Compte rendu

J.-F. Reynaud (dir), avec M. Pacaut et M. Wullschleger, Espaces monastiques ruraux en Rhône-Alpes, Lyon (Association lyonnaise pour la promotion de l’archéologie en Rhône-Alpes), 2002, 208 p. et 123 ill. (Documents d’Archéologie en Rhône-Alpes et en Auvergne, n° 23)

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  • Racinet, P.
(2003). J.-F. Reynaud (dir), avec M. Pacaut et M. Wullschleger, Espaces monastiques ruraux en Rhône-Alpes, Lyon (Association lyonnaise pour la promotion de l’archéologie en Rhône-Alpes), 2002, 208 p. et 123 ill. (Documents d’Archéologie en Rhône-Alpes et en Auvergne, n° 23) Revue du Nord, 353(5), IX-IX. https://doi.org/10.3917/rdn.353.0239i.

  • Racinet, Philippe.
« J.-F. Reynaud (dir), avec M. Pacaut et M. Wullschleger, Espaces monastiques ruraux en Rhône-Alpes, Lyon (Association lyonnaise pour la promotion de l’archéologie en Rhône-Alpes), 2002, 208 p. et 123 ill. (Documents d’Archéologie en Rhône-Alpes et en Auvergne, n° 23) ». Revue du Nord, 2003/5 n° 353, 2003. p.IX-IX. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-du-nord-2003-5-page-IX?lang=fr.

  • RACINET, Philippe,
2003. J.-F. Reynaud (dir), avec M. Pacaut et M. Wullschleger, Espaces monastiques ruraux en Rhône-Alpes, Lyon (Association lyonnaise pour la promotion de l’archéologie en Rhône-Alpes), 2002, 208 p. et 123 ill. (Documents d’Archéologie en Rhône-Alpes et en Auvergne, n° 23) Revue du Nord, 2003/5 n° 353, p.IX-IX. DOI : 10.3917/rdn.353.0239i. URL : https://shs.cairn.info/revue-du-nord-2003-5-page-IX?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rdn.353.0239i


1 Cet ouvrage est la face émergée d’un travail collectif (ERA 26 et UMR 5648) de dix années, sous la forme d’une collaboration étroite entre historiens et archéologues sur le thème des monastères ruraux. Trois approches furent menées conjointement : l’inventaire des établissements, les recherches en archives et l’archéologie de terrain, point de départ du groupe de recherche.

2 La concrétisation de ces efforts s’est faite de deux manières. Tout d’abord, la constitution d’une base de données sur les établissements monastiques des huit départements de la région Rhône-Alpes donne lieu, ici, à un inventaire cartographique fort utile mais qui aurait pu être complété par de courtes notices standardisées. Est-ce pour une prochaine publication ? Ensuite, la tentative de synthèse, nourrie d’une multitude foisonnante d’études de cas, est organisée en trois parties. Les aspects religieux regroupent un aperçu historique sur la formation et le développement des communautés ainsi qu’une analyse des fonctions religieuses. La triple dimension politique, économique et sociale aborde les rapports avec l’aristocratie laïque, les possessions monastiques et les relations avec le peuplement. Enfin, l’étude architecturale, distinguant les abbayes et les prieurés, s’attache notamment à quelques aspects importants souvent négligés, comme les fortifications, les logis abbatiaux ou prioraux, les bâtiments utilitaires…

3 La première partie (Le monachisme comme institution religieuse) se présente comme un manuel avec des définitions claires, un glossaire et un aperçu assez général mais complet sur le développement du monachisme appliqué à la région. À cela s’ajoute un survol utile des sources archivistiques disponibles. Il faut souligner également la bonne intégration des données archéologiques pour les périodes les plus anciennes.

4 Le pouvoir carolingien renforce, pour des raisons politiques, une implantation monastique qui reste mal connue pour le haut Moyen Âge. La réforme de Benoît d’Aniane, plus ou moins efficace, vient encourager cet effort en uniformisant les pratiques. Les vicissitudes qui suivent placent souvent les monastères sous la tutelle des grands laïcs ou ecclésiastiques, comme l’archevêque de Lyon. Même si l’on déplore, çà et là, des dévastations, la plupart des établissements ne perdent pas de terrain et peuvent profiter pleinement des mouvements réformateurs du xe siècle : celui de Cluny, bien entendu, et aussi d’autres plus locaux, comme celui impulsé par les archevêques de Lyon dans leur diocèse. L’expansion du xie siècle est traitée de manière tout à fait conventionnelle qui insiste sur le rôle de l’aristocratie laïque dans l’essaimage bénédictin. On pourra regretter la reprise, sans critique, du schéma traditionnel de la fixation de l’habitat autour de la motte castrale. Par ailleurs, le développement, très général, sur les prieurés clunisiens, qui n’était pas vraiment utile, semble un paragraphe plaqué. Comme souvent, la fin du Moyen Âge est traitée d’une façon légère qui reprend les vieux poncifs, notamment le rôle systématiquement néfaste de la commende ou encore le rayonnement des ordres mendiants. La disparition de treize prieurés clunisiens sur quinze dans la moyenne vallée du Rhône peut surprendre. À mon avis, la figure 25 (dessin de 1618), qui montre le contraste entre la ruine du château des comtes de Savoie et l’apparente prospérité du prieuré du Bourget, pouvait être le point de départ d’une réflexion en profondeur sur l’évolution des monastères bénédictins à la fin du Moyen Âge.

5 La seconde partie (L’insertion dans le monde) aborde le problème complexe du prieuré et de l’habitat : qui a généré l’autre ? Dans le domaine de la vie politique, on note beaucoup d’imprudence dans le vocabulaire (« castrum », « féodal »…) ainsi que la répétition des poncifs évoqués plus haut. De plus, outre la légèreté avec laquelle certains auteurs sont cités (p. 69, note 29 : « Bernard et Gaussin ne sont pas d’accord… »), on remarque des erreurs dans les références, notamment à l’ouvrage de Dom G. Charvin (pour Taluyers en 1293, p. 69).

6 Pour ce qui concerne la vie économique, le vocabulaire reste toujours incertain (les « domaines temporels », le « domaine temporel »…) et la description du contenu des pouillés (p. 87) peut laisser perplexe. De même, l’absence de certaines références (ex. p. 89) n’est guère d’usage pour un ouvrage scientifique. Enfin, l’organisation de ce paragraphe est déroutante puisque l’on passe d’une série de généralités de type manuel à trois études de cas (l’abbaye de Mazan, les chartreuses des Ecouges et du Val Sainte-Marie de Bouvante). Cela permet néanmoins d’insister sur l’inéluctable ouverture au monde socio-économique de tout organisme monastique. Le paragraphe sur l’habitat est plus pertinent avec des études de cas bien intégrés au discours général. Peut-être aurait-il fallu partir du dernier développement concernant la villa et le prieuré ?

7 La troisième partie (Les bâtiments : architecture et fonction) s’appuie sur de bonnes intentions : systématiser les études de bâti sans se limiter à l’église. Mais l’introduction, qui condense une multitude d’informations dont le lien n’est pas toujours évident, est difficile à suivre. En fait, cette partie est surtout utile à travers les diverses petites monographies d’édifices fouillés et on aurait très bien pu se limiter à cet inventaire. Le discours « synthétique », censé fournir la trame, n’est qu’une accumulation de données brutes, certes tout à fait intéressantes mais qu’il est bien difficile de résumer ici.

8 Au total, cet ouvrage, très bien illustré, est de qualité inégale et donne l’impression d’une mosaïque qui dispose d’un plan solide mais qui manque d’une direction ferme offrant une relecture générale et de petites conclusions. Il s’agit davantage d’un rapport d’activité que d’une publication synthétique, mais le spécialiste et l’amateur y trouveront, même sans index, de précieuses informations inédites.

9 Philippe Racinet


Date de mise en ligne : 07/10/2014

https://doi.org/10.3917/rdn.353.0239i