Alain Lottin, Annie Crépin, Jean-Marc Guislin (éd.), Intendants et préfets dans le Nord-Pas-de-Calais (xviie - xxe siècle), Artois Presses Université, 2002, Coll. Histoire, 338 p., Prix : 21 €
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Citer cet article
- EMMANUELLI, François-Xavier,
- Emmanuelli, François-Xavier.
- Emmanuelli, F.-X.
https://doi.org/10.3917/rdn.355.0431f
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- Emmanuelli, F.-X.
- Emmanuelli, François-Xavier.
- EMMANUELLI, François-Xavier,
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1 Modeste dans sa couverture géographique, le colloque de mars 2000 a permis d’entendre 17 communications, encadrées par deux « témoignages », autour d’un sujet ambitieux et difficile, la préfecture, avec son légendaire ancêtre, l’intendance. Les orateurs disposant d’un temps réduit ceux-ci ont centré leurs interventions sur un thème essentiel : l’agent du gouvernement, homme du pouvoir, homme de pouvoir.
2 Les époques particulièrement traitées (la fin du règne de Louis XIV, les deux empires et les débuts de la IIIe république) ont en commun d’être des moments de crise politique grave où la préoccupation première des dirigeants est de consolider leur emprise sur le pays pour des fins financières ou politiques et sociales. Leurs représentants en province sont donc prioritairement chargés de tâches politiques, mettre au pas les oppositions, briser les résistances, tout en s’informant et en informant (Lottin, Oliveira).
3 L’obéissance des populations doit être obtenue par la maîtrise des « collectivités territoriales ». Tâche difficile pour les intendants, sans pouvoirs bien définis et donc obligés de chercher l’appui des ministres (donc de subir leur tutelle) et de manœuvrer avec soin (Lottin, Engrand). Est-elle plus facile pour les préfets ? Les textes législatifs et réglementaires leur offrent bien des moyens mais, comme autrefois, il faut bien obtenir le consentement au moins apparent des notables, élections et représentation obligent. Aux menaces, pressions, jeu des clientèles de la Monarchie, de mieux en mieux connues, s’ajoute la nécessaire prise en main des élections et le bâillonnement, avec les formes, de l’opposition (van Wynendaele, Ménager, Guislin, Vavasseur-Desperriers). Le préfet est donc un agent politique au premier chef, ce qui n’exclut pas ici et là une écoute du département (Delabre, Raxhon).
4 Quels sont les objectifs gouvernementaux ? Jusqu’en 1815 c’est d’abord le service de l’armée et de la guerre, sous ses formes humaines et financières (Engrand, Cuvilliers, Raxhon, Crépin). À l’arrière-plan un souci de stabilité sociale (respect des privilèges, large éventail conservateur des nominations préfectorales, lutte contre les républicains, soin pour la sécurité intérieure (Cuvilliers, Delabre), collaboration affichée avec les notables (Bertrand, Vavasseur-Desperriers, Béthouart).
5 D’un régime à l’autre la physionomie des administrateurs supérieurs reste stable : origine sociale élevée, richesse ou aisance (une nécessité), prépondérance des juristes, éclectisme des engagements « philosophiques » puis politiques (c’est la fidélité qui compte le plus) (Cuvilliers, Raxhon). La principale différence réside dans la formation professionnelle : presque tous les intendants sont passés par le Conseil d’État ; les préfets napoléoniens ont un lourd passé politique et/ou administratif ; beaucoup de ceux de Napoléon III sont passés par les filtres préfectoraux.
6 Trois communications retiennent particulièrement l’attention par les pistes qu’elles suggèrent, leurs orientations méthodologiques ou le débat qu’elles alimentent. Jean-Paul Bertaud attire l’attention sur le parti à tirer de l’étude du cérémonial, chose bien connue des historiens « culturels » mais, sauf erreur, peu pratiquée en histoire administrative (une seule monographie d’intendant, sauf erreur). À l’époque napoléonienne il traduit la supériorité du militaire sur le civil, comme avant 1789 le gouverneur passait avant l’intendant, alors que le préfet représente l’État dont l’armée est un outil. Pierre-François Pinaud évoque la question cruciale des rapports de la préfecture avec la haute administration fiscale sous Napoléon Ier. Celle-ci lui est antérieure, son domaine est nettement défini, son bon fonctionnement est essentiel pour l’État qui trouve au surplus dans les Receveurs généraux des bailleurs de fonds indispensables. Le préfet ne peut que contourner l’obstacle. Sauf erreur, aucune étude d’intendance n’a abordé la question, qui se posait dans des termes assez différents.
7 Enfin Philippe Guignet aborde brillamment Sénac de Meilhan. Toujours contré dans ses ambitions ministérielles ce bel esprit intelligent dont on ne sait s’il faut prendre au sérieux ses analyses de l’intendance (proche d’une certaine magistrature des Lettres persanes), contradictoires avec son activité épistolaire, s’est interrogé sur les causes de la Révolution. Il les trouve dans l’incapacité des ministres à maintenir l’ordre contre le libéralisme et le néo-provincialisme aristocratiques alors que la réforme de l’État a commencé en profondeur. Des travaux récents donnent corps à cette thèse en mettant au jour le développement d’une nouvelle formule administrative, particulièrement dans les pays d’États (l’exemple provençal doit être vu de près : c’est le seul pays d’États où les privilégiés ne mènent pas le jeu, mais les juristes issus du tiers état) mais aussi à Paris. Cette formule est en avance sur la préfecture mais elle souffre d’un vice majeur bien vu par Turgot et Necker, l’acceptation de l’ordre aristocratique. On se reportera entre autres aux travaux de M.-L. Legay pour le Nord, de Ph. Payan pour Paris, de S. Durand pour le Languedoc, de P. Bodineau, de Christine Lamarre pour la Bourgogne et de Colette Brossault pour la Franche-Comté. Les cahiers de 1789 sont nuancés devant l’intendance, ce n’est pas un hasard. Quand on sait comment beaucoup ont été rédigés on ne peut qu’être hésitant sur leur portée réelle (Grevet).
8 Intendants et préfets du Nord présentent bien des similitudes, parce que les priorités gouvernementales étaient voisines. Cela ne leur confère pas de parenté : entre les deux il y a eu la période, mal nommée, des intendants éclairés, qui est celle des débuts de la révolution administrative. Sur le plan juridique, la filiation n’existe pas.
9 Un colloque important, dont il faut remercier les initiateurs.
10 François-Xavier Emmanuelli