De quelques fondations féminines de l'ordre de Saint-Victor implantées en Flandre au XIIIe siècle
Pages 665 à 680
Citer cet article
- GUYOT-BACHY, Isabelle,
- Guyot-Bachy, Isabelle.
- Guyot-Bachy, I.
https://doi.org/10.3917/rdn.356.0665
Citer cet article
- Guyot-Bachy, I.
- Guyot-Bachy, Isabelle.
- GUYOT-BACHY, Isabelle,
https://doi.org/10.3917/rdn.356.0665
Notes
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[*]
Isabelle Guyot-Bachy, maître de conférences en histoire du Moyen Âge à l’Université de Paris XII-Créteil-Val-de-Marne, avenue du Général de Gaulle, 94010 Créteil Cedex.
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[1]
B. Delmaire, Le diocèse d’Arras de 1093 au milieu du xive siècle. Recherches sur la vie religieuse dans le Nord de la France au Moyen Âge, Arras, 1994, p. 313.
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[2]
Les communautés de « Dames Blanches » ont été étudiées par M. P. Coenegracht, « Ontstaan van de Brabantse Witte Vrouwen en hun overgang naar de orde van St.-Victor », Ons Geestelijk erf, deel XXXIV, Aff. 1, maart 1960, p. 53-89. Je remercie bien vivement Élodie Lecuppre-Desjardin de m’avoir grandement facilité la traduction de cet article.
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[3]
Comme le remarque M. Maillard-Luypaert, Papauté, clercs et laïcs. Le diocèse de Cambrai à l’épreuve du Grand Schisme d’Occident (1378-1417), Bruxelles, 2001 (Publications des Facultés universitaires Saint-Louis, 88), p. 98. Établissant une liste de la représentation victorine à la veille du Grand Schisme, elle cite un seul monastère masculin, celui de Cantimpré, et six monastères féminins : Ter Nonnen à Anvers, Sainte-Catherine à Bruxelles, Fontaine-Notre-Dame à Prémy, Sion à Malines, Bethléem et Notre-Dame de La Thure. Elle y ajoute Notre-Dame du Val-des-Écoliers à Mons, établissement appartenant à un ordre distinct mais proche de Saint-Victor.
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[4]
F. Bonnard, Histoire de l’abbaye royale et de l’ordre des chanoines réguliers de Saint-Victor de Paris, 2 vol., Paris, 1904-1908, I, p. 185-186, ne mentionne que deux autres établissements victorins féminins : les religieuses de l’Hôtel-Dieu de Bar-sur-Aube qui adoptèrent en 1239 la règle de Saint-Victor et la fondation par Alphonse de Poitiers et sa femme Jeanne d’un monastère à Jarcy, dans l’Aisne.
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[5]
R.-H. Bautier, « Les origines et les premiers développements de l’abbaye Saint-Victor de Paris », J. Longère (éd.), L’abbaye parisienne de Saint-Victor au Moyen Âge, Turnhout, 1991 (Bibliotheca victorina, 1), p. 23-52. Voir aussi J.-P.Willesme, « Saint-Victor et la famille victorine (xiie-xiiie siècle) », Naissance et fonctionnement des réseaux monastiques et canoniaux, SaintÉtienne, 1991, p. 175-194.
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[6]
B. Delmaire, Le diocèse d’Arras, op. cit. (voir n. 1), p. 205.
-
[7]
F. Bonnard, Histoire de l’abbaye royale, op. cit. (voir n. 4), I, p. 177 et J. Becquet, Abbayes et prieurés de l’ancienne France, XV. Province ecclésiastique de Cambrai, diocèses actuels de Cambrai et Lille, Paris-Turnhout, 1994, p. 25-26.
-
[8]
J. Becquet, Abbayes et prieurés de l’ancienne France, XIV. Province ecclésiastique de Cambrai, diocèse d’Arras, Ligugé, 1970-1975, p. 224-226.
-
[9]
B. Barbiche, « La papauté et les abbayes de Sainte-Geneviève et de Saint-Victor de Paris », R. Grosse (éd.), L’Église de France et la papauté (xe-xiiie siècle), actes du XXVIe colloque historique franco-allemand organisé en coopération avec l’École nationale des chartes par l’Institut historique allemand de Paris (Paris, 17-19 octobre 1990), Bonn, 1993 (Études et documents pour servir à une « Gallia Pontificia » publiés par l’Institut historique allemand de Paris et l’École nationale des chartes), p. 239-262.
-
[10]
AD Nord, 50 H 1/1, 50 H 1/2 (1221) et 50 H 1/3 bulle d’Honorius III (1222), où l’on peut lire comme première disposition : In primis siquidem statuentes ut ordo canonicus qui secundum Deum et beati Augustini regulam atque institutionem ecclesiae sancti Victoris Parisiensis in eadem ecclesia institutus esse dinoscitur perpetuis ibidem temporibus inviolabiliter observetur.
-
[11]
Village limitrophe de Sin-le-Noble, arr. de Douai. Il est cité dans les sources dès 1189 et peutêtre alors pris en charge par une communauté mixte, cf. B. Delmaire, Le diocèse d’Arras, op. cit. (voir n. 1), p. 315. Voir aussi M. Escallier, « Notice sur l’origine et l’établissement de l’abbaye de la bienheureuse Vierge Marie de Beaulieu à Sin-le-Noble… », Mémoires de la Société d’Agriculture de Douai, 11, 1re série, 1845-1846, p. 287-308.
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[12]
AD Nord, 51 H 2/2 et 5.
-
[13]
Gallia christiana, III, p. 301-303. Voir aussi J. Soil, Tournai archéologique en 1895 (Fédération archéologique et historique de Belgique. Congrès de Tournai en 1895), p. 106-115.
-
[14]
Gallia Christiana, V, p. 359-362.
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[15]
L. Milis, L’ordre des chanoines réguliers d’Arrouaise. Son histoire et son organisation, de la fondation de l’abbaye-mère (vers 1090) à la fin des chapitres annuels (1471), 2 vol., Bruges, 1969, p. 263. En effet, dans l’obituaire de Saint-Victor, la reine Ingeburge qui, après sa répudiation, avait cherché refuge à Beaurepaire et qui mourut en 1236, est qualifiée de soror nostra.
-
[16]
Gallia Christiana, III, 168-171.
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[17]
Gallia Christiana, III, p. 617-618. Voir aussi Th. Lejeune, « L’Abbaye de la Thure de l’ordre de Saint-Augustin en Hainaut », Annales de l’Académie d’archéologie de Belgique, 1865.
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[18]
J. Becquet, Abbayes et prieurés de l’ancienne France, XV. Province ecclésiastique de Cambrai, diocèses actuels de Cambrai et Lille, Paris-Turnhout, 1994, p. 18.
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[19]
L. Harrau, Histoire politique et religieuse de Bergues-Saint-Winoc depuis son origine jusqu’à nos jours, II, Dunkerque, 1912, p. 247-254.
-
[20]
F. Cartigny, Sainte-Élisabeth du Quesnoy : histoire d’un hôpital et d’une abbaye dans le Hainaut médiéval, xiie-xvie siècle, mémoire de maîtrise préparé sous la direction de B. Delmaire, Université Charles-de-Gaulle-Lille 3, année 1997. Je remercie vivement Bernard Delmaire d’avoir bien voulu me communiquer ce travail et d’avoir revu pour moi un certain nombre des actes qui y étaient publiés.
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[21]
AD Nord, 49 H/2, 2bis, 3ter.
-
[22]
Comme le fait M. P. Coenegracht, « Ontstaan van de Brabantse Witte Vrouwen », op. cit. (voir n. 2), p. 73.
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[23]
AD Nord, 50 H 1/1 et 3.
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[24]
L. Milis, L’ordre des chanoines réguliers d’Arrouaise, op. cit. (voir n. 15), p. 262-263.
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[25]
R.-H. Bautier, « Les origines et les premiers développements de l’abbaye Saint-Victor de Paris », op. cit. (voir n. 5).
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[26]
J. Becquet, Abbayes et prieurés de l’ancienne France, XV, op. cit. (voir n. 7), p. 26.
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[27]
Cf. F. Bonnard, Histoire de l’abbaye royale, op. cit. (voir n. 4), I, p. 290-291. Le testament de Louis VIII a été édité d’après l’original par A. Teulet, Layettes du Trésor des chartes, II, Paris, 1866, n° 1710 : Preterea volumus ut omnes lapides nostri preciosi, qui sunt in coronis nostris vel extra coronas, vendantur et de precio eorum construatur nova abbatia de ordine Sancti Victoris, in honore Beate Marie Virginis, et omne aurum, quod est in coronis vel anulis vel aliis jocalibus, similiter vendatur ad opus predicte abbatie.
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[28]
Ibid.
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[29]
Une telle distinction du chef d’ordre ne se retrouve pas pour Prémontré ni pour Cîteaux.
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[30]
Éd. A. Teulet, Layettes, op. cit. (voir n. 27) : Item donamus et legamus sexaginta abbatiis Cisterciensis ordinis, pro anniversario nostro faciendo, sex milia librarum, scilicet unicuique abbatie centum libras. Item donamus et legamus viginti abbatiis monialium Cisterciensis ordinis, pro anniversario nostro faciendo, duo milia librarum, videlicet cuilibet centum libras. Cette distinction paraît propre à Cîteaux, on ne la retrouve pas dans le legs fait à Prémontré.
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[31]
L’obituaire de Beaulieu est conservé à la bibliothèque municipale de Douai, sous la cote 891. Au fol. 133v, on lit : VI id. Novemb. Ipso die anniversarium duplex et commendatio ante missam pie memorie domini regis Francorum Ludovici et domine Blanche regine uxoris eius pro quorum animabus nos habuimus C et sexaginta libras parisienses, ex quibus nos assignavimus xxx s. parisienses annuatim in refectorio in die obitus eorum.
-
[32]
F. Bonnard, Histoire de l’abbaye royale, op. cit. (voir n. 4), I, p. 328.
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[33]
AD Nord, 51 H 3/19.
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[34]
S. Traka, Le coutumier français d’une abbaye de femmes : Prémy. Manuscrit du xve siècle : introduction-édition, mémoire de maîtrise préparé sous la direction de B. Delmaire, Université Lille Charles-de-Gaulle-Lille 3, 1998.
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[35]
AD Nord, 51 H 7/38.
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[36]
Pour ne donner qu’un exemple, Guillaume de Béthune, dont le lignage est représentatif de l’aristocratie flamande partagée entre la domination anglaise et la domination française au moment de Bouvines, fonde Roesbrugge, mais on rencontre aussi dans l’obituaire de Beaulieu (Douai, BM, 891, fol. 125) Michel de Harnes qui, lui, fut partisan du capétien. Cf. G.M. Spiegel, Romancing the past : the rise of vernacular prose historiography in thirteenth-century France, Berkeley-Oxford, 1993.
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[37]
Gallia christiana, III, p. 168.
-
[38]
B. Delmaire, Le diocèse d’Arras, op. cit. (voir n. 1), p. 315 et n. 25 : en 1228, date de la fondation, Marguerite n’était pas encore comtesse, contrairement à ce qu’affirme un acte non daté et incomplet du xviie siècle (AD Nord, 51 H 4/28) lui attribuant cette fondation. Pour Le Quesnoy, cf. AD Nord, 40 H 3/9, 10, 11.
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[39]
Cité par L. Devillers, « Notice sur un cartulaire de l’abbaye de Sainte-Élisabeth du Quesnoy », Annales du cercle archéologique de Mons, 21 (1888), p. 317-361, ici p. 355.
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[40]
Gallia Christiana, V, p. 359-362.
-
[41]
Les seuls membres de la dynastie comtale que l’on peut y voir sont Philippe d’Alsace et sa femme Mathilde (III non. Mart.) et Gilles, frère de Ferrand (IX kal. Sept.), cf. A. Molinier (éd.), Obituaires de la province de Sens, I, Diocèses de Sens et de Paris, Paris, 1902, p. 546 et 579. Mais il est impossible d’établir un lien entre leur présence dans l’obituaire et d’éventuels dons faits aux victorins.
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[42]
P. L’Hermite-Leclercq, « Les femmes dans la vie religieuse au Moyen Âge. Un bref bilan historiographique », Clio, 8 (1998), p. 201-216.
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[43]
L. Milis, L’ordre des chanoines réguliers d’Arrouaise, op. cit. (voir n. 15), p. 262.
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[44]
En ce qui concerne l’hôpital du Quesnoy, il est encore dénommé comme simple domus pauperum hospitalis dans l’acte par lequel Jeanne le prend sous sa protection en 1233. Le vocable de « Sainte-Élisabeth » apparaît dans les actes de donations des années 1240 (AD Nord, 49 H 19). Sur sainte Élisabeth, cf. M. Werner, « Elisabeth v. Thüringen, hl. », Lexikon des Mittelalters, 1986, p. 1838-1842. Voir aussi A. Vauchez, « Charité et pauvreté chez sainte Élisabeth de Thuringe », dans M. Mollat (éd.), Études sur l’histoire de la pauvreté, I, Paris, 1974, p. 163-173. L’auteur y évoque comment la construction de l’hôpital de Marburg fut le résultat d’une âpre négociation entre la sainte et son confesseur sur la question de la pauvreté. Il conclut en montrant comment la figure de sainte Élisabeth constitue une « transition entre la spiritualité du passé et celle de l’avenir », dans la mesure où la réalisation de son idéal de pauvreté se heurta aux limitations qu’imposait alors la condition féminine, c’est-à-dire l’exigence de la clôture.
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[45]
B. Delmaire, Le diocèse d’Arras, op. cit. (voir n. 1), p. 313-316.
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[46]
Les premiers chapitres généraux de l’ordre de Cîteaux ignorèrent longtemps les moniales. Il fallut attendre 1213 pour que paraissent les premiers statuts capitulaires les reconnaissant. Ils ne furent codifiés qu’entre 1240 et 1256, cf. J. Lusse, « Les religieuses en Champagne jusqu’au xiiie siècle », dans M. Parisse (dir.), Les religieuses en France au xiiie siècle, Table ronde organisée par l’Institut d’études médiévales de l’Université de Nancy II et le CERCO M. (25-26 juin 1983), Nancy, 1989, p. 19.
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[47]
C. Neel, «Women religious and Extraregulars : Premonstratensian nuns and the Beguines », dans Les religieuses dans le cloître et dans le monde des origines à nos jours. Actes du 2e colloque international du CERCOR, Poitiers, 29 sept-2 oct. 1988, Saint-Étienne, 1994, p. 549-558 ; P. L’Hermite-Leclercq, « Les femmes dans la vie religieuse… », op. cit. (voir n. 42), p. 210 insiste sur l’intérêt de cette hypothèse.
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[48]
L. Milis, L’ordre des chanoines réguliers d’Arrouaise, op. cit. (voir n. 15), p. 262.
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[49]
L. Harrau, Histoire politique et religieuse de Bergues-Saint-Winoc, op. cit. (voir n. 19), p. 250.
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[50]
M.P. Coenegracht, « Ontstaan van de Brabantse Witte Vrouwen… », op. cit. (voir n. 2).
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[51]
Sans doute est-il un des acteurs de la révision du Liber ordinis primitif et de sa diffusion, cf. L. Jocqué et L. Milis (éd.), Liber Ordinis Sancti Victoris parisiensis, Turnhout, 1984 (Corpus christianorum. Continuatio mediaevalis, 61), p. XII.
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[52]
J. Avril, Les statuts synodaux français du xiiie siècle, IV, Les statuts synodaux de l’ancienne province de Reims (Cambrai, Arras, Noyon, Soissons et Tournai), Paris, 1995, p. 23 n. 23.
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[53]
Ibid., p. 175. Nicolas était finalement entré chez les dominicains en 1232.
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[54]
C’est du moins ce qu’affirme Jean de Saint-Victor dans son Memoriale lorsqu’il évoque ce concile, cf. I. Guyot-Bachy, Le Memoriale historiarum de Jean de Saint-Victor : un historien et sa communauté au début du xive siècle, Turnhout, 2000 (Bibliotheca victorina, XII), p. 329.
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[55]
En dehors des livres liturgiques, ces monastères féminins n’ont laissé aucune trace d’éventuelles bibliothèques. Le catalogue de la bibliothèque de Prémy (BM Cambrai, 1003, xviie siècle) ne contient en fait que des titres de livres imprimés, appartenant essentiellement à la littérature spirituelle du xviie siècle.
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[56]
Publiées par M.P. Coenegracht, « De Koosterwetgeving van de Victorinen », Ons Geestelyk erf, deel XXXVII, Afl 1, maart 1963, p. 291-329. L’édition est faite d’après un manuscrit appartenant aux archives de l’abbaye de Roosenberg (reg. I, a. 1510). Nicaise Delorme, abbé de Saint-Victor depuis 1488, avait fait copié ce manuscrit à la demande de l’évêque de Tournai.
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[57]
Ibid., p. 325-326.
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[58]
AD Nord, 50 H 14/15 à 33. La formule qui revient à chaque fois prévoit d’obéir secundum regulam sancti augustini, sub perpetua clausura.
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[59]
Ch. 1, cf. éd. p. 319-320.
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[60]
Ch. 1, cf. éd. p. 319
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[61]
Ch. 11, cf. éd. p. 322-324.
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[62]
S. Traka, Le coutumier français, op. cit. (voir n. 34), p. 94.
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[63]
Jean de Thoulouze, Annales, BNF, ms. lat. 14371, fol. 130-131. Le monastère de Jarcy était une fondation d’Alphonse de Poitiers et de son épouse Jeanne : … ita videlicet quod obedentie et correctioni episcopi parisiensis pleno jure subjaceat.
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[64]
B. Barbiche, « La papauté », op. cit. (voir n. 9), p. 252.
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[65]
Paris, BNF, ms. lat. 14455, fol. 179v. En fait, à cette date, seule l’abbesse de Prémy aurait pu être présente ou représentée.
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[66]
A. Molinier (éd.), Obituaires de la province de Sens, op. cit. (voir n. 41), I, respectivement p. 539 (III. Kal. Ianuarii), 579 (IX kal. Sept) et 550 (III non. Apr.).
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[67]
Paris, BNF, ms. lat. 14684. La Congregatio victorina est un plaidoyer en faveur du maintien de la première congrégation victorine au moment où est envisagée l’instauration d’une seconde congrégation, cf. F. Bonnard, Histoire de l’abbaye royale, op. cit. (voir n. 4), I, p. XXVI-XXVII.
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[68]
Paris, BNF, ms. lat. 14371, fol. 128 : Prémy, Roesbrugge, Saint-Trond et Bergues y figurent, auxquels s’ajoutent deux monastères brabançons. L’ouvrage de Jacques Marchant a été publié à Anvers en 1567.
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[69]
Mais il faut bien constater la même absence dans les obituaires des établissements masculins, cf. l’obituaire de Cantimpré (AD Nord, 37 H 29, xviie siècle) ou celui de Saint-André-lez-Aire, Brandt de Galametz (éd.), Mémoires de la Société des Antiquaires de la Morinie, XIX (1884-1885), p. 405-429.
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[70]
Les actes recopiés dans le cartulaire de Sainte-Élisabeth (AD Nord, 49 H 86) ne désigne jamais cet établissement autrement que comme « l’hôpital ou monastère de sainte Élisabeth » (ou « sainte Ysabel du Quesnoit ») ; Prémy est souvent simplement désignée dans les actes de donation dès la seconde moitié du xiiie siècle comme ecclesia de Premiaco prope Cameracum.
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[71]
Dès les années 1240 pour Prémy, cf. trois bulles pontificales d’Innocent IV, AD Nord, 50 H1/4, 5, 6. Cependant, à Prémy, en 1269, la dispense sur l’abstinence de viande (AD Nord, 50 H14/14) est accordée à abbatisse monasterii de Premiaco iuxta Cameracum ordinis sancti Victoris parisiensis… ; de même, accordant de nouveaux privilèges à l’hôpital-monastère du Quesnoy et rappelant sa fondation par sa sœur Jeanne, Marguerite évoque en 1261 labeie de sainte Ysabel ou kaisnoit del ordene de saint victor de Paris (49 H 3/11). À Beaulieu, la mention de Saint-Victor dans les actes pontificaux, exceptionnelle dans la seconde moitié du xiiie siècle, resurgit sous le règne de Clément V et jusqu’en 1343 pour disparaître à nouveau à la fin du xive siècle.
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[72]
G. Demay, Inventaire des sceaux de la Flandre, I, Paris, 1873, n° 7281 (Prémy, 1246), 7282 (Prémy, 1302), 7299 (Beaulieu-Sin-lez-Noble, 1385), 7304 (Notre-Dame de La Thure, 1491). Mais les sceaux des abbés des monastères masculins ne font pas plus référence à Saint-Victor.
-
[73]
L. Harrau, Histoire politique et religieuse de Bergues-Saint-Winoc, op. cit. (voir n. 19), p. 249.
-
[74]
J.-P. Willesme, « Saint-Victor », op. cit (voir n. 5), p. 193. Dans la liste des abbés victorins indiquée par la Gallia christiana (VIII, p. 1677) à l’occasion de ce chapitre, on remarque l’absence des abbés des monastères du nord du royaume.
-
[75]
A. Gerhards, art. « Chanoinesses », Dictionnaire historique des ordres religieux, Paris, 1998, p. 137-139.
-
[76]
Gallia christiana, III, p. 168 : … ad opus fundandi novam abbatiam ordinis Primiaciensis.
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[77]
… inhibemus autem, ne domus ista ad alium ordinem quam ecclesiae Primiacensis aliquatenus transferatur… cité par M.P. Coenegracht, « Ontstaan van de Brabantse Witte Vrouwen », op. cit. (voir n. 2), p. 73.
-
[78]
Gallia christiana, V, p. 360.
-
[79]
Gallia christiana, III, p. 618 : Agnes Premiaco evocata rexit ab anno 1244.
-
[80]
AD Nord, 50 H 13, fol. 1 : Chi commenchent les constitutions et ordonnances des nonnes nommees chanoinesses regulieres de l’ordre saint Augustin et est la maniere de Dieu servir qu’on tient es abbeyes de Sainte Elizabeth du Quesnoi et de Nostre-Dame de Premi-lez-Cambrai, édité par
S. Traka, Le coutumier français, op. cit. (voir n. 34). -
[81]
M.P. Coenegracht, « Ontstaan van de Brabantse Witte Vrouwen », op. cit. (voir n. 2), p. 78-79.
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[82]
B. Delmaire, Le diocèse d’Arras, op. cit. (voir n. 1), p. 316.
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[83]
L’examen des actes et de l’obituaire de Beaulieu-Sainte-Marie le montre bien, les monastères féminins de Saint-Victor furent largement ouverts à la bourgeoisie douaisienne, cf. B. Delmaire, Le diocèse d’Arras, op. cit. (voir n. 1), p. 316.
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[84]
P. Galloway, « ‘Discreet and Devout Maidens’ : Women’s Involvement in Beguine Communities in Northern France, 1200-1500 », D. Watt (éd.), Medieval women in their communities, Cardiff, University of Wales Press, 1997, p. 99-100.
1 Dans la thèse qu’il consacra au diocèse d’Arras, Bernard Delmaire constatait « l’éclosion soudaine entre 1196 et 1234 d’une demi-douzaine de monastères féminins et uniquement féminins, suivie d’une explosion de maisons de béguines » [1]. Il s’agissait dans ce cas précis de cinq monastères de Cisterciennes et d’une communauté de Victorines. Or, cette dernière, loin d’être un cas isolé, peut au contraire être rapprochée d’autres fondations féminines affiliées à l’ordre canonial de Saint-Victor-de-Paris, dont on repère l’existence au Moyen Âge dans les autres diocèses du nord du royaume de France comme dans les Pays-Bas méridionaux [2]. L’ensemble a marqué durablement la géographie religieuse de cette région, laissant d’ailleurs une empreinte plus nette que celle que nous conservons des monastères masculins de l’ordre [3]. La présente étude voudrait se pencher sur ce « moment victorin » vécu au féminin dans la première moitié du xiiie siècle en Flandre et en Artois, — et pour ainsi dire nulle part ailleurs dans le royaume [4] —, afin d’en comprendre les circonstances et si possible les motifs, afin aussi de saisir la nature de la filiation à l’ordre victorin et les relations entretenues avec l’abbaye-mère parisienne.
L’expansion victorine en Flandre et en Artois
2 Fondée en 1113 par Guillaume de Champeaux, l’abbaye de Saint-Victor essaima rapidement à partir des années 1130, envoyant de nombreux chanoines occuper les fonctions d’abbés dans des établissements réguliers qui s’affiliaient dès lors à elle au sein d’une communauté ou d’une societas canoniale. L’implantation de celle-ci se fit principalement en Ile-de-France et en Normandie [5]. À l’est, vers la Champagne, la Bourgogne et la Lorraine, ses tentatives pour réformer des chapitres existants ou pour fonder de nouveaux établissements se heurtaient à la concurrence de Cîteaux. Dans la direction de Laon, et au-delà dans les terres d’Empire, elles rencontraient la puissance de l’ordre de Prémontré. Au nord de la province de Reims, c’est Arrouaise qui imposait ses limites. Néanmoins, quatre établissements témoignaient de la présence de Saint-Victor dans le nord du royaume. Le plus ancien était Notre-Dame d’Eaucourt, fondé à la fin du xie siècle et qui avait adopté vers 1160 les coutumes de Saint-Victor [6] ; puis avait suivi Cantimpré fondé en 1180 par l’abbé Jean. Dès 1198, grâce à l’entremise d’Étienne de Tournai, Saint-Calixte de Cysoing, qui appartenait depuis un siècle à l’ordre d’Arrouaise, recevait pour abbé Marcel, chanoine de Sainte-Geneviève puis de Saint-Victor de Paris [7]. Quatre ans plus tard, quatre clercs de la collégiale d’Aire, dans le diocèse de Thérouanne, fondaient au Pré-Vert à Saint-André un établissement victorin [8].
3 Vers 1225 cependant, l’expansion victorine jetait ses derniers feux et très vite s’amorça un processus de décomposition de la societas, processus largement avéré en 1298, officiellement reconnu en 1339 [9]. C’est pourtant au moment même où se produisit ce coup d’arrêt qu’apparurent des monastères de femmes rattachés dès l’origine ou par « conversion » ultérieure à l’ordre victorin.
4 Le premier fut celui de Prémy : dès les années 1190, le monastère double fondé en 1185 par Jean de Cantimpré, dont la légende veut que sa sœur Euphémie ait été la première abbesse, fut divisé et le cloître des sœurs transféré à Prémy. En 1214, l’évêque de Cambrai, Jean III de Béthune, en accord avec l’abbé de Cantimpré, sépara les religieuses de la juridiction temporelle et spirituelle de ce dernier. Jusqu’à cette date, soit pendant trente ans, les sœurs avaient vécu sous la règle de saint Augustin puisqu’elles suivaient les usages de Cantimpré, monastère réformé par Saint-Victor. Entrées, pourraiton dire, par accident dans l’ordre victorin, les religieuses réaffirmèrent pourtant leur appartenance dès 1217 et trois bulles octroyées par le pape Honorius III entre cette date et 1222 confirmèrent cette décision [10].
5 Entre 1224 et 1227, une communauté de femmes rattachée à l’hôpital rural Saint-Nicolas à Dechy [11], quitta ce lieu pour un « pauvre petit monastère » près de Douai, bientôt appelé Beaulieu-Sainte-Marie. Vivant déjà sous la règle de saint Augustin, ces femmes demandèrent à pouvoir choisir leur supérieure et à être affiliées à l’ordre de Saint-Victor. En dépit de l’opposition de Pons, évêque d’Arras, elles obtinrent satisfaction grâce à l’intervention du pape Honorius III qui leur accorda ce privilège par une première bulle le 7 mai 1224, décision confirmée par Grégoire IX le 5 décembre 1227 [12].
6 Les années 1230 virent le rattachement de trois nouveaux monastères. En 1232, l’évêque de Tournai Gautier de Marvis transféra des religieuses d’Haspes dans un monastère placé sous le vocable de la « bienheureuse Vierge Marie » au lieu-dit « Prés-Porchins » non loin des murs de Tournai, près de l’Escaut. Il les fit alors entrer dans l’obédience victorine [13] ; en 1236, dans le diocèse de Thérouanne, Guillaume de Béthune et sa femme Élisabeth fondèrent sur leurs terres de Roesbrugge près de Furnes une abbaye appelée Beata Maria Nova et y firent venir six moniales de Prémy [14] ; enfin, avant 1236, le prieuré de Beaurepaire, situé dans le diocèse d’Arras et dépendant du monastère d’hommes de Cysoing, avait suivi celui-ci dans sa dissidence de l’ordre d’Arrouaise et avait rejoint avec lui Saint-Victor [15].
7 En 1244, dans le diocèse de Cambrai, deux autres fondations vinrent encore grossir le groupe par le biais de leur filiation avec Prémy : Bethléem ou Beliam, fondé en 1244 par Gautier Harduin, chanoine de Mons, avec le soutien de Jeanne de Flandre et de son mari, Thomas de Savoie [16] et Thura beatae Mariae (La Thure) près de Solre-sur-Sambre, où vingt religieuses venues de Prémy furent installées par les bons soins d’un seigneur du nom de Nicolas de Barbenson [17]. Elles furent suivies en 1248, dans le diocèse de Thérouanne cette fois, par le transfert sous l’autorité de la comtesse Marguerite, dans Bergues, en un lieu désormais nommé Nieuclooster, des religieuses de l’hôpital Sainte-Élisabeth. Celui-ci avait été fondé en 1227 à Spycker (cant. de Bourbourg) par Guillaume Spijke. Ces religieuses furent pourvues du titre abbatial et astreintes à l’observance victorine en 1252 [18]. En 1254, Raoul de Chelles, évêque de Thérouanne, confirma leur installation et leur obédience [19]. C’est également en 1248, que le monastère arrouaisien de Saint-Trond, dans le diocèse de Tournai, se détacha de l’établissement masculin d’Eekhout pour s’unir à Saint-Victor.
8 Enfin, en 1255, l’abbaye Sainte-Élisabeth du Quesnoy (diocèse de Cambrai) rejoignait l’ordre canonial au terme d’une longue histoire : d’abord hôpital, peut-être fondé par Pierre Piteus, chapelain du comte Baudoin V (1171-1195), « pour des dames qui s’occupaient des pauvres », reconstruit vers 1233 par Jeanne, comtesse de Flandre, qui le prend alors sous sa protection, il fut finalement doublé d’un monastère sur l’initiative de Marguerite de Constantinople qui y fit venir des moniales de Prémy et y organisa la communauté sur le modèle de celle de la Biloque de Gand [20]. L’appartenance victorine fut reconnue en 1262 par une bulle d’Urbain IV [21].
9 Au total donc, entre 1217, date de la séparation définitive de Prémy d’avec Cantimpré, et 1262 (affiliation de Sainte-Élisabeth du Quesnoy), ce ne sont pas moins de dix monastères qui furent fondés ou rattachés à Saint-Victor en moins de cinquante ans. Le diocèse de Cambrai, qui en accueillit quatre, est le mieux représenté, les diocèses d’Arras, de Tournai et de Thérouanne comptant pour leur part chacun deux établissements.
Des promoteurs extérieurs à l’ordre victorin
10 Peut-on, pour expliquer cette floraison, se contenter d’invoquer le prestige dont aurait jouit Saint-Victor dans la première moitié du xiiie siècle [22] ? La réponse est en fait plus complexe. La documentation permet tout d’abord d’écarter l’hypothèse d’une initiative de l’abbaye-mère. Il convient de rejeter également l’éventualité d’une intervention des établissements masculins géographiquement proches. Nous avons vu comment, au contraire, Prémy s’était développé après sa séparation définitive d’avec Cantimpré, l’abbé de ce monastère n’interférant ni dans le choix que font les religieuses en 1217 de la règle de saint Augustin et de l ’institutio Sancti Victoris Parisiensis ni d’ailleurs dans aucune autre circonstance [23]. Dans le diocèse d’Arras, le rattachement de Notre-Dame de Beaulieu à Saint-Victor ne doit rien à l’abbaye masculine d’Eaucourt et encore moins au prieuré de Saint-André-lès-Aire. Une exception cependant : il semble bien que le prieuré de Beaurepaire soit entré dans l’orbite de Saint-Victor dans les premières années du xiiie siècle lorsque le monastère de Cysoing, dont il dépendait, se sépara d’Arrouaise et reçut un abbé victorin [24]. Dans l’esprit des victorins, le temps des conquêtes paraît bien clos et révolu l’âge d’or d’Adam, de Hugues et de Richard.
11 Pourrait-on en revanche envisager une intervention du pouvoir royal en faveur d’un ordre fortement attaché dès ses origines aux Capétiens [25] ? Vers 1196 encore, Philippe Auguste n’avait-il pas confié la reine Ingeburge, dont il venait de se séparer, au prieuré de Beaurepaire, tout nouvellement rattaché à Saint-Victor [26] ? Au lendemain de la victoire de Bouvines, le lien venait encore d’être ravivé par la décision d’ériger l’abbaye-mémorial de la Victoire près de Senlis, dont le service serait expressément confié par le roi aux victorins. Tout juste amorcée lorsqu’il mourut en 1223, la construction de l’édifice reposa largement sur son successeur Louis VIII qui, rédigeant son testament en 1225, demandait à ce que le produit de la vente des pierres précieuses ornant ses couronnes fût affecté à son achèvement [27]. Le testament de ce souverain témoigne d’ailleurs de l’intérêt notable qu’il portait à Saint-Victor [28]. Aux côtés de Cîteaux et de Prémontré, l’ordre canonial y recevait du roi plusieurs marques de bienveillance : en premier lieu une somme de 4 000 livres à répartir entre quarante abbayes victorines, à charge pour chacune d’entre elles de prier au jour anniversaire de la mort du roi ; puis, une somme de 400 livres donnée pour le même service liturgique à l’abbaye-mère, qui était ainsi distinguée à la tête de l’ordre [29] ; enfin, l’abbé de Saint-Victor, nommé parmi les exécuteurs testamentaires, recevait mission de suppléer aux manquements éventuels de ceux-ci. En 1225, la confiance du souverain à l’égard de Saint-Victor est indéniable et l’on pourrait imaginer que les fondations évoquées aient été lancées afin de renforcer l’influence française et royale dans des régions sur lesquelles le roi venait d’affirmer sa souveraineté par les armes.
12 En fait, si les rois capétiens ne pouvaient voir d’un mauvais œil le rattachement de ces établissements de moniales à une grande abbaye de fondation royale précisément en Flandre, trois arguments, me semble-t-il, s’opposent à ce qu’ils en fussent des promoteurs : Louis VIII dans son testament ne reconnaît aucunement l’existence spécifique de ces monastères victorins féminins, alors même que son legs aux abbayes cisterciennes distingue clairement parmi celles-ci le groupe des monastères de femmes [30] ; le legs prévu en 1225 fut bien effectif (l’obituaire de Beaulieu en porte trace [31]) mais il fut tout à fait exceptionnel et l’on ne trouve guère d’autres traces des faveurs royales dans les archives de ces établissements ; enfin, il faut aussi tenir compte d’un décalage chronologique entre ce témoignage de la faveur royale à l’égard de Saint-Victor et les dates de rattachement des établissements féminins à l’ordre canonial. Lorsque le roi meurt en 1226 le mouvement est à peine amorcé. Il ne concerne, pour l’heure, que les monastères de Prémy et de Beaulieu. Or, le successeur de Louis VIII, Louis IX, on le sait bien, est acquis à la spiritualité des ordres mendiants. Sa générosité à l’égard des victorins est moindre que celle de ses prédécesseurs [32]. Rien d’étonnant donc si l’unique témoignage que l’on puisse en recueillir pour nos monastères soit l’exemption de la décime pour la croisade accordée à Notre-Dame de Beaulieu en 1269 [33] !
Le rôle des comtesses de Flandre
13 Les encouragements vinrent donc d’ailleurs. L’examen de la documentation permet d’abord de mettre en avant le rôle de l’aristocratie locale. Dans trois cas au moins, l’initiative de la fondation revient à un seigneur laïc : Guillaume de Béthune à Roesbrugge, Nicholas de Barbenson à la Thure et Guillaume Spijke à Spycker (fondation primitive du Nieuclooster de Bergues). Ils seront rejoints par de nombreux donateurs, laïcs et clercs. Ces derniers peuvent aussi, à titre individuel, être à l’origine des établissements, tel Gautier Harduin, chanoine de Mons, à La Thure, ou Pierre Piteus, chapelain de Baudoin V, qui aurait fondé l’hôpital du Quesnoy. Mais on voit également certaines communautés de clercs accompagner de leurs donations la croissance de tel ou tel monastère : lorsque Prémy fut séparé de Cantimpré, le chapitre cathédral de Cambrai constitua pour les sœurs un petit temporel par l’abandon d’une maison et de droits, complété un peu plus tard par la cession d’une église sur la paroisse de Fontaine-Notre-Dame [34] ; à Beaulieu, devant le refus de l’évêque Pons, le chapitre de Saint-Aubert de Cambrai prit position en faveur des sœurs qui demandaient leur rattachement à Saint-Victor et le chapitre de Saint-Pierre leur céda des droits pour faciliter leur installation [35].
14 Les motivations des uns et des autres sont difficiles à établir, il ne semble pas en tout cas qu’elles soient à rapprocher d’une relation personnelle avec Saint-Victor ou l’une des abbayes masculines affiliées. Il ne semble pas non plus que l’on puisse invoquer des arrière-pensées politiques. Si dans la première moitié du xiiie siècle, l’aristocratie flamande est politiquement divisée, puis perturbée par la victoire de Philippe Auguste et l’affirmation souvent autoritaire de la souveraineté royale, les fondations et les conversions des monastères victorins féminins ne peuvent être mis sur le compte d’un parti spécifique [36].
15 L’inventaire des fonds d’archives révèle aussi la forte implication des comtesses Jeanne et Marguerite de Flandre. Ces dernières apparaissent régulièrement dans différents actes comme bienfaitrices : Jeanne et son époux Thomas de Savoie concèdent un bonnier de terre à Gautier Harduin en vue d’établir le monastère de Bethléem en 1244 [37] ; si, comme l’a démontré B. Delmaire, on ne peut voir en Marguerite la fondatrice de Beaulieu, on sait en revanche qu’elle octroya à plusieurs reprises entre 1233 et 1267 biens, droits et privilèges à son hospital de saint Ysabiel dou Caisnoit [38] ; en l’une de ces occasions, elle ne manqua pas de rappeler le rôle qu’elle eut aux côtés de sa sœur Jeanne dans la fondation [39]. Son fils et successeur, Gui de Dampierre, perpétua la générosité comtale en faveur de ces établissements victorins [40].
16 Mais il semble que Marguerite eût même l’initiative de trois au moins des « conversions » à Saint-Victor : à Bergues, à Saint-Trond et au Quesnoy. Comment expliquer le choix de promouvoir cet ordre canonial dans son comté ? Les liens entre les comtes de Flandre et Saint-Victor ne sont pas évidents. La famille comtale n’apparaît qu’exceptionnellement dans l’obituaire du monastère parisien et Jeanne et Marguerite n’y figurent pas [41]. Les comtes de Flandre ne semblent pas non plus avoir particulièrement favorisé l’implantation locale des monastères masculins de Saint-Victor et leurs noms apparaissent bien moins fréquemment dans les archives de ces derniers que dans celles de nos monastères féminins.
17 En fait, il s’agit peut-être moins pour Jeanne et Marguerite de promouvoir l’ordre de Saint-Victor que d’accompagner de leur autorité l’émergence d’établissements féminins dotés d’une certaine autonomie. Elles entendent d’abord répondre à la forte demande démographique générale et régionale et il convient dès lors de replacer l’apparition de ces « victorines » dans le Nord de la France dans un contexte plus large qui, entre 1100 et 1300, voit se multiplier le nombre de monastères féminins par dix [42]. Mais choisir de faire passer des religieuses sous l’obédience victorine, c’était aussi leur permettre de vivre selon des constitutions qui les autorisaient à élire leur abbesse sans dépendre plus longtemps d’un établissement d’hommes. Sans doute est-ce dans cet esprit que Marguerite s’engagea en 1249 pour faciliter la séparation entre Saint-Trond et sa tutelle arrouaisienne d’Eekhout [43].
18 Les comtesses pouvaient aussi estimer cette relative autonomie nécessaire à l’épanouissement d’activités caritatives. Car il faut remarquer l’origine hospitalière de plusieurs de ces monastères féminins (Beaulieu, Le Quesnoy, Prés-Porchins, Nieuclooster), toujours installés aux portes des villes ou à l’intérieur de leurs murs afin de mieux répondre aux besoins de la croissance urbaine et aux plus démunis des habitants. Mais, en plaçant deux de leurs fondations, Nieuclooster et Le Quesnoy, sous le patronage de saint Élisabeth de Thuringe, canonisée depuis quelques années seulement, Jeanne et Marguerite exprimaient sans doute de plus leur adhésion aux nouvelles formes de spiritualité dont l’attention aux pauvres constituait le cœur. Ce faisant, elles rejoignaient les aspirations de leurs sujets mais, érigeant ces hôpitaux en monastères, elles se conformaient plus encore aux directives des autorités de l’Église concernant l’encadrement des activités spirituelles et caritatives féminines [44]. Par la suite, leurs préférences iront aux béguinages et aux couvents mendiants, plus aptes, à leurs yeux, à remplir les exigences de pauvreté et de charité.
19 Sans doute les motivations des deux comtesses répondaient-elles enfin aux aspirations des femmes qui vinrent peupler ces monastères. N’oublions pas que ce furent celles-ci qui, les premières, à Prémy et à Beaulieu, réclamèrent d’être rattachées à Saint-Victor. Quels avantages pouvaient-elles en attendre ? On pourrait d’une certaine façon parler d’une adhésion « par défaut ». Car ces femmes souhaitant vivre dans la prière auraient pu se tourner vers Cîteaux comme le firent les moniales des cinq monastères du diocèse d’Arras dont Bernard Delmaire note la naissance entre 1196 et 1234, ajoutant que « 52 abbayes cisterciennes surgirent de 1182 à 1234 dans la Belgique actuelle et 13 dans les départements actuels du Nord et du Pas-de-Calais » [45]. Cette période de fondation fut assez brève et visiblement insuffisamment relayée par les autorités de l’ordre [46]. À la fin des années 1230, la voie cistercienne est à peu près fermée. De vocation fortement contemplative et d’implantation traditionnellement rurale, elle était de toute façon difficilement compatible avec l’exercice d’activités caritatives.
20 Les Norbertines, rattachées à l’ordre de Prémontré, lui aussi bien implanté dans la région, auraient pu offrir une solution intéressante. En effet, au sein de cet ordre canonial qui avait très vite renoncé aux monastères doubles, les femmes avaient instauré un genre de vie religieuse pionnier, à mi-chemin entre la vie laïque et la claustration totale, grâce au maintien de la règle de saint Augustin. Cette règle assouplissait les exigences de pauvreté et permettait aux sœurs de conserver plus de luxe que leurs sœurs bénédictines, ce qui avait eu pour inconvénient de favoriser un recrutement exclusivement nobiliaire et d’écarter bien des filles de la bourgeoisie urbaine [47]. Non sans avoir constitué une étape intéressante dans l’histoire de l’idéal religieux féminin, l’expérience, ici encore, était désormais close. En fait, la plupart des ordres monastiques ou canoniaux cherchaient alors à se séparer de leur branche féminine. Ainsi en avait décidé l’ordre canonial d’Arrouaise, fondé au xiie siècle, bien représenté dans les diocèses d’Arras, de Tournai et de Thérouanne et comportant un certain nombre d’établissements de femmes. Dès la fin du xiie siècle, les chanoines s’efforcèrent de limiter leur nombre et leur taille, arguant à la fois des désordres moraux que les femmes pouvaient susciter, mais aussi d’une charge matérielle trop lourde pour la communauté. En 1233, ils statuaient que l’entrée des religieuses ne se ferait qu’avec l’autorisation du chapitre général. Cette décision affecta les moniales de Saint-Trond qui vivaient dans la dépendance d’Eekhout. En quelques années, elles obtinrent la séparation et n’envisagèrent leur avenir que dans l’affiliation à Saint-Victor [48].
La hiérarchie épiscopale favorable à la solution victorine
21 Dans cette affaire, les moniales de Saint-Trond avaient bénéficié du soutien de l’évêque Gautier de Marvis. Semblable intervention épiscopale, loin d’être exceptionnelle, se repère au contraire régulièrement dans la « conversion » des monastères de femmes à l’ordre victorin. Jean d’Antoing (1192-1196) et Jean de Béthune (1200-1219), évêques de Cambrai, ont accompagné de leur autorité l’émancipation des sœurs de Prémy à partir des années 1190 ; Gautier de Marvis est encore à l’origine du transfert à Prés-Porchins et son successeur, Raoul de Chelles, favorisa l’installation des victorines à Bergues en 1254 et exigea leur affiliation à Saint-Victor [49]. L’unique cas de réticence fut celui de l’évêque d’Arras, Pons, à l’égard des moniales de Beaulieu, mais il dut finalement s’incliner sous la pression du clergé local et de l’autorité pontificale.
22 La politique favorable et active des évêques locaux à l’égard des établissements féminins de l’ordre de Saint-Victor a également été observée dans le Brabant où l’on voit aussi l’influence de l’autorité pontificale à travers les interventions du légat apostolique, Hugues de Saint-Cher [50]. Ici et là s’exprime le même souci de poursuivre la réforme de l’Église amorcée depuis la fin du xie siècle. L’émergence des ordres de chanoines réguliers au xiie siècle en avait été une étape importante, le plus souvent relayée par l’épiscopat qui appréciait la rigueur de la vie canoniale sous la règle de saint Augustin. Dans le cas de Saint-Victor venait s’y ajouter le prestige de la tradition intellectuelle, à laquelle le haut clergé, de mieux en mieux formé dans les écoles et les universités, ne pouvait rester insensible. Les prélats de Cambrai, d’Arras, de Thérouanne et de Tournai sont bien représentatifs de cette génération de « maîtres » qui accède à l’épiscopat à partir des premières années du xiiie siècle. Pierre de Corbeil, évêque de Cambrai, au tout début du siècle, en est sûrement la figure la plus prestigieuse, lui qui eut le futur Innocent III parmi ses disciples. Mais Adam, évêque de Thérouanne (1213-1229), a étudié à Paris, tout comme Guiard de Laon qui y a appris puis enseigné la théologie. Chanoine de Notre-Dame, il fut chancelier de l’Église de Paris avant d’être élu au siège de Tournai en 1238. Bien plus, quelques-uns de ces prélats entretinrent des liens personnels avec Saint-Victor de Paris ou avec l’ordre victorin. On pense bien sûr à Étienne de Tournai qui fut d’abord abbé de Sainte-Geneviève dans les années qui suivirent le ralliement de ce monastère à Saint-Victor et dont le rôle fut important dans la cohésion de l’ordre dans la deuxième moitié du xiie siècle [51]. Mais on pourrait également évoquer Guiard de Laon, homme de doctrine, marqué par la spiritualité cistercienne (et l’on connaît les affinités entre Cîteaux et Saint-Victor dans ce domaine). Il avait été invité à prêcher à Saint-Victor [52]. Quant à Nicolas III, évêque de Cambrai de 1249 à 1272, il avait été auparavant chanoine à Cantimpré [53]. Bref, par leur formation théologique souvent parisienne, par les liens qu’ils avaient pu nouer personnellement avec Saint-Victor, ces prélats étaient parfaitement disposés à favoriser un ordre dont ils connaissaient et appréciaient visiblement toute la tradition intellectuelle que le concile de Latran IV venait d’ailleurs de rappeler [54].
23 Néanmoins, il est difficile d’invoquer la vocation intellectuelle de Saint-Victor comme argument de leur promotion des monastères féminins tant les indices en sont inexistants [55]. Ici, c’est plus vraisemblablement la règle de saint Augustin et la lecture rigoureuse qu’en faisaient les victorins qui a séduit le zèle pastoral et réformateur des évêques. Car les constitutions rédigées à Saint-Victor pour les moniales dès 1200 [56] permettaient d’accueillir les aspirations de ces femmes à la vie religieuse dans le double cadre strict de la clôture et de l’autorité épiscopale. La nécessité de la clôture était clairement affirmée au chapitre 15 de l’institutum sancti Victoris [57] et, au xvie siècle encore, les moniales de Prémy s’engageaient à y être fidèles dans la formule de leur profession de foi [58]. L’institutum sancti Victoris prévoyait aussi que les sœurs seraient sous la double tutelle de l’abbé de Saint-Victor et de l’ordinaire. C’est à ces deux personnages qu’il revenait de présider à l’élection de l’abbesse qui leur prêtait serment d’obéissance lors de la cérémonie d’investiture [59] ; c’est l’évêque qui approuvait le choix du confesseur, voire y procédait [60] ; son représentant était présent lors de la prise d’habit d’une postulante [61]. Au xve siècle, les constitutions de Prémy mentionnaient des visites régulières faites par le commissaire de l’évêque [62]. Bref, en l’absence de l’abbé de Saint-Victor-de-Paris, absence à laquelle aucun représentant ne paraît suppléer, l’évêque du lieu avait bel et bien un large pouvoir de contrôle sur les monastères féminins de l’ordre. Une telle situation paraît confirmée dans la charte de fondation des moniales de Jarcy rapportée par Jean de Thoulouze. Moins que l’appartenance à l’ordre victorin (Saint-Victor n’apparaît d’ailleurs aucunement dans ce document), c’est le lien avec l’évêque qui est mis en exergue et l’obéissance que les religieuses devront à celui-ci [63]. Pour l’évêque de Paris, comme sans doute pour ceux du nord du royaume, la règle de saint Augustin constituait une réponse adaptée au souci exprimé par la hiérarchie de l’Église à l’occasion du concile de Latran IV de contrôler plus étroitement les ordres religieux et de mieux encadrer la spiritualité des fidèles, surtout peut-être celle des femmes.
La mémoire victorine
24 Quels rapports entretinrent ces établissements féminins avec l’ordre de Saint-Victor dont ils se réclamaient ? L’éclairage des sources est très insuffisant mais il semble que les liens furent toujours assez lâches.
25 On a souligné plus haut l’absence effective de la tutelle abbatiale. Sur le plan institutionnel, les monastères féminins avaient une place à part au sein de l’ordre. Ils n’étaient pas représentés au chapitre général qui se tenait chaque année [64]. Un acte du chapitre général de 1224 sur lequel figurent les signatures de plusieurs abbés ou prieurs masculins, le confirme [65]. Même absence constatée dans l’obituaire de Saint-Victor de Paris. Alors que l’on y rencontre le nom de Jean, abbé de Cantimpré, celui d’Eudes, abbé de Sainte-Marie d’Hérivaux, ou encore celui de Guibert, abbé d’Eaucourt, aucune mention d’abbesse ou de prieure d’un de nos monastères n’y figure, alors que d’autres communautés féminines y apparaissent [66].
26 Dans le premier tiers du xive siècle, rédigeant une histoire universelle appelée Memoriale historiarum, Jean de Saint-Victor accorde quelques développements à l’histoire de son ordre. Il en exalte la fécondité et le compare à une vigne généreuse qui essaime. Il sait, çà et là, évoquer brièvement le souvenir d’un abbé victorin ou établir des listes d’établissements réformés par Saint-Victor, jamais il n’évoque Prémy, Beaulieu, Le Quesnoy ou toute autre fondation féminine. C’est finalement Jean de Thoulouze, au xviie siècle, qui rétablit la présence des victorines dans la mémoire de l’ordre. Et encore n’est-ce pas dans l’ouvrage qu’il consacre à la congrégation victorine qu’il leur fait une place [67] mais au hasard de ses Annales. Rendu à l’année 1269, puisant endehors d’une mémoire victorine largement amnésique, il invoque le témoignage de Jacques de Meyer dans les Annales de Flandres à propos de la fondation de Pont-Rohard (Roesbrugge) et tire du De memoralibus Flandriae rebus liber singularis de Jacques Marchant une liste d’une douzaine d’abbayes et de prieurés dont six sont des établissements féminins [68].
27 On peut, pour finir, s’interroger sur le sentiment d’appartenance à l’ordre victorin qu’eurent en retour les moniales. Pour constater la même indifférence. L’examen de l’obituaire de Beaulieu fait une large place au clergé local, on y rencontre des noms de chanoines de Saint-Amé ou de Saint-Pierre de Douai, ceux des évêques de Tournai, de moines de Saint-Éloi, de frères prêcheurs, mais on y chercherait en vain le nom d’un abbé de Saint-Victor ou celui d’un des monastères masculins de l’ordre établis dans sa proximité [69]. La titulature par laquelle les moniales désignent leurs communautés dans les actes ne prête guère plus d’attention à l’identité victorine [70]. En fait, celle-ci est affirmée dans les actes fondateurs, dans les bulles pontificales qui accordent le privilège de vivre sous la règle de saint Augustin et au sein de l’ordre de Saint-Victor, mais par la suite elle est loin d’être systématique. Seule subsiste bien souvent la mention de l’ordre de Saint-Augustin [71]. L’examen des sceaux livre une même impression : l’abbesse est toujours représentée debout, en voile et en guimpe, crossée et tenant un livre à la main. Le nom de l’abbaye est le seul élément d’identification, sans référence ni à l’ordre de Saint-Augustin ni à Saint-Victor [72]. Quant au nom de « Place Saint-Victor » donné à la partie du terrain des moniales du Nieuclooster de Bergues, convertie en marché-au-beurre, elle paraît si dérisoire que l’on hésite à la verser au dossier [73].
28 Les liens avec l’ordre furent donc visiblement ténus et peu significatifs. Mais n’oublions pas que la societas victorine ne fut jamais très contraignante et que les abbayes canoniales masculines étaient restées finalement indépendantes les unes des autres, leur seul point commun étant l’appartenance à l’ordre des chanoines réguliers. Dès la fin du xiiie siècle, par ailleurs, le rayonnement de Saint-Victor sur l’ordre était presque inexistant comme en témoigne l’absence de son abbé au chapitre général de Juilly en 1298 [74]. Dans un tel contexte, il aurait été surprenant que les établissements féminins aient montré un plus grand attachement. Comme les chanoines, les moniales victorines se reconnaissaient avant tout dans l’observance de la règle de saint Augustin. On lit parfois qu’elles formèrent en fait un ordre à part dont Prémy était le chef, présidant un chapitre annuel particulier [75]. Il convient de nuancer quelque peu cette affirmation. L’expression d’ordo primiciensis apparaît effectivement dans l’acte de 1244 par lequel Thomas de Savoie et Jeanne de Flandre concèdent à Gautier Hardouin un bonnier de terre en vue de l’établissement du monastère de Bethléem [76]. On la retrouve dans l’accord que donne Gautier de Marvis au transfert des religieuses d’Haspes au Prés-Porchins [77]. Il est certain que Prémy joua un grand rôle dans la fondation ou la conversion de plusieurs monastères. Cette maison était suffisamment dynamique pour fournir à plusieurs reprises le noyau humain initial des communautés de Roesbrugge ou de La Thure. Parmi les moniales qu’elle envoyait figurait l’abbesse qui devait prendre en main la fondation ou la réforme. Dans le nécrologe de Roesbrugge, au souvenir de Mathilde, première abbesse, était attachée son origine « prémicienne » [78] ; la liste des abbesses de La Thure révèle une situation toute semblable [79]. S’il est donc clair que Prémy a essaimé, rien n’indique en revanche que son abbesse ait exercé une autorité sur les autres établissements. À l’exception peut-être du Quesnoy qui lui semble plus étroitement associé jusqu’à recevoir les mêmes constitutions au xve siècle [80]. En revanche, les archives n’indiquent pas de lien de subordination ni même tout simplement de relation en dehors de la filiation originelle. Par ailleurs, Prémy ne paraît pas avoir exercé d’influence sur les monastères féminins du Brabant [81].
Conclusion
29 Il y eut donc bien dans le nord du royaume, au cours de la première moitié du xiiie siècle, une efflorescence des moniales ou chanoinesses régulières de Saint-Victor. Elle fut brève mais pas insignifiante. Elle fut sans doute à la fois affaire de circonstances [82] et de contexte. Car en Flandre, en Artois et en Hainaut, l’augmentation de la population féminine, en particulier dans les villes, provoqua une forte demande à l’égard des ordres religieux. Or, au même moment, les ordres monastiques traditionnels et les ordres canoniaux ferment leurs portes aux femmes. Après 1234 et l’arrêt des fondations cisterciennes, Saint-Victor restait finalement un des rares ordres encore ouverts. Les constitutions qui y avaient été rédigées spécialement pour les femmes dès 1200 leur offraient une certaine autonomie d’organisation tout en satisfaisant au souci des évêques d’encadrer la spiritualité féminine. Un passé prestigieux peut-être, une tradition de recrutement urbain sans doute [83], l’intérêt des comtesses pour la spiritualité féminine et les activités caritatives assurément, firent le reste et expliquent ce court moment de succès. Mais après 1260, avec la multiplication des béguinages et des couvents mendiants, qui détournent largement à leur profit les donations mais aussi l’attention de la comtesse Marguerite [84], le moment victorin est définitivement passé.
Mots-clés éditeurs : Arrouaise, Norbertines, ordo primiciensis, Prémy, Saint-Victor de Paris, sainte Élisabeth
Date de mise en ligne : 30/09/2014
https://doi.org/10.3917/rdn.356.0665