contextes datés de la fin du ier au milieu du iie s. [20], par la céramique modelée ou les quelques fragments de godets à sel identiques à ceux mis au jour à Noyelles-les-Seclin ou à Santes.
3 – Conclusions. Des terres densément occupées (fig. 1)
17Si on se base uniquement sur les prospections pédestres menées par l’association Hachdewep, on note une nette prépondérance des sites sur le plateau ; la vallée de la Deûle qui correspond à la zone sous les 25 m étant moins riche en indices d’occupation en dehors de l’aberration d’Houplin-Ancoisne. Or avec le développement de l’archéologie préventive, on s’aperçoit que ce fond de vallée est occupé très tôt et durablement. Au cours de la période néolithique, les populations se sont installées en bordure de rivière à Houplin-Ancoisne, une ferme « indigène » suivie par une occupation gallo-romaine a été fouillée à Annoeulin [21], des occupations gallo-romaines sont connues à Wavrin, Noyelles-les-Seclin et à Santes. Tous ces sites ruraux ont pu être observés à la suite de l’intervention d’une pelle mécanique et n’étaient, semble-t-il, pas détectables en surface. La cause est certainement liée aux fluctuations du lit et du niveau de la Deûle aux cours des siècles. D’ailleurs, une strate hydromorphe limoneuse grise très homogène a été aperçue à Annoeulin où elle recouvre l’ensemble du site fouillé. Le même phénomène a également été mis en évidence lors des fouilles des « Symphoriales » à Lille [22]. Houplin-Ancoisne semble échapper à ce constat. En effet, un nombre très important de sites a été repéré par Y. Hoogardie et R. Hémerick. Il est prouvé que la zone était densément occupée dès le Néolithique, bien que la multiplication des sites trouvés en prospection soit peut-être liée au creusement du Canal de Seclin ouvert en 1856 et à l’épandage des terres provenant des terrassements. Cette hypothèse semble d’ailleurs confortée par la localisation des découvertes, toutes situées le long de ce canal.
18Dans leur article sur l’exploitation d’un SIG pour les périodes néolithique et antique [23], les auteurs dont le travail portait essentiellement sur la vallée de la Deûle et non le plateau, envisageaient une occupation de la vallée alluviale plus importante que sur le plateau qui s’expliquerait sans doute par l’attrait qu’exercent la rivière et ses richesses faunistiques et floristiques. Cette conclusion est à nuancer. En effet, les découvertes de sites que ce soit par prospection ou par méthodes intrusives (les opérations préventives sur la RN41 qui passe sur le plateau des Weppes, en sont un bel exemple) sont denses sur le plateau et cela pour toutes époques, même si les traces d’industries lithiques qui sont un indice d’une occupation préhistorique [24] semblent moins nombreuses que dans la vallée. Certes, la rivière a attiré l’homme très tôt, mais sa présence sur le plateau est tout aussi importante et cela à toutes les époques, du Néolithique à l’époque médiévale.
Discrimination chronologique
19Même si l’origine du matériel impose une certaine prudence, l’inventaire du matériel figulin a permis de mettre en évidence des particularités chronologiques. L’occupation protohistorique est assez limitée et se retrouve indifféremment dans la vallée et sur le plateau, le cas d’Houplin-Ancoisne et ses liens avec le Mont Kemmel [25] étant exceptionnel. Pour les débuts de l’époque romaine, l’analyse de la céramique provenant des prospections et de celles provenant d’opérations archéologiques souligne l’absence de marqueur du début du ier s. ap. J.-C. Il paraît pourtant étonnant que les Weppes soient désertiques au début de l’Empire. D’autant plus que les fouilles réalisées à Annoeullin ont mis au jour une occupation de la fin du ier s. av. J.-C. suivie sans doute de l’implantation d’un établissement gallo-romain à la fin du ier s. ou dans le iie s. Probablement doit-on voir dans l’absence d’élément caractéristique du ier s. ap. J.-C., une absence de « romanisation » dans des régions situées aux confins de l’Empire. Cette hypothèse est confortée par la permanence en quantité non négligeable de céramique non tournée identique à celle utilisée au cours de La Tène finale et cela jusqu’au iie s. au moins, alors qu’un peu plus au sud, chez les Atrébates ou les Nerviens, les répertoires céramiques gallo-romains s’imposent rapidement. Une étude un peu plus large menée à partir de quelques ensembles céramiques bien datés avait permis d’envisager que la vallée de la Deûle ait été une limite, une sorte de « marche culturelle » entre les cités rapidement romanisées des Nerviens et des Atrébates au sud et celle des Ménapiens au nord, touchée par ce phénomène beaucoup plus tard [26]. Les progrès de la romanisation se traduisant entre autres par l’adoption des répertoires céramiques gallo-romains sensibles dans la zone qui nous retient dès la fin du ier s. alors que plus au nord, chez les Ménapiens, cette évolution ne se ressent que dans le iie s. voire la fin du iie s. L’exemple d’une fosse découverte récemment à La Bassée aux confins des Weppes montre qu’à la fin du iie s., la céramique non tournée est quasiment absente [27]. Plus curieux est l’absence de sites postérieurs au milieu du iiie s. Dans le matériel ramassé lors des prospections, aucun témoin du ive s. n’a été repéré, comme si cette zone avait été abandonnée. C’est un fait que d’une manière générale, les campagnes, mais également les villes, semblent moins densément occupées dans la seconde moitié du iiie s. À Bavay par exemple, le resserrement urbain est sensible dès le début du iiie s [28]. Pandémie de « peste », insécurité, baisse démographique et dans la zone qui nous concerne, changement au niveau hydrologique dû à une transgression, sont des raisons invoquées. Néanmoins, nous devons nous interroger sur notre actuelle capacité à pouvoir identifier en l’absence de marqueurs chronologiques fiables (céramique sigillée, monnaie…) une occupation de la seconde moitié du iiie s. Par ailleurs, si le territoire est moins densément occupé, les chances de repérer des sites sont plus faibles… Ces différentes observations expliquent sans doute aussi l’absence totale de témoins du Haut Moyen Âge, période durant laquelle les occupations sont très pauvres en matériel notamment céramique. Doit-on y voir une carence de l’archéologie ou un réel dépeuplement au début de l’époque médiévale ? Force est de constater qu’après cette période obscure, ce territoire est de nouveau densément occupé. La vallée connaît d’importants travaux d’assainissement [29] et le plateau voit l’apparition de nombreux villages et de fermes plus ou moins isolées.
Inventaire simplifié des sites prospectés
Inventaire simplifié des sites prospectés
Bibliographie
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- Corsiez, Willot 2007 : Corsiez A., Willot J.-M, « La villa de Brebières : évolution de la céramique à travers les mutations d’un établissement rural », dans SFECAG, Actes du congrès de Langres (17-20 mai 2007), Marseille, 2007, p. 295-313.
- Delmaire 1996 : Delmaire R., Le Nord, Paris, 1996, 497 p. (Carte archéologique de la Gaule, 59)
- Deru 2005 : Deru X., « Les productions de l’atelier de potier des “Quatre Bornes” aux Rues-des-Vignes (Nord) », dans SFECAG, Actes du congrès de Blois (5-8 mai 2005), Marseille, 2005, p. 469-477.
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Mots-clés éditeurs : Âge du Fer, Deûle, occupation rurale, période romaine, prospections
Date de mise en ligne : 31/03/2013
https://doi.org/10.3917/rdn.383.0063